Métro Belgique n°4253 26 oct 2020
Métro Belgique n°4253 26 oct 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4253 de 26 oct 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : les nouvelles mesures Covid plus sévères.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 CULTURE LUNDI 26/10/2020 metrotime.be OSCAR LALO – PRIX D’HONNEUR FILIGRANES « Pour dire l’indicible, il faut de la poésie » « Je m’appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal. Je m’appelle Hildegard Müller. En fait, je crois que je ne m’appelle pas. Je devais être la gloire de l’humanité. J’en suis la lie. » À travers le récit d’Hildegard, Oscar Lalo nous plonge dans l’une des zones les plus sombres de la Seconde guerre mondiale  : les Lebensborn nazis, ces fabriques d’enfants de « la race supérieure ». Vous abordez une page très dure de notre histoire, et pourtant méconnue. Comment vous est venu le thème de ce roman ? « Il m’est revenu. J’étais en retraite méditative lorsqu’une image m’est revenue  : celle d’un jeune enfant sur un bateau en Norvège. Je me suis mis à écrire les premières lignes :’Je m’appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal…’C’est mon mode d’écriture  : l’écriture vient à moi plus que je ne viens à elle. Plus tard, j’ai compris que cette image était liée aux Lebensborn (‘pouponnières’nazies,ndlr). Comme la majorité des gens, je n’en connaissais quasiment rien. » Hildegard s’est révélée naturellement à vous ? « Oui, la frontière avec la réalité s’efface lorsque l’on écrit une fiction. Notre personnage devient de plus en plus réel. J’étais presque aussi ignorant que ma protagoniste. J’ai réalisé que les Lebensborn n’étaient pas que des pouponnières. C’était beaucoup plus terrible. À travers l’ignorance d’Hildegard, puisque tous les enfants issus des Lebensborn ne savent rien de leurs parents, je pouvais ouvrir cette espèce d’enquête littéraire et couvrir le spectre le plus complet possible des Lebensborn. » Comment expliquer que cela soit tant méconnu ? « C’est lié à plusieurs choses. D’abord, évidemment, à l’absence de données, puisque tout a été détruit. Ensuite, à la question économique  : si on reconnaît, il faut réparer, c’està-dire payer ces gens pour le mal qu’on leur a fait. Enfin, il y a malheureusement cette stigmatisation inconsciente, de se dire  : ‘malgré tout ce sont des nazis. On ne va pas pleurer sur des nazis’. Alors que ce n’était que des bébés. » Votre livre permet de sortir de cette stigmatisation… « J’espère faire œuvre utile. J’ai l’impression, vu la réception du livre, que quelque chose a été, si non réparé, corrigé. En tout cas on en parle et c’est déjà une forme de réparation. » Dans votre roman, tout ce qui concerne les Lebensborn est historique ? « Absolument. Ce n’est pas un essai historique mais une œuvre littéraire. Parfois, pour dire l’indicible, il faut avoir recours à la poésie. Même si ça reste une fiction, il était impératif que chaque ligne soit validée historiquement. » Sur une telle problématique, est-ce compliqué de mêler fiction et faits historiques ? « C’est compliqué. Vu l’indigence des sources propres aux Lebensborn, j’ai senti une forme d’injustice. Je voulais devenir le porte-voix de ces enfants. Or, il ne fallait faire ni un essai historique, ni une plaidoirie. Je voulais confronter le lecteur à la problématique principale d’Hildegard Müller. Ce n’est pas de retrouver ses parents. C’est de faire le plus gros bras d’honneur au nazisme qu’elle pouvait faire  : penser par ellemême. Les régimes totalitaires font en sorte d’isoler les gens afin qu’ils aient peur de penser par eux-mêmes et se mettent à obéir de façon inconditionnelle. Comme ce fut le cas de SS et des fonctionnaires allemands. » Pour expliquer ce totalitarisme, vous apportez comme éclairage les mots d’Hannah Arendt… « Cet éclairage est crucial. Hannah Arendt a pensé et défini le totalitarisme, en le distinguant des dictatures et des autocraties. Avec des phrases fortes, comme  : ‘penser est une activité dangereuse mais ne pas penser est une activité encore plus dangereuse’. C’est très pertinent aujourd’hui. Hannah Arendt disait  : ‘l’enfant obéit, l’adulte consent’. À nous de nous interroger, au sein de notre couple, dans notre travail, en tant que citoyen… Est-ce que l’on obéit ou est ce que l’on consent ? J’ai été effaré par l’adhésion presque totale du peuple allemand à ce délire racial. Il y avait une conscience du mal, mais qui