Métro Belgique n°4292 16 fév 2021
Métro Belgique n°4292 16 fév 2021
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4292 de 16 fév 2021

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : carnaval virus.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 im CULTURE MARDI 16/2/2021 1 metrotime.be IL FUIT LA GUINEE CONAKRY POUR L’EUROPE De l’« Eldorado » à l’enfer des campos  : Fran Kourouma raconte les ténèbres de sa traversée Fran Kourouma quitte la Guinée Conakry au mois de mai 2016. Il arrive en Belgique un an plus tard, âgé d’à peine 20 ans. Ce n’était pas prévu. De ce qu’il a vécu tout au long de cette traversée, rien ne l’était. Fran Kourouma a côtoyé le pire de la monstruosité humaine. Dans son premier livre, il raconte ce parcours fait de tortures, de violences, d’humiliations, d’esclavagisme et de corruption. Quand avez-vous commencé ce récit ? « J’ai commencé à écrire lorsque j’étais au Petit Château. Au début, c’était surtout pour échapper au stress quotidien de ma procédure d’asile. J’avais déjà écrit des notes sur mon smartphone dans le désert et sur le sol libyen. Arrivé à Bruxelles, je me suis retrouvé avec plus de 800 pages de notes sur mon téléphone ! Là j’ai commencé à rêver que ce récit puisse un jour être publié. » Pour qui l’avez-vous écrit ? « Je l’ai écrit autant pour les gens d’ici qui prétendent que tout se passe facilement et que l’on vient en Europe pour profiter du système ; que pour les frères en Afrique, qui pense que l’Europe c’est l’Eldorado et qu’elle se gagne facilement. Quand j’ai fait cette traversée, j’ai été confronté à une réalité à laquelle je ne m’attendais vraiment pas  : toutes ces humiliations, ces maltraitances et ces séquestrations que je raconte dans le livre. C’était la désillusion. C’était l’étonnement total par rapport à ce que l’on nous chante lorsqu’on est en Afrique. Je voulais que les gens soient conscients de ce qu’il se passe. » Quand vous avez quitté la Guinée Conakry, étiez-vous en mesure d’imaginer les épreuves qui vous attendaient ? je considérais comme un fidèle compagnon de voyage. Ph. D.R. BOOKS « Non. Personnellement, je ne voulais pas aller en Europe. Je voulais atteindre les pays maghrébins pour y trouver du travail, ce qui m’aurait permis d’échapper à ce qui m’attendait dans mon pays. En arrivant au Niger, j’ai découvert toutes ces atrocités et maltraitances. Mais on gardait l’espoir qu’en partant vers l’Algérie ou la Libye, ça pourrait être mieux. Quand on est arrivés en Libye, on a découvert l’esclavagisme, la faim, les humiliations, les séquestrations… C’était très compliqué. Alors j’ai espéré qu’en Europe ce serait différent. L’espoir que devant ce sera meilleur, c’est cela qui nous fait voyager de ville en ville et de continent en continent. » Est-ce qu’il y a un moment où vous vous êtes découragé ? « Il y en a eu quatre. D’abord à Agadez, la ville dans le Sahara qui sépare le Niger de la Libye. On n’était plus en Afrique équatoriale et tout avait changé. Quand je suis arrivé au campo [camp de migrants,ndlr.] la première fois, j’étais complètement déboussolé. Pour la première fois, je me suis découragé mais par rapport à ce qui m’attendait dans mon pays, je ne pouvais pas me retourner. Il fallait avancer, soit vers la Libye ou vers l’Algérie. Ensuite, il y a eu la prison de Bouslim [en Libye,ndlr.]. Quand les geôliers ont tué mes deux camarades. Ils les ont bastonnés jusqu’à la mort parce qu’ils avaient dit la vérité [à des journalistes et des représentants de l’OIM et de l’UNICEF,ndlr.]