Métro Montréal n°2020-03-27 vendredi
Métro Montréal n°2020-03-27 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-03-27 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 12,8 Mo

  • Dans ce numéro : l'heure est à la gestion serée des stocks.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ÉJ.:1 journalmetro.com métr Week-end 27-30 mars 2020 6 MOL Pandémie. Le chômage explose aux États-Unis L'aéroport John F. Kennedy il y a quelques jours./KENA BETANCUR/AFP Les États-Unis, confrontés à une forte hausse du nombre de morts, notamment à New York, ont dépassé l'Italie et la Chine au chapitre des cas confirmés de COVID-19, dont les ravages pour l'économie et les travailleurs commencent à apparaître au grand jour. la course contre la montre des autorités est saisissante  : au moment même où le Sénat approuvait, tard mercredi soir, un plan historique de 2 000 G$ pour soutenir la première économie mondiale, le bilan de la pandémie franchissait le seuil symbolique des 1000 morts recensés sur le sol américain, selon l'université Johns Hopkins. Avec plus de 82 000 cas enregistrés, le pays a dépassé l'Italie et la Chine pour devenir le pays le plus touché de la planète par la pandémie. C'est à New York, capitale économique connue pour son habitat extrêmement dense, que l'accélération est la plus forte. L'État du même nom déplorait hier matin 385 morts, AFRIQUE DU SUD Confinement total et officiel L'Afrique du Sud a rejoint cette nuit les trois milliards d'humains de la planète déjà appelés à rester chez eux pour tenter de freiner l'épidémie de comnavirus. Le pays le plus industrialisé d'Afrique est, de loin, le plus touché par la COVID-19 sur le continent AFP Les géants de la distribution, Walmart et Amazon en tête, ont annoncé des embauches massives en réaction à la pandémie, qui a provoqué la ruée des consommateurs vers les supermarchés, pendant que les petits commerces, de leur côté, licencient en grand nombre. soit une centaine de décès en plus en 24 heures. Le nombre de cas y est aussi passé en un jour de 30 000 à plus de 37 000, soit près de la moitié des cas américains recensés, a indiqué le gouverneur Andrew Cuomo. Par ailleurs, le nombre de nouveaux chômeurs hebdomadaires a atteint un niveau sans précédent Selon les données, proprement vertigineuses, présentées jeudi, 3,3 millions de personnes ont fait une première demande d'allocation de chômage la semaine passée, soit 3 millions de plus que la semaine précédente. AGENCE FRANCE-PRESSE CHRISTCHURCH Le meurtrier plaide coupable Brenton Tarrant, l'Australien accusé d'avoir tué 51 personnes en mars 2019 dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a plaidé coupable hier à tous les chefs d'accusation retenus à son encontre, depuis la prison d'Auckland. AFP Wimbledon probablement reporté Après le report de Roland-Garros à la fin septembre en raison de l'épidémie de COVID-19, c'est au tour de Wimbledon de devoir prendre une décision délicate, mais apparemment inévitable, la semaine prochaine lors d'une réunion d'urgence, qui aura sans doute une incidence sur toute la saison sur gazon. AFP Le G20 promet 5000G$ pour soutenir l'économie COVID-19. Les dirigeants du G20 ont promis hier d'injecter 5 000 G $ pour soutenir l'économie mondiale, menacée par la pandémie de coronavirus. Le bilan est dramatique, particulièrement en Europe, où le seuil des 4 000 décès a été franchi en Espagne, tandis que les hôpitaux londoniens font face à un « tsunami » de malades. Réunis hier en sommet par visioconférence sous la présidence du roi Salmane d'Arabie saoudite, les dirigeants des 20 plus grandes économies de la planète ont voulu présenter « un front uni contre cette menace commune ». Malgré des mesures de confinement sans précédent affectant plus de 3 milliards de personnes sur la planète, le coronavirus, apparu en Chine en décembre, a déjà tué près de 24 000 personnes, dont les deux tiers en Europe, où plus de 250 000 cas sont désormais