Multiprise n°13 jun/jui/aoû 2009
Multiprise n°13 jun/jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°13 de jun/jui/aoû 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 42,3 Mo

  • Dans ce numéro : Pink Pong, 1er round.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 -0- A trop lever la tête, l'esprit divague. Le corps exécute alors un demi-tour nous plaçant ainsi face aux favelas de Pascale Martine Tayou. Une ritournelle me revient : « il était un petit homme, pirouette cacahuète... Sa maison est en carton, les escaliers sont en papier, les escaliers sont en papier... ». Petit, le corps est tout petit. Il habite probablement ce village perché sur d'arides parois, offrant ainsi au regard la perspective de ce fleuve déchaîné qu'est devenu l'Arize... Mais les globes oculaires, toujours attirés par la lumière, forcent le corps à exécuter l'hémicycle. Ils ne se croient pas et plongent alors dans l'immobilité chorégraphiée de quelques fleurs artificielles, lignes lumineuses dessinant dans l'espace les axes principaux d'une architecture onirique. Lesprit s'envole, le corps entreprend l'ascension malgré les avertissements : « le facteur y est monté, pirouette cacahuète, il s'est cassé le bout du nez, il s'est cassé le bout du nez... » Dégringolade du corps. Lesprit se retrouve nez à nez avec les braises luisantes du foyer d'un groupe d'autochtones magdaléniens. Après un long entretien auprès de chacun de ses membres, l'esprit prend congé de la famille, amenant à sa suite le corps, repu par l'entrecôte de pachyderme. Les yeux qui s'attardaient encore sur les reliefs caverneux se retrouvent pris, tout comme le corps et l'esprit, à l'intérieur d'un cube de verre conçu par Eric Hurtado, ovni aux formes lisses et contondantes qui semble comme coincé au sein de son contraire, tant son immatérialité contraste avec la densité des parois de la grotte. Les yeux assistent à la dématérialisation du corps. Lesprit lui, a du mal à prendre parti entre positionnement intra ou extra cube. Il lance alors le corps dans l'environnement sonore qui se révèle si palpable que la prison de verre en devient faussement traversable. L'artiste nous pose enfin la question : « should I stay or should I go? ». De nouveau la chute est inéluctable, mais le corps reprend son esprit au moment où les yeux s'invitent à une cérémonie organisée par Serge Pey : cette installation poétique, amenée comme une offrande à quelques divinités animistes, renouent avec le mythe des origines, quand la nature réglait un mécanisme universel et soumettait l'homme par sa toute puissance. Près de ces incantations mystiques la rotation des rhombes de Victoria Klotz emplit la salle des chamanes de vibrations « intra-basse » donnant un la inquiétant aux chorales des pipistrelles, résidentes habituelles de cette caverne à la beauté majestueuse. Leurs cris perçants résonnent dans les anfractuosités de la roche, laissant imaginer leurs grouillantes colonies batcaves. Les yeux les cherchent et l'esprit les voit, poussant le corps à plus d'exploration. Un art pariétal moderne qui se sacrifie à l'autel de Gaia, la déesse mère peu encline à reconnaître tous ces enfants illégitimes. Gageons qu'elle saura au cours de ces six mois de gestation exercer son courroux matriarcal en infligeant la dureté d'une vie souterraine à des pièces conçues pour les exhibitions muséales. Chaque artiste a donc proposé des tentatives d'habiter cet espace de géant, intégrant plus ou moins bien la problématique du mythe de la caverne platonicien : juste des images qui trompent la réalité. Mais la grotte du Mas d'Azil possède également quelques secrets bien cachés derrière des grilles posées par l'homme : des dessins et gravures témoignant de l'art pariétal. Images précieuses que l'on peut retrouver sur les vidéos de l'artiste Delphine Gigoux Martin, mais invisibles pour le commun des visiteurs. Des bijoux précieux enfermés dans des écrins de pierre, présents ici depuis plus de 15000 ans. Parfois ceux-ci côtoient des graffitis bien plus contemporains, datés du début du XXème siècle, tracés par des aziliens en goguette dans leur grotte. Car ramené à notre échelle du temps celle-ci possède également l'histoire des autochtones, et peut raconter les guerres de religions ou la vie d'un village, faisant coïncider un passé immémorial avec le présent en train de s'écrire. D.M. et Fabien Cano Ruzafa Exposition DreamTime : Au musée des Abattoirs jusqu'au 30 août 2009 À La grotte du Mas d'Azil jusqu'au 11 novembre 2009
Peter Kogler, The Cave project, 2009. Projection Production DreamTime Pascale Marthine Tayou, Favelas-d'Azil, 2009. Installation : maison en carton, structure en métal et néons. Dimensions variables Production DreamTime 2009. Courtesy Galleria Continua Victoria Klotz, Bull-roarer, 2009. Installation sonore, filets de pêche, rhombes. Diam. 7m, Hauteur : 6m Production DreamTime 9



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