Métro Montréal n°2021-03-26 vendredi
Métro Montréal n°2021-03-26 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-03-26 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 18,3 Mo

  • Dans ce numéro : l'ultime défi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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26-28 MARS 2021 D’impérissablesétés « Il y a une phrase d’Albert Camus que j’aime tant  : « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été ». Ça me porte complètement », affirme Guylaine Tremblay. Tout comme le personnage qu’elle incarne en solo dans la pièce Les étés souterrains, la populaire actrice se sent revigorée par la saison chaude. Ça tombe bien, nous l’avons rencontrée en compagnie du dramaturge SteveGagnon sous un soleil radieux. La femme sans nom à qui Guylaine Tremblay prête ses traits est prof de français. Chaque été, elle renait lors de ses vacances estivales passées en Provence, là où se trouvent ses amis, ses amants, ses êtres chers. C’est à eux qu’elle s’adresse tout au long de ce monologue en deux temps. Car ces étés refuges au soleil sont devenus souvenirs du passé. Atteinte d’une maladie dégénérative, elle vit désormais en CHSLD. D’où le titre Les étés souterrains. « On rencontre cette femme à travers ses étés en Provence, mais que deviennent ces étés quand ils ne sont plus qu’un souvenir ? Sont-ils dans le passé, dans la mémoire ? questionne SteveGagnon, auteur de la pièce et comédien (District 31, L’échappée). Non, ils sont encore là, mais ils ne sont pas visibles à la surface… » « …Mais ils sont encore hyper vivants en dedans », renchérit la comédienne. Sa protagoniste ne s’est jamais sentie aussi débordante de vie que lors de ces étés auprès des siens. « On haït l’hiver toutes les deux ! lance Guylaine Tremblay en riant. Des étés souterrains, il faut que je m’en garde en dedans de moi. Sinon, ce serait trop lourd. » Depuis son CHSLD ou sa maison estivale, cette femme s’adresse à ses amis avec passion, entrain et vigueur. Ce monologue est une puissante prise de parole d’une femme forte, assumée, libre, affirmée, qui ne s’excuse de rien. « Oui, je parle tout l’temps et je parle fort », clame-t-elle dans la pièce. « Ce que trouve beau chez cette femme est sa force de vie. Je la trouve pleine de courage et de dignité, soutient Guylaine Tremblay. Elle mord dans la vie jusqu’au bout, et c’est ce que j’essaie de transmettre sur scène. Je la trouve lumineuse. » Cette femme aurait pu en irriter certains, car elle n’est pas de tout repos, mais sa chaleureuse interprète lui confère un charme certain. « Tu avais peur que les gens n’aient pas d’empathie pour elle, lui dit SteveGagnon. Mais dans l’œil du public, tu es l’opposé de la femme chiante, castrante, dérangeante. Ça nous a donné une marge de manœuvre. » Coup de foudre professionnel La complicité entre SteveGagnon et Guylaine Tremblay est forte. Le dramaturge a créé cette pièce spécifiquement pour l’actrice chouchou des Québécois. L’anecdote est savoureuse  : lorsqu’il a vu Guylaine Tremblay confier en entrevue à Véronique Cloutier qu’elle aimerait relever le défi de jouer un solo au théâtre, il lui a immédiatement envoyé un texto. « Il était tard le soir en plus ! se souvient-il en riant. Malheureusement pour toi, j’avais ton numéro de téléphone ! » « Ben non, j’étais tellement contente ! » lui répond l’actrice, qui a accepté avec plaisir son invitation. « Quand il écrit, c’est très, très bon », soutient-elle au sujet de SteveGagnon, notamment reconnu pour son essai littéraire Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles. Avant d’écrire la pièce, il tenait à savoir quels thèmes interpellaient la comédienne. Bien avant la pandémie, Guylaine Tremblay était préoccupée par la solitude des personnes en CHSLD. « Ça commençait à arriver dans ma vie, donc ça me touchait personnellement », dit-elle. SteveGagnon s’est alors inspiré de discussions qu’il a eues avec des MARIE-LISE ROUSSEAU mlrousseau@journalmetro.com « ON NE POUVAIT PAS LE SAVOIR, MAIS C’EST UN SHOW PARFAIT POUR LA RÉOUVERTURE DES THÉÂTRES, PARCE QUE SANS PARLER DIRECTEMENT DE LA PANDÉMIE, ÇA TOUCHE DES THÈMES QUI NOUS ONT MARQUÉS DANS LA DERNIÈRE ANNÉE, COMME L’ISOLEMENT ET LA SOLITUDE. » STEVE GAGNON, DRAMATURGE résidents en CHSLD. L’une d’entre elles, une sociologue, lui avait dit  : « Ce n’est pas parce que je suis immobile que je ne peux pas être utile à la société ». Sa protagoniste, elle, continue de se sentir utile par sa prise de parole. « Pour elle, on construit par la parole », souligne son auteur. En découvrant sa maladie, elle réfléchit à ses choix de vie, remet en cause certaines de ses décisions. Bref, elle entreprend un grand examen de conscience, mais sans jamais éprouver de regrets. « Je ne sais pas si tu te rappelles, dit SteveGagnon en s’adressant de nouveau à sa collègue, mais une des premières choses que tu m’as dites lorsque je t’ai parlé du personnage, est que tu ne voulais pas qu’elle tombe dans le regret. Elle assume les choix qu’elle a faits. Son indépendance et son besoin d’être complètement affranchie l’ont amenée à passer à côté de certaines choses, mais elle ne le regrette pas. » Un défi supplémentaire Non seulement cette pièce est le premier solo à vie de Guylaine Tremblay, mais elle marque la