officiellement diagnostiqués selon un comptage réalisé par l'AFP hier. L'Europe compte ses morts L'augmentation du nombre de cas en Italie, pays le plus touché du monde avec plus de 8 200 décès, semble ralentir. L'Espagne, devenue la veille le troisième pays le plus touché du monde devant les États- Unis et la Chine, a franchi hier la barre des 4 000 décès. À Londres, les hôpitaux publics sont confrontés à un « tsunami continu » de malades graves. Cette triste réalité s'accompagne d'une proportion « sans précédent » de personnel souffrant, selon Hier en Finlande, en France, en Italie et aux Etats-Unis/AFP un responsable du système public de santé britannique. Les États-Unis au premier rang C'est aux États-Unis que l'épidémie progresse le plus vite, à tel point que nos voisins sont devenus le pays comptant le plus grand nombre d'infections, avec 85 505 cas de COVID-19 confirmés [hier, 22h35]. Ils déplorent en outre près de 1 288 morts, dont une centaine de plus ces dernières 24 heures dans le seul État de New York, selon un décompte de l'université Johns Hopkins. Hausse du chômage de 000% Conséquence des mesures de confinement touchant désormais plus d'un tiers de l'humanité  : le monde est à l'arrêt et l'économie plonge. Aux États-Unis, les demandes d'allocations de chômage ont explosé de 1000% au cours de la semaine écoulée et atteignent un pic historique. En France, l'Institut national des statistiques estime à 35% la perte d'activité économique attribuable aux mesures de confinement. « Bien que la situation demeure très préoccupante, nous commençons à voir des signes encourageants. » Hans Kluge, patron de la branche Europe de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) Le G20 se mobilise Politiques fiscales ciblées, mesures économiques et systèmes de garantie, les 5 000 G$ injectés par le G20 visent à « contrer les répercussions sociales, économiques et financières de la pandémie ». Représentant près des deux tiers de la population mondiale et les trois quarts du PIB planétaire, le G20 a été critiqué pour son silence jusqu'ici. La Banque centrale américaine a de son côté promis hier de continuer à prêter de l'argent « agressivement » pour combattre les effets de l'épidémie sur la première économie mondiale, au lendemain du vote par le Sénat d'un plan de soutien à l'économie américaine de 2 000 G$. « Suicide » de l'Afrique L'Afrique, mal armée pour faire face à une crise sanitaire d'une telle ampleur, suscite également de grandes inquiétudes avec l'apparition de premiers cas au Mali et en Libye, des pays en guerre. Les ONG ont d'ailleurs entamé une course contre la montre pour tenter de ralentir la propagation du virus dans les pays pauvres et éviter une catastrophe dans ces nations en proie à la guerre ou à une crise humanitaire et où les systèmes de santé sont insuffisants. Beijing entrevoit la fin des restrictions Si l'épidémie semble endiguée en Chine, le pays a décidé de fermer ses frontières à la plupart des étrangers à partir de demain, voyages d'affaires mis à part. Beijing a levé les restrictions imposées depuis des mois dans la province centrale du Hubei, berceau de la pandémie, sauf dans la capitale régionale Wuhan. AGENCE FRANCE-PRESSE
Qui a peur de la poésie ? « Beaucoup de gens ont peur de la poésie. De quoi ont-ils peur ? Ils ont peur de rencontrer des émotions. Parce que la poésie est un langage du coeur », observe la poète Louise Dupré. Alors qu'on souligne aujourd'hui même les 50 ans de la mythique Nuit de la poésie de 1970, regard sur le renouveau que connaît ce genre littéraire, malgré les préjugés tenaces qui lui collent à la peau. Depuis une dizaine d'années, un vent de fraîcheur souffle sur 4:9 la poésie québécoise. De jeunes auteurs émergent, propulsés par différentes maisons d'édition. On pense à Maude Veilleux, 47t. David Goudreault, Marie Darsigny ou encore Jean-Christophe Relie pour ne nommer qu'eux. « Le milieu de la poésie en 2020 est super vivant, super excitant Plein de voix différentes parlent au monde et remuent beaucoup », s'enthousiasme CarlBessette, poète-interprète et cofondateur des éditions de l'Écrou. Justement, cette maison d'édition qu'il a lancée avec Jean-Sébastien Larouche en 2009, a contribué à ce qu'il appelle l' « énorme boom » de la poésie. Son mandat ? Publier des livres b.