Métro Montréal n°2020-05-08 vendredi
Métro Montréal n°2020-05-08 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-05-08 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 11,5 Mo

  • Dans ce numéro : halte aux locaux vides.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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métr ÉJ.:1 OPINIONS COURRIER DES LECTEURS Marguerite Biais, la ministre irresponsable des Aînés Nous le savons tous  : Marguerite Biais aime les personnes âgées, les « aînés » comme il est maintenant ridiculement convenu de les appeler. Tellement que lorsque, de 2007 à 2012, elle a été ministre responsable des Aînés sous le gouvernement libéral de Jean Charest, elle n'a pas hésité un instant à investir 293 000 $ sur quatre ans pour embaucher des clowns dans le but de « briser l'isolement et la solitude dont souffrent plusieurs bénéficiaires » dans les CHSLD. À la suite de cette annonce spectaculaire et prenant son courage à deux mains, elle a mis l'énergie nécessaire pour défendre sa « politique » audacieuse contre ceux qui l'accusaient de vouloir infantiliser les personnes âgées. Mais pour ceux qui n'en seraient pas convaincus, voici une autre preuve que Marguerite Biais aime encore et toujours les personnes âgées. En février 2020 — c'est hier ! — alors qu'elle est toujours ministre responsable des Aînés, mais cette fois sous le gouvernement caquiste de François Legault, elle n'a pas hésité, après une évaluation minutieuse de la situation, à dégager 5 M$ afin de donner la chance, toujours aux résidents des CHSLD, de décorer et d'embellir leur milieu de « vie ». Qui ne rêve pas dans ces centres de changer les rideaux, d'installer une peinture murale ou encore de faire l'achat d'un aquarium, donnait-elle en exemple. journaimetro.com Week-end 8-10 mai 2020 6 Toutefois, pas question de faire du mur à mur  : « On veut garder la personnalité de chaque établissement », affirmait la ministre — et quelle personnalité ! Dans le contexte de la pandémie de la COVID-19, on se serait toutefois attendu à ce que la ministre, pourtant responsable des Aînés comme son titre l'indique, se dise responsable, du moins en partie, du sort dramatique qui touche de manière brutale les milliers de personnes âgées qui demeurent et meurent dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée. Après tout, s'il y a une personne au Québec qui est bien placée pour connaître les conditions de vie lamentable de « nos aînés », qu'on aime tellement, c'est bien Marguerite Biais. N'a-t-elle pas mené une consultation publique sur les aînés lors de son premier mandat en politique ? Mais non, la responsabilité est collective a-t-elle affirmé à Marie- Michèle Sioui du Devoir, ajoutant, toujours dans le même article du 2 mai, que ces événements tragiques devront nous obliger à Faites-nous découvrir vos activités de confinement ! Pâtisserie, couture, jardinage, coloriage... Le confinement semble inspirer les plus créatifs d'entre vous, petits et grands. Faites nous parvenir vos créations en photos à opinions@journalmetro.com, elles seront peut-être publiées dans cette page. Au plaisir de les découvrir ! « refaire un examen de conscience collectif ». Quelle drôle de façon de s'en laver les mains, de ne prendre aucun blâme, de ne pas avoir à répondre, non pas de ses actes, mais de son inaction. Car la question se pose  : qu'a fait la ministre Biais pendant toutes ces années alors qu'elle était au pouvoir, pour changer la situation dans les CHSLD, pour améliorer le sort lamentable de toutes ces personnes qui y survivaient de peine et de misère ? [...] Dans les semaines, les mois et les années à venir, le Québec aura plus que jamais besoin au poste qu'occupe encore Marguerite Biais d'une personne qui, en plus d'aimer les aînés, aura les capacités de bien lire et comprendre la situation des personnes âgées et en perte d'autonomie, de proposer des solutions et surtout d'assumer ses responsabilités au lieu de s'en soustraire à l'aide de paroles empathiques et doucereuses qui ont pour fonction de cacher l'incompétence de celle qui les prononce. &BIRAN BERGERON, ESSAYISTE ET PROFESSEUR DE PIMASOPHIE Dédé Fortin, un allumeur de phares ! Dédé Fortin nous a quittés il y a 20 ans, le 8 mai 2000. C'est en 1993, alors que j'étais bénévole à l'auberge de Jeunesse de Tadoussac, que j'ai pris toute la mesure du phénomène musical qu'était alors Les Colocs. Leurs chansons tournaient en boucle sur la plupart des radios du Québec. À l'auberge, leur premier album ne 3 (rflie:à1b — - q.7 z... r*:'.. ; 121 ; , zre, - —'r.._.. ae'r.4..s..\, ; ee'. -..'