Multiprise n°14 sep/oct/nov 2009
Multiprise n°14 sep/oct/nov 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de sep/oct/nov 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 16,6 Mo

  • Dans ce numéro : bande dessinée, un art contemporain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 RePoribiF Etch it black Antoine Dorotte Les combinaisons noires Bordeaux, Galerie ACDC, 21 mai- - 1er août 2009 Mad Souri, Doramusi... les Les surréalistes s'étaient déjà pris au jeu de l'anagramme L'anagramme autour du nom de Musidora, muse de Louis Feuillade, icône du muet, qui déclencha« « une grande révolution sexuelle »selon Aragon et habitera encore Olivier Assayas 80 ans plus tard. Chez Antoine Dorotte, La la première vamp du cinéma, scandaleusement moulée d'une combinaison de soie noire dans Les Vampires (1915), ne se faufile plus telle une chatte sur Les les toits parisiens : gainée de néoprène, rebaptisée cette fois-ci Miranda PaintOmovie et re- armée d'une planche de surf, l'ombre L'ombre noire dompte une vague écumeuse sur fond de palmiers. Un nom et une silhouette ou les Les seuls moyens tangibles d'approcher cette chimère dont Le le nom d'actrice était Lui-même lui-même un pseudonyme pioché chez Théophile Gau- Gautier dans Fortunio : « une certaine Musidora, fière, capricieuse et dépravée... venimeuse comme un scorpion. » Les combinaisons noires, une exposition réappropriation qui s'annonce sous forme d'affiche dès la La façade de La la galerie. Le point Levé, levé, dressée sur son surf, l'unique protago- protagoniste nous nargue, se jouant du défi lancé Lancé : se saisir de son image, l'extirper L'extirper du passé et la La maintenir dans la La durée. Une obscure quête au cœur coeur d'un univers en noir et blanc dans lequel certains se sont déjà égarés, à L'instar l'instar du réalisateur dans le film Irma Vep d'Assayas, un passionné qui se consume, ne parvenant pas à faire incarner la sulfureuse héroïne des Vampires. Antoine Dorotte, ac- accoutumé aux emprunts dans le cinéma qu'il assaisonne d'influences comics, se saisit ici de cette référence emblématique pour la traduire en gravures et dessins. Dans la salle tra- d'exposition, L'affiche l'affiche fait place à une gale- galerie de portraits hypothétiques de Musidora/ Miranda, les Les PaintOmovie (2009) [2009) : trois séries de trois black strips (versions [versions darky de cases de BD), des dessins réalisés à L'encre l'encre sur papier brillant puis recouverts d'une uniforme pellicule d'encre. Noir sur noir, le Le dessin ne se livre qu'en délicatesse, à la seule perception du relief issu du trait. En trois cases, les visages et postures évoluent légèrement, les prémices d'une animation. Bouche en rictus ou visage masqué sous une cagoule SM, La la sexy girl ne se Livrera livrera pas facilement. Si la La difficulté (s'il en est vraiment) réside ici du point de vue du regardeur, L'artiste, l'artiste, pour sa part, n'en a pas fait l'économie dans La la réa­ réalisation Lisation du film muet en 16mm Move it Piano (2009). [2009). Une boucle de dix secondes, bercée par le Le ronronnement du projecteur, qui laisse Laisse juste le Le temps de voir l'héroïne L'héroïne devenue surfeuse réaliser un 360. « Surf into art» » et rien d'autre, le cartouche l'annonce L'annonce dans Le le film. Dix secondes... une furtivité presque inso- insolente au vu des mois qui ont été nécessaires sur- à la La production des 56 gravures sur zinc qui en constituent la La base. Un sacerdoce qui fait d'Antoine Dorotte un néo-Stakhanov, voué au régime musidorien et non plus stalinien, mais dont il subsisterait l'univers L'univers charbon- charbonneux tout aussi productif. Car Move it Piano n'est pas son galop d'essai. En 2007, il présentait Sur un coup d'surin au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, une reprise du duel aux couteaux de West Side Sicle Story. À La la manière d'une préface, un circuit sinueux constitué de 260 plaques servant à la production de la vi­ vidéo débouchait sur La la projection de L'anima­ l'anima- prétion. Le process est là, Là, pas à pas, plaque par plaque, Livrant livrant La la subtilité des variations du dessin. L:on Lon en trouve d'autres, parsemant l'histoire L'histoire du film d'animation, des besogneux que l'ampleur de la La tâche n'effrayait pas. Ci- Citons juste Une Nuit sur le mont Chauve (1933) réalisé par Alexandre Alexeïeff et pour lequel il avait développé un procédé inédit : des milliers d'épingles rétractables étaient piquées dans du liège. Liège. Plus ou moins enfoncées, puis révélées à L'aide l'aide d'une lumière rasante, Alexeïeff obtenait une déclinaison de teintes allant du blanc au noir, pour un résultat proche de la gravure. IL Il désignait d'ailleurs le résultat par le Le terme de« « gravures animées». 18 mois de travail, huit minutes de film. Dans Move it Piano, L'intérêt l'intérêt -fort heureu- heureu­ milsement- ne réside pas dans La la seule performance technique. Esthétiquement parlant, ces aquatintes permettent d'obtenir perfor- une
image aux teintes et grain rappelant le cinéma de l'époque de Feuillade, ambiance grisaille. Le personnage devenu contemporain y est malgré tout maintenu dans une époque antérieure. Au-delà, en se servant de la gravure comme matière première au mouvement, Antoine Dorotte change le statut de ce médium. Un questionnement proche de celui qu'avait connu la photographie lors de l'apparition du cinématographe et soulevé par Deleuze. On peut tenter ici une transposition. La gravure figurait jusque là des moments privilégiés de poses. Si mouvement il y avait, c'était sous des formes intelligibles qui figuraient son point culminant ou le terme final. Ce travail donne une autre approche : de la pose synthétisant une analyse sensible du mouvement, l'on passe à une succession de coupes, des instants quelconques. La gravure en tant qu'image perd de son autonomie, non seulement en terme d'unicité mais aussi d'un point de vue technique, rendue visible uniquement par le biais du projecteur. Un ensemble de procédés et rencontres contre-nature ? Pas plus que le croisement de la burqa et du bikini, donnant naissance au burkini, une nouvelle typologie de combinaison noire dont le scandale fait du coup étrangement écho à celui provoqué par celle que portait Irma Vep. Une même actualité, un siècle d'écart. Pas si poussiéreuse que ça Musidora. Hélène Dantic Le film Move it piano est visible en ligne durant le mois d'octobre sur le site internet de Sans Titre 2006 www.sanstitre2006.com Antoine Dorotte prépare actuellement une nouvelle pièce qui sera présentée dans l'un des modules du Palais de Tokyo à Paris du 3 décembre 2009 au 3 janvier 2010. Ci-contre Move It Piano, 2009 eaux-fortes et aquatintes sur zinc, film 16mm courtesy galerie ACDC, avec L'aide de La DRAC Bretagne et le soutien du Fresnoy, studio national des arts contemporains 23



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