Métro Belgique n°4267 3 déc 2020
Métro Belgique n°4267 3 déc 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4267 de 3 déc 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : no fugging way.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 CULTURE JEUDI 3/12/2020 metrotime.be im LOUS AND THE YAKUZA « Un album, c’est comme un livre » Que Lous and the Yakuza soit la révélation de l’année peut sembler une évidence. Dans son premier album « Gore », on découvre une personnalité forte qui n’use pas de filtres pour parler d’un tumultueux parcours de vie. Et pourtant, c’est de la chaleur qui s’en dégage. Comment vivez-vous cette tornade médiatique autour de vous ? « Je la vis bien, parce que cela propage ma musique, et je veux que les gens l’écoutent. Par contre, c’est beaucoup de travail. Il faut faire attention à sa vitalité. Je suis quelqu’un de très spirituel et très philosophique, et là je vois que ça prend énormément de mon énergie vitale. » Si 2020 sera une année étrange à bien des égards, pour vous, c’est l’accès à la notoriété et au premier album. « Oui et beaucoup d’autres choses. J’ai envie de dire que l’année est à l’image de ma personne. L’album s’appelle ‘Gore’. On voit passer tous les jours des hashtags de plus en plus sombres, la guerre est partout, et en plus il y a cette pandémie des familles… Quelle horreur. C’est une année vraiment gore pour le coup. » Il y a beaucoup de contrastes dans cet album. Vous chantez « Courant d’air » ou encore « Quatre heures du matin » de façon très douce, parfois même désincarnée, alors que les textes sont très durs. « Cela relève de mon envie d’être la plus juste possible vis-à-vis de mes émotions. J’avais envie d’être vraie avec moi-même. Je crois que je suis en constante recherche d’équilibre, dans une vie qui est peu équilibrée. En fait, je ne réfléchis pas à comment je fais un morceau, je le fais avec un seul but  : me rapprocher le plus possible de la réalité, de la vérité, de la justesse du propos. Et je laisse la magie de la musique opérer. On ne peut pas tout contrôler dans la musique, c’est ça qui est beau. On fait les choses, puis on se rend compte de ce qu’on a fait. C’est maintenant que je me rends compte de l’effet que l’album fait sur les gens. Mais moi, je ne m’étonne pas de ma propre personne, je n’essaye pas de sur-réfléchir sur moi-même. » Le fil rouge est aussi musical, c’est un album assez chaud et enveloppant. « Ça, c’est le génie d’El Guincho qui est mon producteur. J’ai composé au moins 80% des lignes principales de l’album, j’ai tout produit, mais je pense que la chaleur vient aussi de ma personnalité parce que je suis une personne très heureuse tout le temps, presque euphorique. Pour moi, le monde peut être très beau et très sombre à la fois. Cet album est assez autobiographique, il parle de choses par lesquelles je suis passée, mais aussi de choses que j’ai observées ou qu’on m’a dites. Du coup, il y a cette espèce de polarité entre plein d’éléments. La musique peut sembler chaude, parfoisuptempo, avec des textes assez sombres. Mais je ne me cache pas les choses. Je peux parler de personnes qui ont des problèmes psychologiques, de prostituées que j’ai rencontrées, de femmes violées que je connais, etc. Ce que les gens trouvent obscurs, ce n’est que la réalité. La vie est faite de ça. » Un album un peu comme le yin et le yang. « Oui, c’est vrai, mais je pense qu’il y a encore beaucoup plus de nuances. Là, on vient de sortir le premier épisode d’un documentaire sur mon humble personne, et il s’appelle ‘Lous pluriel’. En fait, c’est le yin et le yang Photos Laura Marie Cieplik SOUNDCHECK plus toutes les émotions qu’il y a entre les deux. » Musicalement, on est dans un mélange fait de hip-hop, de rumba congolaise, et de rythmes latino. « La musique, on la