Métro Montréal n°2015-03-06 week-end
Métro Montréal n°2015-03-06 week-end
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-03-06 de week-end

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (256 x 291) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 18,5 Mo

  • Dans ce numéro : le directeur général du Centre hospitalier de l'Université de Montréal claque la porte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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SPÉCIAL JOURNÉE DE LA FEMME journalmetro.com Week-end 6-8 mars 2015 04 Le féminisme à l’heure des réseaux sociaux L’union fait la force, dit la devise adoptée par plusieurs pays. Bien des femmes l’ont compris au cours de la dernière année lorsque des discussions virtuelles ont été lancées sur les réseaux sociaux à propos d’enjeux les concernant. MARIE-EVE SHAFFER me.shaffer@journalmetro.com « Une par une, on peut faire une différence, mais lorsqu’on est en gang, on se soutient, on se protège et on se donne de la force aussi. Les réseaux sociaux permettent cela », a affirmé la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi. Au cours des derniers mois, des hashtags féministes ont été partagés à des milliers, voire à des millions de reprises, notamment pour les femmes victimes de misogynie (#YesAllWomen), les lycéennes nigérianes kidnappées par le groupe de djihadistes Boko Haram (#BringBackOurGirls) et, plus près de nous, pour les femmes autochtones disparues et assassinées (#AmINext) et celles qui ont été agressées sexuellement (#AgressionNonDénoncée ou #BeenRapedNeverReported). La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, elle-même une grande utilisatrice des réseaux sociaux, croit que ces nouveaux outils de communication permettent d’ouvrir les débats et de multiplier les points de vue, qu’ils soient positifs ou négatifs. Si ces campagnes virales n’ont pas toutes engendré des actions des autorités politiques pour endiguer les problèmes de violence faite aux femmes, les réseaux sociaux ont malgré tout permis de conscientiser une grande partie de la population à ces drames humains, Plus de contrôle sur le web sur le web. le free for all, a indiqué la blogueuse de la Semaine rose. Il n’y a pas de modération et il y a toutes sortes de niaiseries qui s’écrivent. » masculinistes, dont certains rendent hommage à l’auteur de la tuerie de Polytechnique, Marc Lépine. Avec les réseaux sociaux, les femmes accumulent les arguments pour obtenir des gains./MONTAGE : STEVE CÔTÉ me de la prochaine campagne électorale fédérale pour afin que les dispositions portant sur des discours haineux incluent des motifs basés sur le sexe. blient d’ailleurs aujourd’hui une lettre dans le quotidien Le Devoir pour demander aux médias et aux politiciens de prendre des mesures pour que les échanges sur le web soient plus respectueux. Twitter « Nos prières accompagnent les jeunes Nigérianes enlevées et leur famille. Il est temps de ramener nos filles à la maison. » @Michelle Obama, première dame des États-Unis, qui a participé à la campagne virale #BringBackOurGirls initiée par la cinéaste Ramaa Mosley « Il était mon grand-père. J’avais 3 ans, ça a duré jusqu’à 9 ans. Les policiers m’ont demandé pourquoi j’avais attendu si longtemps avant de le dénoncer. » @MontgomerySue, journaliste. Avec une journaliste du Toronto Star, elle a propagé le hashtag #BeenRapedNeverReported. selon l’ancienne journaliste. « Ce genre de campagne permet à des enjeux qui autrement n’auraient pas la chance de venir à l’avantplan de le faire », a dit M me Miville-Dechêne. Elle donne l’exemple des femmes autochtones, qui représentent environ 1,8% de la population féminine du Québec. La campagne #AmINext, instiguée par l’Ontarienne Holly Jarrett, n’a pas entraîné la tenue d’une commission d’enquête sur les disparitions et les assassinats de 1 186 femmes autochtones de 1980 à 2012, mais elle a permis d’initier des pourparlers avec les autorités fédérales et surtout, d’informer les Canadiens sur le sort réservé à ces femmes. Alexa Conradi est du même