Métro Belgique n°4309 14 mai 2021
Métro Belgique n°4309 14 mai 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4309 de 14 mai 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : une réouverture attendue des musées en Angleterre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 CULTURE VENDREDI 14/5/2021 metrotime.be im « LÀ OÙ LE BONHEUR SE RESPIRE »  : LE VOYAGE EN FRAGRANCES DE SOPHIE TAL MEN « On peut toujours apaiser une douleur » Neurologue et romancière, Sophie Tal Men inscrit chacun de ses romans dans son univers, celui de l’hôpital. Dans ce sixième opus, nous faisons la rencontre de Clarisse, une jeune plombière atteinte d’un traumatisme crânien. Pour l’aider à se rétablir, sa sœur Lily va se lancer un pari fou  : si Clarisse ne peut pas retourner sur son île natale de Ouessant, alors, c’est l’île qui viendra à elle ! Plus qu’à l’hôpital, cette nouvelle histoire se déroule vraiment dans votre service… « Oui, comme mon premier roman ‘Les yeux Couleur de pluie’, on retourne vers la neurologie. Mon activité de neurologue m’a inspirée cette histoire, notamment les patients qui ont du mal à communiquer après un AVC ou un traumatisme crânien, comme Clarisse. Je suis face aussi à des familles inquiètes, qui ne savent pas ce qu’elles peuvent faire pour aider leur proche qui souffre. » Ici, il s’agit de Lily, la sœur de Clarisse. Elle a un don et va s’en servir pour aider sa sœur… « Lily est parfumeuse. Elle va avoir l’idée de retrouver les parfums qui sont chers à sa sœur et les lui rapporter à l’hôpital, dans des petits flacons. Elle retourne sur l’île de leur enfance, Ouessant, pour confectionner ces parfums. » Toutes ces odeurs que ramènent Lily contrastent terriblement avec celles de l’hôpital. « Effectivement, dans les hôpitaux, il y a des odeurs à balance très négatives  : l’éther, la solution hydroalcoolique, les médicaments, les odeurs corporelles… L’aromathérapie se développe un peu en ce moment, surtout en cancérologie. Mais il y a encore du travail à faire làdessus, sur ces odeurs qui apaisent dans les chambres. » Ce projet de Lily, vous l’avez déjà vu à l’hôpital ? « Non. Je conseille aux familles de rapporter des photos, des paquets de gâteaux, de faire écouter au patient des musiques qu’il aime… Mais jamais des parfums. » Pourquoi avoir choisi ce sens de l’odorat, plus que l’ouïe ou le goût ? « Parce que les odeurs ont un pouvoir sur la mémoire. L’odorat est LE sens qui a le plus grand pouvoir pour faire ressurgir nos souvenirs et générer des émotions. Et puis, j’adore les parfums et je suis très sensible aux odeurs qui m’entourent. Il y a aussi un lien très fort à l’enfance. » Ph. Philippe Matsas Quelles sont vos « Madeleines de Proust » olfactives ? « Celles qui sont en lien avec ma grand-mère. Son parfum un peu musqué. Les odeurs d’algues séchées du bord de mer, ça me ramène aux vacances que je passais chez elle, au Croisic. Ce sont aussi les odeurs de nourriture  : dès que je sens l’odeur d’une gaufre, je pense à ma grand-mère belge qui habitait Nivelles. Je viens d’en manger une ici à Bruxelles, je sais que ça fait touriste (rires) mais j’adore ! Et puis, mon odeur préférée par-dessus tout reste celle de la nuque de mes enfants au réveil. » Vous nous emmenez à Bruxelles dans ce nouveau roman. C’est un clin d’œil à votre grand-mère ? I REVIEW BOOKS « Oui, et à mes lecteurs belges ! Certaines de mes racines sont en Belgique et j’ai un lien fort avec ce pays. Je viens régulièrement à Bruxelles. » Comment gérez-vous votre double vie de médecin et romancière ? « C’est vrai que mes journées sont bien remplies (rires) ! J’aime passer de l’un à l’autre. En journée, je suis