était anesthésiée par la façon dont on exerçait le mal. C’està-dire la bureaucratie très hiérarchisée du régime allemand. Chacun à son niveau y participe, même sans jamais exécuter un crime  : celui qui ferme le train, celui qui transporte le zyklon B, celui qui donne l’ordre Ph. D.R. BOOKS EN QUELQUES LIGNES dans son bureau… Cette terrible notion d’anonymat permet ce mal moderne, le mal radical. » Votre roman résonne avec notre présent. Vous écrivez « les certitudes du totalitarisme sont le terreau sur lequel poussent les orphelins ». C’est un avertissement ? « Oui. C’est inquiétant. Il faut se souvenir qu’Hitler est venu au pouvoir par les urnes. Aujourd’hui, des hommes tordent le bras de la démocratie et des institutions pour rester en place un nombre incalculable d’années  : Poutine, Erdogan… Or, l’alternance au pouvoir est ce qu’il y a de plus sain dans une démocratie. » Ce roman est fait de chapitres très courts et denses. Cette DÉ% 12.e. Lm> LA LUE Enfantée par le Troisième Reich, Hildegard Müller a 76 ans aujourd’hui. En quête de son histoire, gommée de l’Histoire, elle engage un scribe pour percer le mystère de sa naissance et de son existence. Pour son deuxième roman, Oscar Lalo nous livre un texte original et atomisé pour dire l’irracontable, la mémoire gênante et douloureuse. Avec force et justesse, l’écrivain explore l’une des zones d’ombre de la Seconde guerre mondiale  : les Lebensborn, ces pouponnières dénuées de toute humanité, créées par Himmler pour multiplier la « race supérieure ». Mais Hildegard avertit  : « La seule race que les SS aient créée est la race des orphelins ». Implacable, bouleversant et magistralement écrit, « La race des orphelins » a reçu le Prix d’honneur du Prix Filigranes. (or) « La race des orphelins », d’Oscar Lalo, aux éditions Belfond, 288 pages, 18 € ●●●●● construction s’est imposée d’elle-même ? « J’écris pour servir le propos  : plaider la cause d’Hildegard Müller. Il n’y a aucune scène de violence. Mais la violence est dans cette retenue, dans cette épure. L’épure du style s’est avérée absolument indispensable. La forme est consubstantielle au fond  : c’est par la forme qu’on ressent le fond. Après, chaque artiste, dans sa recherche de traduction du monde, cherche aussi sa forme, celle qui puisse l’identifier. J’ai écrit des chansons, pour le théâtre, le cinéma… J’ai eu parfois la sensation amère d’avoir perdu mon temps. Mais ces chemins de traverse ont contribué, finalement, à faire de moi le meilleur écrivain que je puisse être. » Oriane Renette
metrotime.be LUNDI 26/10/2020 CULTURE 9 Biffy Clyro veut fêter la fin de la tristesse avec « Celebration of Endings » Biffy Clyro est de retour sur les devants la scène avec un album qui se veut plus expérimental, mais dans la lignée de ce que les Écossais faisaient auparavant. Avec « Celebration of Endings », le trio veut mettre fin à la morosité ambiante en se concentrant sur ce qui compte réellement. Votre neuvième album s’appelle « Celebration of Endings ». Quelles fins souhaitiez-vous fêter ? Simon Neil  : « Je voulais célébrer la fin de la tristesse. Il y a des moments dans la vie où l’on perd le contrôle et où des choses négatives nous arrivent un peu malgré nous. Avec cet album, je voulais que tout le monde se dise qu’il ne faut pas être victime de ces situations, qu’il est possible de reprendre le contrôle et que cela se fête. Célébrons la fin de nos problèmes passés et faisons d’aujourd’hui le début de nos bonheurs futurs ! Cela semble naïf, mais c’est vraiment un credo que je m’impose désormais de suivre. » Vous venez d’Écosse. Est-ce que la fin de la relation entre l’Europe et le Royaume-Uni est une des fins que vous souhaitiez fêter avec l’album ? « Absolument pas. Cette décision a contribué en grande partie à ma frustration ces derniers temps, parce que nous n’avons pas eu de contrôle sur ce changement majeur. Je ne voulais pas être impliqué dans le Brexit, la plupart des Écossais n’ont d’ailleurs pas voté pour. En plus, assister au cirque de Boris Johnson qui pense pouvoir diriger le Royaume-Uni, mais qui n’en est pas capable, m’a beaucoup énervé. Nous n’avons pas voulu de lui, nous n’avons pas voulu du Brexit, mais assister à cet échec amènera peut-être à une redistribution du pouvoir que nous pourrons fêter, qui sait ? » Est-ce que les artistes, surtout en ce moment, doivent aborder certaines questions sociétales dans leur communication ? « Les artistes sont