Multiprise n°14 sep/oct/nov 2009
Multiprise n°14 sep/oct/nov 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de sep/oct/nov 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 16,6 Mo

  • Dans ce numéro : bande dessinée, un art contemporain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 -o- (avec lavee d'autres) par les Les éditions de L'Associa- L.:Association ou le Le festival Périscopages à Rennes, pourrait assez bien répondre à l'idée L'idée qu'on peut s'en faire. On peut Le le caractériser par un graphisme plus « libre Libre » et des thèmes mettant l'accent L'accent sur le Le quotidien, l'intime, L'intime, thèmes qui se distinguent des séries d'héroic fantaisy qui font fureur chez les Les éditeurs les Les plus« « commerciaux». Ceci étant dit, des auteurs comme Tardi, Breccia, Pratt, Crumb, Masse, Rabaté, Fred, Shelton, Mathieu, Cabanes, Buzzelli, Li, Spiegelman, Giardino, Schuiten, Benoît Buzzel­ Jacques, Munoz et quelques autres, très différents entre eux d'ailleurs, et qui ne s'ins­ s'inscrivent pas exactement dans le courant cité plus haut, me semblent être aussi des com­ composants importants, non seulement de la La bande dessinée contemporaine, mais plus généralement de L'art l'art contemporain, consi- considéré comme un tout. dif- JD: : La BD doit sa visibilité à L'industrie l'industrie culturelle. C'est une chose qui la distingue des cultu- arts plastiques, qui sont loin Loin toutefois d'être affranchis du monde de l'économie. Quels en sont les effets et qu'en est-il dans ce système de la BD dite « indépendante » ou « alternative » ? PM :Je voudrais commencer par une ou deux remarques concernant La la formulation de la La question. D'abord, Le le multiple ayant été une préoccupation de ~art l'art actuel, on ne voit pas pourquoi l'art ~art contemporain échapperait à l'industrie L'industrie culturelle pour autant qu'on la La rattache à La la reproductibilité. Ensuite et surtout, je ne vois aucune rai- raison qui puisse justifier que l'on L'on distingue la La bande dessinée des arts plastiques. IL Il me semble au contraire que la La bande dessinée est, dans L'art l'art actuel, un médium exemplai- exemplairement et radicalement plasticien. IL Il est le Le seul, sauf démenti, à avoir été capable de donner une forme visuelle à des éléments qui n'en relèvent normalement pas, comme le Le son ou les Les odeurs. En cela la La bande des- dessinée aura réalisé L'exploit l'exploit d'être très tôt multi-médiatique par des moyens stric- strictement visuels (plastiques). J'en reviens plus précisément à votre question, celle de « l'industrie L'industrie culturelle ». La formule vient d'Adorno et d'Horkheimer. Elle visait essen- essentiellement le Le cinéma, la La télévision, voire la La photographie et a été avancée entre 1936 et 1943, dans des conditions historiques précises : nazisme, guerre, capitalisme US... Pour Adorno et Horkheimer « l'industrie L'industrie culturelle » était profondément liée Liée à l'idée L'idée d'une production de masse conçue à des pré- fins à la La fois commerciales et idéologiques. Pour ma part, je ne crois pas que L'industrie l'industrie et le Le commercial soient nécessairement indissociables. C'est La la société capitaliste qui est soumise à l'exigence ~exigence de rentabilité, non in- l'industrie, L'industrie, et de part sa nature même cela concerne tout ce qu'elle touche. Pour un investisseur, marchand d'art, galeriste, Leriste, éditeur, spéculateur ou fabriquant de boulons, il s'agit toujours de placer une somme d'argent X pour en retirer une gasomme x·, X', plus importante que X. Même les Les marchands ou les Les éditeurs soucieux de qualité Lité devront, à des niveaux divers, accepter de quase soumettre à la La loi Loi générale pour pouvoir « tenir» » sur le Le marché. C'est en bande des- dessinée Le le problème des « petits éditeurs »qui essayent de survivre en proposant une bande dessinée qu'il est convenu de nommer alternative. Mais aussi alternative soit-elle, pour exister, il lui Lui faut trouver à terme une place alter- sur le Le marché. Au risque de décevoir, je ne crois d'ailleurs pas qu'il puisse exister aucun « art indépendant ». S'imaginer que l'art L'art puisse s'émanciper des conditions concrètes à L'intérieur l'intérieur desquelles il se développe n'est pas seulement une idée fausse, mais c'est une illusion dange- dangereuse qui ne peut que se retourner contre Lui. lui. Mais je crois par contre que L'aspiration l'aspiration à L'indépendance est une exigence essentielle de l'in- tout art quel qu'il soit. C'est une contradiction, mais c'est une contradiction féconde qui est au coeur cœur de L'activité artistique. Je ne crois donc pas que la La bande dessinée soit plus que d'autres dépendantes de L'éco­ l'économie. Tout au plus pourrions-nous dire qu'elle y est soumise plus que d'autres, par l'ac- le Le fait qu'elle ne bénéficie pratiquement d'aucune aide publique qui ferait contrepoids. d'au-
