Monaco-Matin n°2015-12-03 jeudi
Monaco-Matin n°2015-12-03 jeudi
  • Prix facial : 1,20 €

  • Parution : n°2015-12-03 de jeudi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 75,6 Mo

  • Dans ce numéro : Fabinho et les Monégasques ont lâché deux points en signant un résultat nul avec Caen (1-1).

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 10 - 11  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
10 11
nice-matin Le dossier Jeudi 3décembre 2015 A vec 150000 ouvertures de comptes en deux ans, nous sommes en passe de devenir la première agence bancaire de France »,annonce fièrement Christian Walosic. Il n’est pourtant pas guichetier,mais buraliste àVence. Derrière son comptoir le représentant des débitants de tabac azuréen, comme nombre de ses collègues, ne se contente plus de vendredes paquets de cigarettes. Il délivre aussi des titres de paiement d’un nouveau genre depuis que Bruxelles, au nom de la libre concurrence, a cassé le monopole de la fameuse « carte bancaire ». C’était en 2009, même si la France a traîné des pieds jusqu’en janvier 2013 pour transposer en droit français cette directive européenne. Depuis il est possible d’acquérir une carte Visa ou Master Card sans avoir à en passer par un établissement financier. Une aubaine pour les exclus du système bancaire, les e-consommateurs, certaines entreprises… Mais, aussi, pour les trafiquants en tout genre etmême les auteurs des attentats de Paris ! 5à6millions d’exclus du système bancaire Moyennant dix, quinze ou vingt euros, selon les marques, le précieux sésame de nos sociétés de consommation est donc, désormais, en libre accès dans les bureaux de tabac, les grandes surfaces ou encore sur Internet. Il suffit de fournir un numéro de téléphone mobile pour créditer ce bout de plastique qui vaut de l’or. Au cours des dix derniers jours, sept plaintes ont été déposées au commissariat de Menton. À chaque fois les victimes décrivent le même scénario… « Bonjour,c’est la police… » Au téléphone les escrocs n’hésitent pas à se faire passer pour des enquêteurs. Ils sélectionnent leurs victimes dans l’annuairetéléphonique, en fonction de leur prénom. « Ils ciblent des gens potentiellement âgés »,explique Stéphane, un enquêteur de la brigade financièredelaSûreté départementale. Les aigrefins leur expliquent que leur compte bancaire a été piraté, qu’une enquête va être ouverte, mais qu’au préalable il fallait payer de pseudos frais de dossier… Pour d’autres ce sont des frais de douanes qu’il fallait acquitter avant de conclureune vente par Internet. « Des frais qui n’existent pas, souligne le policier niçois. De même qu’aucun service ne vous demandera jamais vos codes confidentiels par téléphone. » Et pourtant nombreux sont ceux qui se sont déjà fait avoir. Des escrocs nommés Napoléon ou Azerty Le point commun entre ces affaires résolues récemment sur la Côte d’Azur,ce sont les cartes prépayées. À chaque fois les escrocs Le nouvel Eldorado des Sœurs jumelles des cartes bancaires, ces nouveaux titres de paiement vendus chez les buralistes ou en grandes surfaces rendent bien des services àleurs utilisateurs… Mais aussi aux criminels « Aujourd’hui, il est quasiment impossible de vivre sans, souligne Alain Bousquet, président de la fédération national des associations contre les abus bancaires (FNA- CAB). Pour réserver une chambre d’hôtel ou ne serait-ce que faire le plein d’essence en pleine nuit, il vous faut une carte bancaire. Le problème c’est que bon nombre de nos concitoyens en sont exclus, parcequ’ils ont été fichés par leur banque àlasuite d’un incident. Cela concerne cinq ou six millions de personnes en France, rappelle cet Antibois. Il faut bien que ces invitaient leur victime à en acquérir une, puis ils se faisaient communiquer les codes d’activation pour vider la carte. Rien de plus simple, ces titres de paiement permettent d’effectuer des virements internationaux. Et lorsque les policiers tentent de les tracer,ils remontent souvent à des identités frauduleuses. « Ils s’appellent tous Napoléon Bonaparte ou Azerty », souffle Stéphane. Les obligations relatives à ces cartes ne sont en effet que déclaratives. La plupart du temps il suffit d’un numéro de téléphone mobile pour ouvrir un compte. En passant par des cartes Sim elles aussi prépayées, on peut donc rester parfaitement anonyme. 