Multiprise n°18 sep/oct/nov 2010
Multiprise n°18 sep/oct/nov 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de sep/oct/nov 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 4,7 Mo

  • Dans ce numéro : Printemps de Septembre, l'Illusion et son double

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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20 Vincent Olinet, Rouge Casanova forever, 2010 Techniques mixtes (bois, laque, peinture), pièce unique Lieu d’exposition : Promenade du Peyrou | Château d’eau, Montpellier Production Frac Languedoc-Roussillon pour Casanova forever Photographie Frac LR 2010 Tom Friedman, Up in the Air, 2010 Vue de l’exposition au Frac Languedoc-Roussillon, dans le cadre de Casanova forever, 2010. Collection Magasin 3 Stockholm Konsthall. Photographie Frac LR 2010 l’air au FRAC avec Tom Friedman qui nous fait tourner la tête avec « de l’alchimique, de l’aléatoire, du monstrueux, du sorcier, du sexuel et même de l’ascétique » (what ?), grâce à tout un tas de bidules flottants qu’on a quand même pas le droit de toucher, mais juste de rêver et d’y faire son marché. J’ai repéré une batte de base-ball, une louche, un chapeau pointu turlututu, une bulle à BD, plein de balles et ballons, une petite fusée… Libre donc à chacun de (dé)régler ces joujoux comme autant de bijoux à commercer à une ou plusieurs voix. Nîmes, pour y constater les dégâts d’une évasion de Casanova, qui n’y allait pas de main morte à en croire le duo Grout/Mazéas. La Chapelle des Jésuites est ainsi spectacularisée dans de vacillants assemblages perforés par l’impétrant. Pourquoi pas ? Franchement, je préfère me la fendre avec les dessins BD coquins/cuculs de Laurina Paperina, juste en face, à l’Ecole des Beaux-Arts, où plein de petits animaux nous illustrent un genre de best of du kama sutra sympathique. Au LAC, Alicia Paz n’y va pas de main morte. Entre ses arbres vaguement généalogiques et ses mas(carades) de nanas aguicheuses, elle n’hésite pas à en remettre des couches et à nous emprisonner dans sa mélasse. C’est onctueux, à nos risques et périls. Il est donc temps de s’évader, comme l’avait fait le compère après maints méfaits. J’ai bien aimé la prestation de la Forteresse de Salses, dans son ensemble. Les Meurtres de Monory sont exactement à leur place, ça cavale et ça flingue sous les voûtes et donc ça débouche sur une issue plutôt improbable. Surtout si on ne sait pas vraiment où l’on est, sauf entre quatre murs qu’on a du mal à nommer et que Didier Morin s’essaie d’identifier comme ceux d’un Fontevrault imaginé par Genet. Ou encore si un prétendu Pays de Cocagne filmé par Nicolas Daubagne au centre pénitentiaire pour mineurs de Lavaur a du être rejoué par des enfants à Perpignan, qui ne s’en échappent pas mieux cependant. Ou enfin, implacablement, si c’est d’une autre prison qu’on nous parle, celle de femmes en Jordanie -ou dans tout autre lieu où le moucharabieh divise l’espace domestique et public- et où il n’y
-0-... Alicia Paz, peintures Vue de l’exposition au LAC, Sigean PHOTSEA studio Jacques Monory, tableaux de la série Meurtres de 1968, complétée par une œuvre de 2010 (La Forteresse, Spéciale n°65) Vue de l’exposition de la Forteresse de Salses Photo Thierry Guilbert Claude Lévêque, The Diamond Sea, 2010 Photographe Marc Domage CRAC LR à Sète a d’autre possibilité que de rêver d’évasion derrière un voile/rideau mû par la danse du vent, comme le souligne la vidéo d’Anna Malagrida, installée à demeure et collection du FRAC. Retour vers la Grande Bleue et stop au CRAC de Sète. Claude Lévèque nous y embarque pour un Diamond Sea du plus bel aloi. Sans exagérer, on connaît l’art du bougre, il tient plutôt bien la rampe, en fait parfois un chouia trop, en gros, mais là c’est berçant/bernant. Très hautement ficelé, d’entrée, d’emblée, son bateau suspendu en simili papier nous entraîne vers un vogue la galère envoûtant. Il faut un peu cligner des yeux lorsqu’on passe de face (ou de biais) devant les projections stroboscopiques, mais les ombres de chevaux ailés (dé)portées d’angles en angles, puis l’immersion de gouttelettes ruisselantes comme des étoiles emportent le jackpot. On resterait bien là à rêvasser en compagnies plutôt gentes et à se raconter des histoires bébêtes au creux de l’oreille… Casanova aurait apprécié, il aurait pu affabuler et enfiler des anecdotes comme autant de perles au cou de la convoitée. Un très bon début, un très beau départ. Mais il y manquerait tout de même quelque chose, non pas tant un passage à l’acte, et lequel dans ce cas, sinon une affirmation dans le contrat de dupes insensé que son libertinage a (im)posé. Je l’ai dit, quelques siècles, et donc la copie ne peut plus être conforme. Préciser l’affaire, qu’est-ce qui a donc changé ? L’émancipation de la femme peut-être, son pied d’égalité (presque) enfin conquis ? Oui, c’est de cette guéguerre qu’il doit être question, et puisque nous y voici, je me risque à livrer une sorte de clef : j’aurais aimé y voir comme virulente bannière une des images favorites d’une artiste qui ne l’est pas moins pour moi. Vous la connaissez, c’est sûr, celle où Tracy Emin se fourre de la tune, de l’oseille, du flouze, dans la foufoune, ses jambes oh combien écartées pour que rien ne (s’y) se perde. Là, la boucle est bouclée, et face à elle Casanova n’en peux plus mais, sinon à s’avouer (enfin) vaincu, plutôt que (toujours) conquis. Ramon Tio Bellido 21.



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