JD : Quelles sont les influences de la BD sur les autres pratiques artistiques contemporaines : en termes de réappropriations d'une culture visuelle, mais aussi dans la façon de penser l'image et le récit ? PM : Si la « forme-BD » ne répondait pas à la sensibilité d'une période, elle aurait disparu depuis longtemps. C'est sur cette base qu'elle établit avec d'autres médiums des rapports à la fois de convergences et d'influences. Alain Resnais a dit un jour que c'était elle qui avait inventé le gros plan, bien avant le cinéma. En fait la BD a inventé le gros plan conjointement avec la photographie. Il n'est apparu en peinture qu'avec plusieurs années de retard, mais l'important est la convergence de préoccupation. Le fait que cette idée ait trouvé d'abord le moyen de prendre corps dans la bande dessinée et la photographie montre l'adéquation de ces nouveaux médiums avec les exigences de leur temps. Ce qui vient d'être dit du gros plan pourrait l'être de bien d'autres choses, du rapport entre le simultané et le successif par exemple ou entre le texte et l'image. Quant à la façon de penser le récit en images, remarquons que ce n'est pas la bande dessinée qui l'a inventé. Il a toujours été présent dans les arts plastiques sous des formes différentes et la bande dessinée en est l'héritière sous une forme spécifique. L'important est de constater que cette forme s'est d'emblée constituée comme paradigmatique de toute la narration en images contemporaine. JD : Il pourrait y avoir une certaine évidence à mettre en relation la pratique de la BD et celle du dessin. Quels vous semblent être les spécificités et les frontières de l'un et l'autre ? PM : Je n'ai aucun a priori concernant le style de dessin en bande dessinée. Le seul critère pertinent à mon avis est que le dessin soutienne et serve la narration. S'il la bloque, il est mauvais ; s'il la nourrit, il est bon. C'est cela qui différencie le « dessin de bande dessinée » du dessin en général. En résumé, tout dessin qui est pensé comme autosuffisant est en radicale opposition avec le dessin de bande dessinée. JD : Mais en dépit de cette différence fondamentale, existe-t-il aujourd'hui des échanges féconds entre ceux qui pratiquent le « dessin de bande dessinée » et ceux qui pratiquent d'autres formes de dessin, du point de vue du graphisme notamment ? PM : Oui, il existe indiscutablement des échanges, mais il m'est difficile d'être plus précis à moins de prendre en compte les emprunts évidents, ceux du manga par exemple. Plus généralement, il est normal que des artistes quels qu'ils soient, qui tous vivent dans et par les images, soient nourris par tout ce qui se fait autour d'eux. J'ai déjà signalé qu'ils n'en sont pas nécessairement conscients et ces influences ou ces échanges resurgissent dans leur propre production de façon latente, si bien qu'il n'est pas toujours facile de les mettre en évidence. JD : Vous avez expliqué comment la BD nourrit les autres pratiques artistiques contemporaines. Inversement, est-elle elle-même influencée par ces pratiques ? PM : Il est plus difficile de répondre à cette question. Il me semble en effet que si de nombreuses pratiques artistiques empruntent beaucoup à la BD cette dernière fonctionne assez bien seule. Ses influences les plus évidentes me semblent venir du cinéma ou de la photographie, ce qui est normal puisqu'il s'agit de médiums « frères ». Dans une certaine mesure, le roman l'influence aussi puisque, bien qu'avec des moyens très différents, il traite des mêmes thèmes narratifs. Retrouvez l'intégralité de l'entretien sur www.revue-multiprise.com 11



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