Métro Montréal n°2013-03-04 lundi
Métro Montréal n°2013-03-04 lundi
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2013-03-04 de lundi

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Médias Transcontinental S.E.N.C.

  • Format : (237 x 291) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : Québec contre l'homophobie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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SÉRIE VIOLENCE CONTRE LES FEMMES journalmetro.com lundi 4 mars 2013 LA VIOLENCE Retrouver l’espoir Monica a été violée par son beau-père alors qu’elle avait cinq ans. Quand elle l’a dit à sa mère, celle-ci en a parlé à l’agresseur. « Il a menacé de me tuer et de faire la même chose à mes sœurs », se rappelle Monica, aujourd’hui âgée de 16 ans. Après six années d’agressions, Monica s’est enfuie et a joint les rangs des FARC, le groupe révolutionnaire colombien. « Je voulais appartenir à un groupe parce qu’à la maison, je n’avais personne », relate-t-elle. Mais après avoir entendu dire que plusieurs garçons avaient été tués, elle s’est échappée. Monica a trouvé refuge à Taller de Vida, un organisme de Bogota qui vient en aide aux anciens enfants sol dats. « La raison la plus fré quente pour laquelle les filles joignent les FARC est qu’elles ont été agressées sexuellement par des proches, constate Stella Duque, directrice de Taller de Vida. Mais avoir appartenu à un grou pe révolutionnaire armé engendre d’autres problèmes ainsi qu’un sentiment de vide. » À Taller de Vida, Monica et les autres filles profitent d’un Stella Duque en compagnie d’anciennes filles soldates à la fondation Taller de Vida, à Bogota, en Colombie/DIANA DUARTE service de soutien psychologique, suivent des cours, font du théâtre et jouent de la musique. « J’ai longtemps voulu partir à la recherche de ma mère Malgré des décennies de sensibilisation, la violence faite aux femmes persiste partout dans le monde. En collaboration avec ONU Femmes, Métro a mené une vaste enquête sur cette question et vous invite à en découvrir les résultats dans une série d’articles. pour la tuer, dit Monica. Aujourd’hui, je veux partir à sa recherche pour lui dire que, malgré tout ce qu’elle m’a fait, je suis heureuse. » ELISABETH BRAW ELISABETH BRAW Metro World News @elisabethbraw Une épidémie « La violence faite aux femmes est une épidémie cachée. » AnnVeneman, ancienne directrice générale de l’UNICEF Questions-réponses « Les guerrières du vagin célèbrent leurs victoires » Entrevue avec Susan Swan, directrice générale de V-Day V-Day a été fondée à la suite de l’immense succès international de la pièce Les monologues du vagin. Après tant d’années d’efforts, de sensibilisation et d’initiatives comme Les monologues, comment se fait-il que la violence faite aux femmes demeure si commune ? V-Day vient de fêter ses 15 ans, et nous nous sommes dit : « Comment pourrions-nous célébrer alors que le tiers des femmes sont toujours victimes de violence ? » Nous avons cependant constaté des progrès incroyables. De nouvelles lois ont notamment été votées. Des femmes réalisent des choses étonnantes, comme gérer des refuges pour les victimes d’agressions. Des dizaines de Un jour de janvier, dans la ville de Guatemala, six femmes et deux filles ont été assassinées. « Je suis incapable de trouver une raison à ces meurtres, déplore Rosa Franco, dont la fille de 15 ans, Maria Isabel, a été tuée. Mais telle est la vie dans ce pays corrompu. Je soupçonne plusieurs personnes, dont un trafiquant de drogue de 45 ans qui harcelait ma fille depuis qu’elle avait refusé de sortir avec lui. » Bienvenue dans notre XXI e siècle, une époque où le tiers des femmes sont susceptibles d’être victimes de violence au moins une fois dans leur vie. Au Pérou, leur sort est même pire : « Chaque mois, 10 femmes sont tuées », laisse tomber María Ysabel Cedano García, du groupe local de défense de s droits des femmes Demus. Plus troublant encore, la violence faite aux femmes demeure commune dans les pays développés. Ainsi, 46% des Suédoises rapportent avoir été victimes de violence. De plus, les femmes et les filles représentent 80% des victimes du trafic humain. « La violence faite aux femmes est une épidémie cachée, et « cachée » est ici un mot très important, déclare AnnVeneman, ancienne directrice générale de l’UNICEF. Nous savons tous que le viol constitue une arme de guerre dans des endroits comme la RDC, mais dans les pays développés, le problème est caché. » La plupart des méfaits dont sont victimes les femmes surviennent à la maison et sont commis par leur mari ou leur petit ami. « La violence