Métro Montréal n°2021-03-10 mercredi
Métro Montréal n°2021-03-10 mercredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-03-10 de mercredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : covid-19, 1 an.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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journalmetro.com Mercredi 10 mars 2021 CULTURE Flou artistique pour les arts de la scène Crise. Après un an de pandémie, les arts de la scène – musique, théâtre, danse, cirque, humour et arts performatifs – demeurent dans le noir quant à la reprise définitive de leurs activités. Leurs artisans subiront les contrecoups des fermetures prolongées bien après le retour à la normale. MARIE-LISE ROUSSEAU mlrousseau@journalmetro.com Au bout de quelques minutes d’entretien avec Métro, Marie-Josée Frigon exprime un malaise. « Je ne veux pas avoir l’air de la fille qui a une job et qui se plaint. Je suis quand même une des très rares privilégiées », dit-elle. Privilégiée, car elle a pu conserver un seul de ses nombreux contrats de musicienne pigiste depuis le début de la pandémie. Les téléspectateurs de Belle et Bum auront reconnu sur notre photo la saxophoniste aux cheveux rouges qui fait partie de l’équipe musicale de l’émission depuis plus de 15 ans. Mais deux jours de tournage par semaine, six mois par année, ça n’est pas suffisant pour subvenir à ses besoins. Avant le premier confinement, Marie-Josée Frigon accompagnait plusieurs artistes sur scène – dont les Trois Accords –, en plus de donner des concerts dans des festivals, des spectacles de jazz et de participer à des événements corporatifs. Tout est tombé à l’eau du jour au lendemain. Le fait que cette pigiste se considère « choyée » de pouvoir encore exercer son métier à temps partiel en dit long sur la détresse professionnelle que vivent les artistes de la scène. La Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec rapportait la semaine dernière La musicienne pigiste Marie-Josée Frigon/GRACIEUSETÉ/CLAUDE DUFRESNE/TÉLÉ-QUÉBEC que 40% des musiciens professionnels travaillent actuellement en dehors de l’industrie pour gagner leur vie. Cette précarité touche l’ensemble des arts de la scène. « Tous les secteurs qui nécessitent une rencontre en présence d’un public ont été les plus durement touchés par la pandémie », soutient la professeure à la Faculté de musique de l’Université Laval et chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoise (CRILCQ) Sandria P.Bouliane. Après quelques mois à survivre grâce à la PCU, Marie-Josée Frigon en a eu assez. « Rendu au mois d’août, ce n’était plus drôle. J’ai réalisé que je n’avais pas le choix de sortir de ma zone de compétences pour pouvoir gagner ma vie. » Elle a alors offert ses services comme professeure de musique à l’école primaire Ludger-Duvernay à Verchères. Depuis octobre, elle enseigne à 18 groupes à raison de trois jours par semaine. En parallèle, elle gère aussi un marché public. Iniquité Marie-Josée Frigon croit que les arts de la scène passent en dernier aux yeux des décideurs. Elle ne comprend pas pourquoi les règles strictes qu’elle observe sur le tournage de Belle et Bum ne s’appliquent pas aux salles de spectacle. « Je trouve ça inéquitable », laisse-t-elle tomber. Sans se prononcer sur les décisions de la Santé publique et du gouvernement, Sandria P.Bouliane estime que les mesures devraient être équitables dans « des contextes et des contraintes comparables ». « Il n’y a pas de raison qu’une petite salle de théâtre qui fonctionne avec billetterie et places assignées ne puisse pas recommencer ses activités si les cinémas peuvent le Trois nominations aux Junos pour Céline Céline Dion est l’artiste québécoise qui compte le plus de nominations aux 50 e prix Juno cette année. D’autres musiciens d’ici, comme Klô Pelgag, Les Cowboys Fringants et Pierre Lapointe, se sont aussi démarqués. MÉTRO *'Ili+ I%. ne le f%% II I/e0:2% I dir faire », cite-t-elle en exemple. C’est ce que déplore également le regroupement Scènes de musique alternative du Québec (SMAQ), dont la soixantaine de salles diffusent plus du trois quarts des représentations de musique au Québec. Parce qu’elles ont des permis de bars, la plupart de ces salles ne peuvent pas rouvrir, et ce, même en zone orange. À Montréal, la SMAQ représente notamment le Lion d’Or, la Sala Rossa et le Théâtre Fairmount. Son directeur Jon Weisz a récemment publié une lettre ouverte dénonçant le flou entourant la reprise des activités de ces salles qui présentent des centaines d’événements chaque année. « La réalité en musique, c’est que la plupart des spectacles ont lieu dans des salles qui doivent financer leur mandat culturel avec la vente d’alcool et de nourriture, parce b qu’historiquement, elles ont été exclues des systèmes de financement », explique-t-il. À long terme Le milieu des arts vivants subira les contrecoups de la pandémie bien après un éventuel retour à la normale. « Il faut déjà se mettre en mode après-crise. Une fois que ce sera terminé, il y aura énormément de défis à relever », dit Sandria P.Bouliane, qui animera une table ronde sur le sujet vendredi dans le cadre d’un colloque en ligne du CRILCQ sur les conséquences de la pandémie sur le milieu culturel. Déjà fragiles avant la COVID-19, certains acteurs se relèveront difficilement. Les salles de spectacle indépendantes devront rembourser l’aide qui leur a été allouée sous forme de prêt, mentionne Jon Weisz. « Je pense que notre secteur sera fragilisé pendant au moins deux ou trois ans après la En chiffres fin de la pandémie », estime-t-il. Autre casse-tête  : l’engorgement dans l’offre culturelle. Depuis un an, de nouveaux spectacles sont créés, mais aucun n’a été diffusé. « Il faudra choisir qui on privilégie, qui on choisit. Tous les producteurs seront à la recherche de lieux. Il y aura un effet d’entonnoir », anticipe M me Bouliane. Il est aussi probable qu’en raison des réorientations de carrière de plusieurs artistes, il y ait une pénurie de travailleurs culturels lors de la reprise des activités. « Peut-être que les artistes ne seront plus aussi disponibles qu’ils l’étaient avant » en raison de leurs nouveaux engagements, commente la chercheuse. Et est-ce que le public sera au rendez-vous dans les salles ? Cette autre question préoccupe grandement Jon Weisz. Malgré ces inquiétudes, la reprise des arts de la scène sera salutaire, croit M me Bouliane. « L’expérience sensorielle des arts est irremplaçable  : admirer une toile au musée, avoir chaud lors d’un spectacle ou être ému par le regard d’un comédien dans une pièce de théâtre, ce sont des choses qu’on ne peut pas vivre à travers un écran. » 8 114 440 C’est le nombre de travailleurs du milieu culturel qui ont perdu leur emploi au Canada en 2020, ce qui correspond à un travailleur sur quatre. 45 M$ C’est la somme du box-office des cinémas au Québec pour l’année 2020. Ce montant représente une chute de 75% par rapport au box-office de 2019. 1/2 C’est la proportion de musiciens qui font face à des difficultés financières. Depuis un an, la proportion de musiciens gagnant moins de 10 000 $ par an a plus que triplé. 450 M$ C’est la somme qu’a investie le gouvernement du Québec depuis le début de la pandémie pour soutenir le milieu culturel.
