Métro Belgique n°4405 11 jan 2022
Métro Belgique n°4405 11 jan 2022
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4405 de 11 jan 2022

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : passage à l'âge adulte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 im GREEN MARDI 11/1/2022 1 metrotime.be L’échange de maison idéal pour du « staycation » De plus en plus de Belges échangent leur habitation pour trouver du dépaysement aux quatre coins du pays. Un concept économique et écologique qui a énormément d’avantages au niveau organisationnel mais aussi humain. C’est ce que nous ont expliqué trois familles habituées à échanger. Ces trois familles utilisent un site internet qui met en contact les personnes qui désirent échanger via un mécanisme de triangulation. Lorsque la famille accueille chez elle, elle engrange des points qui peuvent être ensuite utilisés pour passer du temps dans une autre habitation mais pas forcément celle des gens qui sont venus chez eux. Cette plateforme fonctionne avec un système d’abonnement. En contrepartie, vous avez droit à une assurance annulation et une couverture des éventuels dommages et vols. Il existe aussi des groupes Facebook d’échanges de maison (un peu plus « freestyle » !). « DANS LA PEAU D’UNE AUTRE FAMILLE » Pia et sa petite famille habitent à Hoeilaart dans une maison confortable, proche de la forêt de Soignes. Ils ont déjà effectué 64 échanges et pour eux la destination n’est pas un critère essentiel  : « On peut être dépaysé tout en étant à une demiheure de chez soi. Quand on échange, on découvre un nouveau lieu de vie et c’est comme si on était pour quelques jours dans la peau d’une autre famille. Nous avons un très bon souvenir d’une maison dans une toute petite bourgade flamande près d’Anvers  : Kasterlee. On a été très étonnés du cadre hyper nature. La maison était super bien aménagée et il y avait un jacuzzi dont on a bien profité ! » Pia note également l’avantage de pouvoir partir en dernière minute  : « On regarde sur le site et on peut déjà partir le lendemain. Quand notre maison est demandée pour un échange, on choisit un endroit pour nous et on part à l’aventure. Nous avons été à Gand, à Courtrai, à Leuven… ». « TRÈS SOUVENT EN WEEK-END DURANT LE CONFINEMENT » La mère de famille nous confie également que les échanges ont été particulièrement intenses pendant le confinement où ils partaient souvent en long week-end. Un mode d’hébergement zéro souci puisqu’il n’y pas d’échange d’argent, donc pas d’histoires de remboursement en cas d’annulation (cas qui n’est cependant jamais arrivé à Pia en 64 échanges). Pia nous explique pratiquer aussi, depuis peu, le concept de « chambre d’hospitalité »  : « Certaines personnes désirent passer juste une nuit chez nous car ils sont à Bruxelles pour le travail ou bien ils désirent se reposer durant une étape au milieu d’une longue route. C’est très chouette parce que du coup, nous sommes à la maison avec la ou les personnes que nous hébergeons dans la chambre d’amis, ce qui permet donc de faire connaissance. Et bien sûr, nous engrangeons des points ! ». « BEAUCOUP D’HUMANITÉ » Diane et sa famille habitent à Bruxelles et ont également une maison à Ittre et dans le Gard en France. Les trois sont sur le site d’échanges de maisons. Cette maman dont les enfants sont à présent de jeunes adultes, compte près de 200 échanges à son actif. Si d’habitude elle voyage surtout à l’étranger (France, Espagne, Canada, Ibiza…), elle a posé ses Ph. D.R. valises en Belgique plus souvent qu’à l’accoutumée depuis la crise Covid  : « Nous avons été à Knokke, à Liège, à Nieuport, à Haarschot dans le Brabant flamand où nous avons fait de magnifiques balades à vélo. » Ce qui la touche le plus lorsqu’on lui demande ses