ressent et on la refait. Cet album, ce sont toutes les choses que j’ai ressenties, et bien évidemment condensées en dix titres. C’est une histoire bien précise que je raconte, et pas juste une compilation de titres. Pour moi, un album, c’est une histoire. C’est comme un livre. » Et cet album s’appelle « Gore », un mot qui implique plein d’images. « Le gore est un sous-genre du cinéma d’horreur. C’est brutal et sanglant à tel point qu’il en devient absurde, et donc drôle. Et c’est quand ça devient drôle que cela m’intéresse parce que je préfère en rire qu’en pleurer. Je ne ris pas de mes malheurs mais je me dis qu’il y a une bonne leçon dans tout ce que j’ai vécu. Je me dis toujours que les grands combats n’arrivent qu’aux meilleurs soldats, c’est-àdire que s’il y a des choses horribles qui m’arrivent, c’est que je suis capable de les surmonter. Et le gore, c’est ça. C’est comme un film de Tarantino. C’est quelqu’un qui se fait tirer dessus et le sang gicle jusque sur le mur. Ça fait doucement sourire malgré que l’image soit très violente. C’est parce qu’on se dit ‘pff c’est impossible’. Et ma vie, c’est un peu ça. À l’époque je me disais ‘Mais j’ai 21 ans, pourquoi je vis tout ça ?’. En fait, c’est ça ‘Gore’, savoir prendre du recul, et rire parce que c’est thérapeutique. Quand je rigole, j’oublie absolument tout. D’ailleurs, j’ai un rire très gras, horrible, on se moque tout le temps de moi. » C’est un album qui s’est écrit en une traite ? « Oui, en un mois. J’ai quasiment tout écrit en juillet 2017, plus trois nouveaux titres en février 2018. Mais avant cela, j’ai sortir 7 EP et 52 titres avant que l’on ne me voie chez Jimmy Fallon. Ce n’est qu’après 52 titres que j’ai signé dans une maison de disques. Et j’ai mis ensuite en marche le travail, la stratégie et la dynamique qu’il faut pour sortir un album. Je ne voulais rien laisser au hasard. Je ne voulais pas créer un projet et sortir des morceaux pendant que je produisais. C’est un livre, pour moi. Tu ne sors pas le chapitre 4 d’abord, puis le chapitre 2, etc. L’album était prêt en 2019 mais il fallait mettre tout en œuvre. Je voulais avoir un certain discours, y réfléchir. Je contrôle absolument tout. Parce que c’est mon image et qu’il y a tellement peu de femmes noires visibles, c’est important que je ne déçoive pas mes paires. C’est dans une optique de communautarisme et pas de sectarisme. Donc je parle plus de ‘noire’en termes génériques même si je n’aime pas ce mot puisque ma peau est couleur ébène. On n’est pas noir et vous n’êtes pas blanc, vous êtes Belge. Mais bon, les gens veulent absolument nous mettre dans des oppositions. L’utilisation des termes noir et blanc n’est pas bonne, elle nous met tout de suite dans une opposition alors que nous ne sommes pas opposés. On n’est pas noir et blanc, on est plein d’autres nuances. Enfin, bref, je pense que c’est aussi pour cela que j’ai pris une année pour tout enclencher, les clips, le design, mes symboles, à quoi je veux ressembler… C’est un travail de longue haleine que de trouver les choses qui correspondent à moi-même, de ne pas faire de choses qui me contraignent, et faire en sorte que mes parents soient fiers de moi, que ma famille soit fière, que les noirs soient fiers de moi, et que les Belges soient fiers de moi. Il n’y a rien qui ne me fasse plus plaisir que de voir ‘Nouvelle révélation belge ‘ dans des grands magazines. Ça me donne envie de pleurer parce que le monde change. Les Belges prennent une femme noire et disent ‘ça, c’est notre représentation à l’internationale’. C’est magnifique. Il y a des choses qui commencent à changer et c’est beau. » Pourrait-on dire que c’est un album politique ? « Oui, parce que comment enlever la politique de ma condition de femme noire ? Je ne peux pas faire abstraction de ma