. lii fi lir In Yi cessait de jouer. La voix du leader du groupe, Dédé Fortin, semait la joie et la bonne humeur dans la place. La majorité des chansons étaient d'ailleurs signées par cet auteurcompositeur de talent. Dédé avait l'art de créer le party tout en étant engagé et en faisant réfléchir. Je pense entre autre à sa chanson « La me principale ». Puis je me souviens avoir vu Dédé, l'air fébrile, sur un trottoir de la rue Saint-Denis de Montréal en début de soirée d'un certain 30 octobre 1995. Je me souviens surtout l'avoir vu pleurer plus tard en direct à la télévision en apprenant la défaite du oui, suite au deuxième référendum sur la souveraineté du Québec. Plusieurs d'entre nous s'en souviennent encore d'ailleurs. Notre chanteur tant aimé était resté sans voix devant l'animateur qui lui avait demandé sa réaction. Ce soir là j'ai vu sur le visage de Dédé toute sa vulnérabilité et une part de détresse qui l'habitait. La défaite du oui l'avait dévasté. Il l'avait pris personnel, dirait-on. Ses chansons ont Soyez informe soyez branché avec Métro 3 façons de rester connecté jour tro. om Suivez l'actualité locale, nationale et internationale en temps réel. eseaux sociaux Restez informé et interagissez sur l'actualité de dernière minute. L'infolettre Abonnez-vous et recevez l'essentiel de l'actualité dans vos courriels. par la suite pris un tournant plus sombre, tout en demeurant toujours aussi lumineuses. André « Dédé » Fortin était un être charismatique. Un allumeur de phares. Mais le 8 mai 2000, il a choisi d'éteindre sa propre lumière. Dernièrement encore, en préparant un souper bien arrosé, je n'ai cessé de fredonner avec entrain et bonheur plusieurs de ses chansons que je connais encore par coeur. Voilà une part non négligeable de son héritage musical. Ses chansons demeurent, 20 ans plus tard, toujours aussi vibrantes et elles sont souvent porteuses de joies et d'espoirs. Elles demeurent engagées dans la vie. L'actualité vous fait réagir ? métr Jou YVAN GIGUÈRE Écrivez-nous ! opinions@ journalmetro.com
QUE, RtST € -T-1L DE DtDt ? Il y a 20 ans aujourd'hui, André « Dédé » Fortin, fondateur et figure de proue des Colocs, s'enlevait la vie. Au-delà de sa mort tragique à 37 ans seulement, l'artiste a laissé une marque indélébile sur la scène musicale québécoise. Vingt ans plus tard, que reste-t-il de Dédé ? BENOIT VALOIS-NADEAU bvalois-nadeau@journalmetro.com mon 11111 mon T'IRAI 9Ais15 RUELLE, TARAI LA a) moisl cee m'APPELLE Artiste VIE novateur ‘ (l'EST ? As QuEs-norl QUE l' ? AssE mA - 9ELZBUTH La première Eme-isorlislt oArls MA P'TITE TETE in'contribution de Dédé est sans aucun doute musicale. Lui et les Colocs auront amené un grand bol d'air frais à la musique québécoise de la décennie 1990 en y intégrant des influences du monde entier. « Je me souviens très bien de ma surprise à l'époque d'entendre un gars être capable de memger du hip-hop avec de la musique tzigane, de la musique folklorique et de la claquette », se rappelle Laurent Saulnier, à l'époque journaliste à l'hebdomadaire Voir. « Ce mélange-là, c'était quelque chose d'inédit, d'original et donc d'intéressant. » Gumboots et scat sur Passe-moi la pack, reggae sur Tassez-vous de d'là, sonorité klezmer sur Belzébuth  : le groupe aura abattu les murs entre les styles tout au long de son existence. « Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi cu- CONCEPTION ET RÉALISAITON. KARINE BERTRAND/MÉTRO lieux, c'était comme un petit animal qui s'intéressait à tout », illustre Mara Tremblay, qui a côtoyé le groupe pendant deux ans en tournée à titre de violoniste. « Le trait caractéristique des Colocs, c'est d'abord cette fusion stylistique, estime Danick Trottier, professeur de musicologie à l'UQÀM. Ce mélange était très novateur à l'époque et Dédé aura été en cela un avant-gardiste. » Au gré des différentes moutures du groupe, l'auteur-compositeur-interprète aura recruté comme gui- PHOTOS  : LES COLOCS tariste un Cri de la Saskatchewan (Mike Sawatzky), un harmoniciste de France (Patrick Esposito), des percussionnistes sénégalais (Elage et Karim Diouf) et un bassiste belge (André Vanderbiest), entre autres. Chacun aura laissé sa marque sur le son des Colocs. « C'est très mélangé stylistiquement, mais tout de même unifié autour des instrumentistes, de la voix et de la guitare de Dédé. C'est comme si l'unification du groupe passait par la mise en relation de ses musiciens, ce qui permettait d'avoir une richesse stylistique incroyable », soutient Danick Trottier. Un parolier et un showman unique Cette ouverture au monde n'était pas contradictoire avec les convictions souverainistes de Dédé Fortin, bien