Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 10/jan/fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : galerie GHP, 4 ans et plus si affinités.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 En se coltinant la « reprise » de l’Enterrement, Nina fait de même, mais à l’envers si l’on peut dire. Dans son simili pseudo plagiat, tout y est. Les dimensions de la toile, le décor/arrière-fond de falaises crayeuses, la litanie d’acteurs figés face à la fosse béante... Simplement, ils (elles) sont la reproduction de la même héroïne vert pomme qui peuple les peintures de Nina depuis quelques mois, toujours aussi nues que des vers (sic), bien qu’accoutrées de quelques éléments inédits, proches cependant d’une accumulation de détails révélateurs, d’indices en quelque sorte. Revoilà le cygne, qui phonétiquement les accumule tous, je sais… Il persiste donc à te fourrer son bec dans quelques foufounes, à s’enrouler lascivement le cou autour de quelques corps, et même à prendre des airs de bouée pour ceindre la taille d’une gamine qui se croît à la plage mais qui a peut-être aidé le fossoyeur à creuser le tombeau puisqu’elle a un petit seau à la main. On le tient aussi pattes en l’air et il arrive à se muer en une sorte d’animal fantasmagorique au premier plan puisque sa tête s’est substituée à celle du chien originel. Les officiantes en rajoutent pas mal également, certaines y vont du chapeau cloche, d’autres du sac plastique, d’autres d’espèces de bonnets faits de steaks bien dégoulinants, d’autres d’un voile plus ou moins intégral qui les recouvre de la tête au pied. En rebondissement express des toiles antérieures, la croix se convertit ici en corde entourant le cou d’une des présentes, et, comme s’il n’y suffisait pas, une autre fait de même sur le coin droit du tableau. Autre dérapage éloquent, une des guêtres des révolutionnaires s’est convertie en un plâtre entourant la guibole dudit, victime d’on ne sait trop quel accident, et, last but not least, le crâne forcément symbolique qui trônait au pied du fossoyeur prend ici des airs de masque de carnaval vénitien, quoique qu’il a aussi quelque allure de bretzel… Enfin, et pour y aller d’un brin d’iconographie, la croix brodée ornant le linge recouvrant le cercueil, dessine une paire de fesses rebondies, que l’on retrouve ici et là au gré de la situation. Il n’y aurait qu’un pas pour se demander si l’Enterrement ne se convertit pas ici en lupanar, sauf que l’ensemble est quand même assez statique. Au moins autant que dans l’original de Courbet, car bizarrement les personnes représentées y semblent plus « fichées » que « figées », comme pourrait le produire le clic de l’enregistrement automatique d’une photo par exemple. C’est d’abord là que le tableau de Nina est convaincant et qu’il insiste bien sur le pouvoir ahurissant de la peinture à ne (re)produire que du non vivant. De l’immobile à mort pourrait-on dire. Et partant, si les « modèles » que l’on reproduit ne tiennent donc pas virtuellement debout, et bien, il faut les arrimer, les étayer, les consolider dans un appareillage complexe, mais en lui même aussi permanent dans la durée qu’il organise que vacillant dans la composition qui l’institue. Alors tout est systématiquement faux/vrai et on ne peut qu’être forcément complice en se délectant de la scène qu’on a sous les yeux et en se la rejouant tant qu’on veut, mais un tantinet en pure perte, quelqu’un en a jeté les dés avant. Ramon Tio Bellido (Le choix de ce tableau de Nina Childress pour « illustrer » mon best of de 2010 est dû au fait que ça me fait réellement plaisir de parler de ce tableau, mais aussi parce que je comptais le présenter dans une exposition que j’organise avec elle, Anita Molinero et Emmanuelle Villard à Castellon, et qu’on l’a refusé par censure stupide, donc c’est aussi par « justice » que je l’« expose ». La repro jointe n’est en fait que l’ébauche de la toile en cours de réalisation, qui sera exposée à la Galerie Bernard Jordan en mars/avril prochains.)
... I can’t get no satisfaction ! Mais j’y prends du plaisir (bis) Alors que les cailloux n’en finissent plus de s’user à dévaler les pentes acérées de la pop culture, les Sisyphes plasmatiques nous assomment de leurs bégaiements pompeusement déclamés. Dans les sondages, ils cochent systématiquement la case sans opinion. Les prêtres agnostiques dispensent leurs leçons de management depuis l’habitacle de leurs vaisseaux qui n’ont de Cayenne que le nom, bien loin des papillonnages des communards en exil forcé. Une fois débarqués, ils plantent fièrement leurs sebagos dans les galets multicolores d’une crique sauvage et marquent avec entrain le rythme des hymnes fanés qu’ils ânonnent en chœur. La soudaineté d’un envol de licornes m’émerveille, chaque fois, jusqu’aux larmes. Elles illuminent le ciel de leurs traînes phosphorescentes, présage d’un avenir radieux s’il en est. Les bambins fascinés le prennent systématiquement pour argent comptant. Puis, c’est le réveil, toujours en sursaut, d’abord s’asseoir au bord du lit, tituber jusqu’au frigo, ensuite contempler longuement les restes de la pièce montée et ses multiples strates de meringues qui lentement, malgré le froid électrique, se décomposent. La fin d’un dessert à défaut d’un monde. C’est tout aussi dramatique. Je suis bouleversé. C’est vrai. Comme si on balançait une dépouille ensanglantée de Lady Gaga sur les toits de Kandahar. Le bruit strident du corps qui chute d’un hélico, le vent qui s’engouffre dans ses résilles, la permanente mètre après mètre qui se désagrège. L’icône fusionne avec les molécules d’air, mais sûrement pas avec le sol Afghan, même si au final, elle fait splach. Des litres et des litres d’un dripping morbide et mal géré s’évaporent rapidement au soleil. La rétine des caméras enregistre quelques millions d’octets encombrés... Nous ne sommes soulagés de rien, pas même de notre image. Toutes les images, MP, Sans titres, 1997- 2010 9.



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