meilleurs souvenirs, c’est le contact avec les propriétaires  : « Quand on échange, on ressent beaucoup de chaleur et d’humanité et en cette période c’est d’autant plus agréable et important. À Nieuport, Aurélie la propriétaire nous avait laissé un gentil petit mot et des petits cadeaux. Il y a un chouette contact qui se crée avec l’autre famille par téléphone, mail ou WhatsApp. Nous échangeons à propos de détails pratiques  : où se trouve le grillepain ? Comment utiliser le feu ouvert ? Où se trouve le matériel pour regonfler les pneus de leurs vélos… On reçoit souvent aussi de précieux conseils pour découvrir la région. » Diane insiste sur le fait qu’elle n’a jamais eu de mauvaises expériences en 22 ans d’échanges. « LES ENFANTS S’ÉCLATENT AVEC LES JEUX DES AUTRES » Marc habite Forest et échange sa maison depuis 15 ans. Lui, son épouse et ses deux enfants ont déjà échangé 51 fois  : « Nous avons été en Italie, au Portugal, en Californie… Dans des maisons super et tout ça à moindre coût grâce au système d’échange. » Comme les deux autres familles, depuis le premier confinement, ils visitent surtout la Belgique  : « Nous avons été à Bruges, Gand, Florennes, Verviers, Knokke… » Et comme les deux autres familles, ils ont des enfants et ces derniers adorent le concept  : « Les enfants s’éclatent avec les jeux des autres. Ils acceptent facilement de prêter les leurs aux familles qui viennent chez nous. C’est du donnant donnant. Le respect est une des valeurs que nous partageons tous dans ce type d’échange et donc on fait attention à ne pas casser ni perdre et avant de repartir on range bien tous les jeux. Et puis quand ils étaient bébés, c’était très pratique d’avoir tout le matériel de puériculture à disposition. » Une maison qui vit plutôt qu’un hôtel ou un appartement froid et sans âme, c’est ce que viennent chercher Pia, Diane et Marc. Et ils ne sont pas les seuls car rien que pour Bruxelles, 3.500 nuitées ont été échangées cette année, via la plateforme internet, sans compter donc les échanges organisés sur les groupes Facebook. Lucie Hage
metrotime.be 1 MARDI 11/1/2022 CULTURE 11 ‘OUISTREHAM’  : L’ÉCRIVAIN EMMANUEL CARRÈRE REPASSE DERRIÈRE LA CAMÉRA « Je viens d’une famille assez bourgeoise » Dans ‘Ouistreham’, Juliette Binoche incarne une journaliste se faisant passer pour une femme de ménage après la crise de 2008. Derrière la caméra, l’écrivain Emmanuel Carrère la regarde avec tendresse… pour mieux souligner l’ambiguïté de sa démarche. L’occasion de s’amuser avec ses thèmes de prédilection  : le mensonge et la culpabilité. Il y a plusieurs types de jobs liés au ménage. Chez les particuliers, dans des espaces commerciaux ou professionnels… Quel a été votre rapport à cette profession au cours de votre vie ? Emmanuel Carrère  : « Je viens d’une famille assez bourgeoise, et j’ai eu une nounou. Elle était russe et très âgée, et vivait avec nous. Elle faisait partie de la famille. Et plus tard, nous avons fait appel à une femme de ménage. C’était les années soixante et les femmes de ménage à Paris étaient souvent de jeunes Espagnoles. Celle qui a travaillé chez nous était très belle, je m’en souviens, et incarnait à mes yeux l’idée d’ascension sociale. Son époux était devenu ingénieur, sa fille a fait des études brillantes, vous voyez le dessin. Ma sœur et moi avons gardé contact avec elle toutes ces années, jusqu’à son décès il y a trois ans. Au-delà de cette relation de long terme, j’ai souvent fait appel au travail de femmes de ménage, et j’espère être un patron aimable. Mais cela n’a rien à voir avec les conditions de travail éreintantes décrites dans le film. Celles du personnel dans les hôtels ou les espaces publics. Le film montre qu’on a tendance à les ignorer. C’est quand même