Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
Multiprise n°19 déc 10/jan/fév 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de déc 10/jan/fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : galerie GHP, 4 ans et plus si affinités.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18.s... De la viscéralité dans l’acte créatif ? « Bricoler est aisément péjoratif. C’est un terme de dérision dans la bouche des spécialistes. Quand un artisan dit d’une installation : « c’est du bricolage », il n’y a pas besoin d’exprimer autrement sa réprobation. Pourtant, le bricolage, au sens où nous l’entendons a de bonnes lettres de noblesse. L’histoire a connu des rois serruriers, des princes menuisiers et des hommes d’états passionnés de maçonnerie. Et l’on sait que de tout temps les poètes, les peintres, ou les musiciens ont cherché dans le travail manuel un refuge contre l’angoisse de la création artistique. On aurait tord, en effet de croire qu’il est seulement la conséquence d’un soucis d’économie ou de la défaillance des professionnels. En fait le bricolage est un état d’âme, un symptôme : c’est le recours naturel de tout ceux et de toutes celles que la société industrielle, l’économie planifiée et le règne pesant des « gadgets » soumettent à une pression trop forte... Le bricolage est souvent ressenti comme un besoin, une démangeaison ; mais beaucoup n’osent pas s’y livrer soit parce qu’ils exagèrent les difficultés d’une entreprise, soit parce qu’ils ne savent pas a quoi appliquer leur impatiences créatrice... » (Extrait de la préface l’encyclopédie du bricolage, Jean Delamare) Grow, Et pourtant elles tournent, 2010, techniques mixtes sur papier M’introduire ainsi me permet d’évoquer d’une manière des plus indirecte le souvenir récent d’une émotion vivace ressentie lors d’une visite dans le musée de ma plaisante citée phocéenne. Je déambule dans les pièces, énormes, d’un muséum que dis-je d’un péristyle. Ma tête, en rotation permanente tourbillonne sur mon corps, mon esprit autant que mes yeux essaient de capter une effluve de tentation, quand tout à coup mes genoux se mettent à s’entrechoquer, mes dents à claqueter, ma peau transpire, mes oreilles bourdonnent, des frissons, des colonnes de frissons, puis plus rien. Je ne me sens plus penser. Je vois bien mon génome se dérouler à mes pieds mais comment fouler ce tapis d’humanité ? Je tente un redémarrage en mode sans échec. Failed. Planté. Devant un dessin d’étude. Planté. Devant l’immensité. C’est un piège, un filet, un collet ! Je le sens bien, mais même si je fais preuve de vigilance quand je le découvre, lui, se montre indélicat quand il m’aspire. Il parait que des personnes bien portantes, bien nourries, délectables à souhait, riches et insolentes mais également de petites tailles, moches, rebondies, chauves, pauvres mais bien élevées, auraient été
... absorbées dans la déferlante étude. Je rêve semble-t-il : Une étendue… Je suis face au gigantisme, face à la grandeur suprême, à l’infini, à l’éternel, à l’immortel, j’y suis nom d’une pipe. Je me crispe, me tends de tout mon long, gémis, couine, pleurniche. Raide comme un piquet. Puis lentement, la détente. Je m’apaise, et après un temps d’adaptation, je réponds secrètement à l’audace. Mais quelle audace ? Je pose mes fesses sur le mou et contemple l’océan. Je contemple la force, je contemple une force. Ma tête au repos scanne l’étendue, elle scrute au moindre, inspecte, fouille, considèrent l’énorme nappe. Ö ! Courant. Je cherche depuis des heures l’imprécis. Quel trouble de rester coi devant une mémoire… Je persiste à envisager que je ne découvrirai peut être jamais cette éminente vague, l’objet tant désiré qui me pousse à me dresser. L’audace, l’audace, l’audace. Mes yeux collés, une voix. Mes yeux collés, un parfum. Mes yeux collés, une caresse. Mes yeux décollés, une silhouette. Mes yeux écarquillés une femme. Une main lisse mes cheveux, l’humidité envahit mon front. So fresh. Je me lève confus et m’excuse en remerciant la grâce. Un dernier regard sur le délice qui m’a soulevé, un dernier regard sur l’effigie qui m’a terrassé. L’étude. Le dessin d’étude. Des fois parcellé ou en morceau, découpé ou en lambeau, structuré, entier… je les aime sanguines quand ils vibrent et s’animent. Je les idolâtre quand ils me traquent et me cassent. Mais je reviendrai les défier. Quant aux armes, point d’arsenal, mes yeux suffiront à l’affront. L’essence même de l’art, les prémices, ce qui se passe avant même d’envisager d’avoir une idée, la sentir monter et frapper à la porte. Et de cette idée, passer à l’écrit puis au croquis (...) à la création d’un quelconque objet. Tout ça passe par l’observation consciente et inconsciente. Un moment de vie avant la création : Depuis quelques temps je me sens bien, je dirais même que je me sens mieux. Et mon centre de gravité ? Je suis actuellement dans une petite bourgade située non loin de Reims, Muizon. Dans cette région, la Champagne-Ardennes, si, pour je ne sais quelle raison, l’envie te prend d’orienter la tête vers le haut, et que poussé par une seconde envie, te vient le besoin de t’étirer, tu auras l’impression de toucher le ciel. Par contre, lorsque la troisième te susurre de baisser volontairement les bras, en les considérant comme deux objets lourds, et que l’invisible main de la quatrième ramène tes yeux à la contemplation du sol, tu sentiras ton encéphale rebondir dans sa coque. Ici, à Muizon, il s’en passe des petits trucs et autres bidouilles. Face à moi, à environ deux trois mètres est posée contre un mur rouge, une lune jaune. Elle est en plastique et mesure approximativement un mètre de long, quarante centimètres de haut et dix centimètres d’épaisseur. Elle est là, sourire banane, délicate et sans vie, dans un équilibre presque bancal et se rit de moi. Je l’observe depuis quelques secondes, et j’ai l’impression que mes yeux ont le pouvoir de la faire disparaître. Drôle de truc que d’avoir l’impression de faire disparaître une lune jaune en plastique. Mais bon, pourquoi pas, certains font bien jaillir quelques rayons laser de leurs globes oculaire. C’est une façon comme une autre de se moquer de cette dimension, la troisième, qui de temps en temps m’enquiquine l’existence. Alors je souris de la disparition de ce satellite moqueur. Yes ! I’ve got the power. Par un simple frottement j’ai fait jaillir l’étincelle qui met le feu aux poudres. Boom ! Moon is over… Je vous vois rire. Je vous vois inquisiteurs ! Jugeant et condamnant le ridicule ! Cette explosion ne vous touche donc pas ? Non mes précieux ! Ne riez pas de la désintégration de votre lumière nocturne. Ne laissez pas le léviathan vous ramener sur la vague de la vérité admise. 19.



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