Métro Montréal n°2020-01-10 vendredi
Métro Montréal n°2020-01-10 vendredi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2020-01-10 de vendredi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (279 x 286) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 14,7 Mo

  • Dans ce numéro : objectif zéro déchet, c'est parti.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CONCEPTION EMMANUELLE HOULE/MÉTRO « On ne change pas. On met juste les costumes d'autres sur soi. » Céline aurait-elle raison ? Chose certaine, les 11 personnages de la pièce Made in Beautiful (La Belle Province) en mettent des costumes, une soixantaine au total. C'est que les membres de la « grande et chaotique » famille de Linda se rassemblent chaque année pour un traditionnel souper d'Halloween. De 1995 à 2020, ils sont les témoins privilégiés des changements sociaux survenus au Québec. Défaite référendaire, bogue de l'an 2000, paranoïa post-11 septembre, légalisation du mariage gai, crise financière, Printemps érable... Mine de rien, la Belle Province a vécu son lot de bouleversements au cours des 25 dernières années. Le jeune dramaturge Olivier Arteau explore l'évolution culturelle et sociale du Québec à travers le regard, en constante évolution, de la famille joyeusement dysfonctionnelle de Linda. « Le processus est un peu égoïste de commencer en 1995, parce que je suis né en 1992, commente l'artiste, assis dans une loge du Centre du théâtre d'aujourd'hui (CTD'A) entouré de quelques-uns des déguisements que porteront ses personnages, dont Po des Télétubbies, Superman et une tarte aux bleuets géante. Mais peut-être que c'est un point de départ pour remonter encore plus loin à l'avenir. » Made in Beautiful (La Belle Province) a d'abord été montée au Théâtre Premier Acte de Québec il y a deux ans. Mais Olivier Arteau a senti le besoin de l'actualiser avant de la présenter devant le public montréalais. « De 2018 à 2020, il s'est tellement passé de choses ! » Celui qui signera la mise en scène de Maurice, toujours au CTD'A, en mars et qu'on verra sur les planches de la Licorne dans Hope Town en février ne s'est pas contentée d'allonger le texte de sa pièce. Il l'a « complètement » réécrit, assure-t-il. « Il faut que ce soit une oeuvre en mutation, qui évolue avec le temps. J'avais envie qu'elle soit encore plus au goût du jour. Depuis deux ans, on vit avec encore plus de stimuli, j'avais le sentiment qu'il fallait que ça aille plus vite. » Quelles sont les principales différences entre sa V1 et sa V2 ? « Je pense qu'avant, j'étais surtout dans la critique, j'étais très rébarbatif par rapport au fait que la génération au-dessus de la mienne ne nous a pas légué notre histoire, avance-t-il. Dans cette nouvelle version, il y a des retours dans le passé, notamment un saut en 1981 qui aborde la Nuit des longs r J couteaux, qui me permettent d'être un peu plus empathique envers elle. » Jamais au cours de la pièce le dramaturge ne prêche pour sa paroisse. « Nous, les jeunes, ne sortons pas vainqueurs de cette grande affaire parce qu'on est donc ouverts ! » Au contraire, il fait preuve de retenue en présentant une multitude de points MARIE-LISE ROUSSEAU mErousseau@journemetro.com « LE COSTUME EN SOI PORTE QUELQUE CHOSE DE POLITIQUE. C'EST AUSSI LE SEUL MOMENT OÙ ON SE TRANSFORME, RÉVÉLANT UNE PARTIE DE NOTRE num. nxcueDenivemn IDENTITÉ. J'AVAIS DONC ENVIE DE PORTER LA THÉÂTRALITÉ PAR LE COSTUME PLUTÔT QUE PAR L'ESPACE. » de vue, véhiculés par ses personnages dont les moeurs se transforment au fil des ans. C'est d'ailleurs pourquoi Olivier Arteau avait besoin d'autant de protagonistes  : impossible autrement d'embrasser cette pluralité d'enjeux. « Pour moi, parler de ces sujets est un prétexte pour ouvrir le dialogue entre les générations », admet-il. De La Petite Vie à Occupation double Le dramaturge trouve inquiétants le manque de transmission d'une génération à l'autre et la perte du devoir de mémoire. « Je trouve regrettable qu'on ne se tourne pas plus vers nos aînés », dit-il, citant en exemple le cas de jeunes du secondaire qui ignorent tout des attentats du 11 septembre 2001. « J'ai l'impression qu'on oublie vite. » Il aborde cette question dans une scène d'un symbolisme fort se déroulant auprès d'une personne souffrant d'Alzheimer. « En stationnant les personnages âgés dans des CHSLD, ça en dit long sur notre rapport à la vieillesse et à nos aïeux. Ça me rend triste. Après la mort, tout est perdu. On fait quoi comme devoir de transmission ? Si je n'avais pas eu envie de faire ce show, je ne me serais peut-être jamais