avis. « Lorsqu’on fait face à un gouvernement qui ne veut rien savoir, qui pense que c’est un problème criminel et non sociologique et qui n’est pas intéressé à entendre les femmes autochtones, on rencontre des limites, a expliqué la leader féministe. Mais ce que le gouvernement sousestime, c’est que le travail de conscientisation de la population peut lui coûter des sièges aux prochaines élections. » Le mot-clic #AgressionNon- Dénoncée, devenu viral dans la foulée de l’affaire Ghomeshi, a de son côté poussé le gouvernement du Québec à mettre sur pied une commission parlementaire sur les agressions sexuelles que subissent les femmes, dont les travaux commenceront le 16 mars. « Il suffisait d’une étincelle pour que la société s’en rende compte », a indiqué M me Conradi. Cette dernière a rapporté que la campagne virale #AgressionNonDénoncée a incité plusieurs femmes à communiquer avec les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. « On a toujours considéré que c’était un non-enjeu parce qu’on n’en parlait jamais et que ce n’était pas visible, a déploré de son côté la blogueuse de Voir et de Ricochet, Aurélie Lanctôt. C’est partout et ça a toujours été partout, dans les familles, Lieu de débat ? Twitter, Facebook et les autres réseaux sociaux permettent-ils d’engager un débat constructif ? ce moment, c’est ce qu’on a de mieux », a dit la prési- de la femme, Julie Miville- Dechêne. Selon elle, une discussion verbale permettrait un meilleur débat. Martine Delvaux croit que les réseaux sociaux ont le cratiques et plus faciles à investir » que les médias traditionnels, mais ceux-ci sont essentiels selon elle à la bonne conduite d’un débat. lin utilise stratégiquement les réseaux sociaux. « Mes idées, je les partage dans mes textes, et mes textes, je les partage sur les réseaux sociaux », a-t-elle indiqué. dans les universités et même sur la Colline parlementaire. » Pendant que des hommes ont été surpris des proportions du phénomène des agressions sexuelles, d’autres – en nombre restreint – ont nié et s’en sont pris aux femmes sur les réseaux sociaux. Certains ont même menacé de poursuivre les dénonciatrices, d’après la Fédération des femmes du Québec. « J’ai l’impression que lorsqu’une parole s’élève, comme celle [des femmes agressées], c’est difficile de la faire taire, a mentionné la professeure en études littéraires à l’UQAM Martine Delvaux. Il y a un backlash, mais il est peutêtre plus insidieux et caché. » Au final, les réseaux sociaux permettent au mouvement féministe de constater où est rendue la réflexion de la société sur les multiples enjeux qui le concernent. Les représentantes de ce mouvement espèrent que ce sera le début de grands changements, même si plusieurs combats restent à faire.
05 SOPHIE LABELLE JEFF YATES info@journalmetro.com Pourquoi pensez-vous que les médias sociaux ont connu une vague d’activisme féministe, dont #Agression- NonDénoncée, en 2014 ? C’est un sujet qu’on commence à mieux comprendre, tout ce qui se rapporte à la culture du viol. En tant que femmes, je pense que c’est quelque chose qu’on a théorisé. C’est un thème repris depuis les années 1970, avec la deuxième vague du féminisme. Je crois qu’il y a une compréhension plus globale, plus large du phénomène. Les gens commencent à se réveiller et à trouver inacceptables ces comportements. On est peut-être en train d’assister à une prise de conscience par rapport à des choses que les féministes disent depuis 40 ans. Pourquoi, selon vous, a-t-on vu des mouvements réactionnaires, comme la campagne « je n’ai pas besoin du féminisme parce que… » ? Pour la même raison que le mouvement des Yvette était très populaire dans les années 1980 [NDLR : Pendant la campagne référendaire de 1980, Lise Payette a comparé la femme du chef de Parti libéral, Enseignante au primaire, chercheuse, animatrice de camp de jour pour jeunes trans, activiste, conférencière et auteure de bandes dessinées sur ces enjeux, Sophie Labelle est une femme accomplie. Dans le cadre de la Journée de la femme, Métro a discuté de féminisme et d’avenir