neurologue. Après, maman et femme. Et le soir, quand d’autres regardent une série ou lisent un livre, j’écris. Tous les soirs en semaine, je retrouve mes personnages. C’est un plaisir, c’est comme si j’ouvrais Lorsque sa petite sœur Clarisse se retrouve à l’hôpital suite à une grave chute de cheval, Lily, apprentie parfumeuse, met sa vie en pause et se précipite auprès d’elle. Terrifiée, elle découvre Clarisse complètement éteinte, seule dans sa chambre froide et austère du service neurologie. Pour lui redonner le goût de vivre, Lily s’embarque dans un projet fou  : retourner sur l’île de Ouessant, berceau de leur enfance, à la recherche des odeurs chères à Clarisse. À l’hôpital, seul Evann, externe en médecine, soutiendra son incroyable idée et un lien fort naîtra entre eux. Sophie Tal Men nous propose un voyage sensoriel aux parfums d’iode et d’herbe fraîche qui nous emmène droit sur l’île de Ouessant. Idéal pour s’évader à l’heure où l’on ne peut voyager que par les livres ! Au-delà du dépaysement, « Là où le bonheur se respire » reste un peu en superficie, tant dans la psychologie des personnages que des émotions. Dans un style (un peu trop ?) léger, ce roman feelgood n’offre rien d’inattendu. ●●○○○ une fenêtre sur un monde parallèle. » Vous n’avez donc jamais songé à vous défaire de l’une de vos casquettes ? « Non, jamais je n’arrêterai la médecine. C’est une certitude, je ne pourrais pas abandonner ma patientèle. Mais j’aime avoir cette autre activité. Et je n’ai pas du tout envie d’arrêter d’écrire parce que ça m’apporte beaucoup. » On sait que l’inverse est vrai, mais est-ce que votre vie d’écrivaine influence aussi votre vie de médecin ? « Oui, elle me permet de prendre du recul et de ne pas être rongée par le stress. On a des métiers difficiles, avec de grandes responsabilités, avec des coups durs… Si on n’a rien à côté, on peut être complètement rongés par l’angoisse. Ma vie d’écrivaine m’apporte énormément du point de vue de l’équilibre. » Vos livres abordent des moments de vie très difficiles mais c’est toujours très lumineux. C’est à votre image ? « Oh oui ! C’est ma façon d’être, effectivement. Même avec mes patients. Même quand je m’occupe de maladies très graves que je ne pourrai pas guérir. Je réfléchis toujours à  : ‘comment je peux améliorer leur qualité de vie ? Comment je peux faire du bien ?’On peut toujours apaiser une douleur. Même quand c’est une maladie que l’on ne peut pas guérir, il y a des choses à faire. Ce que j’aime, c’est le contact humain, alors je suis servie à l’hôpital, comme dans mon métier d’écrivaine ! Le contact avec les lecteurs vous a manqué durant cette année covid ? « Complètement ! Je n’ai qu’une envie, c’est celle d’un retour en arrière ! Je n’ai pas envie de garder des séquelles de cette pandémie. Pour moi, ça n’a apporté que du négatif dans nos rapports humains. C’est ce que je raconte dans le livre  : pour aller bien, on a besoin des autres, de se toucher, de s’embrasser, d’échanger. » On connaît beaucoup de films et séries qui se passent à l’hôpital. Moins de romans. Est-ce vous imaginez une adaptation de votre saga à l’écran ? « Oui, j’aimerais bien ! Je ne connais personne dans le milieu. Il faudrait qu’un producteur ou réalisateur repère la saga et ait l’envie de. Il faudrait peutêtre aussi que je provoque ça. Ça pourrait être un projet sympa ! » « Là où le bonheur se respire », de Sophie Tal Men, éditions Albin Michel, 284 pages, 19,90 € Oriane Renette