2 CARTES VISA cnez kas comme,e.n, iletlraz tlans Wes.eelulreuts ans-fere. de l'argent de Carlo âuarm- Lutin.des ddses cornik. banannn- sans vedeUtdenee Moyennant dix, quinze ou vingt euros, selon les marques, ces cartes prépayées sont, désormais, en libre accès dans les bureaux de tabac, les grandes surfaces ou encore sur Internet. Une aubaine pour les escrocs L’argent sale ou dissimulé dans un paradis fiscal peut être retiré directement au distributeur. gens-là trouvent une solution. La carte prépayée en est une ! » Un anonymat qui profite aux criminels Selon la banque de France, près de 116 000 personnes se sont ainsi vues retirer leur carte de paiement l’an passé. Ils sont la principale cible commerciale des sociétés Tarnscash, Nickel, PCS, Veritas, Ucash… Il existe en fait près d’une trentaine d’opérateurs, preuve de la vitalité de ce nouveau marché. Du coup, pour permettreaux usagers de s’y retrouver, Fabienne Iselin aeu l’idée de créer un comparateur en ligne. « J’ai 25000 visiteurs uniques par mois », annonce-t-elle fièrement. Qui sont ces utilisateurs de cartes prépayées ? « Tous ceux qui sont interdits bancaires. Ceux qui, comme moi, ne veulent plus utiliser leur carte de crédit sur Internet de peur de se faire pirater. Des entreprises, aussi, qui les mettent àladisposition de leurs salariés en déplacement pour couvrir leurs frais. Et puis il yaceux qui veulent envoyer de l’argent àl’étranger… » Dans la grande délinquance, ces nouveaux titres de paiement, qui sont parfois vendus par paires, sont même utilisés pour transférer de l’argent sale d’un pays à un autre. Dans le cas de la prostitution par exemple : « Les filles déposent sur leur carte leur recette de la nuit au premier bureau de tabac venu. Et le mac resté tranquillement en Roumanie ou en Bulgarie peut retirer l’argent au premier distributeur venu. La transaction est faite au nom de la banque, pas au sien »,explique un autreenquêteur azuréen qui est tombé, au cours d’une affaire, sur un gros bonnet de l’évasion fiscale qui en avait quatredans sa poche. « Les siennes lui avaient été fournies directement par son banquier Suisse. Elles étaient créditées àdistance depuis ses comptes offshore. Comme ça, il pouvait retirer tranquillement l’argent qu’il avait dissimulé au fisc français, n’importe où dans le monde, y compris dans l’Hexagone. Plus besoin du coup d’aller en Suisse pour récupérer des liquidités au risque de se faire pincer par la douane. » Pour ce spécialiste de l’économie souterraine « sionavait voulu faciliter le blanchiment d’argent, on n’aurait pas trouvé mieux ! » Ces cartes prépayées ont en quelque sorte importé en France le secret bancaire si cher aux paradis fiscaux. Hormis la possibilité d’être à découvert, ces cartes prépayées offrent en effet les mêmes services que leurs sœurs jumelles adossées àuncompte en banque. « Onpeut payer en magasin, retirer au distributeur et même effectuer des virements », explique Fabienne Iselin. « En toute discrétion »,précisent en outre sur leur emballage la plupart des opérateurs. Car au moment de l’activation de votre carte de paiement par SMS ou sur Internet, il ne vous est rien demandé de plus qu’un numérodetéléphone mobile. Elles sont donc anonymes. Du moins en dessous d’un certain volume de transactions. « Au-delà de 1000 euros de débit par an il faut fournir une copie de sa pièce d’identité et un justificatif de domicile », souligne Fabienne Iselin qui reconnaît avoir dû àplusieurs reprises faire le gendarme sur son forum pour exclure « les fraudeurs » qui expliquaient comment contourner ces contraintes légales. « Leplus simple est encore de multiplier les cartes prépayées sans jamais dépasser les seuils autorisés », souffle Stéphane, un enquêteur de la brigade financière. Les trafiquants de tout poil l’ont vite compris. Les terroristes aussi. L’enquête sur les attaques du vendredi 13 à Paris a d’ailleurs démontré que de telles cartes prépayées avaient été utilisées par les auteurs des attentats pour louer des chambres