étrange, ces métiers sont exécutés sous notre nez, pas dans une mine sur un chantier. Le livre de Florence Aubenas que l’on adapte parle de cet étrange déni, et j’espère que le film nous rende conscients de l’amélioration nécessaire de leurs conditions de travail, ne fût-ce qu’un peu. Il y a cette scène par exemple où Juliette Binoche s’étonne que des clients fassent leurs besoins dans des toilettes sans tirer la chasse. Je ne fais jamais ça, bien sûr, mais pour autant, je ne réfléchis pas toujours aux tenants et aboutissants du travail que je génère. Or, offrir de l’appréciation, ce n’est pas une utopie inaccessible. » Ph. Cinéart Le film questionne la fracture sociale, et la légitimité de poser un regard bourgeois sur la profession ? « C’est pour cela que la dame du pôle emploi dit au personnage de Juliette Binoche :’Je ne sais pas si vous faites quelque chose de mal ou de bien’ ! Mais ça, c’est le film. Florence Aubenas, elle, conçoit son livre comme un travail de journaliste, pas d’écrivaine. Et en cela, elle affirme qu’elle ne se raconte pas elle-même, et que toute notre attention doit se diriger vers le sujet qu’elle décrit. Ma position, c’est qu’il y a deux façons de documenter un sujet. Soit on considère que ce que l’on montre est la réalité neutre, que la caméra n’est pas présente. C’est ce qu’a fait Florence. Mais on peut aussi considérer que l’interaction entre l’équipe du film et les gens qu’elle filme fait partie du sujet. Ou entre une journaliste et ses sujets, vous voyez le parallèle que je dessine… C’est là que le personnage de Juliette se distingue de Florence et de son travail. J’avais très envie de m’intéresser à elle, ses doutes sur sa démarche, ses ambiguïtés, et la tension entre son mensonge et ses amitiés. » Vous êtes d’ailleurs connu pour vous inclure vous-même dans vos romans, proches de l’autofiction… [Marque un temps] « Je ne peux tout simplement pas m’en empêcher (rires) ! Cette fascination pour la place de l’auteur me vient très naturellement. Florence a été très pro, et a conservé la distance nécessaire avec ses sujets pour lui permettre de les aborder. Alors que Marianne dépasse les instants de camaraderie, et s’engage dans une vraie intimité. En cela, elle est très sincère mais plutôt naïve. Avec l’intimité des relations qu’elle noue, son petit secret devient un vrai mensonge. Une sorte de revanche de la réalité. Quand son amie Christelle lui offre un collier pour son anniversaire, elle envisage de tout lui dire, et sent que c’est le dernier instant avant qu’il ne soit trop tard. Mais elle se tait… et ça devient impardonnable. » Stanislas Ide REVIEW MOVIES ‘J’en ai marre d’entendre parler de précarité, j’aimerais la comprendre’ ! Pour son nouveau livre, la romancière Marianne Winckler (Juliette Binoche) décide de changer d’identité. La voici femme de ménage, enchaînant les jobs aux conditions ingrates, comme dans les ferrys traversant la Manche depuis les quais de Ouistreham. Choquée, elle découvre la dureté des conditions imposées à ces travailleurs, et la violence de l’invisibilité que l’on exige d’eux. Naïve, elle se lie d’amitié avec quelques collègues, dont Christelle (impressionnante Hélène Lambert, véritable agent d’entretien), sans imaginer le sentiment d’humiliation que son secret pourrait leur provoquer. L’écrivain Emmanuel Carrère tisse une chronique sociale chaleureuse grâce à son sens de la photographie et au talent de Binoche. Mais avec un twist au goût amer  : tel le roman de Marianne, son film parle bien plus du malaise bourgeois que des travailleuses elles-mêmes. Un enfermement de classe nombriliste ? Ou une prise de conscience lucide ? La question est (très joliment) posée ! (si) ●●●●○



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