Monaco-Matin n°2015-03-07 samedi
Monaco-Matin n°2015-03-07 samedi
  • Prix facial : 1,50 €

  • Parution : n°2015-03-07 de samedi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 62,5 Mo

  • Dans ce numéro : Michael Graydon retrouvé mort.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Le dossier Grippe : unlourd tribut L’épidémie pourrait être àl’origine de 1112 décès de plus en Paca dont 239 dans notre département. Une région très touchée cet hiver, même si le virus H3N2 n’explique pas tout L agrippe est aux hypocondriaques ce que la fable d’Ésope est aux enfants turbulents : unpeu comme Pierre avec le loup, chaque hiver on annonce l’imminence d’une catastrophe sanitaire… qui n’a finalement pas eu lieu, en 2010, avec le virus H1N1. Cinq ans après cette crise de confiance qui afait chuter le taux de vaccination de la population, la France redécouvre, forcément dans la douleur,que la grippe peut êtremortelle. Au niveau national, la souche H3N2, dont la virulence était connue dès le mois de décembre 2014, serait responsablede8500 décès de plus en l’espace de quelques semaines –soit un bond de 19% dutaux de mortalité. 26% de surmortalité dans le département Dans ce décompte macabre, la région Paca paye un lourd tribut : au4mars, l’Institut de veille sanitairea dénombré très exactement 1112 morts de plus qu’une année « normale ». Une hécatombe qui aparticulièrement frappé les plus âgés dont le taux de surmortalité atteint près de 30% audelà de 85 ans. « On dénombre en moyenne 47000 à48000 décès chaque année dans notre région, explique le D r Francis Charlet, responsable du département de veille et de sécurité sanitaire à l’Agence régionale de santé (ARS). Aujourd’hui, nous avons chaque jour une trentaine de décès de plus par rapport à cette moyenne. » Depuis le début de l’année, le taux de surmortalité arrêté au 4mars atteint 21% Pour le P r PatriceBrocker, chef du service de gérontologie clinique du CHU de Nice, cettesurmortalitéimputée à la grippe soulève une question : « Combien de ces patients étaient vaccinés ? Et leur entourage familial et professionnel l’était-il ? » Pour ce professionnel de la santé, « il faut absolument reprendre en main la politique vaccinale » de notre pays. « Avec le H1N1, les gens ont eu des doutes sur l’efficacité de la vaccination. On a laissé Nombre de cas de grippe en PACA (pour 100 000 habitants) 1500 1200 900 600 300 0 Source : Réseau Sentinelles (167 morts de plus) dans le Var, et même 26% (239 morts de plus) dans les Alpes-Maritimes. Comme la canicule de l’été 2003 Ce taux de surmortalité, « l’un des plus forts de France »,s’explique en partie par des raisons démographiques. « Beaucoup de personnes âgées résident dans cette région »,rappelle le D r Charlet. Or les plus de 85 ans ont été les principales victimes de cette épidémie. « Il s’agit de personnes déjà fragilisées », rappelle le D r Pierre-Marie Tardieux. Le responsable de l’unité mobile de gérontologie du croire que les vaccins hépatiques donnaientlasclérose en plaques,alors qu’il n’y a pas la moindre preuve. » Pour lui, la conséquence, c’est qu’aujourd’hui « on est obligé d’établir un nouveau calendrier vaccinal,parce qu’on est confronté à plein de cas de coqueluche y compris chez des personnes âgées. » « Ilfaudrait que 75% de la population soit vaccinée » Quant à la surmortalité constatée cet hiver,elle 2013 CHU de Nice n’hésite pas à faire le parallèle avec la canicule de 2003 (lire page cicontre).Même si le Sud-Est, habitué aux fortes chaleurs, avait moins souffert que le reste de la France àl’époque. À croire que les habitants des Alpes-Maritimes sont plus vulnérables au froid. Outre les raisons démographiques, ce tropisme s’explique sans doute aussi par des raisons épidémiologiques difficiles à cerner. « On sait que des facteurs comme la météo ou encore la promiscuité de l’habitat ont une influence, mais ces facteurs sont difficilement quantifiables »,explique le D r Charlet. 