. Après, ce fut en Italie. Une dame m’a traité de « sale bâtard qui vient profiter de notre pays » alors que je voulais aider un enfant qui allait se faire mal. Ce racisme-là, ça m’a beaucoup étonné. Enfin, ici, lorsque je me suis retrouvé dans la procédure de Dublin. » Fran Kourouma Notre Soleil par les côtes du Maghreb C’était une autre sorte d’enfer, une nouvelle incertitude… « Là, j’étais prêt à craquer. J’étais prêt à me suicider. Avec la procédure de Dublin, tu es dans une position instable  : on peut te renvoyer [dans le pays d’entrée, en l’occurrence l’Italie,ndlr.] à tout moment, et sans prévenir. Il faut attendre six mois pour avoir une réponse sur ton dossier. Six mois ! Dublin, c’est l’une des plus grandes douleurs que l’on inflige aux migrants. Ils forment des bombes humaines. Il y en a qui pètent vraiment les plombs. » Aujourd’hui, est-ce que vous avez pu trouver une forme d’apaisement ? « Oui. Ce livre m’a permis de me libérer d’un poids. Surtout, je rêve qu’il soit lu par un très grand nombre de personnes. Ça changera peutêtre la façon de voir les migrants. J’ai aussi ma famille, mes deux enfants. Je ne veux pas partager toute cette haine, ce vécu très compliqué avec eux. Ils m’aident beaucoup moralement. J’essaie de faire au mieux pour subvenir aux besoins de ma famille. Aujourd’hui, j’ai un travail grâce à l’article 60. Cela me permet d’éviter de vivre aux dépens de CPAS et de ne pas être comme un parasite au sien de la société belge. Surtout, il y a aussi eu toutes les belles rencontres en chemin, tous ceux qui m’ont soutenu moralement et qui continuent aujourd’hui à me donner de l’espoir. C’est grâce à toutes ces personnes-là que ce passé est en train de m’échapper petit à petit. » Oriane Renette « Notre soleil », de Fran Kourouma, édition Samsa, 192 pages, 18 € .
metrotime.be MARDI 16/2/2021 CULTURE 11 TOM HANKS À PROPOS DE ‘NEWS OF THE WORLD’, SON TOUT PREMIER WESTERN « C’est tout d’abord une histoire de connexion » Intégrité. Ce mot décrit parfaitement le Capitaine Kidd, le personnage principal du western de Netflix ‘News of the World’(‘La Mission’). Rapporteur de nouvelles, il voyage dans un monde rude pour lire des journaux à haute voix. Il n’y a qu’un seul acteur pour lequel ce rôle est vraiment taillé sur mesure, et c’est Tom Hanks. Tom Hanks  : « C’est tout d’abord une histoire de connexion. Mon personnage réalise que sa tâche la plus importante est de rassembler les gens. Il les invite à écouter ensemble les nouvelles du monde. Il leur offre la possibilité de rester au courant de ce qui se passe dans leur communauté, dans leur pays et même en dehors. » Qu’obtient-il de cette manière, selon vous ? « Il fait comprendre à ses auditeurs qu’ils ont beaucoup plus en commun avec d’autres personnes qu’ils ne le pensent. L’apparition de maladies, l’essor de nouvelles technologies, les conséquences de la guerre, ce sont des choses universelles. Mais il raconte aussi, par exemple, qu’il y a désormais une équipe de base-ball professionnelle à Cincinnati. À travers tous ces articles de journaux du monde entier, il raconte une histoire sur la nature humaine. » I REVIEW NEWS OF THE WORLD (LA MISSION) (Netflix) Un pays divisé et deux groupes de population qui ne peuvent pas se sentir. L’Amérique de 1870 (juste après la Guerre de Sécession) n’est pas si éloignée de celle d’aujourd’hui. Le fossé grandit, nous le voyons dans le reste du monde aussi. La grande question est  : qu’est-ce qu’on fait ? Le western ‘News of the World’tente de formuler le début d’une réponse et de mettre en lumière notre humanité commune. Tom Hanks y joue un ex-capitaine de l’armée qui sillonne le Texas pour lire des journaux à voix haute devant un public payant. Il va prendre sous son aile une jeune Allemande enlevée par des Autochtones des années auparavant. S’ensuit une aventure plutôt lente, tendre et étonnamment optimiste. Certes, le film ne prend pas à la gorge, mais il est peut-être exactement ce dont nous avons besoin. (rn) ●●●○○ Pour vous, ce qu’il fait, c’est du journalisme ou du divertissement ? « Les deux. Il en fait certainement un spectacle. C’est important aussi, car