questionné là-dessus... » Olivier Arteau se montre néanmoins optimiste, d'où le titre de sa pièce. « Les valeurs changent de manière extrêmement rapide, effrénée. Je pense qu'on ne réalise pas à quel point c'est allé vite. Le mariage gai, #MeToo, les changements climatiques, le référendum, le Printemps érable... On dit souvent que les Québécois forment un peuple passif. En montrant tout ça, on peut se dire  : crime, quand même ! On est chanceux de se permettre autant d'ouverture et de se questionner aussi souvent en si peu de temps ! Donc, je me considère "Made in Beautiful", car on est quand même une nation positive et progressiste. » Un des questionnements qui traversent l'ensemble de son oeuvre est le rapport à la langue. « La pièce commence dans un français à La Petite Vie et finit dans un français à la Occupation double », note-t-il. Loin de dénoncer les anglicismes, dont il est beaucoup question dans le texte, notamment dans une hilarante scène bilingue, il constate plutôt que leur usage est de plus en plus courant. « Une langue est en mutation et ne doit surtout pas être figée, dit-il. Y a-t-il un bien ou un mal ? Je ne pense pas. Le but est de cohabiter tous ensemble. » Parallèlement à tous ces bouleversements sociopolitiques, Made in Beautiful est truffée de références culturelles populaires, allant d'allusions aux années de VJ à MusiquePlus de Véronique Cloutier ou au populaire téléroman 4 et demi... à l'environnementaliste Greta Thunberg, l'idole de nombreux jeunes (et moins jeunes). Un clin d'oeil teinté d'ironie à notre mémoire sélective. À quelques jours de la première montréalaise, Olivier Arteau ne cache pas sa fébrilité. « C'est tellement un gros bateau, ce sont tellement des enjeux immenses, ce sont tellement de grosses questions... Comme il n'y a pas de réponse claire, je suis curieux de voir ce que ça va susciter chez le public. Je suis assoiffé de dialogue. » Made in Beautiful (La Belle Province) Au CTD'A du 14 janvier au le, février
Les hirondelles de Kaboul prend l'affiche le 17 janvier./COLLABORATION SPÉCIALE Le courage des oiseaux Cinéma. Les hirondelles de Kaboul détonne dans le paysage cinématographique actuel, ce qui est loin de déplaire à sa coréalisatrice Zabou Breitman. MARTIN GIGNAC info@journenetro.com Surprise ! Ce film librement inspiré du populaire livre de Yasmina Khadra qui évoque la destinée de quelques personnages dans l'Afghanistan contrôlé par les talibans prend la forme d'un dessin animé. « Je me suis posé la question  : si ça avait été en prise de vue réelle, est-ce que je l'aurais fait ? C'est évident que non, déclare Zabou Breitman, rencontrée lors de son passage à Montréal dans le cadre de Cinemania. Mais le faire en animation, c'était intéressant et cohérent, parce que la représentation de l'être humain est interdite chez les talibans. Et il y a une distance qui permet de supporter ce qu'on voit, tout en sachant que, oui, c'est vrai. » Les magnifiques images en aquarelle de la coréalisatrice Éléa Gobbé-Mévellec (qui a travaillé sur Ernest et Célestine) se heurtent rapidement à un son aussi présent que prenant, créant un résultat étonnant. Le trait a beau être simple et épuré, son réalisme emporte l'adhésion. Surtout au niveau des protagonistes qui tranchent avec ceux des dessins animés usuels. « J'avais accepté de faire ce film à condition que ce soit à ma manière qui était un petit peu hors norme, révèle la cinéaste, qui en est à sa sixième réalisation au cinéma et à sa première en animation. savais réuni les acteurs dans un studio d'enregistrement et ils ont joué. » Les comédiens ont ainsi été filmés, puis dessinés et animés ! Une méthode peu commune pour un récit qui recourt aux techniques de l'évocation et de l'abstraction, traitant de thèmes essentiels — liberté, religion qui muselle, violence quotidienne faite aux femmes — dont la résonance est bien actuelle. Comme un acte de rébellion face à l'obscurantisme à la faveur duquel la petite histoire fait constamment écho à la grande. « Tout était un acte de résistance, affirme celle qui mène « C'est une animation qui sort de l'ordinaire, avec des dessins traditionnels, en deux dimensions, sans 3D. » Zabou Breitman, coréalisatrice du film Les hirondelles de Kaboul, qui estime que les gens étaient frileux au début du projet. en parallèle une carrière d'actrice. Notamment en trahissant le roman pour faire de l'héroïne non pas une avocate, mais une dessinatrice. Elle devient un dessin elle-même. Elle se dessine. C'est la résistance de se dessiner. » Un véritable cri du coeur pour des personnages