Métro Montréal n°2021-02-05 vendredi
Métro Montréal n°2021-02-05 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2021-02-05 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 11,4 Mo

  • Dans ce numéro : se libérer grâce aux vers.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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T.,nnetr 5-7 FÉVRIER 2021. er F..'e-1Wee 4 Tel le phénix qui renait de ses cendres, Benoit Pinette – mieux connu sous son nom de musicien Tire le coyote – a repris son envol après avoir ravivé les braises de son enfance. Son cheminement est superbement évoqué dans son premier recueil de poésie qui prend aux tripes, La mémoire est une corde de bois d’allumage. À lui seul, le titre a une puissante force évocatrice. « Ça synthétise bien l’idée du recueil, comme quoi il y a un risque à replonger dans la mémoire et les souvenirs, dans certaines blessures. Il y a un risque que ça flambe, que ça explose, que ça se consume », soutient l’artiste en entrevue. Dans ses poèmes, il explore la filiation, la mémoire et la transmission de traumatismes dans l’ADN. Des terrains brûlants. « comment éteindre/ce qui brûle depuis toujours/quand nous sommes tous constitués/de tisons/qui refusent de mourir ? » y écrit-il. Comme dans ses chansons, Benoit Pinette mise sur l’émotion que suscitent ses mots (et ses maux), sans nommer directement le mal qui a consumé son passé. « Je préfère donner assez d’indices pour permettre aux lecteurs ou aux auditeurs de s’y retrouver, tout en étant assez flou et imagé pour rester dans le ressenti. C’est mon objectif, en fait. Je préfère les tableaux impressionnistes et abstraits que ceux de paysages de Baie-Saint-Paul, mettons », lance-t-il en riant, même si « Baie-Saint-Paul, c’est beau ! » ajoute-t-il. Selon lui, l’être humain a la fâcheuse manie de vouloir donner un sens à tout, de devoir toujours comprendre. « On accepte difficilement de ne pas avoir la réponse exacte à chaque questionnement, à chaque réflexion. La poésie sert à ça, pour moi. » L’auteur évoque ainsi dans son recueil des sentiments oppressants comme l’angoisse et la terreur. En fait foi l’extrait suivant  : « tous les jours je crève/plusieurs fois/à intervalles réguliers/sur l’asphalte/ou dans un ciel éteint/placardé d’une violence obscure ». La première des trois parties de son livre est particulièrement sombre, réunissant dans son champ lexical des mots comme « ruine », « cendre », « chaos », « peur » et « hécatombe ». Le tout est très personnel et Benoit Pinette n’a pas voulu se soustraire à ses émotions. « Mon objectif était d’être le plus transparent et authentique dans tout ça, de ne pas m’empêcher d’écrire quoi que ce soit parce que ça allait faire de la peine à quelqu’un, ou parce que ça allait trop brusquer les lecteurs… Ces questions, je les ai laissées de côté pendant l’écriture pour aller le plus à fond possible dans la réflexion », détaille le poète. À mesure que la lecture avance, on voit poindre des étincelles de lumière, on reçoit de salutaires bouffées d’oxygène. « J’avais envie qu’on sente la lourdeur, l’imprévisibilité des choses. Mais c’était super important pour moi que ça se dirige vers une certaine lumière. C’est cliché, mais c’est l’objectif d’une vie. Tous les gens souhaitent être et devenir la personne la plus accomplie possible. » Paternité « tous les jours/depuis vous/je tue le vautour/ressuscité en mon corps pétrifié/dépose sa carcasse fumante/à l’ombre des inquiétudes », écrit-il dans la troisième partie de son recueil, dédiée à ses deux enfants, Léonard et Viviane. Benoit Pinette aurait-il pu écrire ce livre sans être devenu père ? « Non, impossible, répond-il. Parce que je ne me serais pas posé les mêmes questions. Je pense que tout être humain est un maître dans l’art d’éviter, et ça se fait souvent inconsciemment. J’ai souvent dit en joke, et c’est