cela permet de rassembler et de captiver les gens. Mais comme il construit ce show autour de faits et de nouvelles -tantôt bonnes, tantôt mauvaises- il informe aussi son public. Et c’est une chose dont nous avons besoin par définition en tant qu’être humain. Nous voulons tous savoir ce que d’autres ont vécu. » PENINSULA (Proximus Pickx/Sooner/VOO) En 2016, dans le ‘Dernier Train pour Busan’, un virus zombie s’invitait dans un train bondé. Quatre ans plus tard, l’épidémie a ravagé la Corée du Sud, le pays a été mis sous cloche, et abandonné… Quand un groupe d’anciens habitants est renvoyé sur la péninsule pour en extraire un butin à se partager, ils découvrent que les zombies sont loin d’y être le seul danger… Passé le premier quart d’heure, avec son intrigue forcée et ses dialogues en Anglais, l’action démarre, et elle ne laisse aucun répit, entre coursespoursuites, jeux survivalistes vicieux et dérapages contrôlés sur zombies en folie. S’il est moins ingénieux niveau tension, et qu’il appuie trop sur les scènes d’émotion, ce nouveau chapitre ne décevra pas les aficionados du genre… et les curieux qui se laisseront embarquer. (em) ●●●○○ Ph. D.R. MOVIES Votre partenaire dans ce film, l’Allemande Helena Zengel, n’avait que 11 ans à l’époque du tournage. Quel souvenir en gardez-vous de ce travail avec elle ? « Laissez-moi vous dire ceci  : sans Helena, ce film n’existerait pas. Cela ne donnait même pas le sentiment de travailler. Nous passions chaque instant ensemble, nous discutions de toutes sortes de sujets possibles et imaginables et, de temps à autre, nous interrompions nos conversations pour tourner une scène. En fait, le film montre une partie de notre vie. Tantôt nous montons à cheval, tantôt nous sommes autour d’un feu de camp, tantôt elle dort et je suis réveillé. Nous n’avions jamais le sentiment de jouer la comédie. BAJOCERO – FROID MORTEL (Netflix) Deux flics espagnols transportent sept prisonniers dans un fourgon blindé. Pendant que la tension monte à l’intérieur de la mini-forteresse sur roues, la température chute en dehors, et des complices émergent du brouillard pour scier les barreaux… À moins qu’il ne s’agisse d’un tueur fou ? Dès les premières minutes, on pense à ‘Speed’, aux ‘Ailes de l’enfer’, et un paquet d’autres thrillers barrés des années ‘90. Mais plus le scénario vire au grotesque (et si on envoyait le fourgon sur un lac gelé ?) , plus les motivations du tueur sont justifiées par un discours réactionnaire sur le recours individuel à la violence. La fin nauséabonde achève cette impression, au point de nous faire oublier toutes les belles trouvailles de ce mix étrange entre ‘La Casa de Papel’et ‘Huis clos’. (si) ●●○○○ Ph. D.R. Ph. D.R. Ph. D.R. Ph. D.R. J’ai 64 ans aujourd’hui et j’essaie toujours d’apprendre quelque chose de mes collègues. Et quand j’ai vu Helena à l’œuvre, je me suis dit ‘j’aimerais pouvoir être aussi naturel’. » 54 Ruben Nollet @rubennollet THE WHITE TIGER (LE TIGRE BLANC) (Netflix) A chaque génération naît une créature unique  : un tigre blanc. Tout est dit quand Balram, le personnage principal de ce drame incisif, se compare à l’exception, car il a réussi à échapper à la pauvreté. En Inde, en effet, le système de castes demeure solidement ancré. Balram ne mâche pas ses mots  : si les gens sont si peu nombreux à se sortir de leur misère, c’est que, depuis l’enfance, on leur inculque qu’ils ne méritent pas mieux. Balram est content lui aussi de son statut de serviteur au départ, jusqu’à ce qu’un événement lui ouvre les yeux... Le réalisateur Ramin Bahrani (‘99 Homes’) adapte le roman primé d’Aravind Adiga et signe un film dynamique et authentique. A comparer à ‘Slumdog Millionaire’, sans le conte de fées dans la tête, mais avec un mauvais rictus sur les lèvres. (rn) ●●●●○



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