avec cette jeune femme trans engagée. « CE N’EST PAS PARCE QU’ON EST EN 2015 QUE C’EST RÉGLÉ » Claude Ryan, à la petite Yvette des manuels scolaires, qui était décrite comme sage et obligeante, ce qui incita un nombre considérable de femmes au foyer à s’unir sous le vocable « les Yvette » en faveur du NON]. Ce sont des femmes qui comprennent mal le féminisme. C’est comme si elles disaient « puisque moi, je ne ressens d’oppression, ton oppression n’est pas valide. » Éducation « On apprend aux filles que, OK, on va t’encourager à aller dans des domaines non traditionnels, mais il faut que tu rejettes ta féminité et que tu ne la laisses pas paraître. » Sophie Labelle, jeune trans Pourquoi pensez-vous que ces femmes – pour la plupart très jeunes – comprennent mal le féminisme ? L’oppression qu’on vit en 2015 est beaucoup moins visible, mais beaucoup plus insidieuse qu’il y a 40 ou 50 ans. La socialisation des enfants selon leur genre se fait à un niveau jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, c’est vraiment à partir des premiers mois dans l’utérus qu’on commence à construire le destin « genré » de l’enfant. Le fait de grandir làdedans rend l’oppression beaucoup plus insidieuse. On a baigné dans ces différences depuis un plus jeune âge que d’autres enfants. Moi-même, je peux en témoigner, puisque j’ai entamé ma transition très jeune, mais pas assez jeune pour ne pas voir la différence de traitements que je recevais. Je me suis toujours identifiée comme une fille, mais c’est vraiment au moment où les autres ont commencé à me regarder différemment que je me suis rendu compte du système dans lequel je vivais. Quel type de différence avez-vous vécue ? Il y a eu une différence dans la perception des gens par rapport à la performance scolaire. Ça va vouloir dire différentes choses selon que tu sois une fille ou un garçon. Ça parle fort. Par exemple, si les garçons ont de bonnes notes, surtout en mathématiques ou en sciences, c’est à cause d’un talent inné, et non parce qu’ils travaillent fort. Alors que si une fille a de bonnes notes en sciences, c’est parce qu’elle travaille fort. À un niveau de travail égal, les filles vont avoir cette impression-là que si elles réussissent à l’école, ce n’est pas parce qu’elles sont bonnes, mais parce qu’elles sont studieuses. Justement, les filles sont plus nombreuses à obtenir un baccalauréat que les garçons, mais sont toujours moins nombreuses à intégrer certains métiers. Pourquoi ? L’école oublie les filles. Si l’école bénéficiait vraiment aux filles, on ne serait pas encore en train de se battre parce qu’on gagne 76% de ce que gagnent les hommes. On ne serait pas en train de se battre pour la représentation des femmes à l’Assemblée nationale ou dans les conseils d’administration. Il y a plus de filles qui s’inscrivent au bac, mais elles s’inscrivent toutes dans des domaines non payants. Je DENIS BEAUMONT/MÉTRO pense aux sciences humaines, à la littérature, aux arts. Surtout des domaines où il y a peu de compétition. C’est une conséquence de la socialisation à l’école. Que reste-t-il à faire pour les féministes ? Il y a une honte de la féminité qui a été intériorisée [par certaines personnes au sein du mouvement féministe]. Par le terme « misogynie », j’entends la haine de la féminité, qui peut s’exprimer de toutes sortes de manières. Dans la société en général, il y a toujours cette misogynie sous-jacente. Il ne faut pas s’étonner de la voir surgir à des moments où on ne s’y attend pas, même dans les discours féministes, parfois. On est encore dans une société très « genrée » – on ne peut pas le nier –, et il y a des gens qui sont tout à fait à l’aise là-dedans. Et le féminisme de la deuxième vague avait oublié ces gens-là. En tant que femme trans, ça vient beaucoup me chercher, étant donné que nous avons vraiment besoin des codes sociaux et des stéréotypes de genres pour être validées aux yeux de la société et également pour être intelligibles, pour que notre identité soit comprise.



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