couleur de peau et de mon sexe. Moi, j’aimerais bien que l’on arrête de parler de mon vagin et de ma mélanine, parce que ce n’est que ça finalement. C’est comme si on disait de vous ‘l’homme aux yeux bleus et aux oreilles plaquées’en permanence. Ce n’est pas moi qui me définis comme ça, mais le monde entier. C’est pour cela qu’il faut tout le temps se battre. Et la femme noire n’est pas une invention africaine, c’est une représentation européenne. Moi, à la base, je ne me réveille pas en me disant que je suis une femme noire. Je suis une fille lambda de 24 ans qui se promène dans l’immensité du monde. » Pierre Jacobs LOUS AND THE YAKUZA « GORE » À 24 ans à peine, Lous semble déjà avoir eu quatre existences. Entre le Congo, le Rwanda et la Belgique, la vie lui a réservé plus de coups durs que le commun des mortels pourrait en supporter pendant un siècle. Et pourtant, elle chante ce parcours de vie avec une chaleur et une douceur étonnantes. Aujourd’hui, elle tient le monde dans sa main. Fascinée par le Japon, elle a déjà fait plier la France, tandis que les États-Unis lui font aussi les yeux doux. Avec « Gore », elle nous propose une musique très personnelle faite de soul, de hip-hop, de rumba congolaise et de rythmes latinos aidée en cela par son producteur El Guincho. La musique d’une combattante qui cisèle autant la forme que le fond. (pj) ●●●●○
metrotime.be 1 JEUDI 3/12/2020 CULTURE MI 11 LA PLANÈTE COMME SCÈNE DE CRIME, L’HUMANITÉ COMME VICTIME « La victime ici, c’est toute l’humanité » « Impact » n’est pas un polar comme les autres. Une seule scène de crime pour des millions de victimes et des milliers d’assassins. Pour ce nouveau thriller très réussi, Olivier Norek plonge dans le plus grand défi de notre société. Pourquoi vous êtes-vous emparé du sujet de la crise climatique ? « Tout simplement parce que notre maison brûle ! Le dérèglement climatique, la pollution, la montée des eaux… Ce n’est pas un sujet, c’est LE sujet. C’est le sujet qui doit infuser toutes les lois, toutes nos habitudes et nos manières de faire. Je l’ai aussi choisi car j’avais tous les codes du polar. On a besoin d’un assassin qui fait peur. Celui-ci provoque des dizaines de millions de morts par an. La scène de crime ? C’est toute la planète. Et la victime, c’est malheureusement l’humanité. » C’était un pari risqué ? « C’est risqué parce que l’on est à la fois tous responsables et tous victimes. C’est risqué parce que je demande de changer de logiciel. Or, les grandes entreprises, le capital, le néo libéralisme, fonctionnent… pour une toute petite partie de privilégiés. Je demande aussi de prendre conscience que notre confort, chez nous aujourd’hui, se paie en vies de l’autre côté de nos frontières. Notre confort à nous, c’est aussi tout autant qu’on enlève à nos enfants. Enfin, c’est risqué parce que le sujet est clivant. Ce que je ne m’explique pas, parce que l’écologie concerne tout le monde. Or, ce bouquin est le premier qui divise autant. Il existe bien après sa lecture, et bien après son écriture aussi. C’est un bouquin pour lequel je vais me battre pendant de longs mois. C’est parce qu’il est risqué qu’il est intéressant. » Toutes les informations véridiques et terrifiantes dans le roman, vous en aviez connaissance avant de l’écrire ? « J’étais au même point que le lecteur quand il commence ‘Impact’. Au fil de la lecture, on apprend ensemble. Ce roman est issu d’un an et demi d’enquête et de beaucoup de lectures. Il fallait que j’entende la voix de tout le monde pour le construire. Sur le sujet de l’écologie, on nous en dit tellement que l’on a l’impression que l’on sait tout. En réalité, c’est plus compliqué que ça. Surtout, il y a tellement de greenwashing ! Alors effectivement, toutes les grandes entreprises et toutes les politiques sont dirigées