Métro Montréal n°2020-11-27 vendredi
Métro Montréal n°2020-11-27 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-11-27 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 14,1 Mo

  • Dans ce numéro : art salvateur.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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nnetr"  : 229.1e/rE4bRrE 2020'y. 111 1.. JOSIE DESMARAIS/METRO Avec Décroissance sexuelle, Julie Delporte s'est détournée de ses dessins bigarrés pour des tons monochromes sans équivoque. Amalgame de poèmes et de gravures, le récit témoigne ainsi de traumatismes individuels et d'un salut collectif. Décroissance sexuelle. Le titre du recueil de Julie Delporte interroge au premier regard. « C'est de la poésie, alors on peut l'interpréter comme on veut. Mais moi, je lis de différentes manières. Je ne veux seulement pas c'est que cela soit interprété comme du sexe négatif Ce n'est pas mon intention », confie l'autrice et illustratrice. « L'idée m'est venue du terme décroissance économique. Puis, la décroissance personnelle est apparue, peut-être comme une anti-culture de la performance qu'on nous dicte », dit celle qui lance une invitation à ralentir. Et qu'en est-il de la décroissance sexuelle ? « Politiquement, je place ce titre provocateur dans un contexte de culture du viol », prévient l'artiste. « Comment les gens peuvent-ils ne pas se rendre compte que le capitalisme et le néo-libéralisme ne sont pas uniquement présents dans l'économie, mais le sont également dans la sphère psychique ? Et la sexualité n'est pas épargnée », poursuit-elle. « Il y a quelque temps, j'ai vu dans un film le témoignage d'un jeune homme qui pensait qu'avoir des rapports sexuels tous les jours était normal dans un couple. Il forçait un peu sa copine et lui mettait beaucoup de pression. Plus tard, elle le lui avait reproché. Elle l'avait vécu comme un viol, en fait. Et c'en est un. » Julie Delporte ne mâche surtout pas ses mots, et va même plus loin. « Je me suis dit que ce mec-là ne s'en est sûrement pas rendu compte... Pourquoi ? Parce qu'on est à l'ère de la performance, dans le toujours plus. » Oui, et en plus, le sexe serait bon pour la santé, paraît-il. « Quand j'entends ça lors d'entrevues à la radio, par exemple, je n'y crois pas une seconde. Pour la santé de qui, au juste ? Dans quel contexte ? Moi, parce que je pensais « qu'il fallait », je me suis souvent retrouvée dans des situations où ça n'était pas agréable. » Plus qu'une généralisation, la décroissance sexuelle est aussi celle de Julie Delporte. « À un moment donné, AMÉLIE REVERT arevert@journa[metro.com IL EXISTE UNE HONTE À SE DIRE ASEXUEL. COMME SI L'ACTIVITÉ SEXUELLE ÉTAIT INTRINSÈQUEMENT LIÉE À LA VALEUR D'UNE PERSONNE. IL FAUT CREVER L'ABCÈS. JULIE DELPORTE je n'étais juste plus capable », soufflet-elle. « Tout ça part d'une thérapie de groupe que j'ai fait il y a quelques années dans un CALACS (Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, NDLR). C'était une première et je ne savais pas ce que c'était ni ce que ça impliquait. Qu'il s'agisse d'inceste ou de viol à l'âge adulte, ça devient subitement un problème collectif En thérapie individuelle, ça reste mon histoire, celle de ma famille. Ça relèverait presque du fait divers, finalement. » Un problème sociétal Selon les chiffres officiels, une femme sur trois aurait au moins une fois été victime d'agression sexuelle au cours de sa vie, un homme sur six, et ce chiffre grimpe à 75% quand on parle de jeunes filles mineures autochtones. Au Québec, près de la moitié des victimes de violences sexuelles sont des enfants. « Les chiffres sont hallucinants, même si personne ne les entend ou ne les croit vraiment. Arrêtons de mettre ça dans l'ordre du privé parce que ce n'est pas vrai. C'est un phénomène de société qui s'appelle la culture du viol, l'inceste », nomme sans ambages la poétesse. Pour comprendre la genèse de Décroissance sexuelle, il faut remonter jusqu'en 2018. Le centre de diffusion d'art multidisciplinaire de Montréal Dare-Dare lançait à l'époque un appel à résidence sur le thème friction. « Friction de l'espace privé avec l'espace public », pense tout de suite Julie Delporte. « Je leur ai proposé de recréer