réouverture tant attendue des théâtres. À l’origine, Les étés souterrains devait être présenté en avril 2020. « Il était temps, parce qu’elle allait le faire dans une rue, son solo ! » blague SteveGagnon. Depuis un an, l’actrice répète ce texte. « C’est comme si on brassait une sauce depuis un an, mais qu’on ne la servait jamais », illustre-t-elle. La pause forcée par la pandémie aura permis à la metteuse en scène Édith Patenaude de peaufiner la présentation de ce monologue. « Édith contourne formidablement bien deux pièges  : celui du champêtre de la Provence et celui du misérabilisme du CHSLD », se réjouit SteveGagnon, qui a vu le résultat final. L’écriture remplie d’humour du dramaturge et la mise en scène épurée rendent la pièce émouvante sans être écrasante, ajoute Guylaine Tremblay. « On est touché tout en étant amené à avoir une réflexion importante sur notre autonomie, la solitude, l’amitié, l’amour… » Assumant toute son admiration pour sa muse qui brille depuis des années à la télé, au théâtre et au cinéma, et ce, tant en comédie qu’en drame, SteveGagnon a voulu lui proposer un défi supplémentaire. « Je trouvais que le fait que tu sois seule en scène n’était pas assez un gros challenge pour toi ! lui dit-il pendant qu’elle éclate de rire à ses côtés. J’ai voulu te créer un défi dans le défi en ayant à jouer sur deux temps, avec cette transformation du corps. Selon moi, c’est un défi beaucoup plus à la hauteur de la GRANDE femme que tu es. » Flattée, la comédienne qui a joué d’innombrables rôles marquants réitère que c’est « fabuleux » de se faire offrir un tel personnage. « Ma plus grande crainte dans ce métier était de toujours faire la même chose. C’est pourquoi je me suis arrangée pour faire toutes sortes d’affaires sans aucun snobisme. Pour moi, jouer un Bye bye, un show de Steve, un téléroman ou un film de Bernard Émond, c’est la même chose. Il faut être vrai partout. » UN PEU D’INFO  : Les étés souterrains Du 30 mars au 8 mai au Théâtre La Licorne PHOTO  : JOSIE DESMARAIS/MÉTRO
Musique. Encore un hommage à Leonard Cohen ? Oui, mais celui-ci donne des frissons. Il est mené par le duo suédois First Aid Kit, formé des sœurs Johanna et Klara Söderberg. Leur album Who By Fire, captation d’un spectacle présenté en 2017, rend un vibrant et magnifique hommage au poète des poètes. En écoutant cet enregistrement, on est porté par les mots de Cohen, ainsi que par sa musique, réarrangée pour l’occasion par First Aid Kit et une poignée d’artistes invités. C’est incarné, ressenti, solennel et empreint d’une puissante charge émotive. Surtout, c’est très différent des performances habituelles de First Aid Kit. « D’habitude, on joue nos chansons et on échange avec le public, confie en entrevue Johanna. Là, c’était très sérieux, tout le monde était très concentré. C’était une performance continue et très structurée. » Une performance qui garde l’auditeur captif du début à la fin, entremêlant habilement les grands classiques de Cohen (So Long Marianne, Suzanne, Hallelujah), ses chansons plus sombres (The Future), Everybody Knows, You Want It Darker) et quelques poèmes récités (Tired, The Asthmatic, Prayer for Messiah). « C’était important pour nous d’avoir un bon équilibre entre l’ombre et la lumière », résume Johanna au sujet du choix déchirant qu’elles ont dû faire pour ne retenir que 20 titres du gigantesque artiste. « Il y a tellement d’humour dans sa musique, mais aussi beaucoup de noirceur et de textes plus politisés… » poursuit Klara. « …et de spiritualité, ajoute sa sœur. Comme Show M e The Place, c’est presqu’une chanson gospel. Même chose pour If It Be Your Will. On voulait toucher à toutes ces facettes de Leonard Cohen. » Une immense inspiration Ce n’est pas la première fois que les musiciennes se frottent aux talents de la scène montréalaise. Grandes admiratrices et dignes héritières des Sœurs McGarrigle, elles ont offert il y a quelques années une impressionnante interprétation de la chanson Complainte pour Sainte-Catherine. La musique et la poésie de Leonard Cohen sont apparues dans leur vie alors qu’elles étaient adolescentes. « Nous avions 17 et 14 ans lorsqu’on l’a découvert, L’ULTIME CHALLENGE CKOI 30000$ D’ÉLECTRONIQUE À GAGNER WEEK-END 9 Faire revivre l’œuvre de Leonard Cohen MARIE-LISE ROUSSEAU mlrousseau@journalmetro.com Johanna et Klara Söderberg forment le duo First Aid Kit./GRACIEUSETÉ SONY MUSIC « On ne lui arrive pas à la cheville, il est un million d’étages au-dessus de nous dans la tower of songs ! » Johanna Söderberg, à propos de Leonard Cohen raconte Johanna. À cet âge, la musique qu’on écoute nous accompagne pour le reste de notre vie, donc son œuvre nous a définitivement façonnées. » Lorsqu’elles sont en panne d’inspiration, les deux artistes se tournent instinctivement vers lui. « On revient à ses chansons ou on attrape un de ses livres et on essaie d’imiter son art, ou presque, car il est tellement un maître des mots… », lance Johanna. « Il est inimitable, mais on essaie ! » nuance sa sœur en riant. Une fois la pandémie terminée, First Aid Kit espère pouvoir présenter ce spectacle à Montréal. « On aimerait aussi faire le tour de la ville, visiter tous les endroits qui ont inspiré Cohen », souhaite Johanna.



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