Multiprise n°16 mar/avr/mai 2010
Multiprise n°16 mar/avr/mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de mar/avr/mai 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 39,0 Mo

  • Dans ce numéro : Da girly issue !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Avoir le feu au jour, série Pour toujours, 2008, dessin vectoriel, 40 cm x 30 cm, tirage numérique sur papier bouffant en 5 ex.
Peau Dans l'humus du monde 4ème étage. Elle travaille dans son appartement. Les boîtes se façonnent, se construisent et s'accumulent. Sur les étagères, contre le mur, elle a posé quelques plaques qui attendent, brillantes. Bientôt, elles seront enfournées dans les ventres chauds, protégées de poussière, de lumière, à l'abri du monde. Elle prend tous les jours sa voiture. Là-bas, l'humidité est forte, le sol souple, moelleux. Elle ralentit sa marche, pour finir pas à pas. Loeil aux aguets, le rythme suspendu, dans le silence de la forêt. Depuis deux ans, ses semaines sont rythmées par ces bains forestiers. Une organisation, une habitude, un quotidien devenu rituel. Coprin chevelu, coprin noir d'encre, coprinus. Elle a choisi ceux-là. Les meilleurs. Ce sont eux qui pondent le mieux. Cueillis et posés droit sur la plaque, ils expulsent leurs spores qui se déposent tout autour, légers, volatiles. 24 heures leur suffisent. Milliard d'infimes particules reproductives : c'est leur dépôt qui laisse une trace. Comme le souffle d'une présence, l'empreinte d'une source de vie, inévitablement stérile sur le brillant du papier, dans l'artificiel de ce terrain, inepte. Dense, veloutée, la matière nous guide dans le creux de la nuit. Comètes et nébuleuses. On traverse l'espace-temps à travers la béance : petit retrait tout lisse formé par le pied du champignon. L'encre de seiche et la poussière d'étoile se sont déposées au creux du pelage sombre de ces drôles de bêtes qui ont laissé leur cerveau à ciel ouvert. On tombe à la renverse dans le gouffre de leur oeil, dans l'angoisse d'un puits blanc - de celle qui reste quand tous sont partis. L'archaïque et l'ultime. Noir sidéral et quelques plats d'amibes.* Ecritures de matière saturée de pigments, ces éclats font image. Observation, cueillette, révélation, attente, latence, récolte d'empreinte sur la feuille photosensible, contraste des nuances...toutes les étapes photographiques sont là. Photographie. Celle qu'elle faisait « avant » et qu'elle tamise, scalpe ici, pour retrouver l'essence, le point de départ, l'origine. Les vieux maîtres du genre, Daguerre et Talbot, ne sont bien sûr pas loin avec leur plaque de verre. Elle se détache du geste, adopte, par une intime distance, la place d'observateur et ne garde que la trace - redonnant au vivant le temps et la matière qui lui sont nécessaires. Seul demeure le signe élémentaire. Repérés, ordonnés et classés, chacun de ses dessins sont méticuleusement répertoriés. Réaction esthétique aux formidables compilations scientifiques des laboratoires mycologiques. Mappemonde du minuscule, les cadrans s'articulent et développent un inventaire graphique où, dans le noir, dans le blanc, surgit l'évidence même. L'évidence d'une présence inscrite en souterrain dans l'humus du monde. * Gérard Manset, Comme un légo (Alain Bashung, Bleu Pétrole - 20081 Julie Rouge, décembre 2009 Sporées : Anouck Durand-Gassetin expose du 24 mars au 19 juin 2010 à la Chapelle Saint-Jacques, centre d'art contemporain, Saint-Gaudens (vernissage le 20 mars à 19h). Anouck Durand-Gasselin, sous un tapis de feuilles ou sur un pré vert et plutôt le matin, 2010, vidéoprojection 19



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