Métro Montréal n°2020-06-12 vendredi
Métro Montréal n°2020-06-12 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-06-12 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 12,3 Mo

  • Dans ce numéro : plaidoyer pour le port du masque obligatoire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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métr journalmetro.com Week-end 12-14 juin 2020 OPINIONS TRIBUNE LIBRE Créateurs et artistes  : deux défis bien distincts Le ler juin dernier, la ministre de la Culture et des communications du Québec, Nathalie Roy, dévoilait son plan de relance culturelle. 400 M$ seront injectés (ou remaniés) en culture. Difficile d'afficher son mécontentement après une annonce aussi spectaculaire  : enfin de l'argent pour la culture ! Mais l'enthousiasme qu'affichait alors la ministre n'a pas été partagé par l'ensemble de l'industrie, en stand by depuis la mi-mars. Si l'AQAA (l'Association québécoise des agents d'artistes) applaudit l'annonce de cette somme impressionnante venant en aide aux créateurs et aux producteurs de contenus du Québec, elle unit sa voix à celle de l'Union des artistes et demeure extrêmement préoccupée de ce que cette annonce ne tient pas compte de la réalité des artistes-interprètes. Tous au jardin ! Qu'est-ce qu'un film, une pièce de théâtre, une émission de télé sans acteurs et actrices ? Les artistesinterprètes, travailleurs autonomes qui oeuvrent rappelons-le, sans filet social, sont les grands oubliés de ce plan de relance culturelle. Ils représentent pourtant une masse importante de cette industrie qui, pour exister, ne peut se passer de leur savoir-faire. Qu'arrivera-t-il à la mi-juillet lorsque la PCU tirera à sa fin ? Une fois les rôles créés, dans quelle proportion pourront-ils être distribués, produits, diffusés ? Combien d'artistes-interprètes auront les moyens d'attendre ces nouveaux projets ? La réponse du gouvernement à toutes ces questions est venue sous la forme d'un montant de 6,5 M$ qui servira à la fois de bourses de soutien aux artistes et écrivains en création (catégories desquelles sont exclus par définition les artistes-interprètes) et de fond pour les « urgences extrêmes ». Le problème que l'AQAA désire ici soulever, c'est celui du court terme. Les engagements annulés pour le printemps, l'été et l'automne 2020 ont déjà suffi à plonger la plupart de nos artistes dans une situation « d'urgence extrême ». Les bénévoles du Carrefour Jardinier du quartier Saint-Michel s'activent chaque mercredi depuis trois semaines à planter ce qui constituera leur récolte d'ici à la fin de l'été. Leur jardin communautaire, situé devant le bâtiment de la Cité des Arts du Cirque TOHU, regorge de couleurs et de verdure./COLLABORATION SPÉCIALE/CARREFOUR JARDINIER Faites-nous découvrir votre Montréal ! Photographes, à vos appareils ! Courez la chance de voir votre cliché publié dans les pages Opinions de votre journal favori... Faites-nous parvenir vos photos de la ville à opinions@journalmetro.com. MÉTRO S'il est vrai que les récents investissements du gouvernement font figure de véritable bouée de sauvetage pour nos créateurs et s'il est vrai que la création donne du travail aux interprètes, il n'en demeure pas moins que la création est un travail de longue haleine. Elle demande du temps avant de germer, de se structurer et de se peaufiner. Les artistes-interprètes sont les derniers convoqués à la « chaîne de montage » de la création. Ils entrent en scène lorsque les textes sont écrits, les projets financés et les équipes de production montées et mises en branle. Cette longue chaîne (dont nous résumons seulement les principales étapes) La recette suédoise Je suis convaincu que de nombreux chefs d'État regardent ce qui se passe en Suède et se disent  : « Nous aurions dû faire comme ce pays et limiter au strict minimum les mesures coercitives plutôt que de plonger notre économie dans l'abysse ». Dans cette nation scandinave, l'économie tourne à peu près normalement. La plupart des entreprises n'ont pas cessé de rouler à plein régime ; les bars et restaurants également et les Suédois ne semblent guère se préoccuper outre mesure de la distanciation sociale. Depuis le début, les seules restrictions concernent les regroupements de 50 personnes ou plus et le confinement pour ceux qui se savent porteurs de la COVID-19. Or, qu'en est-il donc de la comparaison à établir avec le Québec où, comme chacun le sait trop bien, les mesures visant à contrer cette pandémie se sont avérées extrêmement rigoureuses ? Laissons parler les chiffres (en date du 10 juin)  : — Suède (population 10 340 000), 46 814 cas et 4 795 décès. — Québec (population 8 484 000), 53 185 cas et 5 029 décès. Nombreuses sont les affres du confinement auxquelles nous prend des mois, souvent des années à se constituer, à se structurer