$ qui suscitent de l'émotion. « Des livres () qui parlent juste à la tête, il y en a amplement, précise-t-il. Nous, on gq veut des livres qui parlent aux 4,tp organes vitaux. » Louise Dupré est Al> une figure incontournable de la poésie au Québec. Elle a publié une dizaine de recueils depuis 40 ans, dont Plus haut que les flammes, prix du Gouverneur général en 2011, dont l'adaptation cinématographique est présentement diffusée en ligne dans le cadre du Festival Internatiorj nal du Film sur l'Art Elle a également travaillé pour quelques éditeurs et enseigné à l'UQAM. Selon elle, « la poésie est plus vivante que jamais », ce qu'elle e trouve « magnifique ». « La'4. poésie devient de plus en plus inclusive, de 4, plus en plus variée, de plus en plus riche », constate-t-elle. Même son de doche du côté de Paul Bélanger, poète et directeur littéraire des éditions du Noroît, qui publient de la poésie depuis bientôt 50 ans. L'éditeur remarque lui aussi une sorte de renouveau. « Je ne sais pas si on peut appeler ça une explosion... Mais une autre génération — je pense à des maisons d'édition comme Quartanier, Alto, Mémoire d'encrier, Poètes de brousse ou l'Écrou — a participé à un renouveau des lieux littéraires. D'après moi, c'est très sain. » Pour étayer son propos, celui qui est aussi chargé de cours à l'Université de Montréal y va d'un exemple bien personnel, observé dans sa classe lors de la dernière session d'automne  : « C'était la première fois que tous mes étudiants étaient déjà des lecteurs de poésie. » « Du gros rap » Malgré une augmentation des ventes en librairie et une grande diversité de voix, la poésie fait encore face à des idées préconçues. Bon nombre de gens pensent qu'il s'agit d'un genre inaccessible et élitiste, ou encore naïf, qui ne mise que sur les rimes. « Plusieurs croient que la poésie, c'est lourd, que c'est plein d'enflure verbale. Mais non ! Les poètes comme Rimbaud, Baudelaire ou Hugo, ils parlaient au monde ! » assure CarlBessette. De mémoire, il cite quelques vers de Victor Hugo  : « Ton rire sur mon nom gaiement vient écumer/Mais je tiens le fer rouge et vois ta chair fumer. » « C'est du gros rap ! poursuit-il en riant. Et le rap, ça parle au monde. » Pourtant, dans les soirées de poésie, il entend encore souvent des gens dire  : « Moi, j'haïs la poésie, je suis juste ici parce que ma blonde voulait que je vienne ; mais toi là, j'ai capoté ! » Ce à quoi il répond immanquablement  : « Ce n'est pas vrai que tu n'aimes pas la poésie. C'est juste que tu ne sais pas que tu aimes ça ! Tu n'as juste pas été en contact avec une poésie qui te parlait. » Dire qu'on n'aime pas la poésie, c'est comme dire qu'on n'aime pas la musique, ajoute-t-il. « lb n'as juste pas trouvé le genre de musique qui te plaît. » Alors, comment changer cette perception ? Selon Louise Dupré, la réponse passe par une multitude d'ave- MARIE-LISE ROUSSEAU mErousseau@journahetro.com « LA PUISSANCE DE LA POÉSIE EST QU'ELLE VEUT TOUJOURS DIRE PLUS QUE CE QU'ELLE DIT. C'EST POUR ÇA QUE LA POÉSIE EST UNE VALEUR REFUGE DU LANGAGE. » CARL BESSETTE, COFONDATEUR DES ÉDITIONS DE L'ÉCROU nues, dont la diffusion et l'éducation, et ce, dès l'école primaire. Une opinion partagée par Paul Bélanger, qui estime que la transmission de la poésie se fait tardivement et, malheureusement, souvent sans grande passion. « On ne peut pas transmettre quelque chose qu'on n'aime pas », dit-il. Résultat  : cette forme littéraire est moins valorisée parmi les arts qu'à l'époque de la Nuit de la poésie, en 1970. Près de 5 000 personnes avaient assisté à l'événement. CarlBessette illustre l'engouement