Métro Montréal n°2021-03-10 mercredi
Métro Montréal n°2021-03-10 mercredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-03-10 de mercredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 10,8 Mo

  • Dans ce numéro : covid-19, 1 an.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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métr er - journalmetro.com Mercredi 10 mars 2021 * PERSPECTIVE Le double combat d’une infirmière Portrait. Pendant sept ans, Jennifer Philogene a travaillé comme infirmière clinicienne à l’hôpital Fleury, dans le nord de Montréal. En octobre dernier, épuisée mentalement et exaspérée par les discriminations, la jeune femme a mis sa carrière sur pause. XAVIER BOURASSA xbourassa@metromedia.ca La mort, Jennifer l’a côtoyée régulièrement pendant sa carrière. Elle a appris à s’en détacher, cela fait partie de son métier. Mais, la première vague de la pandémie a tout changé. « Il fallait subir la mort tous les jours, c’était aberrant. J’étais traumatisée. Traumatisée de manquer de temps pour rassurer une femme qui ressemblait à ma grand-mère, anxieuse d’attraper le virus moi-même malgré tous les protocoles », témoigne-t-elle. Comme ses collègues infirmières, elle a vu l’hôpital DESCRIPTION Doit posséder un permis de CLASSE 3 Entrepôt situé à Ville St-Laurent Après une année éprouvante, Jennifer Philogene a décidé de laisser de côté son emploi d’infirmière clinicienne. GRACIEUSETÉ/JENNIFER PHILOGENE Fleury s’engorger de manière alarmante, frappé par la progression foudroyante du virus, notamment dans les quartiers du nord-est de l’île. Dans les premiers mois, les protocoles que devaient suivre les infirmières changeaient chaque semaine, voire chaque jour. De plus, les mesures pour protéger le personnel de santé les distanciaient des patients, souligne M me Philogene. « Il fallait faire passer notre sécurité en premier, même lorsque les patients étaient en grand besoin. On ne pouvait pas rester plus de 30 minutes à la fois dans une chambre. Avec le bruit étourdissant des filtres à air dans les chambres à pression négatives, je me sentais vraiment mal pour eux ». En plus de se livrer corps et âme au combat, la jeune femme continuait d’enseigner les soins infirmiers dans deux cégeps montréalais. Point de rupture Depuis quatre ans, Jennifer Philogene composait avec la Envoyez votre CV à jmcnulty@transmet.ca pression des deux milieux en pénurie de personnel, mais aussi avec la pression supplémentaire d’être une jeune femme noire dans le système de santé québécois. Cet automne, elle a atteint sa limite et a décidé de s’arrêter. « J’avais besoin d’une pause psychologique, et on ne me permettait plus de faire ces deux emplois qui créaient un équilibre dans ma vie. J’ai choisi de m’éloigner de la pratique pour me consacrer uniquement à l’enseignement ». Depuis un an, les femmes noires travaillent en première ligne contre la COVID- 19, mais elles sont peu représentées à des postes de décisionnaires. Infirmière de formation, Marie-Andrée Ulysse contribue quotidiennement au combat contre la COVID-19, en tant que coordonnatrice régionale en prévention et contrôle des maladies infectieuses à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal. Une place à la table « Dans mon secteur, on est 7 « Notre communauté s’est sacrifiée tout au long de la dernière année. Il faut que la société reconnaisse notre contribution, qu’elle prenne conscience de l’impact que nous avons eu ». Jennifer Philogene, infirmière clinicienne et enseignante en soins infirmiers Racisme systémique Le 24 février, M me Philogene a participé à une discussion en ligne sur le racisme systémique dans le milieu de la santé pour l’Association québécoise des infirmières et infirmiers (AQII). Si les discriminations à son endroit et envers sa communauté ne l’ont pas directement poussée à la démission, elles ont certainement influencé sa décision. « Notre voix porte définitivement moins. Nos demandes à nos supérieurs vont être refusées, on va avoir beaucoup plus de pression à performer. Et si on veut progresser, il faut absolument devenir plus " québécoise " », explique-t-elle. Certains patients font preuve d’une grossièreté sans bornes auprès des infirmières des communautés noires. Dans l’obligation d’accomplir leur devoir, celles-ci doivent bien souvent encaisser en silence. M me Philogene peut en témoigner. Les femmes noires sont nombreuses au front./DAVID DEE DELGADO/GETTY trois », observe l’ex-infirmière. Sa présence à la table des décisions est devenue d’autant plus importante, selon elle. « Je n’ai pas eu peur de le dire. Les jeunes qui sont décédés pendant la première vague, souvent, c’étaient des personnes « On va se faire traiter de tous les noms. Quand c’est directement pointé vers moi, j’arrive à passer à autre chose. Mais lorsqu’on s’en prend à la communauté, à dire que des gens comme ma mère et mon père sont des bons à rien, ça vient vraiment me chercher ». Dédiée entièrement à l’enseignement, la jeune femme d’origine haïtienne n’écarte pas un retour à sa pratique. À travers les stages qu’elle donne et ses témoignages sur différentes plateformes, elle tente de sensibiliser la population aux discriminations dans le milieu de la santé. « Notre communauté s’est sacrifiée tout au long de la dernière année. D’un côté comme de l’autre des soins, nous avons été extrêmement affectés par la pandémie, résume-t-elle. Il faut que la société reconnaisse notre contribution, qu’elle prenne conscience de l’impact que nous avons eu. » COVID-19. Les femmes noires au front FRANÇOIS CARABIN fcarabin@journalmetro.com 1/3 Selon Statistique Canada, une femme noire sur trois œuvre dans le réseau de la santé. d’origine haïtienne. Je ne sais pas si un blanc aurait pu lever ce drapeau rouge », affirme-t-elle. Plusieurs femmes noires demandent d’ailleurs à être mieux représentées au sein des équipes décisionnelles. « Notre voix porte définitivement moins. Un autre symptôme du racisme systémique », constate Maud Pierre-Pierre, présidente du Ralliement des infirmières et infirmières auxiliaires haïtiennes de Montréal. 4