1100 cas 2012 pourrait aussi trouver son origine dans la méfiance des Français à l’égard de la vaccination. « Commentvoulez-vous que l’on empêche la grippe de se propager,dès lors que moins de 20% des personnels institutionnels sont vaccinés ? Même les personnels de santé ne sont pas vaccinés alors qu’ils sont en contact avec des personnes vulnérables ! » Sur la même longueur d’onde, le D r Charlet, de l’agence régionale de santé, rappelle 2015 Janvier Février Mars Au-delà des raisons locales qui pourraient expliquer l’importance de l’épidémie dans le Sud-Est de la France, reste le contexte général : celui d’un virus H3N2 dont la virulence était connue dès la fin de l’année dernière. L’agence régionale de santé assureavoir immédiatement pris des mesures pour à la fois informer les médecins libéraux et désengorger les services hospitaliers. La vaccination, seul rempart efficace 2014 2015 National Virus mutant Pour autant, « lameilleure parade contre la grippe reste la vaccination »,rappelle le D r Charlet. Àlacondition toutefois que ce sérum préventif soit adapté au virus qu’il est censé combattre. Or la grippe a eu le mauvais goût de muter au cours de l’hiver. Ce responsable de l’ARS reconnaît que, du coup, « l’efficacité du vaccin aété divisée par deux ». De quoi apporter de l’eau au moulin des anti-vaccins ? Si ce n’est que les pragmatiques déshydratés par une forte fièvre grippale devraient néanmoins préférer un verre à moitié plein plutôt qu’un verre complètement vide. Dossier : Eric GALLIANO egalliano@nicematin.fr que le meilleur des remèdes est encore la prévention. « Or, depuis 2009-2010 et le H1N1, le taux de vaccination contre la grippe n’a cessé de baisser.Pour la première fois depuis longtemps, il pourrait être légèrement en hausse cette année. Mais une personne sur deux n’est toujours pas vaccinée. Alors,que pour lutter efficacementcontrelagrippe, il faudrait que 75% de la population le soit. On en est très loin ! » nice-matin Samedi 7mars 2015 Infographie Rina UZAN Les grandes épidémies La grippe « russe » Survenue durant l’hiver 1889-1890,cette épidémie due à un virus de souche H2N2 avait fait un million de morts. La grippe « espagnole » Entre 30 et 80 millions de personnes dans le monde ont succombé à l’épidémie de l’hiver 1918-1920. La pire grippe de l’histoire. La grippe « asiatique » Durant l’hiver 1957-1958 elle aurait fait autant de morts que la grippe « russe » dusiècle précédent. Elle était également de type H2N2. La grippe « deHong Kong » Le sous-type impliqué lors de l’hiver est de même type que cette année.Cette grippe avait fait près d’un million de morts au cours de l’hiver 1968-1969. La grippe « A » Elle devait conduire à une catastrophe sanitaire en 2009-2010. Elle atout de même fait plus de 18000 morts. La grippe de 2014-2015 Elle est déjà considérée comme plus virulente que la grippe A. Selon l’ARS c’est même « l’une des pires grippes de ces dix dernières années ». « Une personne sur deux n’est toujours pas vaccinée », déplore leD r Charlet. (Photo P.C.)