du partenaire a souvent une composante psychologique, ce qui la rend difficile à évaluer, explique Markku Heiskanen, spécialiste de la violence en milieu familial de l’Institut européen pour la prévention du crime et la lutte contre la délinquance. À cela s’ajoute le fait que les femmes cherchent à protéger leur partenaire. Quand elles parlent de leurs relations précédentes, elles évoquent plus facilement la violence. » Les jeunes femmes sont plus particulièrement visées par la brutalité des hommes. Près de la moitié des agressions sexuelles dans le monde sont commises contre des filles de moins de 16 ans. « Souvent, ce sont des filles provenant de milieux difficiles qui se retrouvent avec des hommes qui prétendent les aimer, mais qui ne sont en réalité que des maquereaux, affirme M me Veneman. Ce qui se passe dans ce genre de situation défie l’entendement, et ça se produit aussi en Amérique du Nord et en Europe. » Mais il y a de bonnes nouvelles. Des refuges pour femmes sont notamment construits, même dans des pays connus pour leur tolérance à l’égard de la violence faite aux femmes. Et les victimes qui y séjournent peuvent parfois y suivre des formations qui leur permettent ensuite de gagner leur vie. En Inde, le viol collectif d’une jeune femme survenu à Delhi a suscité des protestations sans précédent. Et en Chine, la condamnation à mort de Li Yan, une femme reconnue coupable d’avoir tué son mari après des années de mauvais traitements, a provoqué un rare mouvement d’indignation publique. À la Saint-Valentin cette année, l’association V-Day a organisé One Billion Rising (« Un milliard de personnes se lèvent »), une initiative visant à dénoncer la violence faite aux femmes. Et ce mois-ci, les dirigeants du monde entier se réuniront aux Nations Unies, à New York, pour discuter de ce grave problème. Il y a une génération à peine, la violence faite aux enfants était jugée acceptable ; aujourd’hui, elle est très mal vue, et est même interdite dans plusieurs pays. « Cela montre que la société peut changer les choses si elle agit, déclare M. Heiskanen. Tout homme porte en lui une certaine violence. Tout être humain est susceptible d’éprouver de l’agressivité, mais les femmes semblent avoir été éduquées de manière à moins y recourir. Il est aussi possible d’éduquer les hommes. » milliers de militantes dans 142 pays, dont la Libye, l’Iran et la Somalie, ont pris part à notre campagne. Les gens commencent à réaliser qu’aider les femmes, c’est aussi aider leur communauté. Où avez-vous constaté des progrès ? Les choses s’organisent. Nous recevons des courriels de femmes de partout dans le monde qui nous font part de leurs initiatives. En Inde, les hommes et les familles s’unissent pour soutenir les femmes. Et à Mogadiscio, des femmes ont récemment organisé une mobilisation éclair (flash mob) ! Les femmes considèrent le patriarcat d’une façon différente. Et des hommes ont fini par embarquer ; le mouvement compte d’ailleurs sur la participation de Robert Redford et du dalaï-lama. Nous avons besoin de plus d’hommes de cette trempe. Tout cela produit un effet d’entraînement. Il faut cependant que notre mouvement soit accompagné d’efforts législatifs. Des membres, hommes et femmes, du Parlement européen ont ainsi mis sur pied un « lobby du vagin ». PROPOS RECUEILLIS PAR ELISABETH BRAW 12 LA VIOLENCE Dans le monde, une femme sur dans les pays en développemen plus de la moitié des femmes so continent le plus sécuritaire. GRAPHIQUE : MIA KORAB SOURCE : DIVISION DE STATISTIQUE DE L’ONU Les IrakiennIl y a 20 ans, les Irakiennes s’habillaient comme elles l’entendaient, conduisaient des voitures et gagnaient de l’argent. Pour tout ce qui touchait les droits des femmes, l’Irak était alors le pays le plus progressiste du Moyen- Orient. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Depuis le début de la guerre, il y a 10 ans, l’Irak a glissé vers le fondamentalisme islamiste, et les femmes
CACHÉE Tribune CONTRE LES FEMMES EST AUSSI RÉPANDUE EN OCCIDENT trois sera battue ou violée durant sa vie. Ce problème n’existe pas que. Au Danemark, en Australie, en République tchèque et aux États-Unis, utiennent avoir été victimes de violence. L’Asie serait pour elles le 1 2 3 4 5 HARCÈLEMENT SEXUEL 6 40-50% 7 Proportion de femmes dans l’Union européenne ayant subi des avances, des contacts physiques ou d’autres formes de harcèlement sexuel au travail. SIGNES QU’ELLE A BESOIN D’AIDE VIOLENCE VERBALE Son partenaire se moque d’elle, en privé et en public. 30-40% Proportion de femmes en Asie ayant subi du harcèlement sexuel au travail. 12 9 10 8 11 14 13 16 17 22 21 18 SURVEILLANCE Son partenaire l’appelle et la texte constamment pour savoir où elle est et avec qui. 19 20 83% Proportion de filles de 12 à 16 ans ayant subi du harcèlement sexuel dans les écoles secondaires publiques aux États-Unis. 15 25 Proportion de femmes ayant été violentées par leurs partenaires de vie (petits amis, fiancés, maris) au moins une fois. 10% 50% 100% 23 24 26 1 États-Unis 2 Costa Rica 3 Colombie 4 Équateur 5 Pérou 6 Chili 7 Brésil 8 Royaume-Uni 9 Pays-Bas 10 Danemark 11 Allemagne 12 Finlande 13 Pologne 27 14 République tchèque MEURTRES TRAFIC 2 Nombre de femmes assassinées chaque jour au Guatémala. Une amie pourrait être victime d’une relation abusive ? Voici de bons indices : COLÈRE Son partenaire perd souvent patience et pique des crises de colère. 8 093 Nombre de meurtres de femmes et de jeunes filles reliés à la dot en Inde (2007). MOINS DE PLAISIR Elle ne passe plus de temps avec ses amis et ne pratique plus ses passe-temps favoris. des 800 000 victimes annuelles du trafic humain transfrontalier sont des femmes. es réduites à l’état de génitrices après la guerre en payent le prix, déclare Yanar Mohammed, présidente de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OLFI). « Même dans les familles qui étaient libérales avant la guerre, les femmes sont aujourd’hui uniquement considérées comme des génitrices qui n’ont pas le droit d’avoir une opinion. » La situation s’est détériorée, même si les Américains ont instauré, immédiatement après la guerre, un quota de 25% de femmes au nouveau parlement. L’OLFI, qui est basée à Bagdad, offre un refuge aux femmes battues, et ce, bien que le gouvernement lui ait interdit d’en accueillir. « Même si la vie d’une femme est en danger, nous n’avons pas le droit de lui donner asile, explique M me Mohammed. De façon générale, on juge que, si une femme va à l’encontre des souhaits de sa communauté, elle mérite d’être tuée. » M me Mohammedcontinue à recevoir des femmes, même si elle s’expose ainsi à la prison. « La supposée guerre de libération a porté au pouvoir les pires machos, regrette-telle. Nous devons répliquer. Ils n’ont pas le droit de transformer des millions de femmes en victimes. » ELISABETH BRAW Pas le droit 80% 15 Russie 16 Italie 17 Turquie 18 Égypte 19 Éthiopie 20 Ouganda 21 République démocratique du Congo 22 Cameroun 23 Chine 24 Hong Kong 25 Bangladesh 26 Australie 27 Nouvelle-Zélande 79% Proportion de ces femmes qui sont destinées à l’exploitation sexuelle. CHANGEMENT Elle perd du poids, son apparence change – un possible signe de dépression dû à de l’abus. « Même si la vie d’une femme est en danger, nous n’avons pas le droit de lui donner asile. On juge que, si une femme va à l’encontre des souhaits de sa communauté, elle mérite d’être tuée. » Yanar Mohammed, présidente de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OLFI) L’OLFI offre un refuge aux femmes victimes de violence. 13 Unies contre la violence L’heure est grave : Rihanna est retournée avec Chris. Trois ans après que Chris Brown eut mordu, griffé et frappé la super star de la pop Rihanna, il semblerait – du moins si on se fie aux photos, aux commentaires et aux articles publiés dans les médias sociaux – qu’ils se soient réconciliés et poursuivent leur relation. L’Inde est sous les projecteurs : le procès de cinq hommes accusés du sauvage viol collectif et du meurtre d’une jeune étudiante en médecine a été rapidement instruit à Delhi, tandis que 3 sœurs – âgées de 5, 9 et 11 ans –, qui avaient disparu de leur village le jour de la Saint-Valentin, ont été retrouvées, violées et assassinées, au fond d’un puits. En Afrique du Sud, Oscar Pistorius, surnommé « Blade Runner », a été formellement accusé du meurtre de sa copine. On le dit paranoïaque et obsédé par les armes à feu. La violence faite aux femmes se trouve à la une des journaux, mais elle est aussi dans des millions de chambres à coucher, de bureaux et de relations – derrière des portes closes, des bouches muettes et des regards fuyants. Pour souligner la Journée internationale de la femme, Métro, en collaboration avec les Nations Unies, entend célébrer la féminité afin de sensibiliser la population au problème de la violence faite aux femmes. Et nous espérons que, lorsque reviendra la Journée de la femme l’an prochain, nous pourrons fêter l’éradication de la violence, point final. AUCUNE mère, sœur ou fille – aucune femme – ne l’a jamais cherché, ne l’a jamais mérité, ne l’a jamais « demandé ». Joignez votre voix aux nôtres ! MAGGIE SAMWAYS RÉDACTRICE EN CHEF INTERNATIONALE DE MÉTRO



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