vers la transition écologique. Ce n’est pas le fait que l’on ne va pas dans la bonne direction, mais la vitesse n’est pas la bonne-. J’écris pour montrer une radiographie globale de notre planète. Le lecteur n’aura pas seulement lu un polar, il se sera aussi informé. Après, vous avez les arguments, à vous ensuite de faire vos propres choix. » Vous êtes plutôt confiant ou défaitiste par rapport à l’avenir ? « Je fais partie des optimistes. À un moment donné, on va se réveiller et il va y avoir une révolution verte et pacifique. Dans le roman, j’ai choisi le scénario de la violence, à la manière des contes des Grimm et de Perrault. Je voulais raconter le pire pour que l’on soit préparé. J’écris ces lignes avant qu’elles ne deviennent réalité. Je construis ce monstre parce Ph. D.R. BOOKS que je ne veux pas qu’il arrive. Si on me traite aujourd’hui de terroriste écologique, c’est très bien ! Si Virgil Solal fait peur, très bien ! Si on ne veut pas de quelqu’un comme lui, alors faisons en sorte que ça n’arrive pas. » Vous situez votre dystopie dans seulement deux ans. Pourquoi ? « D’abord pour des questions juridiques. Ensuite, je ne l’ai pas situé dans dix ans parce qu’alors on se dirait ‘on est larges’ ! Le problème, c’est que le point de non-retour était, il y a dix ans déjà, estimé en 2015. Aujourd’hui, on est en 2020 et pourtant les énergies vertes ne sont pas prêtes ! C’est incroyable. L’écologie est un sujet dont parlaient déjà Victor Hugo, Jules Verne, Harry Harrison, le MIT en 1970… L’écologie n’est pas le sujet de demain, c’était déjà le sujet d’hier ! On perd beaucoup trop de temps. » Vous revenez sur la notion d’ordre et ce que ça implique parfois de l’accepter. Vous vous êtes déjà retrouvé dans des dilemmes lors de votre carrière à la PJ ? « Effectivement, il y a l’ordre et la morale. Il y a la justice et ce qui est juste de faire. Plusieurs fois dans ma carrière de policier, il se trouve que ce qui était juste de faire n’était pas inscrit dans le code pénal. Et j’ai déjà décidé, moi, de prendre le risque de faire ce qui était juste. Je ne veux pas d’une individualisation de la loi. Mais à un moment donné, en tant qu’homme, vous choisissez. Il m’est arrivé de franchir cette ligne blanche pour le bien des victimes, parce que je savais que je faisais ce qui était juste de faire, ce qui était essentiel pour elles. » Vous continuerez dans le polar engagé ? « Je ne suis pas fait pour être militant ou engagé. On ne peut pas tricher sur les combats, il faut que ce soit vraiment les nôtres. Or, pour l’instant j’en ai deux  : l’écologie [« Impact »] et l’accueil des réfugiés [« Entre deux mondes »]. Je ne vais pas multiplier les combats sous prétexte que ça devienne une marque de fabrique. » Oriane Renette EN QUELQUES LIGNES Sa fille a été assassinée. Mais elle n’est pas seule, les victimes se comptent par millions. Désormais, il n’aura plus qu’un seul objectif  : les venger. Même si cela veut dire tuer à son tour… C’est l’histoire d’un monstre que l’on construit jour après jour mais que l’on espère ne jamais voir naître. L’histoire d’un monstre au plan admirablement bien orchestré, d’un terroriste d’un genre nouveau. Et pourtant, vous risquez bien d’être à ses côtés. Maîtrisée et palpitante, l’enquête est extrêmement bien documentée. Olivier Norek y mêle une fiction glaçante à une réalité tout autant terrifiante. L’ancien capitaine de la PJ joue avec nos consciences pour défendre ses convictions  : le combat pour la transition écologique, plus urgente que jamais. Bien plus qu’une simple intrigue policière, « Impact » est un polar qui percute et qui a de quoi vous empêcher de dormir la nuit ! « Impact », d’Olivier Norek, aux éditions Michel Lafon, 368 pages, 19,95 € ●●●●○



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