metrotime.be VENDREDI 14/5/2021 CULTURE 11 REVIEW Joe La Pirate S’il ne fallait retenir qu’une sortie BD en 2020, ce serait sans doute « Peau d’Homme ». Décédé brutalement le 12 février 2020 quelques semaines avant la sortie de l’album, le scénariste Hubert n’a pas pu découvrir le fantastique succès critique et commercial de son œuvre. Paru le 5 mai, « Joe La Pirate » est le dernier scénario écrit par Hubert aux éditions Glénat. Il raconte l’histoire vraie et extraordinaire de Marion Barbara Carstairs, une fille née à Londres au début du 20 e siècle qui était ce que certains appellent encore un « garçon manqué » et qui a décidé, très jeune, de plutôt devenir un « garçon réussi ». Ce roman graphique d’un peu plus de 200 pages retrace l’étonnant, le courageux et le parfois tumultueux parcours de Marion « Joe » Carstairs. Le récit est excellent. À travers l’histoire de Joe, le lecteur traverse le 20 e siècle. Mais que dire du dessin au charme fou de Virginie Augustin ? Avec ses illustrations en noir et blanc et remplies d’espièglerie, la dessinatrice donne vie, de manière remarquable, à cette fabuleuse histoire. À découvrir ! « Joe La Pirate », d’Augustin et Hubert, éditions Glénat, 224 pages, 23 € ●●●●● Dessiner encore Idiss « Des fois, ça va. Des fois, ça me submerge. C’est plus fort que moi. Je ne maîtrise plus… ». C’est avec ces mots que Coco revient, à travers un roman graphique de près de 350 pages, sur sa vie depuis « cette poignée de minutes qui a bouleversé sa vie ». Début 2015, Coco était dessinatrice de presse pour Charlie Hebdo. Le 7 janvier, elle assistait à la réunion de rédaction. En sortant fumer une cigarette, elle est tombée sur deux hommes cagoulés et lourdement armés, les frères Kouachi. Sous la menace, elle a fait le code pour ouvrir la porte de la rédaction de Charlie Hebdo aux terroristes. Six ans plus tard, dans « Dessiner Encore », Coco évoque ses souvenirs et ses anecdotes au sein de Charlie. Elle revient sur cette journée du 7 janvier 2015. Sur les quelques heures qui ont précédé le drame et dont elle se souvient du moindre détail, sur les jours et les semaines qui ont suivi, mais aussi et surtout, sur le combat qu’elle mène depuis pour (sur)vivre. Coco livre un album terriblement courageux et profondément touchant. C’est un témoignage fort, bouleversant et indispensable. Il permet de ne jamais oublier cette journée du 7 janvier 2015 et rend un bel hommage à l’esprit de Charlie et aux victimes de cet attentat islamiste. Merci pour ça Coco. « Dessiner encore », de Coco, éditions Les Arènes BD, 345 pages, 28 € ●●●●● Le Chœur des femmes Wanted Lucky Luke Underground Depuis le 9 avril, un nouveau Lucky Luke est disponible dans toutes les librairies. Ce nouvel album est signé Matthieu Bonhomme (au scénario, au dessin et aux couleurs) qui avait déjà revisité, avec succès, les aventures du célèbre cow-boy en 2016 avec « L’homme qui tua Lucky Luke ». Cette fois, Lucky Luke découvre que sa tête est mise à prix. Celui ou celle qui le capturera vivant touchera une récompense de 50.000 $. Lors de son voyage solitaire, il va venir en aide à trois sœurs contraintes de traverser le territoire apache pour vendre leur bétail. Est-ce pour son charme ou pour la récompense, le cow-boy (qui a arrêté de fumer !) fait l’objet de toutes les convoitises. Une chose est sûre, il n’a rien perdu de sa gâchette ! Ce Lucky Luke version 2021 est très éloigné du personnage créé par Morris en 1946. Mais va-t-on vraiment s’en plaindre ? Entre nostalgie et modernité, avec « Wanted Lucky Luke », Matthieu Bonhomme signe un hommage vibrant et rempli de références au plus célèbre des cow-boys solitaires. « Wanted Lucky Luke », de Matthieu Bonhomme, éditions Dargaud, 68 pages, 15 € ●●●○○ Jean Atwood est interne en gynécologie obstétrique. Avant d’obtenir son diplôme et de devenir chirurgienne, elle