d'alors pour la poésie en utilisant une image éclairante. « Des poètes de cette gang auraient été invités à des émissions comme Salut, Bonjour ! ou à Deux filles le matin aujourd'hui. C'était populaire à l'époque. » 11 faut dire que le contexte socio-politique de ces années-là était marqué par la montée de la fierté identitaire. « Ça correspondait à l'émergence de la prise de parole de tout un peuple. On sortait d'une époque de colonisation, et toute une génération éduquée sortait de l'université », souligne Paul Bélanger. Difficile d'imaginer aujourd'hui — oublions un moment les mesures de confinement — autant de gens rassemblés dans une même salle pour écouter de la poésie. Cela dit, les soirées et les événements consacrés à la poésie se sont multipliés un peu partout au Québec au cours des dernières années. « Si on additionnait tous les gens qui assistent à des lectures de poésie, qui en font, qui en lisent, qui en écrivent et qui s'y intéressent, je pense qu'on arriverait à un bon nombre », estime Mme Dupré. Comme bien des pratiques artistiques, la poésie s'est diversifiée au fil des ans. Ces dernières années, plusieurs tendances sont apparues. Par exemple, la poésie orale, ancrée dans le langage populaire, ou encore la poésie narrative, comme celle de Camionne Foucher, qui publiait la semaine dernière le recueil Deux et demie aux éditions de Ta mère. Les voix des poètes autochtones se sont également levées, notamment celles de Joséphine Bacon, de Natasha Kanapé Fontaine et de Marie-Andrée Gill. « En vous parlant, je me rends compte que l'évolution est dans la diversification, avance la poète et romancière Louise Dupré. Il y a une multiplicité des voix et des tendances poétiques qui est très belle. » En deux mots, elle qualifie la poésie contemporaine de « diversifiée et riche ». « C'est une poésie en recherche constante. C'est une poésie qui essaie d'aller vers l'autre. Elle est rassembleuse. Ce que je trouve beau, c'est qu'il y a moins d'esprit de chapelle que dans les années 1970. » C'est-à-dire ? « On dirait que les différents courants de poésie ont du plaisir à s'entendre les uns les autres, à se lire les uns les autres. » Cela pourrait expliquer le succès grandissant de ce genre littéraire. « Peutêtre que la poésie s'est rapprochée du public par ses contenus et par ses esthétiques, qui sont plus transparentes », avance Paul Bélanger. Selon l'éditeur, cette poésie va « dans toutes les directions » et est davantage « incarnée ». « Il y a peut-être moins d'expérimentation formelle, et davantage une volonté de créer un sens. Il y a aussi une diversité marquée par des individualités plus affirmées, plus assumées, engagées dans un travail sur le langage. » La poésie en temps de crise En cette période d'angoisse et d'incertitude à cause du virus en « o, la poésie est plus importante que jamais, car elle permet de dégager du sens là où il ne semble plus y en avoir. « La poésie est une fondation dans une culture, dans l'être, et dans ce rapport qu'elle établit avec le monde, estime M. Bélanger. Elle assure une expérience intérieure. » Selon Louise Dupré, la poésie est « essentielle » actuellement, car « elle permet une respiration ». « Il ne faut pas que la population pense uniquement au coronavirus et à tout ce qui peut s'en suivre. Dans ce sens, la poésie, la littérature et l'art en général sont très, très, très importants. » Les éditions de l'Écrou ont d'ailleurs vu leurs ventes augmenter depuis le début de la pandémie. « Quand les gens ne savent pas vers quoi se tourner, ils se tournent vers la poésie. C'est le coeur », résume CarlBessette. Car la poésie est universelle et intemporelle. « La poésie, c'est l'art du langage. Et le langage, c'est ce qui nous rend humains. La poésie est donc l'art de ce qui nous rend humains, condutil. La poésie a depuis toujours été porteuse du langage commun de l'humanité, ça va continuer ainsi. »



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