d’hôtel. Bercy veut les réglementer « Sides terroristes parviennentàcommettre des attentats,c’est parce qu’ils peuventseprocurer des ressourcesfinancières pour ce faire, en Franceetàl’étranger »,soulignait en début de semaine le ministredes Finances Michel Sapin. Et les cartes prépayées constituent l’un de cesmoyens. Des cartes suisses quasi illimitées « Elles sontutilisées dans l’économie souterraine, dans la criminalitéorganisée. C’est un outil qui remplacelecash, très discret,pas tracé »,déplorait pour sa partBruno Dalles,le patron de Tracfin. Voilà pourquoi Bercy veut davantage contrôler ce moyen de paiement qui, en dessous de 1000 € dedébit par an et 2500 € decrédit, est quasi-anonyme.Ils’agit d’abaisser encoreces seuils. C’était prévu dans le cadred’une directiveeuropéenne. Mais pas avant 2017. Il s’agit donc d’accélérer le processus. Resteàsavoir si la Suisse ysera soumise.Car un petit tour sur les sites Internet de banques helvétiques permet de mesurerl’enjeu : onyventeallègrement des cartes prépayées,baptisées offshoreouanonymous permettant de retirer jusqu’à 10000 € par jour sur des distributeurs français !
nice-matin Le dossier Jeudi 3décembre 2015 cartes bancairesprépayées « Certains se sont engouffrés danslafaille » « Moi, mon patron c’est Bercy et ma société de facturation c’est Logita, ex-Seita, autrement dit l’État », indique Ludovic, buraliste niçois, pour souligner « l’hypocrisie de ce système ». Comme beaucoup de ses confrères il vend des cartes de paiement. La fédération des buralistes est même actionnaire minoritaire delasociété qui commercialise la carte Nickel, l’un des principaux opérateurs du marché. « Pour nous, c’est un produit de diversification qui compense la chute du tabac », explique Christian Walosic, le président des buralistes azuréens. « 3000 ou 4000 € cash sur le comptoir… » Un « produit » aujourd’hui tout autant décrié que la nicotine depuis que le parquet de Paris aannoncé que ces cartes prépayées ont servi à l’organisation des attentats du vendredi 13. Voilà qui n’étonne guère Ludovic, pas dupe des « bateaux » que lui servaient certains de ses clients. « Ils disaient que c’était pour jouer au PMU, ou pour payer l’hôtel avec leur maîtresse… Surtout au début, il yadeux ou trois ans. Certains déposaient 3000 ou 4000 euros de cash sur le comptoir. D’autres y passaient une demi-heure pour créditer la vingtaine de cartes en leur possession : 200 € sur celle-là, 450 € sur celle-ci… Ils faisaient bien attention ànepas dépasser les montants maximums pour rester anonymes. Il yavait les tapins, aussi. Et même ce gars catalogue visible sur www.hvmc.com Ludovic, buraliste niçois n’est pas dupe : « des usages dévoyés il yena… » qui m’en a pris tout un lot pour que son cousin puisse cantiner… En prison ! » « Pour ma fille en voyage scolaire » Des usages dévoyés de ces cartes de paiement, Ludovic le dit sans tabou : « Ilyenaettout le monde le sait ». Àcommencer par son « patron », l’État. « C’est ainsi dans la société d’aujourd’hui, dès qu’il y a une faille, il ne faut pas deux heures pour que certains trouvent le moyen de s’y engouffrer », souffle le buraliste niçois. « Pourtant ces cartes ont une vraie utilité, reconnaît-il. J’ai des amis, en instance de divorce qui yont eu recours. Vous savez comment c’est les divorces… Ça se passe rarement bien. Ils se sont retrouvés avec leurs comptes bloqués. Ça les avraiment aidés às’en sortir. Il y a aussi beaucoup de gens interdits bancaires qui les utilisent. Pour eux, c’est bien. » De l’autrecôté du comptoir et dans un autre tabac du quartier, Malik avoue être client : « J’en ai une, c’est pour mes achats sur Internet, confie-t-il. Au moins, si je me fais pirater, je suis sûr qu’ils ne me prendront pas plus que le montant HôTEl dES VENTES dE MoNTE-CArlo MoNTE-CArlo AUCTioN HoUSE CHANTAl bEAUVoiS &FrANCk bAillE que j’ai crédité sur ma carte. Je l’ai passé à ma fille, aussi, lorsqu’elle est partie en voyage scolaire àLondres. C’est quand même plus pratique que de confier du liquide à des enfants. Et en cas de problème, j’aurais pu remettre de l’argent sur sa carte. » Pourtant, Malik lui non plus n’est pas dupe : « Jesais que certains