au contraire. « Quand il parlait de souveraineté, c'était quelque chose d'extrêmement positif qui sortait de sa bouche », rappelle le chanteur Émile Bilodeau, qui se revendique pleinement de l'héritage de Dédé Fortin. Non seulement, il était une figure métissée, multiple, mais c'était aussi une figure emballante, qui donnait le goût de le suivre. » Par sa plume, l'artiste originaire de Saint- 8 « CE QUE DÉDÉ M'A LÉGUÉ ARTISTIQUEMENT, C'EST CE FEU, CETTE PASSION, CE DON DE SOI COMPLET ET SANS ARTIFICES. » MARA TREMBLAYrt'11 Thomas-Didyme, au Lac Saint-Jean, aura toujours fait se côtoyer le beau et le laid, le joyeux et le triste. II suffit de lire les paroles de Bon yeu ou de La rue principale pour s'en convaincre  : même ses chansons les plus accrocheuses sont écrites avec une grande lucidité. « La marque de l'écriture de Dédé, c'est la description sociale, croit le musicologue Danick Trottiez. Il aura réussi l'exploit de parler de choses extrêmement graves tout en gardant un côté contestataire et festif à la fois. » Presque 27 ans après la sortie du premier album du groupe, force est d'admettre que ces chansons touchent encore la cible. « À l'époque, on sentait que sa musique et ses paroles étaient ancrées dans l'air du temps. Vingt ans plus tard, on s'aperçoit que tout ça reste quand même pertinent C'est une contribution extraordinaire d'avoir réussi à écrire, composer, arranger et enregistrer des tounes qui marchent encore aujourd'hui », remarque Laurent Sauhiler, programmateur des Francos et du Festival de jazz. Dans sa forme, la langue de Fortin en est une de performance, affirme Danick Trottiez. Elle est faite pour être chantée avec tout son coeur, comme Dédé l'a fait lors de concerts mémorables. « C'est un peu grâce à lui que nos artistes sont décomplexés sur scène, fait valoir Émile Bilodeau. Dédé est arrivé et il sautait, il dansait, il se lançait partout C'était vraiment un entertainer. Quand je regarde Les Louanges, Hubert Lenoir ou Lydia Képinski, je ne peux pas faire autrement que de penser à l'influence scénique directe de Dédé. » Un rappel tragique En se donnant la mort, André Fortin aura malheureusement laissé à plusieurs le souvenir d'une figure Ela ii 7E RIS Au 0E1 0ES vErees O'egE 0Es EXPLOITEURS ErlOimAricHEs DISTRIBUTEURS OE coci-toOriEf(IEs ET OE 8or4tiEus PRÉFABRIQUÉS - PIssIbt.A0Ios ÉPUISÉ QuE 7E suis IE REMETS À LE'Joug PLUS TARO DE mon'DÉPART PouR UNE AUTRE PLANÈTE si SEULEMENT 7E POUVAIS ÉTOUFFER MON UNE voix CAFARD CHAUDE ME ()IRAIT : Tu BRILLES commE UNE COMÈTE — LA COMÈTE tragique, écrasée sous le poids de la célébrité et de sa détresse intérieure. Paradoxalement, son décès aura contribué à ce qu'on amorce enfin une conversation collective sur la santé mentale. « Dédé donnait tout à son art, à sa musique. Il était toujours investi dans ce qu'il faisait, peut-être trop », dit Mara Tremblay, qui avait partagé un repas avec lui une semaine avant sa mort. « Personnellement, ça m'a complètement revirée de bord dans l'acceptation de mes troubles de confiance. Je me suis dit  : "OK, je ne veux pas me rendre jusquelà". Je partageais trop de ses doutes et de ses difficultés. C'est à ce moment que j'ai commencé à travailler sur mon estime de moi et que je me suis rendue compte que j'étais capable. Mais ça prend du support et de l'aide. » « Veut, veut pas, sa mort tragique nous a vraiment aidés à détruire le tabou de la dépression chez les hommes, plaide de son côté Émile Bilodeau. II nous a permis de comprendre qu'on est toujours à risque, malgré le succès qu'on peut vivre. » En dépit de son départ trop hâtif, Dédé occupe une place de plus en plus importante dans le panthéon de la musique québécoise. « Pour tous les musiciens qui sont importants dans un milieu, il y a processus de canonisation qui s'opère après la mort, un peu comme on l'a connu avec John Lennon ou Elvis, observe Danick Trottiez. Aujourd'hui, Dédé est un incontournable de la chanson québécoise, une grande figure ». Le succès de sa musique est encore là pour en témoigner. « Ce qu'il a laissé, ce sont des albums qui sont extrêmement denses en termes d'écriture, de compositions et d'arrangements. Ce sont des disques très riches », analyse Laurent Saulnier. Vingt ans après sa mort, Dédé fait partie des meubles ! On chante ses chansons dans les karaokés, autour d'un feu de camp, à la Saint-Jean. Dédé a influencé et va continuer à influencer toute sorte de monde. » Si vous ou un de vos proches êtes en détresse, appelez l'Association québécoise de prévention du suicide, au 1 866 APPRELF (277-3553).



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