Métro Montréal n°2020-09-25 vendredi
Métro Montréal n°2020-09-25 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-09-25 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 11,6 Mo

  • Dans ce numéro : histoire universelle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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King Dave JOSIE DESMARAIS/MÉTRO On pense déjà connaître Dave, ce Montréalais qui s'enlise dans la criminalité sous le coup d'une peur qui lui fait prendre une série de mauvaises décisions. Sous les traits d'Alexandre Goyette, il nous a d'abord raconté sa descente aux enfers au théâtre dans King Dave, en 2005, puis au cinéma, dans l'adaptation de Podz sortie en 2016. Mais le Dave qui s'apprête à monter sur les planches de Duceppe, incarné par l'acteur d'origine haïtienne Anglesh Major proposera un regard inédit sur ses mésaventures. « 11 ne faut pas arriver en pensant déjà savoir qui est Dave, soit parce qu'on a vu la première mouture, soit parce qu'on le regarde et qu'on le profile déjà. Il faut partir complètement ouvert », conseille Jenny Salgado, alias J-Kyll, qui signe la trame sonore de cette adaptation très attendue de King Dave mise en scène par Christian Fortin. Ici, Dave est afro-québécois. Il a grandi à Montréal, dans le quartier Saint-Michel. Lorsqu'il raconte en tout début de pièce comment il s'est retrouvé dans la soirée où a commencé sa dérape monumentale, il ne dit pas qu'il y a été invité par « le rhum d'un de mes chums », mais plutôt par « le patnais d'un de mes patnais ». Anglesh Major a été repéré par Alexandre Goyette, créateur de King Dave, l'an dernier dans la pièce Les amoureux présentée au Théâtre Denise- Pelletier. « Il était venu me voir dans la loge en me disant  : "Eille toi, tu vas travailler un jour, c'est sûr ! " » raconte le jeune acteur. Ce jour est arrivé au début du confinement, quand Alexandre Goyette a voulu revisiter sa populaire oeuvre avec un acteur afrodescendant. Cela, en soi, est historique  : Anglesh Major sera le premier acteur noir à porter un solo sur la scène d'un grand théâtre montréalais. « C'est énorme, dit J-Kyll en pesant ses mots. C'est quelque chose qu'on doit honorer et qui doit être fait comme il se doit 11 y a des erreurs à ne pas faire. » Voilà qui ajoute au stress déjà présent sur les épaules de l'acteur par le simple fait de reprendre sur scène un des plus grands succès du théâtre des dernières années. D'autant plus qu'il s'agit du premier solo du comédien de 28 ans. « Je ne m'attendais pas à faire ça, pas à cet âge en tout cas », dit-il. Des blessures profondes Si le mouvement Black Lives Matter et MARIE-LISE ROUSSEAU mErousseau@journalmetro.com « À UN MOMENT, TU OUBLIES QUE C'EST UN NOIR QUI TIENT LE PREMIER RÔLE, CAR LES MASQUES TOMBENT. À LA FIN, LA PERSONNE QUE TU AS DEVANT TOI, C'EST UN HUMAIN QUI A PEUR. » ANGLESH MAJOR la prise de conscience du manque de diversité dans le milieu culturel québécois ont incité Alexandre Goyette a vouloir transposer son récit dans un autre milieu, le racisme n'est pas le sujet principal de KingDave. « Oui, l'idée a germé dans ce contexte. Et le confinement a amené quelque chose de quand même assez beau, parce que toute l'humanité a été obligée d'être en pause ensemble pour la première fois. Je pense que nos pouls battaient au même rythme, pour une fois », avance Anglesh Major, faisant référence à la mobilisation internationale qui a suivi le meurtre de l'Afro- Américain George Floyd sous le genou d'un policier. « Mais finalement, le racisme n'est pas le moteur du personnage et ça ne le sera jamais. Il vit du racisme, mais c'est une blessure parmi tant d'autres. Sa vraie blessure, c'est la peur. Cette peur qui est tout le temps en lui, qu'il n'arrive pas à calmer », poursuit-il. Cette peur qui le pousse à se mettre continuellement les pieds dans les plats, à ne jamais réfléchir avant d'agir et, par conséquent, à s'enliser dans ses problèmes. « C'est très fidèle à l'original. C'est le même texte, c'est la même histoire, c'est le même Dave. Il est toujours en action, en mode "let's go, on y va, on y va, on y va". Ce qui fait que tu le regardes et