Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 10/jan/fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : galerie GHP, 4 ans et plus si affinités.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22. Film Socialisme La liberté coûte cher REP-n.Lcu-n... Présenté au festival de Cannes en mai 2010 dans la catégorie « un certain regard », Film Socialisme de J.L. Godard se construit comme une symphonie en trois actes et développe un constat amer et déprimant sur l’état actuel de l’Europe. Le premier volet intitulé Des choses comme ça impose le cinéaste comme un artiste d’une contemporanéité extrême, dans sa réflexion sur le statut actuel de l’image et des œuvres artistiques. Des choses comme ça se déroule sur un paquebot en croisière en Méditerranée. Dans un déluge assourdissant d’images et de sons apparaissent des paroles isolées, des bribes de discours : un philosophe français, Alain Badiou qui poursuit une conférence devant une salle vide, un ancien criminel de guerre et sa petite fille, Patti Smith errant sur le pont une guitare à la main, des touristes dansant dans une discothèque, ou mangeant dans une cafétéria… La seconde partie pose l’action dans un garage avec les tribulations de la famille Martin, et renvoie à un certain académisme godardieneighties. On retrouve dans Socialisme toute la grammaire cinématographique propre à ses films, faite d’ellipses et de collages, d’emprunts aux arts plastiques ou d’incrustations de mots et de phrases. Une narration dont la multiplicité des discours offre une théorie de sens, dominée ici par la vision catastrophique de l’avenir de l’Europe. Le premier volet de cette oeuvre possède une force étonnante dans son flux ininterrompu et violent de flashs visuels et sonores agissant comme des pulsions scopiques, et constitué de matériaux divers : extraits de films (John Ford, Agnès Varda,…), de documentaires télévisuels (de toutes sortes), d’images en haute définition d’une beauté plastique épurée ou bien de scènes de la vie courante récupérées d’Internet. Tout ceci dans un enchevêtrement de plans très courts constituant un instantané cru et radical des images du monde, avec une bande son où sons bruts et saturés côtoient des bribes de paroles, des aphorismes ou des répliques avortées. Du cinéma des origines à la vidéo amateur, J.L. Godard traite chaque plan au même degré et pioche dans tous les formats disponibles pour mettre en scène ce maelstrom sensoriel. « Le socialisme du film consiste à saper l’idée de propriété, à commencer par celle des œuvres… Il ne devrait pas y avoir de propriété des œuvres 1. ». Cet esprit résistant se retrouve dans l’exploitation et la diffusion même du film : disponible en VOD en même temps que sa projection au festival de Cannes, auquel d’ailleurs il a refusé de participer, J.L. Godard pousse avec humour cette critique de notre société de communication en proposant Film Socialisme en accéléré et en intégral, en cinq bandes-annonces sur YouTube. Il imagine même, dans un scénario délirant, un couple de cinéphiles qui seraient largués en parachute avec des copies vidéo de son film sur le territoire français pour le montrer de façon aléatoire, afin de le tester auprès de spectateurs lambda. Au-delà de cet humour malicieux, J.L. Godard pointe le système d’exploitation des films qui, contraints par des nécessités commerciales, peinent à exister plus de trois semaines dans les salles. Militant pour la libre circulation des œuvres, il lutte contre la loi Hadopi, allant même jusqu’à défendre un hacker et lui-même revendiquer le fait que l’on puisse utiliser ses propres plans pour construire autre chose, fusse-t-il pour le pire. Cette « autre chose » que construit le cinéaste dans la première partie du film possède une esthétique formelle puissante parce qu’elle est très contemporaine dans la façon de révéler des images ultra banalisées qui retrouvent brusquement leur violence. La crudité obscène de notre système de communication s’expose par cette juxtaposition de plans cinématographiques à la fois primaires et savamment orchestrés. Constamment en lutte dans ce magma assourdissant, la parole des personnages peine à exister et ceux-ci fonctionnent comme des objets de discours, plutôt que comme des acteurs déroulant une histoire. Une constante que l’on retrouve dans de nombreux films de Godard et qui prend ici une dimension de tragédie grecque, résumée dans un jeu de mots cynique et
... désabusé : « hellas », l’enfer et la république hellénique qui a récemment chutée, comme symbole de l’état actuel de l’Europe. Alain Bergalat écrivait en 1988 à propos du cinéaste : « chaque image de Godard, aujourd’hui, tend à être dans le même temps un morceau du monde et sa métaphore, à nous donner à voir la chose en soi et la conscience de cette chose 2 ». Reste à savoir si Cassandre va être raisonnable. 1 Entretien avec Jean-Luc Godard, mai 2010, les Inrockuptibles. 2 Cité par René Prédal, dans Cinémaction, n°52, juillet 1989. DM FILM SOCIALISME Réalisation & scénario : Jean-Luc Godard Image : Fabrice Aragno, Paul Grivas Production : Ruth Waldburger Avec : Catherine Tanvier, Christian Sinniger, Jean-Marc Stehlé, Nadège Beausson-Diagne, Elisabeth Vitali, Eye Haidara, Olga Riazanova, Quentin Grosset Société de production : Wild Bunch Pays d’origine : France- Suisse Durée : 101 minutes 23.



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