un peu ce que j'avais vécu en thérapie de groupe. La consigne était qu'il fallait créer 24 phrases qui seraient affichées sur panneaux lumineux. Je voulais donc faire 24 rencontres, toutes anonymes, pour parler de la culture du viol. J'en ai invité certaines, d'autres ont répondu à un appel. » « Ton pénis est mon ver solitaire », c'est ainsi que commence son oeuvre. « Au début de l'histoire, une femme est seule. Après, elle rencontre d'autres personnes et le pronom change. On passe au nous, à une communauté des gens qui prennent soin les uns des autres et qui construisent une cabane où guérir ensemble », raconte l'autrice qui s'est inspirée de ses heures de conversation pour en faire de la poésie. « Les poèmes se lisent séparément, mais ils forment aussi une histoire. C'est une sorte d'utopie pour moi que d'aller vers des modèles de changement, d'espoirs. » « Nous aurons des couteaux nous saurons nous défendre », « ça, ça vient de l'une des intervenantes, la plus jeune d'ailleurs, qui m'avait dit « je ne comprends pas. On nous apprend à faire attention si on met une mini-jupe, mais au lieu de nous dire ça, pourquoi on ne nous donnerait pas un couteau ? » se souvient Julie Delporte. « Virginie Despentes, dans King Kong Théorie, raconte qu'elle avait un couteau, mais qu'elle n'a pas su s'en servir au moment de son viol. Je pense que dans l'utopie, il ne s'agit pas de transpercer un agresseur, simplement de devenir ce danger-là. Qu'on a le couteau et qu'on pourrait le faire ». Dans son utopie à elle, ce sont aussi les hommes qui changent. « Les agresseurs plutôt », reprend Julie Delporte qui ne souhaite pas pointer du doigt quelqu'un en particulier. « Les agressions sexuelles, l'inceste, les féminicides, devraient être de vrais sujets politiques. Ça suffit que les victimes aient honte », répète-t-elle. De la lumière dans l'obscurité Si le contenu de Décroissance sexuelle est né de sa collaboration avec Dare- Dare, c'est aussi grâce à elle que son éditeur l'a approchée. « Ça faisait longtemps que je voulais faire un livre avec L'Oie de Cravan. Quand ils m'ont dit que mes textes [de la résidence] étaient vraiment beaux, j'ai fait part de mon désir de les illustrer pour eux », rapporte-t-elle avec enthousiasme. Pour eux, Julie Delporte aborde le changement de style en noir et blanc avec beaucoup de plaisir. « Ça m'a fait du bien de m'éloigner de la couleur un peu. j'aurais pu en mettre sur la couverture, mais je voulais rester dans l'esprit dark du titre. » L'occasion aussi de s'essayer à une nouvelle technique, celle de la gravure à l'eau-forte. « On polit une plaque de cuivre et on l'enduit d'une couche de vernis qu'on grave avant de le plonger dans un bain d'acide. Ensuite on y met de l'encre et on passe la plaque dans la presse. Après, il y a la coloration des noirs et des gris. Ça demande plusieurs étapes, un peu comme une recette de gâteau, et énormément de temps. Mais ça reste une expérience très méditative que j'ai adorée », explique-t-elle. Le résultat — tant des poèmes que des illustrations — est en tout cas remarquable. Et surtout, il nous fait réfléchir bien au-delà de la lecture. UN PEU D'INFO Décroissance sexuelle Paru le io novembre Aux éditions L'oie de Cravan
Simone Simoneau, l'alter ego La mairesse de Montréal Valérie Plante publie aujourd'hui sa première bande dessinée, Simone Simoneau Chronique d'une femme en politique, aux Éditions XYZ. Ce projet, à la fois radieux et ambitieux, est le fruit d'une collaboration avec l'illustratrice Delphie Côté-Lacroix. AMÉLIE REVERT arevert@journaimetro.com Changement de registre. Enfin, presque. Cette fois, c'est Fautrice Valérie Plante que nous avons rencontrée pour discuter de Simone Simoneau, son alter ego imagé. Sissi — c'est comme ça que tout le monde l'appelle — est une Montréalaise engagée dans son quartier. C'est aussi l'héroïne de cette Chronique d'une femme en politique, inspirée du parcours de la mairesse et co-scénarisée avec son acolyte Delphie Côté-Lacroix Simone Simoneau et Valérie Plante ont en effet en commun de se lancer en politique alors que rien ne les y destinait C'est ainsi que les deux femmes deviennent candidates aux élections municipales, avec les contraintes des