Le dossier dans les Alpes-Maritimes « Cet hiver, nous avons été sur la brèche. Comme lors de la canicule de 2003, même si dans une moindre mesure »,confie Pierre-Marie Tardieux, responsable de l’unité mobile de gérontologie du CHU deNice. (Photo Nice-Matin) « En 2003, avec la canicule, nous étions sur la brèche tout le temps, se souvient le D r Pierre-Marie Tardieux, responsable de l’unité mobile de gérontologie du CHU de Nice. Certes, dans une moindre mesure, mais cet hiver aussi, nous avons été sur la brèche. » Si ce médecin azuréen fait le parallèle entre deux crises aux antipodes thermiques, c’est parce que d’un point de vue sanitaire, elles seraient très liées. « C’est le même phénomène, assure le D r Tardieux. On assiste àune surmortalité des sujets les plus âgés et les plus fragiles, souffrant souvent de polypathologie. Il s’agit d’un phénomène aigu lié en 2003 aux fortes chaleurs et cet hiver àlagrippe, mais qui pourrait tout aussi bien être engendré par une épidémie de gastro ou tout autre virus. » Pour ce praticien, la surmortalité àlaquelle on assiste est avant tout due àla fragilité des sujets décédés. « Comme en 2003, je pense que l’on assiste surtout àune anticipation des décès. » Le P r Patrice Brocker, chef du service de gérontologie clinique du CHU de Nice, confirme : « Lagrippe aenquelque sorte avancé le décès de personnes qui étaient susceptibles de ne pas passer l’année. » Il se souvient d’ailleurs qu’au lendemain de la canicule, dans les mois qui avait suivi, la mortalité était en fait redescendue en dessous des seuils habituels. Photos : F.Gibrat -iStock « La grippe a en quelque sorte avancé le décès de personnes qui étaient susceptibles de ne pas passer l’année », explique Patrice Brocker, chef du service de gérontologie clinique du CHU deNice. (Photo François Vignola) Des décès « par anticipation » comme avec la canicule de 2003 Effetparadoxaldel’allongement de l’espérance de vie Un peu comme si la grande faucheuse avait eu son quota d’âmes. Elle les aprises d’un coup, mais n’en voulait pas davantage pour autant. Lissée sur l’année, la surmortalité liée àcette méchante grippe risque donc d’être moins flagrante. Le D r Tardieux poursuit d’ailleurs la comparaison avec 2003 : « Àl’époque, mes patients les plus vieux avaient plus de 75 ans. Aujourd’hui, ils ont plus de 85 ans. Or, 85% de ces plus de 85 ans vivent toujours chez eux et sont parfaitement autonomes. Les médecins ont plutôt bien fait leur boulot, souligne ce praticien. Onagagné dix ans en dix ans. Aujourd’hui, il arrive que l’on pose un pacemaker àdes gens qui ont plus de 80 ans. Certains de mes patients cumulent jusqu’à cinq pathologies. Forcément, ils sont plus vulnérables au moindre virus… » Et le miracle, entretenu jusque-là grâce aux progrès de la science, s’achève. ENTRÉE 4,50 € GRATUIT -18ANS nice-matin Samedi 7mars 2015 Ils témoignent ● Cassants,18ans,deNice : Cassants alaforce de l’âge. Cette Niçoise n’aque 18 ans. Et pourtant, la grippe aeuraison de sa jeunesse : « Jel’aiattrapée cethiver. Comparé aux raresfois où je l’ai eue, cettefois-ci je suis montéeà39,8°C de fièvre et je ne pouvais plus bouger. J’aiété mise sous antibiotiques durantune semaine mais ma grippe s’est transformée en bronchite. Ça aété les deux semaines les plus horribles… » ● Didier,53ans,deLaCrau : « J’aieulagrippe au mois de janvier durantune semaine. J’avais une fièvre de cheval(40°C), des vomissements,des courbatures,des maux de tête terribles,aupointque j’ai fini aux urgences avec une perfusion d’antibiotiques. On m’aaussi fait une ponction lombaire. Lesmédecins pensaientque j’avais une méningite. J’ai perdu 4kilos et il m’afallu un mois pour m’en remettre. Pourtant,jesuis sportif et en bonne santé ! Jecomprends qu’il yait des personnes âgées ou faibles qui décèdent. L’année prochaine, je ferailevaccin. » ● Corinne,65ans : « J’ai65ans. Je suis rarementmalade. Tout au plus un petitegrippette, mais rien de grave. Cetteannée, je me suis retrouvée avec 39°C de fièvre, des douleurs très fortes àlatête, mal aux oreilles,mal àlagorge… J’en suis au sixième jour. Jetousse. C’est descendu sur les bronches et je suis extrêmementfatiguée. » ● Ghyslaine,61ans,deVallauris : « Jesuis en plein dedans ! J’aide la fièvredepuis lundi. Et ça ne s’arrange pas. Le médecin est encorevenu ce matin. En plus,maintenant, j’ai une bronchiteasthmatiforme. Je n’en peux plus ! Latoux, les glaires… C’est épuisant. Je pense àmefaire vacciner l’année prochaine… en espérantqu’elle ne mutepas. » DIMANCHE 8MARS DÈS 12 H GRANDCRITERIUM NICE-MATIN 8COURSES AU TROT ANIMATIONS GRATUITES POUR ENFANTS hippodrome-cotedazur.com



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