se retrouve contrainte de passer les six derniers mois de son internat pour « écouter des bonnes femmes se plaindre à propos de leur pilule, de leurs seins douloureux ou je ne sais quelle connerie ». Elle qui voulait « du concret, des scalpels, des ciseaux, du fil et des aiguilles » a été envoyée dans la section « Médecine de la femme » pour apprendre à établir des contacts avec les patientes. Pour cela, elle va suivre le docteur Franz Karma, un gynécologue qui prône l’écoute et qui « ne se contente pas de jouer au docteur ». « Le Chœur des femmes » fait entrer les lecteurs dans l’intimité d’un cabinet de gynécologie. On y découvre des histoires de femmes, l’approche d’un gynécologue « différent » et une interne qui peu à peu va s’ouvrir et changer sa façon de penser. Aude Mermilliod avait déjà montré l’entendue de son talent de scénariste et de dessinatrice avec le très touchant « Il fallait que je vous le dise ». Elle livre ici une merveilleuse adaptation du best-seller de Martin Winckler. Un album à la fois touchant et instructif. « Le Chœur des femmes », d’Aude Mermilliod, éditions Le Lombard, 240 pages, 22,5 € ●●●●○ Avocat et politicien, Robert Badinter est l’homme qui a obtenu l’abolition de la peine de mort en 1981 en France. En 2018, il a publié un roman en hommage à Idiss, sa grand-mère maternelle juive qui a dû fuir l’empire russe au début des années 1900. Trois ans plus tard, Richard Malka et Fred Bernard ont adapté ce récit en un joli roman graphique d’un peu plus de 100 pages. De 1890 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on suit le récit poignant de cette femme contrainte de fuir sa terre natale, en Bessarabie, qui correspond à l’actuelle Moldavie. Au-delà de son récit puissant et passionnant, « Idiss » marque les esprits avec son dessin. Coloré voire enfantin, il est empreint de nostalgie. Il peut faire penser à un livre pour enfants, ce qui contraste avec l’émotion et la tristesse qui traversent tout le livre, mais ce qui lui apporte aussi une vraie âme. Au fil des pages, on s’attache énormément à cette famille juive qui a traversé deux guerres et de nombreuses épreuves. C’est à la fois un récit intime et universel. Avec cette adaptation, Richard Malka et Fred Bernard rendent un magnifique hommage à Idiss, la grand-mère de Robert Badinter. « Idiss » de Malka et Bernard, éditions Rue de Sèvres, 128 pages, 20 € UNDBIGROUND — ceue ; - 11'●●●●○ Il est probable que vous n’ayez jamais entendu parler de la plupart des artistes dont le destin est évoqué dans « Underground », un volumineux album de 300 pages sous-titré « Rockers maudits & grandes prêtresses du son ». Qu’importe, l’essentiel n’est pas là. Le but est justement de mettre en lumière des hommes et des femmes méconnus du grand public et qui ont marqué à leur manière l’histoire de la musique. Vous découvrirez une trentaine de récits captivants à la fin desquels vous risquez de n’avoir qu’une envie  : taper le nom de cet artiste sur YouTube pour écouter ce qu’il a fait. Musicalement, vous risquez parfois d’être déçu. Mais vous tomberez aussi sur des petites pépites méconnues (allez donc écouter « Life In Vain » de Daniel Johnston). Dans tous les cas, vous replongerez toujours avec autant de plaisir dans le récit suivant. Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog ont un réel talent pour raconter les histoires et résumer une vie, une œuvre, en quelques pages. Ça se lit merveilleusement bien et ça marque les esprits. « Underground » est un must pour tous les mélomanes ! « Underground », de Le Gouëfflec et Moog, éditions Glénat, 312 pages, 30 € ●●●●○



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