Multiprise n°1 mar/avr/mai 2006
Multiprise n°1 mar/avr/mai 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de mar/avr/mai 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : musée Denis Puech Rodez... « Steampunk ».

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 Alain Josseau Le jardin des supplices ou un voyage pour Cythère L’île de Cythère, au Sud du Péloponnèse, est, dans la mythologie grecque, un lieu sacré dédié à Aphrodite et à l’Amour. Ayant nourri l’imaginaire des grands poètes tels Baudelaire et Verlaine, elle pourrait incarner le jardin paradisiaque d’où émerge toute image fantasmatique ou toute représentation : jeux de masques ou de mains, délices ou supplices, désirs et plaisirs... Le travail réalisé par Alain Josseau pour son exposition chez son galeriste toulousain aborde ses rivages, comme le fit Watteau en son temps (L’Embarquement pour Cythère, 1717), ce peintre de fêtes galantes que le jeune artiste cite volontiers. Car une image artistique, quelle que soit sa nature, ne se donne, pour Josseau, qu’en tant que telle (un système propre à déformer le réel et à se reformer ad libitum), le sujet est d’abord prétexte à décortiquer le visible, à mettre à jour les mécanismes de son langage spécifique et autonome. Ainsi, l’artiste nous offre ce qu’il appelle des « images de synthèse » : synthèse des références à l’histoire de la peinture ancienne et récente, synthèse d’opérations de superposition et de trituration des techniques de l’image d’hier à aujourd’hui. Synthèse, également, de la constructionimage dans chacune des quatre peintures grand format exposées chez Sollertis (série Le Jardin des supplices, titre repris du roman d’Octave Mirbeau) : découpage ou plutôt « framisation » 1 du monde, en l’occurrence d’un paysage artificiel, inventé par l’artiste, au sein duquel s’inscrit une femme issue, elle, du réel (son image photographique a été retravaillée sur Photoshop). « Clara » (l’héroïne de Mirbeau), évasive, regarde vers ce que nous supposons être le ciel, focalise sur ses mains, endosse le rôle de la liseuse (de Vermeer à Gerhardt Richter...), ou bien se trouve soumise au supplice des « yeux bandés ». Clara ignore donc la végétation luxuriante qui l’entoure, regarde toujours ailleurs, ne voit pas au dehors, manque son cadre ou son décor. Elle ne voit pas ce que nous nous voyons : des myriades de touches différentielles, de couleurs où le vert domine, des jeux d’opacité et de transparence, de lumière, les rythmes du pinceau dont l’affolement rhizomique peut subitement être suspendu, arrêter le temps, dans l’alibi d’une matière devenue dense, veloutée, et qui forment des tableaux troublants à l’ampleur toute picturale. Perturbations encore et effets multiples de l’image lorsque les trois aquarelles intitulées Paradis se font, à une certaine distance, lithographies ou bien, lorsqu’une vidéo d’une scène de parc filmée en temps réel livre synchroniquement ralentis et accélérations à la limite du visible, d’improbables reflets sur la surface d’un petit lac et fumées inopinées, le tout sur fond de tramage de toile (La machine de Morel – Acte I-, en référence à Adolfo Bioy Casarès). Enfin, chacun des quatre dessins à la mine de plombdécrit, toujours d’après photo, un nu au visage masqué par un amplificateur de lumière (série Excess of Vision). Si ceux-ci, à l’exécution quasi académique, surprennent ici par leur sobriété technique sans effet, l’ensemble de l’exposition n’en est pas moins surprenante au regard des « images de guerre » auxquelles l’artiste nous avait habitués ces dernières années. Pourtant, au-delà du sujet, la logique de l’œuvre se poursuit. Pour s’en convaincre, l’on pourrait considérer les dessins comme des éléments particulièrement explicites de la démarche : le strict dévoilement du système de l’image articulé sur le visible et l’invisible, dont l’interface phénoménologique serait la lumière qui révèle ou aveugle. De l’image naîtraient ainsi danger et jubilation, là même où sa magie tiendrait à sa capacité à nous faire passer de l’autre côté du miroir, à l’égal des plaisirs promis par Cythère... Chrystelle Desbordes. 1 Néologisme formé à partir du mot anglais frame (‘‘cadre »). Exposition à la galerie Sollertis du 16 février au 25 mars Rens. : 05 61 55 43 32 - sollertis@sollertis.com
Alain JOSSEAU : Le jardin des supplices n°3, huile sur toile (150x250 cm), 2006 Alain JOSSEAU : Paradis n°1, aquarelle (80x120 cm), 2006 19



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