MSF Infos n°166 avril/mai 2013
MSF Infos n°166 avril/mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°166 de avril/mai 2013

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Médecins Sans Frontières

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : Mali, plongée au coeur du conflit...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
> dOSSIER En Syrie, sans hÉSItation « Aujourd’hui, les Syriens ne sont plus que des histoires » Piégés, pris pour cibles, privés du plus élémentaire, hommes, femmes et enfants survivent au jour le jour. Au-delà du soin, MSF se fait le relais de leurs mots et leurs histoires. P lusieurs patients partagent l’une des chambres de l’hôpital MSF, auprès d’eux les proches qui les accompagnent. Dans un coin, près du mur de droite, un homme de 35 ans, les yeux bleus clairs, est assis sur son lit. Ahmed* faisait la queue un après-midi de décembre devant la seule boulangerie encore ouverte de la région, avec près de 300 personnes. Il attendait depuis trois heures, ça allait être enfin son tour quand un avion de reconnaissance les a survolés. À peine cinq minutes plus tard « c’est tombé » dit son frère qui était avec lui. L’avion a visé très précisément la file d’attente, la boulangerie, le commissariat, les commerces et un immeuble d’habitation. C’est en brouette puis en moto qu’Ahmeda été transporté jusqu’au poste médical. « J’avais l’impression de ne plus avoir de tête, c’est comme si j’avais été brûlé aux lèvres et à la langue ». Il est arrivé le lendemain à l’hôpital MSF, allongé sur un matelas au fond d’une camionnette. Il a des points de suture au visage, sous le nez et sur la lèvre. Sa langue a été brûlée. Il a aussi une importante plaie à l’épaule gauche, et sa main droite est très abîmée. « Il a arrêté de manger, il refuse de 14 avRIl AVRIL 2013 Msf infos N°166 se laver. Ce sont des gens en souffrance psychologique » explique l’infirmier superviseur MSF. Ce jour-là, il s’est malgré tout passé quelque chose de presque miraculeux. « Mes deux filles étaient avec moi, et elles n’ont rien eu ». Sous le choc de l’explosion, un mur s’est écroulé. Ahmeda protégé ses filles des éclats et elles n’ont souffert que de contusions. Plus loin, un jeune berger d’une quinzaine d’années, les joues creuses, est arrivé fin décembre à l’hôpital. Un jour, cinq étrangers sont arrivés pour lui voler ses moutons. Les hommes ont tiré à bout portant, visant ses jambes pour l’immobiliser. Dans son village, il n’y plus ni farine, ni eau depuis la fin du Ramadan en août dernier. La cuisine se fait au feu de bois. La pharmacie a fermé. Impossible de trouver ne serait-ce que de l’aspirine. La tante du jeune homme est résignée  : « aujourd’hui, les Syriens ne sont plus que des histoires ». * le nom a été modifié I
Ils étaient une centaine ce jour-là pour célébrer la guérison de plusieurs patientes suivies pour la réparation de fistules vésico-vaginales à Jahun. C’est par le biais du théâtre qu’elles ont raconté les épreuves traversées pour venir à bout du handicap, des souffrances et de la stigmatisation. « Je suis guérie. Avec un pagne sec autour de ma taille, je suis prête à retourner vers les miens. Je chante parce que je suis heureuse. Je chante parce que je suis libre. » Ces mots sont ceux de Rabi, une jeune femme de 17 ans. Avec ses bracelets peints et ses boucles d’oreilles tissées de fil rouge et or, Rabi était radieuse devant la foule des officiels du gouvernement et du ministère de la Santé à l’hôpital général de Jahun. L’équipe médicale avait choisi d’ouvrir la cérémonie par une pièce de théâtre. 44 Une jeune femme entre en scène. Elle pleure après trois jours passés en travail pour accoucher d’un enfant mort-né. Et puis les fuites urinaires commencent. La peau de ses jambes et de ses pieds est à vif. Quand elle marche, son pied droit se traîne*. Ignorant les menaces de la belle-mère, son père autorise finalement la jeune fille à se rendre à l’hôpital. Les spectateurs sont alors témoins de son parcours  : préparation, chirurgie, soins postopératoires et > missionS Nigeria Célébrer la « renaissance » des femmes Les fistules sont réparées par la chirurgie. Les personnes sont réparées par le soin. » accompagnement psychologique. Après trois rendezvous de suivi sans que des complications soient apparues, la patiente est considérée guérie. Elle sourit fièrement. Bien coiffée, vêtue d’un pagne neuf, elle est prête à retrouver sa famille. Il ne s’agit pas seulement de santé, mais aussi de dignité retrouvée. « Les fistules sont réparées par la chirurgie. Les personnes sont réparées par le soin », explique Bilkisu Aliyu, éducateur à la santé et conseiller psychosocial depuis 2009. Le rythme des tambours et l’harmonie des voix s’élèvent alors que les patientes, les équipes et les invités se rassemblent sous les ballons et les banderoles. « C’est comme une fête d’anniversaire » remarque un invité. C’est très juste, car pour celles qui souffraient de fistule, la guérison est une renaissance. Chaque année, 370 réparations de fistules sont menées à Jahun, au Nigeria, où ce projet a démarré en 2008. * Le nerf est fortement comprimé durant l’effort d’accouchement et les femmes en perdent parfois l’usage de leurs jambes. Msf infos N°166 avRIl 2013 15



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :