Métro Belgique n°4409 18 jan 2022
Métro Belgique n°4409 18 jan 2022
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4409 de 18 jan 2022

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : solidaire et écologique.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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im 1 10 CULTURE MARDI 18/1/2022 metrotime.be'L'EMPIRE DU SILENCE' : THIERRY MICHEL RETOURNE EN RDC « Ce qui se passe au Congo est inimaginable ailleurs » Après deux documentaires tournés en Belgique (‘Les Enfants du hasard’et ‘L’École de l’impossible’), notre célèbre documentariste Thierry Michel retourne en République démocratique du Congo (RDC) pour ‘L’Empire du silence’. Un film prenant du recul sur 25 ans de massacres, pour tenter d’expliquer l’inertie de la communauté internationale. Quelle est la genèse de ce nouveau film, qui se déroule une fois de plus en RDC, mais sans protagoniste principal ? Thierry Michel  : « C’est vrai que’L’Empire du silence’a une approche plus historique et pédagogique. Même si, dans une certaine mesure, mon documentaire précédent,’L’Homme qui répare les femmes’, amorçait déjà ce mouvement. Le point de départ ici, c’est justement une réflexion de cet homme, le docteur Mukwege (prix Nobel de la paix en 2018 pour son engagement contre les mutilations génitales en RDC, NdlR). On s’est dit qu’après avoir fait un film sur les victimes, il fallait en réaliser un sur le bourreau. J’ai voulu comprendre l’enchaînement des événements nous ayant amenés à la situation actuelle, notamment au Kasaï. Car le cercle d’impunité reste actif dans les faits. Il faut donc le mettre à l’agenda. » Mais cet enchaînement, vous le suivez depuis des années… « Peut-être, mais tant les Congolais que les Européens ont des vues très fragmentaires de ce qui s’y est passé. Chacun a entendu parler d’un massacre, d’une élection ratée, d’un décès marquant comme celui de Kabila, mais sans jamais bien saisir la ligne historique et l’enchaînement des faits conduisant à la barbarie. Et puis, il y a le Congo, mais aussi le reste du monde. Je voulais aussi voir comment cette tragédie avait été gérée par la communauté internationale au sein des grandes institutions. » Le thème du silence est vite apparu ? « C’était assez clair dès le début, mais la décision de partir du fameux’Rapport Mapping’de l’Onu l’a confirmé. Ce document cartographiant de nombreux massacres commis en RDC a été publié en 2010… sans qu’on puisse en faire quoi que ce soit ! Il a été oublié volontairement, pour ne pas troubler l’ordre des choses. Ce qui se passe au Congo est tout de même inimaginable ailleurs. L’Onu a cette base de données listant le nom de nombreux criminels, et 25 ans après, on ne peut toujours pas la consulter. Ces mêmes noms qui sont à la tête de l’État actuellement, dans les postes les plus importants ! On appelle ça le brassage. Faites le parallèle avec les crimes nazis… Imaginez-vous en 1970, et qu’on vous dise qu’il vaut mieux garder le nom des responsables anonymes parce qu’ils sont encore au pouvoir. Au Congo, c’est possible, parce qu’il y a une conjonction d’intérêts géopolitiques, stratégiques et économiques allant dans ce sens. Et tout le monde se sert dans cette grande bijouterie sans portes ni fenêtres, l’Occident comme l’Asie. Tout ça se passe au nez et à la barbe de la communauté internationale, présente comme observatrice. Elle finance quand même la mission humanitaire la plus onéreuse et la plus longue de l’histoire des Nations unies, sans que ça ne lui permette d’agir ! Aucun mécanisme de justice n’est mis en branle. Partis comme ça, les criminels ne rendront jamais compte de leurs actes, et les victimes ne seront