un peu vrai, que le bonheur est un ramassis de mécanismes de défense. » MARIE-LISE ROUSSEAU mlrousseau@journalmetro.com « L’ÉCRITURE SERT À DONNER UN SENS À CE QUE JE VIS, QUE CE SOIT POSITIF OU NÉGATIF. » BENOIT PINETTE Devenir père lui a fait revivre des pans de sa propre enfance, poursuit-il. « Les enfants deviennent un grand révélateur de notre propre personnalité, de l’adulte qu’on est devenu. » La lumière vient aussi du fait que l’artiste a réussi à briser le cycle de transmission de traumatismes dont il a hérité. Au point où son père a été le premier lecteur de son recueil. « La dernière partie du livre est dédiée à mes enfants, mais du début à la fin du recueil, c’est un peu le parcours de mon père aussi. Aujourd’hui, il a fait un grand travail sur lui-même et il est devenu un père et un grand-père exemplaires. Je trouve que ça prend du courage pour faire ça et une grande résilience pour accepter le passé, accepter des choses qu’on ne se pardonnera jamais. » Le pouvoir de la poésie Pourquoi avoir choisi la littérature plutôt que la musique pour exprimer tout cela ? Pour deux raisons, explique Benoit Pinette. D’abord, après avoir enchaîné la production de quatre disques et autant de tournées, il avait besoin d’une pause de Tire le coyote. « J’avais besoin de m’ennuyer de la chanson », dit-il. Surtout, le format écrit lui a permis d’approfondir des thèmes déjà abordés en chansons, notamment sur Fifille. « La poésie est une très grande liberté, ce qui rend la chose pure à mes yeux, mais très vertigineuse aussi », mentionne-t-il. Le passage à l’écrit de Benoit Pinette va de soi pour quiconque est familier avec les paroles des chansons de Tire le coyote, déjà très poétiques. Le chanteur a d’ailleurs pris l’habitude d’inviter des poètes à le rejoindre sur scène lors de ses spectacles. Récemment, il a collaboré avec Joséphine Bacon, qu’il cite dans son recueil. L’auteur se sent particulièrement inspiré par « sa capacité de prendre des blessures anciennes et de les diriger vers une lumière, une espèce de sagesse », dit-il. Une démarche similaire à la sienne, même si la poète innue expose les souffrances d’un peuple entier. « On parle de blessures qui se transmettent de génération en génération pour eux, et malgré ça, son regard sur l’avenir est rempli d’espoir et d’humanité. Je trouve ça vraiment, vraiment, vraiment inspirant », dit-il, admiratif. Son recueil n’était pas encore sorti que Benoit Pinette annonçait déjà sa réimpression en début de semaine. La vaste couverture médiatique dont il a bénéficié dans les derniers jours (et à laquelle on contribue ici même) suscite un rare engouement pour la poésie. L’artiste ne s’en cache pas, il sait que sa notoriété de musicien risque d’attirer un nouveau public vers ce format littéraire. « Je ne suis pas niaiseux, c’est évident que ça m’aide et que je pars en avance sur quelqu’un d’autre qui écrit son premier recueil », dit-il à ce sujet. Certainement pas niaiseux, en effet, mais plutôt modeste, car la force et la beauté de son récit poétique méritent amplement qu’on s’y intéresse. UN PEU D’INFO  : La mémoire est une corde de bois d’allumage Aux éditions La Peuplade/LArE EST UNE 11 1 (min D'ALLU ME I/\I PHOTO  : LAURENCE GRANDBOIS BERNARD/LA PEUPLADE
WEEK-END 9 De Montréal à Detroit, Pony résiste avec les artistes locaux Pony et un participant/GRACIEUSETÉ/TV5 Télévision. Dans la nouvelle émission documentaire diffusée à TV5, Résiste !, l’artiste montréalaise Pony nous emmène à la rencontre de ses pairs. Ensemble, ils discutent des échappatoires à la culture de masse de leurs villes, faisant d’elles des lieux uniques. AMÉLIE REVERT arevert@journalmetro.com Le point commun entre la musicienne d’ici Elisapie, la cinéaste britannique Lorna Tucker et l’animateur de radio néo-orléanais Dj Action Jackson ? « Toutes ces personnalités font partie de la contre-culture, de