Jur Réinventer les concerts Privés de rencontres avec leur public, les musiciens ont rivalisé d’inventivité pour présenter leurs albums. On pense notamment au génial pianiste montréalais Chilly Gonzales, qui nous proposait un conte du temps des Fêtes inédit avec A Very Chilly Christmas Special. Pour cette performance filmée teintée d’humour et de classiques, il était entouré sur scène par d’excellents invités, dont Feist et Jarvis Cocker. Fin 2020, c’était aussi le cas pour L’Amérique Pleure Lueurs d’espoir pour la culture FRAUDE WEB À un clic de la catastrophe Télétravail Vol d'identité Webcam Mot de passe Facebook Fraude Ordi Web Virus Applications Textos Courriels VPN La pandémie aura incontestablement été désastreuse pour le secteur de la culture, mais quelques projets salutaires ont tout de même pu émerger. Coup de projecteur sur ces initiatives artistiques qui ont retenu l’attention de nos journalistes à la culture depuis l’année passée. – Le Film, concert-évènement des Cowboys Fringants, sorte de road movie québécois. Plus récemment, Helena Deland nous offrait une version live en studio de son dernier disque Someone New. Près d’une heure d’un spectacle intimiste et dreamy. On attend aussi avec impatience le livestream de Marie Davidson & L’Œil Nu réalisé par le cinéaste Denis Côté (diffusé à partir de demain). Et puis le 19 mars, Emma Beko se produira en direct depuis l’Anti à Québec pour The BLUE experience, un spectacle-concept annoncé comme unique. Culture québécoise au sommet Entre deux fermetures des salles, le cinéma québécois a su tirer son épingle du jeu en 2020. Des longs métrages comme La Déesse des mouches à feu (Anaïs Barbeau-Lavalette), Nadia, Butterfly (Pascal Plante), Mafia inc. (Podz) ou encore Mon cirque à moi (Miryam Bouchard) se sont distingués sur grand écran. Les Québécois ont aussi privilégié la littérature locale lors de cette année de pandémie. Parmi les succès de 2020 selon leslibraires.ca, on retrouve, Ta mort à moi de David Goudreault, Ténèbre de Paul Kawczak et La mariée de corail de Roxanne Bouchard. Enfin, les téléspectateurs de Radio-Canada n’ont jamais été aussi nombreux derrière leur poste de télévision que le 31 décembre 2020. Le Bye Bye 2020 a réuni quelque 4 millions de personnes sur ICI TÉLÉ. Il s’agit d’un record d’audience pour l’émission phare de fin d’année. 4 60 MINUTES POUR PRÉVENIR CC= Une conférence à voir en ligne k AMÉLIE REVERT arevert@journalmetro.com Public élargi pour les festivals Festival international du Film Black de Montréal, image+nation, Art Souterrain, Massimadi ou encore Ciné Vert, tous les représentants des festivals avec qui Métro a pu discuter depuis un an sont unanimes  : la pandémie aura au moins permis de rejoindre le plus grand nombre avec des éditions en ligne. Interdits de public, eux aussi, les festivals d’automne avaient fait preuve de résilience pour s’adapter aux nouvelles contraintes. Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal ont ainsi battu leur record de vente de passes en 2020. Les festivaliers hors Montréal ont été jusqu’à 25% dans certaines de ses sections thématiques. Humour et théâtre se démarquent Alors que les salles de spectacle ne sont toujours pas autorisées à accueillir à nouveau leur public, les amateurs de théâtre ont pu reprendre goût aux pièces télédiffusées. Samedi 6 février, Télé-Québec retransmettait en direct La Face cachée de la Lune de Robert Lepage. Celui-ci reprenait son rôle au côté – et pour la première fois – d’Yves Jacques dans une performance originale. Cela faisait 25 ans qu’un tel évènement télévisuel n’avait pas eu lieu… Soulignons pour finir le travail Arnaud Soly, qui a pris d’assaut les médias sociaux pendant la pandémie pour nous redonner le sourire. Grâce à ses improvisations acclamées sur Instagram, l’humoriste est même nommé dans la catégorie Artiste COVID de l’année au Gala Les Olivier 2021. CULTURE 9 CONFÉRENCE RATUITE FRAUDE WEB



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