qui tentent de survivre dans cette histoire d'amour au temps de l'intégrisme. « C'est romantique et politique, assure Zabou Breitman le regard brillant. Il faut mélanger les deux. Tout est politique. Si ce n'est pas politique, c'est qu'il n'y a eu de réflexion sur rien. Il faut être vigilant dans ce qu'on raconte. Au montage, quand on choisit de mettre ça à côté de ça, ce n'est pas rien. Ce sont des choix. C'est civique, c'est citoyen, c'est politique. » SORTIES CINÉMA (1) Chef-d'oeuvre -(2) Remarquable - (3) Très bon -(4) Bon - (5) Moyen -(6) Médiocre -(7) Minable MÉDIAFILM.CA 19 DRAME DE GUERRE 1917 (3) Grande-Bretagne Réalisé par Sam Mendes Mettant en vedette George Mackay, Dean-Charles Chapman C'est quoi ? En 1917, sur le front français, deux jeunes caporaux britanniques doivent traverser le champ de bataille afin de porter à un bataillon allié un message qui lui permettra de déjouer un piège de l'ennemi et de sauver ainsi les 1600 soldats qui le composent. C'est comment ? À partir d'un souvenir de son grand-père, Sam Mendes a extrapolé cette fascinante épopée d'un jour. Tout est conçu pour produire un sentiment d'immersion. Jusqu'au montage sans couture visible, qui donne au film la forme (trompeuse mais combien vertigineuse) d'un long plan-séquence. DRAME La voie de la justice (4) États-Unis Réalisé par Daniel Cretton Mettant en vedette Michael B. Jordan, Jamie Foxx et Brie Larson C'est quoi ? En 1987, un jeune avocat afro-américain débarque en Alabama, où il entreprend de faire libérer un entrepreneur noir injustement condamné à mort pour le meurtre d'une adolescente blanche. C'est comment ? Michael B. Jordan et Jamie Foxx sont en grande forme dans ce drame classique mais solide, basé sur les mémoires du fondateur de l'organisme Equal Justice Initiative. Mais la révélation du film demeure Rob Morgancar. DRAME SOCIAL Les Misérables (3) France Réalisé par Ladj Ly Mettant en vedette Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djibril Zonga C'est quoi ? La première journée d'un policier dans une banlieue parisienne défavorisée est marquée par un incident dramatique, susceptible de compromettre la carrière de ses collègues, deux patrouilleurs corrompus qui abusent de leur pouvoir. C'est comment ? Ladj Ly a produit un premier long métrage percutant et nerveux. Ce dernier témoigne d'une belle assurance formelle et technique. Au carrefour de La haine, Training Day et Do the Right Thing, son récita quelque chose de familier, jusqu'au dénouement, dérangeant et d'une rare violence, qui donne tout son sens au titre. DRAME D'HORREUR Sous pression (5) États-Unis Réalisé par William Eubank Mettant en vedette Kristen Stewart, Vincent Cassel et Jessica Henwick C'est quoi ? Une plateforme pétrolière en eaux très profondes est presque détruite par un séisme. Les six survivants tentent d'atteindre à pied une installation abandonnée qui serait encore en état de marche. C'est comment ? Après une scène d'ouverture forte, cet ersatz d'Alien s'enlise sous le poids de son propre fatras  : message écologiste simpliste à la Godzilla, dialogues faibles, humour facile. Bien qu'énergique et très atmosphérique, la réalisation est parfois visuellement confuse. WEEK-END 11 = Fr NON MES COMÉDIE DRAMATIQUE Synonymes (4) France Réalisée par Nadav Lapid Mettant en vedette Tom Mercier, Quentin Dolmaire C'est quoi ? Un ancien soldat d'élite israélien part vivre à Paris dans le but de tirer un trait sur son pays et tout ce qu'il représente à ses yeux. Son nouveau départ ne se fait toutefois pas sans heurt. C'est comment ? S'inspirant de son expérience d'expatrié en France au début du siècle, le réalisateur de L'institutrice crache sa colère contre son Israël natal dans un récit plutôt capricieux. Tantôt fulgurante, tantôt maniérée, sa mise en scène épouse les errances existentielles d'un protagoniste pas toujours sympathique, campé avec énergie par le nouveau venu Tom Mercier. LaikRits PEg COMÉDIE La guerre des boss (6) États-Unis Réalisée par Miguel Arteta Mettant en vedette Tiffany Haddish, Rose Byrne et Salma Hayek C'est quoi ? Menacées de faillite, deux amies de longue date acceptent de céder la moitié de leur fabrique de produits de beauté à l'odieuse patronne d'une grande entreprise concurrente, laquelle ne tarde pas à semer la zizanie. C'est comment ? Miguel Arteta se fourvoie avec cette comédie poussive sur le pouvoir des femmes dans le monde des affaires. Le dynamisme des interprètes ne sauve pas un récit archiprévisible, vulgaire et avare de bons gags.



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