la résistance à la gentrification, à la facilité et à l’oppression. Elles ont un profond désir de changement, d’évolution, de mettre en avant leur communauté », nous dit Gabrielle Laïla Tittley – que l’on connaît mieux sous l’alias Pony – à propos des invités de Résiste !. Résister est ainsi le fil rouge qui guide les escapades de la « Ce n’est que bénéfique pour nous, Montréalais, d’ouvrir nos yeux et nos oreilles à ce qui nous entoure. » Pony, animatrice de Résiste ! nouvelle animatrice à travers les capitales culturelles les plus intrigantes. Montréal, bien sûr, en est. « On aurait pu dresser la liste des top artistes les plus populaires or whatever, mais dans ma tête ce n’est pas très représentatif et ça exclut beaucoup de quartiers. C’est pour ça qu’on a choisi de se promener à Rivière-des-Prairies, à Montréal-Nord, tout comme à Rosemont et au Village. Le portrait de notre ville est donc plus réaliste, sans l’impression de déjà-vu des médias. Je suis tellement fan et contente de cette vision ! » poursuit-elle. Pony résiste, et dénonce De Will Prosper à Caroline Monnet, il tenait à cœur à Pony de présenter la diversité montréalaise. « Cette différence est un atout, une richesse. On est complexes et diversifiés, et on est beaux dans tout ça. » Pour celle née d’une mère palestinienne et d’un père franco-ontarien, cela va de soi, le fossé dans les médias, lui, est cependant béant. « On a beaucoup de talents au Québec et on est fier d’eux, mais trop manquent de rayonnement. » Pour cette raison, son équipe s’est rendue dans la Petite-Bourgogne afin de parler avec Nate Husser, « le Drake québécois ». « Il n’a pas la reconnaissance qu’il mérite », regrette-t-elle. Et de poursuivre  : « il est de loin le meilleur rappeur au Québec, mais il y a un problème mathématique quand on regarde de près sa carrière. C’est mon avis personnel, et je le dis dans l’émission, mais je pense que c’est à cause de la langue, du racisme. » La Montréalaise ne manque pas d’arguments pour mener le débat. « On vient de partout et à un moment donné, il faut accepter qu’il n’y ait pas juste le français et l’anglais ici. Pourquoi repousser tout ce qui n’est pas francophone ? » Soif d’apprendre Justement parce qu’elle aborde le racisme systémique, la francophonie ou la culture autochtone, Résiste ! est une émission qui résonne avec l’actualité. Des thèmes, selon une Pony éloquente, dont « on devrait en parler tout le temps, jusqu’à ce que ça change. Je pense d’ailleurs que tout le monde a hâte à ce moment où la reconnaissance et l’inclusion seront totales ». Et puisqu’elle a sillonné plusieurs métropoles nord-américaines, Pony nous apporte un éclairage supplémentaire sur la notion de racisme systémique qui ronge les États-Unis. « J’étais bien au courant, mais il y a des niveaux que je ne comprenais pas. » Le public également, grâce aux paroles d’artistes, y voit désormais plus clair. Enfin, un peu à la manière des Chef’s Table et Street Food, l’émission nous montre un autre visage des villes, positif et singulier. « Résiste ! peut être une belle dose d’inspiration en ces temps de pandémie. J’ai adoré ces échanges profonds et vrais. J’en suis très fière », relate Pony. Disponible en ligne et diffusé sur TV5 les mardis à 21 h dès le 9 février. Un peu d’info Les cinq premiers épisodes sont consacrés à La Nouvelle- Orléans, Atlanta, Detroit, Londres et Montréal VOTRE COMMERCE EN LIGNE A BONDI ? BESOIN D’UN SERVICE DE LIVRAISON ? TransMet est un pionnier de l’industrie du transport dans le Grand Montréal depuis plus de 30 ans. Des années d’expertiseet d’amélioration continue  : de quoi rendre nos services ultraperformants. LIVRER À TEMPS. SANS BRIS. SANS PERTES. DEMANDEZ UNE SOUMISSION MAINTENANT c1 TremsMet Solutions de livraison 514 447-4100 poste 227 jseymour@transmet.ca



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