que tu as envie de lui dire  : "Maaan, reste chez vous ! " » lance son interprète en riant Le même Dave, mais avec un autre bagage culturel. D'où la nécessité d'adapter le texte original, question de réalisme. Alexandre Goyette et Anglesh Major ont fait ce travail de réécriture à quatre mains. « J'ai beau être au Québec depuis... hum... 26 ans ? Bref, ça fait super longtemps, mais c'était tellement québécois que même dans ma bouche, ça ne fonctionnait pas », dit-il, déplorant que cette adaptation de la langue n'a pas été faite pour la pièce Héritage présentée sur la même scène l'an dernier. « On ne se voyait pas en tant que communauté. » Une autre langue québécoise Selon Jenny Salgado, qui a puisé dans son bagage rap et dans les sonorités ancestrales haïtiennes et africaines pour tisser la trame sonore de la pièce, la langue qu'on entendra sur scène, hybride de français, de créole et d'anglais, est un jargon québécois parmi d'autres. « Au sein même de Montréal, il y a des langages québécois, soutient-elle. Celui qui était employé par Alexandre sonnait faux dans la bouche d'Anglesh. Vous avez fait un travail pour que ça sonne vrai. » Une autre différence importante dans cette adaptation est la relation qu'entretient le protagoniste avec sa mère. Le Dave d'origine haïtienne ne se permet pas de parler à celle-ci sur le même ton que le Dave blanc. « rai dû expliquer à Alex  : "Si je dis la même première réplique que toi à ma mère, la pièce finit tout de suite ! " raconte-t-il en éclatant de rire. Dave n'aura pas le temps de commettre l'irréparable, sa mère le fera ! » Dans la culture haïtienne, la mère est une figure puissante. « C'est notre spiritualité, c'est notre conscience, c'est notre histoire », soutient sa collègue qui s'est fait connaître avec le groupe Muzion il y a une vingtaine d'années. L'acteur souligne aussi que contrairement au Dave original, le sien n'a pas d'emblée l'air d'un poseur. « Quand tu le vois de loin, tu te dis  : "Ok il est cool". Mais quand tu t'approches, tu te dis  : "Eh boy ! Finalement, peut-être que je ne vais pas chiller avec ce gars trop longtemps ! " » « Mais quand tu t'approches plus près, tu as le goût de le prendre dans tes bras », nuance Jenny Salgado. En effet, les blessures d'enfance de Dave permettent de comprendre en partie son comportement erratique. Voilà la beauté de cette adaptation, seion les deux artistes  : l'histoire de Dave transcende la couleur de sa peau. « La pièce amène à puiser en dedans de soi, parce que c'est un texte tellement intime », souligne Anglesh Major. Ce à quoi renchérit sa collègue  : « Au départ, l'idée venait d'une volonté de faire partie du changement, mais plus on fait et on construit cette pièce, plus on se rend compte que c'est bien plus grand que nous et bien plus grand que cette question [de la diversité]. Ça nous ramène à quelque chose d'universel. C'est beaucoup plus humain qu'une race ou une réalité de quartier. » UN PEU D'INFO Dès le 29 septembre chez Duceppe
Renegade Breakdown de Marie Davidson & L'Oeil nu Marie Davidson est de retour ! Quelle joie de retrouver l'artiste montréalaise qui collabore cette fois avec L'Œil Nu, deux ans après Wcrrldng Class Woman. Oubliez (presque) tout ce que vous connaissez d'elle. Le trio qu'elle forme avec Pierre Guerineau et Asaél R. Robitaille propose un album éclectique, difficilement classable dans un unique style. De l'hommage à la pop de Mylène Farmer avec le fantastique titre Renegade Breakdown, qui donne son nom au disque, au très « lynchien » et envoûtant Just In My Head (fermez les yeux, et les images de Blue Velvet déifieront), le plaisir est totaL Il est fascinant de voir à quel point ce changement de direction est réussi. La musicienne prouve aussi qu'elle n'a rien perdu de son talent pour les paroles piquantes teintées de l'humour noir qu'on lui connaît ABÉLIE num A Renegade Breakdown est offert sur les plateformes dès aujourd'hui./JOCELYN MICHEL/COLLABORATION SPÉCIALE Loin de Bachar Pascal Sanchez s'est ici discrètement immiscé dans le quotidien des al-Mahamid. Adrian, Basmah et leurs quatre enfimts sont arrivés à Montréal après avoir fui la Syrie en guerre de Bachar al-Assad. Loin des bombes qui terrorisent ceux qui n'ont pas pu partir comme eux, ils n'ont pour autant jamais renoncé au lien si fort qui les unit à leurs proches. la famille vit ainsi au rythme des cours de français, des appels Skype et de l'engagement social exemplaire du père. Un documentaire touchant et d'une immense huma. nité ! Dès aujounnui à la Cinémathèque AMÉLIE REVERT oetriL.. 