jamais reconnues, rendant tout deuil impossible. » Que manque-t-il en dehors d’une volonté politique ? [Marque un temps pour réfléchir] « Rien d’autre, il faut vraiment une volonté politique commune ! Au Congo, on est dans une tragédie shakespearienne, avec un personnage de dictateur vieillissant comme Mobutu, défait par des armées étrangères. Il y a les leaders des pays voisins au Rwanda et en Ouganda. Et Kabila l’homme de paille, qui va trahir ses maîtres et prendre son indépendance. Les guerres s’enchaînent, les assassinats aussi, l’accès au pouvoir du fils Kabila souligne les allures monarchiques du pays. Les métastases de l’impunité se généralisent, et font que tous ces conflits, auxquels on pouvait éventuellement trouver une raison d’être par le passé, n’en ont plus aucune. On est dans la barbarie à l’état pur. » Stanislas Ide NOTA BENE  : En complément du film, Thierry Michel invite les spectateurs à se rendre sur www.justiceforcongo.com pour en apprendre plus sur la justice en RDC. Ph. D.R. REVIEW L'EMPIRE DU SILENCE'fliliRRY MrCHEL MOVIES Après deux beaux documentaires réalisés dans des écoles de notre plat pays, le cinéaste belge Thierry Michel revient une fois de plus en RDC, où il a notamment tourné ‘Mobutu, roi du Zaïre’, ‘Congo River’et ‘L’Homme qui répare les femmes’. Il ne se répète pas pour autant, et prend un recul de près de 30 ans pour nous offrir une lecture historique, presque pédagogique, des violences y prenant place. Soyons francs, il vaut mieux s’accrocher pour endurer la dureté de certaines images, et encaisser la consternation due à l’enchaînement de tous ces récits de violence structurelle. Pour autant, ‘L’Empire du silence’a le grand mérite d’être accessible au spectateur non-aguerri, tout en dessinant un nouveau propos dans la filmographie de Michel. En l’occurrence, la démonstration (malheureusement très crédible) que l’Occident ferme les yeux sciemment sur les horreurs en RDC afin d’en récolter les bénéfices économiques et diplomatiques. (si) ●●●○○
metrotime.be MARDI 18/1/2022 CULTURE 11 ‘NIGHTMARE ALLEY : LE CAUCHEMAR INOUBLIABLE DE GUILLERMO DEL TORO « Le genre noir dévoile tout comme l’horreur des questions morales difficiles » Pour les fans de fantastique et d’horreur, Guillermo del Toro était déjà une référence depuis longtemps, grâce notamment à ‘Blade 2’et au ‘Labyrinthe de Pan’. Depuis son ‘Shape of Water’(‘La forme de l’eau’), oscarisé, le réalisateur mexicain n’est plus un inconnu pour personne. Avec son thriller noir fascinant ‘Nightmare Alley’, il ajoute un nouveau joyau à sa couronne étincelante. Depuis quand êtes-vous fan du genre noir, ces sombres romans et films policiers américains ? Guillermo Del Toro  : « L’horreur, le fantastique et le noir ont toujours été mes grandes amours. Au tout début de ma carrière, j’avais déjà fait un court métrage bien ancré dans le film noir, sur un policier corrompu. Mais c’est du roman noir dont je suis tombé amoureux au départ, avec des écrivains comme James M. Cain, Donald Westlake et Raymond Chandler. » Qu’est-ce que le genre a de si attrayant pour vous ? « Tout comme l’horreur, le film noir dévoile des questions morales difficiles. Ces histoires sont comme une sorte de paraboles. Et j’aime le fait que ces films reflètent l’époque à laquelle ils sont faits. Lorsque Robert Mitchum y jouait, on voyait les peurs de l’Amérique juste après la Seconde Guerre mondiale. Un film comme ‘The Long Goodbye’avec Elliot Gould parle de l’Amérique après le Vietnam. Les films noirs et les films d’horreur sont très sensibles à ce qu’il se passe dans le monde à ce moment-là. » Il s’agit ici d’une histoire de tromperie et d’escroquerie. Que dit-elle de notre monde