Multiprise n°15 déc 09/jan-fév 2010
Multiprise n°15 déc 09/jan-fév 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de déc 09/jan-fév 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 41,4 Mo

  • Dans ce numéro : cas d'école... Estelle Vernay et Kirill Ukolov.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 -0- Erthiehen... Du constructivisme du désir « L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art » * Lorsque les oreilles entendirent que l'Hôtel de Viviès à Castres, un des sites du Centre d'art Le Lait allait bientôt fermer ses portes, une langue s'empressa de s'entretenir avec Jackie Ruth-Meyer, directrice des lieux. Les propos s'échangèrent dans le jardin de l'Hôtel fHôtel de Viviès, s'entre- sous l'œil l'oeil des installations de Camille Henrot. À noter qu'il y aura une dernière ouverture publique du lieu avant sa fermeture définitive le vendredi 18 dé- décembre de 14h à minuit. Au programme, des plateaux d'invités pour des conversations en duo, des visites des expositions, des projections de films du LAIT, des docu- documents, éditions, photos et témoignages en direct, écrits ou vidéo ; musique, performances. Anaïs Ânes Delmas: : Bonjour Jackie, la fermeture de ce lieu Lieu éveille en vous un sentiment de colère, j'imagine. Montaigne dans ses Essais écrit : « Quand on me contrarie on éveille mon attention non pas ma colère ». Qu'en pensez-vous ? Jackie Ruth Meyer: : Montaigne est un homme bien sage. Je ne sais pas si j'ai ce degré de sagesse. Cependant je je dois dire que je ne suis plus non plus dans la colère, si jamais je l'ai été. En fait, au départ il y a une grande déception. L'équipe L:équipe du Centre d'art a travaillé d'arrache-pied pendant trois ans pour réa- réaliser cette fusion et investir ce lieu puisque c'était un des lieux du Centre d'art Le Lait donc évidemment lorsqu'il y a une fin annoncée de cette manière-là, c'est extrêmement décevant. Depuis, cette nouvelle étant surve­ survenue au mois de juin, il semble probable qu'il y ait d'autres possibilités de déploiement. Nous allons, bientôt j'espère, commencer à imaginer un avenir. Bien sûr il y a le lieu lui­ luimême, toute son histoire, cette mémoire de annon- vingt-trois ans d'art à l'intérieur de ces murs. Je ne suis là que depuis trois ans, je repré- représente une toute petite partie de l'histoire de ce lieu qui a tout son charme et présente toutes les qualités d'un véritable labyrinthe. J'ai commencé à projeter des travaux qui auraient permis d'investir d'autres espaces de cet endroit. C'est, pour toutes ces raisons, profondément au- dommage. AD : Comment avez-vous découvert ce lieu, l'Hôtel de Viviès ? ? JRM : Je venais en tant que visiteur et col- collègue visiter les expositions organisées par la directrice précédente. Je connais ce lieu depuis très longtemps. Je l'ai vraiment dé- découvert dans son intimité et dans toutes ses possibilités en y travaillant, au moment où la Drac nous a proposé cette fusion pour essayer de redynamiser ce lieu qui était en difficulté. AD : N'avez-vous dirigé de Centres d'art que sur le Le territoire du Tarn ? JRM : Oui du point de vue des centres d'art, je n'en ai dirigés que dans cette région. Je fais partie de ces pionniers, on peut dire, qui se sont identifiés à un lieu, à un territoire, à un projet. Nous ne sommes plus très nombreux à être en poste. C'est un métier où l'on est constamment en contact avec l'extérieur, que ce soit par les artistes, les voyages, les ex- expositions que l'on voit ailleurs donc je ne me sens pas non plus complètement identifiée au Tarn. Je ne suis déjà pas originaire d'ici. C'est très à la mode ce sujet d'identité mais je dé- déteste ce qui enferme. J'aime ce qui ouvre. Le Tarnouvert sur le monde c'est parfait, fermé sur lui, non. AD : Avez-vous fait des études d'histoire de l'art rart ? ? JRM : Pas du tout. J'ai commencé par faire du droit. Quand on a créé ces Centres d'art, c'étaient des institutions qui n'existaient pas donc on les a vraiment créés de toute pièce avec les artistes. De ce point de vue là je suis une autodidacte parfaite. On a appris en faisant, en créant les structures, à définir ces institutions. Entre temps j'ai fait une maîtrise en sociologie de l'art. Je crois que mon inté­ intérêt pour l'art était premier, je l'ai développé par la suite, c'est certainement un intérêt personnel mais c'est aussi une situation qui m'a particulièrement invitée à m'intéresser au contexte. Je parle de « situation » liée non seulement à certaines rencontres mais aussi au contexte. La rencontre avec Daniel Buren a été pour moi une grande aventure, je veux dire bien avant que je ne travaille avec lui ça a été quelqu'un de fondateur dans ma ren- rencontre avec l'art. fai-