autour d'un projet. Le temps presse. Le laps de temps qui s'écoulera entre la fin de la PCU et la reprise des premiers contrats post-COVID fera en sorte que la majorité des artistes-interprètes devront amorcer des démarches de réorientation de carrière. Si le gouvernement ne leur vient pas en aide, le bassin d'acteurs et d'actrices du Québec s'évaporera plus vite que les derniers dollars de la PCU. Le travail d'un interprète, c'est plus que d'appendre des lignes. Ce n'est pas un hobby. Ça ne se fait pas les soirs et les fins de semaine entre deux brassées de blanc. C'est sommes astreints. Que de chaleur humaine refroidie par l'éloignement et les restrictions ! Que de fierté éclopée par le recours aux banques alimentaires ! Combien de notions académiques perdues dans les méandres de l'ennui ? Combien de faillites ? Combien de dépressions ? Combien de drames familiaux fomentés par des idées toujours plus sombres, comme autant de sinistres jalons dans le calendrier du confinement et de l'oisiveté ? Il est néanmoins évident qu'une certaine paranoïa, orchestrée par nos dirigeants, s'est emparée de la société. A bon escient, peut-être. On verra. Certes, la vie reprendra ses droits, mais l'on peut d'ores et déjà supposer que les psychologues et un travail minutieux qui demande du temps, de la sensibilité, de la recherche, de l'engagement personnel et le déploiement de ressources humaines et économiques. Nous sommes convaincus que la ministre de la Culture et des communications, qui a su démontrer ouverture et écoute lors de la rencontre du 3 juin dernier avec les créateurs des arts vivants, saura tendre l'oreille aux doléances que nous lui présentons aujourd'hui. Les artistes-interprètes du Québec ont besoin d'aide. Ils ont besoin qu'on reconnaisse leur statut et qu'on les soutienne financièrement afin que leur expertise ne s'étiole pas petit à petit. Il faut agir vite, parce qu'on oublie trop souvent la précarité dans laquelle vivent déjà bon nombre de nos artistes-interprètes ; parce que cette crise n'a fait qu'exacerber la fragilité de leur situation ; parce que toute la chaîne économique culturelle ne sera malheureusement pas sauvée grâce à la création financée ; parce que venir en aide aux artistes-interprètes aujourd'hui, c'est assurer la qualité des créations québécoises de demain. 6 ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DES AGENTS D'ARTISTES les vendeurs de médicaments feront des affaires en or dans les mois à venir... ce qui ne doit pas figurer au tableau des facteurs positifs. En contrepartie, on affirmera sûrement qu'une bouffée d'air frais aura assaini — malgré nous — notre planète en 2020. Il pourrait s'agir du seul élément bénéfique (et il n'est pas banal) émanant de ce bouleversement planétaire. Mais nous aurions besoin d'une prodigieuse boule de cristal pour en évaluer judicieusement les avantages et désavantages. PAUL-ANDRÉ ALLARD, MONTRÉAL Écrivez-nous ! opiniogne ! journalmetro.com
métr.  : "Ir g 12-14 JUIN 2020 ifemPeglers1 111100> Qu'on les appelle artistes émergents, de la relève ou indépendants, la COVID-19 a frappé durement ceux qui tenter de percer sans l'appui de grandes maisons de disques. Jusqu'au 12 mars dernier, tout allait rondement pour Ariane Roy, jeune auteure-compositrice-interprète de Québec. Elle venait de dévoiler son premier EP Avalanche et occupait la première place du palmarès des Francouvertes, en plus d'avoir atteint la finale du Cabaret Festif !. Puis tout s'est arrêté avec la décision du gouvernement d'interdire les rassemblements publics. Plus de lancements à Québec ni à Montréal, plus de concours et plus de visibilité. « Au début, j'ai quand même eu peur, raconte la vingtenaire. Évidemment, ça fait partie de la vie, mais quel timing poche. » « J'essaie de relativiser  : je suis en santé, je vais bien, j'ai un toit, mais le futur en ce moment est hyper incertain. C'est dur pour tout le monde, mais quand on est seule, indépendante comme moi, l'insécurité est encore plus grande. Personne en ce moment ne sait ce qui est la meilleure chose à faire. Quand tu n'as pas d'équipe, c'est encore plus anxiogène. » La pandémie a aussi bouleversé les plans de Renaud Paquette, qui gère la carrière de plusieurs jeunes artistes, dont le rappeur Vendou et les groupes De.Ville et Sex Machine Octopus. Pour aider le moral de ses troupes, le gérant les a invités tour à tour en résidence créative dans un chalet de la Mauride. Si sortir du « dimat un peu lourd de Montréal » leur fait le plus grand bien, les inquiétudes demeurent nombreuses. « Pour un artiste émergent, le timing fait foi de tout. Pour un artiste qui était sur une pente ascendante, qui devait jouer dans les festivals cet été et lancer pur h rettet4 ") 311 pt- Concerts annulés, visibilité perdue et revenus en chute libre  : les temps sont durs pour