Multiprise n°12 mar/avr/mai 2009
Multiprise n°12 mar/avr/mai 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de mar/avr/mai 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 16 Mo

  • Dans ce numéro : Carmen Blaix, le collectif.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 -o- Pesp_au Un grain de sable dans le projecteur Camille Henrot au LAIT Du 30 mai au 6 septembre 2009. Hôtel de Viviès, Castres Vernissage le 29 mai à 18h. Révélée en 2005 par ses Room Movies -des productions cinématographiques réalisées à la maison : grattage et dessin sur pellicule-, Camille Henrot poursuit son insatiable questionnement des médias relevant à la fois de l'art et de l'industrie, des supports de mémoire dont elle explore le champ des possibles. Avant de découvrir l'exposition Pour ne pas mourir une seconde fois qu'elle présentera au LAIT, l'artiste répond à nos questions. Hélène Dantic : Plusieurs de vos oeuvres ont pris corps sur des pellicules de film, un support qui devient peu à peu obsolète... Qu'est-ce qui vous attire le plus dans ce médium ? Y a-t-il une part de nostalgie ? Camille Henrot : C'est justement du fait de sa disparition que la pellicule m'intéresse. La question de la technologie dépasse celle de la performance. Il y a dans le fonctionnement même du cinéma argentique des composants qui en font un médium tout à fait particulier : la lumière, la chimie, le mouvement rotatif, la mécanique des griffes, la fragilité du film. C'est un processus qui ressemble à celui de la perception humaine. Le film photographique ou argentique tient aujourd'hui la mission de mémoire, de conservation de nos souvenirs : ce sont les bandelettes qui protègent nos morts. Pour se faire, ce rôle de conservation a nécessairement besoin de la matérialité : face à la peur de disparition, on soigne mieux un objet matériel qu'un objet virtuel. L'ironie est que cet objet matériel est finalement lui aussi fragile, car organique. La pellicule c'est un peu comme le mythe dans les sociétés primitives, elle a une fonction ambivalente : elle conserve et périt en même temps. Les images numériques ne peuvent jouer ce rôle : le numérique est une succession de zéro et de un, c'est un processus mathématique qui n'a qu'une seule dimension mais il peut devenir autre. L'outil numérique est mon outil quotidien, il permet l'accumulation, l'association rapide d'idées, le montage, le collage, le rapt des images. King Kong Addition, vidéo, 2007 courtesy de l'artiste Mes films sont souvent une hybridation des deux technologies. Mais il y a autre chose, de l'ordre de l'éthique économique à vouloir conserver la possibilité d'utiliser de l'argentique : c'est un processus qui permet le travail des artisans, qui autorise l'autonomie de l'utilisateur, c'est une technologie que l'homme maîtrise et comprend, elle est transparente. Un habile amateur peut réparer son appareil lui-même, développer et tirer ses propres films. L'argument du numérique est aussi l'autonomie : plus besoin de labo on peut tout faire à la maison mais que se passe-t-il quand il y a une panne ? L'utilisateur est à la merci des industriels. Je ne suis pas nostalgique mais l'idée de retour, de marche arrière me plaît comme une alternative, un moyen de s'offrir un autre choix, de se dérober à quelque chose qui semble inévitable. Dans cette histoire d'argentique/numérique l'industrie impose un progrès qui n'en est pas tout à fait un : le véritable progrès pour le photographe ou le cinéaste -et aussi pour l'amateur- n'est pas qu'une chose remplace l'autre mais de continuer à avoir un maximum de choix. Tout ce qui est spécifique disparaît, le monde tend à l'uniformisation, les surfaces deviennent de plus en plus lisses et j'essaie de résister à ça.
HD : La notion de temporalité semble centrale dans votre démarche, vous aimez l'expérimenter dans ses formes les plus variées : la longueur de votre processus de création sur pellicule, la superposition de trois versions de King Kong (King Kong Addition, 2007), le développement d'une amibe (The Minimum of Life, 20061_ CH : C'est parce que la notion de temporalité est justement le pivot qui fait basculer une chose du général vers le particulier... jusqu'à son retour vers le général. C'est la durée qui permet cette transformation. Je ne conçois pas le temps comme une ligne mais plutôt comme un feuilletage, une géologie dans laquelle les couches peuvent émerger ou s'enfoncer, un peu comme dans le film King Kong où chaque version du film prend tour à tour le dessus. La notion de temporalité ne peut être réellement examinée qu'à travers la relation entre l'homme et son environnement, c'est la raison pour laquelle Dying Living Woman, vidéo, 2005 courtesy de l'artiste King Kong par exemple est une histoire intéressante : peut être est-ce parce qu'à travers le destin de ce personnage monumental, c'est le basculement du rapport de l'homme à son environnement qui se rejoue tous les quinze ans depuis 1933 ? King Kong revient sans cesse, comme une peur souterraine : celle d'un état sauvage terrifiant mais surtout peur de ce que devient ce nouveau monde « civilisé » qui le remplace, celui du music hall et des avions mitrailleurs. HD : Science fiction (Metawolf, 2002), pornographie (Deep Inside, 2005), péplum (sCOpe, 2005), film d'horreur (Dying Living Woman, 2005), vos vidéos précédentes questionnaient des « classiques » du cinéma occidental, leurs transformations au fil du temps, les corrélations avec les époques qui les avaient vus paraître. Pour votre exposition au LAIT, vous abordez l'histoire collective à plus grande échelle : 13



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