Il a posé des questions essentielles qui ont complètement transformé le rapport à l'art et donc je dis souvent que c'est grâce à lui que les Centres d'art existent, même s'il n'y est pour rien. Il rit quand je dis ça devant lui. Je pense que si on n'avait pas considéré qu'il fallait aussi regarder le contexte, que c'était lui qui donnait à lire l'oeuvre, on n'aurait pas pu imaginer mettre des centres d'art dans des lieux qui n'y étaient pas dédiés, venant d'autres origines économiques, sociales etc. Tout à coup on s'est mis à imaginer, intégrer et produire des oeuvres dans et par rapport à des lieux dont les fonctions premières n'étaient pas muséales, dans des contextes tout à fait hors normes. AD : Dans votre parcours, comment s'est organisée et s'organise votre recherche d'artistes ? JRM : Une petite parenthèse de colère quand même. Je trouve qu'on nous normalise tellement qu'il y a de moins en moins de temps pour ça. Je dis souvent, au début on pouvait tout lâcher par exemple pour se consacrer au montage des expositions. Les montages parfois duraient un mois. On fermait le bureau et nous nous concentrions sur cette étape. Aujourd'hui, c'est improbable. Je passe de temps en temps pendant l'accrochage et le plus souvent je partage mes soirées avec les artistes. Dans la journée, c'est très rare parce que le travail administratif a pris une telle ampleur. Et c'est tout à fait dommage, il me semble, concernant la réflexion et la recherche qui constituent quand même le point de départ de notre travail. N'est ce pas ? On essaie malgré tout de faire avec. Mais...Enfin, je referme la parenthèse. Comment est-ce que je rencontre les artistes ? C'est tout simplement parce que je me déplace, parce que je vais voir des expos, parce que je rencontre des oeuvres en général avant de rencontrer des artistes. Cette règle n'est pas toujours valable. Mais dans la plupart des cas je rencontre d'abord des oeuvres et parce qu'elles m'intéressent je rencontre des artistes. Il m'est arrivé aussi de travailler avec des artistes qui m'envoient leur dossier. J'en reçois de nombreux et je n'ai pas le temps de tout voir. Cependant dans ceux que j'examine il y a en a qui retiennent mon attention, alors je demande un rendez-vous dans l'atelier de l'artiste, et puis je vois s'il est possible de faire quelque chose ensemble, ou tout au moins de le suivre parce qu'il y a évidemment plus d'artistes dont le travail m'interpelle qu'il ne m'est possible d'exposer. C'est encore une autre donnée...Alors je pense à une très belle histoire, c'est avec Chen Zhen que j'ai connue pendant dix ans avant que ne soit venu le moment de l'exposer. J'ai toujours été fortement intéressée par son travail et simplement, les circonstances ont fait que nous avons attendu dix ans pour que le bon moment se présente. Il faut savoir que d'un côté se trouve l'intérêt porté sur le travail d'un artiste et de l'autre se trouve la réalité de nos projets de trois ans. Or, si on les suivait rigoureusement nous aurions toujours trois ans de retard et cela exclurait, quelque part, la rencontre spontanée. Je me laisse toujours des marges, parfois il arrive que cela se passe très vite parce que justement il y a une possibilité. Pour d'autres cas c'est moins évident, plus long parce que lors de l'élaboration de ces projets de trois ans on prend des orientations et même si la problématique et les oeuvres de l'artiste nous plaisent, il faut qu'ils puissent entrer dans les enjeux culturels du moment. De nombreux paramètres entrent en jeu, soit facilitant soit remettant à plus tard certains projets. AD : Je pense que j'intitulerai cet entretien en citant Gilles Deleuze qui parlait du « constructivisme du désir ». JRM : Oui, je suis assez d'accord avec ça. Je pense qu'un de nos rôles est de créer du désir... Propos recueillis par Anaïs Delmas Le 13 novembre 2009 à Castres, à l'Hôtel de Vivies. NB : J'ai tenté de retranscrire le plus fidèlement possible les propos échangés. Je comprends désormais qu'interviewer, c'est, sensiblement, parcourir un individu. Je voudrais remercier Jackie d'avoir répondu à mes questions. Vous pouvez poursuivre la lecture de cet article sur le site www.revue-multiprise.com * Robert FiLliou 23



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