Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 10/jan/fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : galerie GHP, 4 ans et plus si affinités.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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24. ‹) 0... Régis Fabre Oh my God, that’s the funky shit ! « … j’ai entrouvert mon store. Alors j’ai fait la grimace. Il y avait du soleil. Avec un putain de ciel bleu imbu de lui-même et sûrement des conneries de bermudas partout. Fallait bien se rendre à l’évidence. On s’acheminait doucement vers une sale journée. » 1 Le ton est donné. On pourrait comprendre une certaine révulsion devant quelques genoux cagneux mais, nous concernant, le propos n’est pas là. Le bermuda, icône de la décontraction décomplexée du vacancier qui parcourt des kilomètres pour jouir d’un repos bien mérité dans son camp de vacances et son cortège d’aménagements : Welcome in Auschwitz... ou un raccourci insupportable. Enterlude (2010), une photographie de Régis Fabre puisée dans une revue, expose un panneau touristique. Celui-ci assure la présence du gîte et du couvert dans la ville à l’horrible célébrité avec, pour arrière plan, la vue du camp de concentration. Ici, nulle ironie assumée d’un quelconque communicant. Juste le reflet d’une médiocrité, étalée dans une presse à grand tirage et révélant toute sa splendeur à la faveur d’un recadrage agrandi. Le travail de Régis Fabre regorge de cette culture du pire qui, galvaudée, passe inaperçue et se trouve digérée par l’accoutumance. Si sa pratique est variée, les sujets traités révèlent tous un climat inquiétant. Se saisissant de signes ou codes connus de tous, sa diatribe emprunte les outils de l’extrême pour se jouer du glauque socialement entretenu. Tout y passe. Comme la propagande sanitaire et le devoir menaçant de bonne santé : ici, la mise en garde du paquet de cigarettes devient « Vivre tue » (Sans titre, 2004). La vanité a perdu tout son charme, interdiction de philosopher, tu vas juste crever. On peut aussi s’en amuser, piéger le spectateur. La série Shake the disease (2010) - des vues saisies au microscope - offre au regard de jolies bulles colorées... ou comment démontrer la qualité plastique du HIV et autres cellules cancéreuses. 1 Nicolas Rey, Treize minutes Pulp, 2010. Acrylique sur toile, 300 x 201 cm Régis Fabre Autre domaine, autre peur. Dans ses œuvres, à la joliesse de la phobie de la maladie, répond une violence contemporaine dont l’ancrage est profondément inscrit dans l’histoire. Une permanence devenue habitude et des signes qui, virant au gimmick, s’en trouvent inexorablement tiédis. Pour exemple, la croix gammée devient chez cet artiste un motif d’affiche, traitée en rose (Sans titre, 2008). Régis Fabre regroupe son travail sous l’appellation funk phenomena, le phénomène de la trouille. Mais il semble que ce maintien de la peur soit un symptôme, l’ingrédient d’un système bien plus insidieux. Noam Chomsky, linguiste et philosophe, a défini les dix stratégies de manipulation des masses : créer des problèmes puis offrir des solutions, remplacer la révolte par la culpabilité, faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion, encourager le public à se maintenir dans la médiocrité, ainsi que dans l’ignorance et la bêtise...
... Ci-dessus : Shake the disease #2 (Cancer cells), 2010 Ci-dessous : Sans titre (France), 2010 Acrylique sur toile, 153 x 300 cm Régis Fabre En regard, on ressent dans la production de l’artiste une posture qui se place spontanément en contrepoint. Les œuvres soulignent le contrat tacite de chacun et l’adhésion inconsciente au système. Bousculer ce contrat n’est pas sans risque. En témoignent les réactions épidermiques de certains visiteurs, qui ne se révulsent pas contre la machine – ce serait se renier ? - mais s’arrêtent aux formes de la démonstration. Des attaques qui encouragent la poursuite du jeu et la multiplication des provocations. Ainsi, le regardeur se retrouve face à une grande inscription murale : « I have trouble remembering names. Can I just call you asshole ? » (Sans titre, 2004). On imagine facilement la jubilation à peine dissimulée de l’artiste. Un peu à la manière du personnage de Jean Yanne dans son piratage radiophonique dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil : « Plantier, vous êtes un con. Vous me trouvez grossier, et moi, mon cher ami, je vous trouve vulgaire. ». La nuance est là. Au royaume de la vulgarité, la grossièreté devient la distance qui caractérise le nouveau poète. Hélène Dantic



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