tous les artisans de la chanson, mais encore plus pour ceux qui amorcent leur carrière en ces temps de pandémie. BENOIT VALOIS-NADEAU bvalois-nadeauejournalmetro.com « QUE TU TRAVAILLES AVEC DES ARTISTES COTÉES « A » OU « C », TOUT LE MONDE A PERDU BEAUCOUP D'ARGENT. » RENAUD PAQUEUE, GÉRANT D'ARTISTES un album à l'automne, tout ça vient de chuter. Et c'est très difficile à reconstruire seul, sans l'appui d'une équipe. » Du point de vue économique, les choses ne tournent pas rond non plus, même si la Prestation canadienne d'urgence (PCU) offre une aide temporaire. Les pertes approchent la dizaine de milliers de dollars pour un de ses protégés qui devait se produire sur plusieurs grandes scènes cet été, « Les festivals représentent la plus grosse partie des revenus de spectacle des émergents, note Renaud Paquette. Si l'été culturel disparaît, c'est sûr que les plus gros impacts seront sur la relève. Des gens comme Fould, Bernard Adamus ou Émile Bilodeau perdent aussi des revenus importants, mais ils peuvent profiter d'une stabilité due à leur statut. Plus tu es populaire, plus tes redevances sont élevées. Ces revenus-là rentrent toujours pour ces artistes. Et c'est plus facile pour eux de reprogrammer une tournée avec une équipe de 20 ans qui va travailler pour recréer le momentum auprès du public. » Concours amputés Les concours musicaux, qui apportent visibilité, encadrement et prix (en bourses, heures de studio ou occasions de spectacle) aux artistes en début de parcours, sont une autre victime collatérale de la crise sanitaire. À l'image des polyvalentes de la province, ces écoles de la chanson ont dû interrompre leurs activités. Ainsi, pour la première fois en 52 édi- 4 4 tions, le vénérable Festival international de la chanson de Granby (FICG) ne couronnera pas de gagnant cette année. Les 24 artistes qui avaient été sélectionnés avant la pandémie auront tout de même la chance de se produire au Palace de Granby, mais dans une formule virtuelle sans public. « On voulait quand même leur offrir une vitrine, explique Jean-François Lippé, directeur général du FICG. C'est notre mission de promouvoir les artistes francophones et de faire découvrir la relève en chanson. » Comme en temps normal, le festival offrira aux musiciens ses ateliers de formation sur les facettes du métier, mais en vidéoconférence seulement « Il faut garder la flamme allumée dans le milieu culturel, c'est ce qu'on a trouvé comme alternative cette année », dit Jean-François Lippé. Du côté des Francouvertes, on compte reprendre les rondes préliminaires au Lion d'or à la fin de septembre. L'organisation croise les doigts pour ne pas perdre de joueurs en cours de route. « Dans notre cas, tous les partenaires qui remettent des prix oeuvrent dans le milieu culturel et sont euxmêmes impactés par cette crise. C'est certain que tout ce beau monde-là a subi des pertes et il va falloir qu'ils se remettent à flot. Vont-ils couper sur le côté musique émergente ? On espère que non », admet Sylvie Courtemanche, directrice générale des Francouvertes, qui se dit tout de même très optimiste pour la suite des choses. Véritable retour à la normale ? La simple réouverture des salles de spectacle à l'automne ne suffirait pas à aider la cause des artistes de la relève, selon Ariane Roy. « La priorité ira aux artistes établis qui ont annulé ou reporté des dates, estime la jeune femme. la chose plus difficile pour les artistes de la relève sera de retrouver une place dans la programmation. On risque de se retrouver avec plein de shows en même temps, ce ne sera pas possible de recaser tout le monde. » di va rester une ouverture pour la relève, mais chaque diffuseur devra rendre des comptes et se renflouer un peu, tempère Sylvie Courtemanche. C'est une question de survie pour garder la salle ouverte. » En attendant le déconfinement culturel, la PCU, sur laquelle plusieurs artistes comptent pour vivre, viendra bientôt à échéance. Dans son plan d'aide à la culture, le gouvernement du Québec a annoncé la création d'un fonds d'urgence pour les artistes. Or, le fonds est administré par l'Union des artistes et par la Guilde des musiciens, deux organismes dont ne font pas nécessairement partie les débutants en musique, souligne Renaud Paquette. « rai souvent l'impression que le gouvernement ne comprend pas ce qu'est un artiste indépendant, soupire l'agent d'artistes. C'est beaucoup plus facile de prendre en compte les voix les plus fortes du milieu, les Dare to Care, les Bonsound, les artistes qui brillent le plus. « Mais on oublie les artistes qui brillent moins, et qui, en temps normal, remplissent les bars sur Mont- Royal ou Saint-Denis chaque soir. C'est eux qui remplissent les petites salles et qui font que les commerces autour fonctionnent. » z Z



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