rouages du milieu. Le sexisme, peut-être ? Dénoncer en douceur « Celles qui étaient là avant moi, en politique, menaient un combat contre un sexisme violent. On disait aux femmes à l'époque de retourner dans leur cuisine... Aujourd'hui on a évolué, mais il n'en demeure pas moins de misogynie », reconnaît volontiers Valérie Plante. Et d'ajouter « je voulais montrer un sexisme insidieux, mais pas nécessairement conscient, et qu'il y a encore des biais, des stéréotypes à surmonter ». Avec subtilité, Sissi raconte, Valérie Plante/JOSIE DESMARAIS/ARCHIVES MÉTRO « La COVID, c'est dur, tant mentalement que physiquement. La lecture fait partie de ces belles choses qui nous font du bien, et ce livre, qui est fini depuis décembre 2019, est porteur d'espoir. Je revendique donc le droit d'avoir des loisirs et de prendre soin de moi. Je ne vais pas m'excuser pour ça. » Valérie Plante, mairesse de Montréal et autrice de Simone Simoneau entre autres, à sa mère que son « rhum reçoit beaucoup de soutien, d'encouragements pis de plats cuisinés. Si c'était lui qui était candidat je pense pas que j'en recevrais autant, parce que c'est normal pour une femme de soutenir son homme en gérant tout le reste ». Voilà un bel exemple de la charge mentale. « C'est vraiment une conversation que j'ai eue avec mon mari. Il me disait pendant ma campagne "trais Val, t'es pas là et c'est un peu plus difficile. Mais si tu savais tout le support que j'ai ! " », précise la mairesse qui évoque l'importance de nommer les choses telles qu'elles sont Si dénoncer en douceur les travers de la politique était bien une volonté de Valérie Plante, elle voulait aussi en montrer l'arrière-scène. « L'engagement citoyen, c'est fort. Simone Simoneau est un message d'amour pour les bénévoles sans qui tout ceci n'aurait pas été possible », s'enthousiasme-t-elle. « Valérie m'a laissé carte blanche. J'ai choisi des couleurs vives intuitivement pour qu'on sente le côté ludique et l'esprit joyeux de Simone Simoneau », souligne Delphie Côté-Lacroix qui évoque « une collaboration très énergisante ». Les deux créatrices étaient également très attachées à la diversité des corps, des âges, des ethnies, qui font partie de l'ADN de Montréal. « L'enjeu de représentation est essentiel C'est important que des jeunes filles trouvent la politique accessible. Beaucoup peuvent s'identifier à Valérie Plante comme à Simone Simoneau », croit l'illustratrice. la mairesse, elle, estime que « chaque citoyen peut faire la différence », en devenant allié des femmes et des minorités visibles, notamment Enfin, avec cette BD, Valérie Plante veut surtout dire aux gens de suivre leur instinct « Si on regarde mon passé, je n'étais pas censée faire de h politique et maintenant, je suis la mairesse.ll faut se faire confiance pour apprendre les codes », dit-elle. Et les changer aussi, sûrement WEEK-END 9 PHOTOGRAPHIE Lorde veut sensibiliser au réchauffement climatique horde a annoncé la sortie de son premier livre de photographie, intitulé Going South, dans une infolettre adressée à ses admirateurs. C'est à la suite d'un voyage en Antarctique en 2019 que la chanteuse est passée à l'acte. « Le continent me fascine depuis que j'ai l'âge de lire. Il a recommencé à m'intéresser ces dernières années alors que ma conscience environnementale augmentait », a-t-elle écrit. L'artiste multiprimée n'a pas révélé la date de publication de Coing South, bien qu'elle ait prévenu ses fans qu'ils ne pourraient probablement pas le mettre sous leur sapin de Noël. AFP RELAX NEWS ACADÉMIE FRANÇAISE Étienne de Montety, Grand Prix du roman Étienne de Montety a remporté, hier, le Grand Prix du roman de l'Académie française, avec La Grande épreuve (Éditions Stock). Ce livre est librement inspiré de l'attentat islamiste visant une église à Saint-Étienne-du- Rouvray en France. Ce journaliste du Figaro littéraire de 55 ans signe là son quatrième roman. Il l'emporte, par 13 voix, face à Miguel Bonnefoy (Héritage, Rivage) et Maël Renouard (L'Historiographe du royaume, Grasset), qui en ont obtenu deux chacun. AFP RELAX NEWS Plus de 500 idées restos Rendez-vous sur journalmetro.com métr jour na lmetro.com



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