d’aujourd’hui ? « On ne peut nier que la vérité et l’illusion déterminent notre vie aujourd’hui. Et il ne faut pas oublier que c’est nous qui décidons. Les illusions ne marchent que parce que nous sommes si crédules et dépendants. Il fallait en tout cas que ce soit un film sur aujourd’hui, même s’il se passe dans les années 1930. Et la frontière qui s’estompe entre vérité et fiction en fait partie. » ‘Nightmare Alley’parle d’un homme, Stan, qui veut gagner sa vie en créant des illusions pour un public conciliant. Vous reconnaissez-vous dans son ambition ? « J’ai toujours eu du mal avec l’idée du succès. Pour moi, le rêve américain engendre surtout des cauchemars. Je voulais montrer ça aussi dans ce film. ‘Nightmare Alley’parle au fond d’un personnage qui est tout le temps sur le point de tout perdre. Il est constamment en danger. Et c’est dû au fait qu’il ment tout le temps. C’est pourquoi je recherche toujours une certaine vérité et j’essaie de ne pas penser à mon succès ou à ma carrière. Mais je sais très bien qui est Stan, car tous les deux, nous racontons des histoires. Je connais toutes les questions qu’il se pose. » (rire) Stan est le personnage central, mais il est tiraillé entre trois femmes. Comment voyez-vous leur rôle ? « Ce ne sont pas seulement trois femmes, mais aussi trois figures paternelles. Pour les femmes, mon co-scénariste Kim Morgan et moi voulions trois archétypes. Toni Collette incarne la femme humaniste et chaleureuse. Rooney Mara est l’ingénue. Et Cate Blanchett est la femme fatale. Kim voulait absolument que ces trois femmes lui Ph. Disney survivent et réussissent là où il échoue. Il fallait que ce soient de vraies femmes crédibles qui ne seraient pas punies ou maudites à cause de leur relation avec Stan. » ‘Nightmare Alley’est visuellement époustouflant. Comment avez-vous abordé l’aspect visuel ? « Une des décisions que j’ai prises était d’utiliser la caméra comme une sorte de témoin. C’est pourquoi elle n’est pratiquement jamais placée en hauteur. C’est presque toujours le point de vue d’un enfant. Et elle est aussi curieuse qu’un enfant, comme si elle voulait observer la scène par-dessus l’épaule des personnages. Je filme aussi les personnages de dos. Ce qui fait pour moi le secret d’un beau film, c’est que les idées visuelles soient toujours au service de l’histoire et des personnages. C’est pourquoi on a l’impression aussi de pouvoir distinguer des taches d’encre dans les boiseries du bureau de la psychiatre, une sorte de test de Rorschach. Tout a l’air impeccable, mais il y a une certaine tension dans l’air. » Ruben Nollet @rubennollet REVIEW MOVIES Guillermo del Toro aurait-il atteint la maturité ? Ses films ont toujours été assez profonds, en s’intéressant à des thèmes matures. Mais généralement, ils étaient imbriqués dans des mondes fantastiques ou de l’horreur sanglante, et le regard était souvent celui d’un enfant. Ce n’est pas le cas de ‘Nightmare Alley’, l’histoire d’un vagabond (Bradley Cooper) dans l’Amérique appauvrie de la fin des années 1930, qui trouve un boulot dans un cirque itinérant. Il s’y découvre un don pour tromper les gens, mais sa soif de succès excessive ne lui est pas salutaire. N’y allons pas par quatre chemins  : l’adaptation de Del Toro du roman noir écrit en 1946 par William Lindsay Gresham est un film impeccable, à la fois époustouflant de par sa beauté saisissante et captivant de par son ambiguïté, avec un casting parfait. Si l’histoire se focalise surtout sur Cooper, ce sont finalement les femmes (Cate Blanchett, Rooney Mara, Toni Collette) qui impressionnent le plus. Une splendeur à vous donner des frissons. (rn) ●●●●●



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