PERSPECTIVE 5 L’intelligence artificielle Ne cherchez Trois questions à... contre les virus plus vos nouvelles, Technologie. De nombreux mammifères sont Dr Marcus Blagrove, susceptibles d’être recevez-les chercheur à l’Institut infectés par de nouveaux coronavirus ou des infections et des sciences écologiques et vétérinaires de de nouvelles combinaisons de virus. Une à chaque jour l’Université de Liverpool récente étude montre D’où est venue o 1 l’idée de vouloir où les nouvelles souches prédire les espèces pourraient apparaître. animales susceptibles d’être les hôtes de nouveaux coronavirus ? Avant la pandémie de DANIEL CASILLAS COVID-19, on travaillait Metro World News Des chercheurs de l’Université de Liverpool souhaitent anticiper l’apparition sur la prédiction des réservoirs animaux pour les du prochain « gros virus »./MÉTRO WOLRD NEWS virus connus. Au début de « De nouveaux coronavirus peuvent émerger la pandémie, on s’est dit lorsque deux souches différentes infectent le même qu’on pourrait appliquer cette méthode aux coronavirus. Et pas seulement animal en même temps, ce qui cause une recombinaison du matériel génétique de ces virus. » pour identifier les animaux Dre Maya Wardeh, chercheuse à l’Institut des infections et des sciences écologiques qui seraient des réservoirs, et vétérinaires de l’Université de Liverpool mais aussi pour savoir quelles espèces pourraient être infectées par plusieurs coronavirus. Si un 9 animal peut être infecté par plusieurs coronavirus à la fois, il est possible que ces virus « parents » se recombinent, ce qui produit de nouveaux virus. Un an après que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la pandémie mondiale, le 11 mars 2020, on ne sait toujours pas d’où est venu le virus SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19. Toutefois, une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Liverpool, au Royaume-Uni, a utilisé l’intelligence artificielle pour prédire quelles espèces animales pourraient être à l’origine de nouveaux coronavirus. L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, a identifié les mammifères qui pourraient devenir une source de nouveaux virus. Cela inclut des espèces déjà impliquées dans d’autres épidémies, comme les chauves-souris fer à cheval, les civettes palmistes et les pangolins notamment. « Notre compréhension de la vulnérabilité des différents mammifères aux coronavirus est limitée, mais cette étude pourrait nous permettre d’anticiper où les recombinaisons virales sont susceptibles de se produire », explique la Dre Maya Wardeh, l’une des deux chercheurs principaux de l’étude menée par l’Institut des infections et des sciences écologiques et vétérinaires de l’Université de Liverpool. Les chercheurs ont tenté de mieux comprendre le phénomène en utilisant l’intelligence artificielle pour prédire les relations entre 411 souches virales et 876 espèces mammifères. C’est ainsi qu’ils ont déterminé la probabilité que certaines espèces s’infectent entre elles et deviennent de potentiels hôtes pour la recombinaison virale, et donc la création de nouveaux coronavirus. Les résultats montrent qu’il y a au moins 11 fois plus de contacts entre espèces mammifères et souches de coronavirus que ce qu’on avait pu observer jusqu’à présent. Également, il y a 30 fois plus d’espèces mammifères qui pourraient être infectées par des souches de coronavirus, par rapport à ce que l’on croyait précédemment. « Étant donné que les coronavirus se recombinent fréquemment lorsqu’ils infectent une espèce hôte et que le SRAS - CoV-2 est très infectieux chez l’être humain, la menace la plus immédiate pour la santé Singes L’intelligence artificielle prédit un grand nombre d’associations entre divers coronavirus chez les chimpanzés et les singes verts d’Afrique, étant donné leur proximité génétique avec les humains et leur importance dans l’émergence de virus comme le DENV36 et le VIH37. Neuf espèces pourraient produire de nouveaux coronavirus  : la petite chauve-souris jaune asiatique, le pangolin, le hérisson, le lapin, le chat, le chimpanzé, le singe vert d’Afrique, le cochon domestique et le dromadaire. publique est la recombinaison d’autres souches de coronavirus avec le SRAS- CoV-2 », indique le Dr Marcus Blagrove, l’autre chercheur principal de l’étude. « Notre travail aidera à cibler les programmes de surveillance pour découvrir de nouvelles souches avant que celles-ci ne se rendent aux humains. Ce qui nous donnera une longueur d’avance sur les virus », conclut-il. o 2 Parlez-nous de l’utilisation de l’intelligence artificielle. On utilise un algorithme qui recoupe une grande quantité d’informations sur des mammifères et des virus connus. Cet algorithme calcule la probabilité que chaque espèce devienne l’hôte d’un seul ou de plusieurs coronavirus. On utilise 13 séries de paramètres, chacun d’eux détaillant les caractéristiques des mammifères, des virus et les relations connues entre les deux. Nos infolettres vous suivent partout. Abonnez-vous sur journalmetro.com o 3 Et pour la suite ? Nos découvertes, permettront de cibler la surveillance de ces espèces et potentiellement d’identifier le prochain « gros virus » plus tôt dans la chaîne de transmission, peut-être avant même qu’il ne se rende aux humains. Découvrez le plaisir de lire votre actualité autrement Nos infolettres vous suivent partout. Abonnez-vous sur journalmetro.com



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