s’en servent pour faire des achats sur Cdiscount. Ils payent le premier versement, se font livrer à une adresse quelconque… Et évidemment lorsque les échéances suivantes arrivent, il n’y aplus rien sur la carte ! » VENTES AUX ENCHèrES pUbliqUES mErCrEdi 9déCEmBrE à14h30 Et jEudi 10 déCEmBrE 2015 à14h30 Età18h30 imPOrtANtS BijOuX Exposition publique à l’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo : du vendredi 4 décembre 2015 à 15h au lundi 7 décembre 2015 de 10h à 12h30 et de 14h30 à 19h, mardi 8 décembre 2015 de 10h à 12h30 et de 14h30 à 20h 10-12 Quai Antoine 1er -98000 mONACO -00377 93 25 88 89 acdussel@hvmc.com Il adit « Même si je n’étais plus interditebancaire » Kathleen,une Niçoise de 34 ans Kathleen aouvert uncompte Nickel il yadésormais près d’un an. « C’est ce qui me sert decompte bancaire au quotidien », explique cette Niçoise de 34 ans. Si elle yaeurecours, c’est parce que Kathleen s’est retrouvée interdite bancaire. « Ducoup les services que m’offrait ma banque ont été très plafonnés. Je ne pouvais quasiment plus rien faire avec macarte bancaire, constate lajeune femme. » Le seul hic… Pourtant son compte Nickel semble beaucoup moins bridé : « Dès que je dépose des sous dessus je suis immédiatement créditée alors qu’avant ça pouvait prendre dutemps. De même les débits sont instantanés et donc je sais en temps réel où j’en suis. C’est moi qui ai fixé mes plafonds de retrait et de paiement. Même s’il ne me reste que cinq euros sur mon compte jepeux quand même me servir demacarte pour payer une bricole. » En revanche, Kathleen ne peut pas être àdécouvert. Etelle ne trouve çapas si mal. Dans certains magasins elle peut tout de même « payer en 3fois ». « Le seul hic, assure cette Niçoise, c’est que je ne peux pas déposer de chèque sur mon compte. Mais comme je suis payée par virement, ce n’est pas si grave. » Du coup Kathleen avoue que le jour où son interdiction bancaire sera levée, elle réfléchira àdeux fois avant de retourner vers une banque traditionnelle. « Cequi est sûr, annonce-t-elle, c’est que je ne fermerai pas mon compte Nickel pour autant. » Dossier : Éric Galliano egalliano@nicematin.fr Photos : Jean-François Ottonello 600 lOtS Experts Bijoux : ChantalBeauvois et Arnaud Beauvois



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 1Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 2-3Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 4-5Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 6-7Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 8-9Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 10-11Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 12-13Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 14-15Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 16-17Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 18-19Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 20-21Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 22-23Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 24-25Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 26-27Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 28-29Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 30-31Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 32-33Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 34-35Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 36-37Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 38-39Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 40-41Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 42-43Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 44-45Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 46-47Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 48-49Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 50-51Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 52-53Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 54-55Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 56-57Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 58-59Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 60-61Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 62-63Monaco-Matin numéro 2015-12-03 jeudi Page 64