3 Derrière nos écrans (de fumée) Allons-nous droit dans le mur avec les réseaux sociaux ? C'est la question que l'on se pose devant ce documentaire de Jeff Orlowski. Entre algorithmes et modèle prédictifs, des repentis de la tech décortiquent comment les géants Facebook, Google etc., ont contribué à créer les outils qui, aujourd'hui, exploitent nos faiblesses et nos émotions pour mieux nous manipuler. Entre fausses nouvelles, théories complotistes et vies brisées, une oeuvre nécessaire, mais tout de même glaçante. Sur Netflix MARTIN NOLISÉ Cette semaine, on craque pour... We are chaos de Marilyn Manson Au royaume du métal, l'ennemi juré de l'Amérique conservatrice fait toujours partie des maîtres. Parsemé d'accents glam rock, son ne opus prouve qu'à 51 ans, « l'Antichrist superstar » n'a rien perdu de sa verve rebelle et politique. Mal-être de la jeunesse, humanité destructrice et avenir sans espoir  : les noires obsessions qu'il traîne avec lui depuis 1994 sont toujours d'actualité. Et même s'il ne choque plus (le monde actuel s'en charge à sa place), sa musique possède encore un certain pouvoir vénéneux. CÉLINE GOBERT 6 The Wagers Sean Michaels est un auteur innovant. Après avoir imaginé la vie de l'inventeur du thérémine, Lev Termen, dans son excellent premier roman Corps conducteurs, le revoici avec une histoire qui, au préalable, semble plus terre à terre... Jusqu'à ce que son protagoniste, Theo Pothis — humoriste trentenaire coincé dans la relève, cogestionnaire de l'épicerie familiale et adepte de courses de chevaux — se lie à une bande de Robin des bois des temps modernes qui vole de la chance pour la redistribuer plus équitablement Ce qui commence comme un récit hyperréaliste et hyper montréalais se transforme alors en une captivante aventure fantasmagorique et internationale qui porte à réfléchir sur la notion du hasard. Aux éditions Penguin Random House MARIE-LISE ROUSSEAU Expat vol. 1 On est plusieurs à avoir découvert le nom d'Alex Mc Mahon durant le confinement grâce au formidable vers d'oreille Mange mes pets COVID. Mais ce serait réducteur de résumer son travail à ce seul succès, car ce touche-à-tout est derrière 1001 projets. L'un d'entre eux est la série docu Expat, qui lui a inspiré ce premier album solo riche, diversifié et accrocheur. Véritable voyage musical empreint de funk, de soul et d'une parfaite dose de groove, Expat vol 1— crée avec une dizaine d'artistes de tous horizons, dont Gabio, La Bronze, Gaéle et Eman — nous envoûte de la première à la dernière note. blARIE-LME ROUSSEAU WEEK-END 7 Residue Présenté au Québec lors du récent FCVQ le premier filin de Merawi Gerima suit un cinéaste de retour dans le quartier qui l'a vu grandir ; quartier qui subit les assauts de la gentrification sans que rien ne change pour ses habitants défavorisés. Véritable diamant brut, aux choix esthétiques singuliers et marquants, Residue propose une délicate exploration de l'identité noire, souvent brutalement honnête, et évoque les souvenirs et fantômes du passé qui empêchent d'avancer. Une nouvelle voix afro-américaine à suivre. Sur Netflix CÉLINE GOBERT ET ON SE DÉSOLE POUR Les disparitions de Ruth Bader Ginsburg et de Juliette Gréco Deux grandes dames, dont l'émancipation est un modèle, se sont éteintes. Ruth Bader Ginsburg, juge progressiste à la Cour suprême des États-Unis, est morte la semaine passée. À propos de l'avortement, elle déclarait que « le gouvernement n'a pas à faire ce choix pour une femme ». Puis Juliette Gréco s'en est aussi allée mercredi. L'icône d'un Saint-Germain-des-Prés très masculin n'a jamais laissé tomber ses convictions féministes. Merci, mesdames ! AMÉLIE f REvERT



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