là pour refléter ce qui se passe dans la société et essayer de montrer aux gens qu’ils peuvent s’impliquer dans certaines choses. La plus belle forme de musique est celle qui fait passer un message ou une croyance à son auditeur. C’est aussi notre rôle de continuer à avancer par rapport aux problèmes sociétaux, et de ne pas ressasser ce qui s’est passé auparavant. Communiquer de nouvelles choses à nos fans, c’est une façon de passer à autre chose ! La réalité a toujours été merdique mais, ensemble, nous pouvont la rendre meilleure. » Il y a une fin que l’on attend avec impatience, c’est celle de la crise du coronavirus. Comment avez-vous géré cette période ? « Comme beaucoup de personnes, cela m’a énormément déstabilisé. Pendant plusieurs mois, il a fallu s’organiser pour rester chez soi et, maintenant, on a simplement basculé vers une période d’incertitude par rapport à un retour à la normale. Je le vois comme une forme de réinitialisation pour le monde. Musicalement, cela a été dur de sortir un album et de ne pas pouvoir le défendre comme il se doit, notamment en allant sur scène. À mes yeux, la musique est faite pour être jouée et partagée avec un public, ce qui m’a un petit peu fait perdre le contrôle de ma propre vie, mais je sais que cela nous permettra à tous de devenir plus forts. C’est important de garder espoir et de savoir que nous retrouverons tous un jour la scène et les concerts que nous chérissons. C’est ce qui me fait tenir ! » Sur quoi vous êtes-vous basés au moment d’écrire les paroles de ce neuvième album ? « Quand j’étais en plein processus d’écriture de l’album, je pensais au Brexit, à l’indépendance de l’Écosse et à la dépression. Pendant six mois, je cherchais des sujets sur lesquels baser mes textes. J’ai finalement eu un déclic qui m’a fait penser que je devais écrire à propos de ce qui compte vraiment et de ce que je chéris. Ce sont ces raisons-là qui font que l’on continue ce groupe et qui font que nous avons le succès que l’on connaît. Cette prise de conscience a réellement redéfini ma façon de me comporter comme un homme et comme un artiste. » Sur cet album, on retrouve certains titres où la prise de risque est maximale, comme « Instant History » et « Cop Syrup ». C’est plutôt stressant ou excitant ? « J’adore prendre des risques et expérimenter, car je n’ai aucune envie d’être dans un groupe endormant qui propose toujours les mêmes choses. Donc, dès qu’on répète des chansons avant de rentrer en studio, on essaie de les pousser jusqu’aux limites de ce qu’elles peuvent être. C’est seulement quand j’entends le produit final sur l’album que je réalise l’expérience que nous avons vécue auparavant. Dans le cadre de ‘Cop Syrup’, on a voulu rendre le son aussi bizarre que possible, et c’est ce qui rend ce titre si particulier. L’expérimentation, c’est au final ce qui lie le cœur et la tête au moment de faire de la musique. » Ben et James, qui composent le Ph. Biffy Clyro groupe avec vous, sont des jumeaux. Est-ce que vous vous sentez comme le troisième frère Johnston ? « Oui je me sens bien sûr comme un troisième membre de la fratrie, mais c’est parfois difficile de se positionner entre des jumeaux. C’est une relation tellement particulière et connectée que je ne veux pas interférer. Heureusement, c’est extrêmement rare que cela arrive, mais ce sont des moments durant lesquels je me rappelle que je ne fais pas partie de la famille et que je dois rester à ma place. Mais nous avons une confiance aveugle les uns envers les autres et nous nous connaissons depuis que nous avons sept ans, donc notre relation est particulièrement solide. » La Belgique n’était pas au programme de votre tournée automnale, qui a été reportée. Est-ce qu’il est prévu que vous passiez par chez nous lorsque cela sera possible ? « Nous reviendrons en Belgique très bientôt. Nous avons des fans fantastiques qui nous apportent un soutien précieux. Je ne sais pas pourquoi une date n’était pas prévue chez vous, mais nous adorons venir, notamment lors de notre passage à l’Ancienne Belgique. Nous ne négligerons jamais la Belgique ! » Sébastien Paulus SOUNDCHECK EN QUELQUES LIGNES « Celebration of Endings », c’est avant tout un album qui a divisé les fans de Biffy Clyro, tant la prise de risque est importante. Se rapprochant par moment de la pop, mais s’essayant aussi à des expérimentations détonantes, le neuvième opus des Écossais n’en est pas moins tubesque. On retrouve des titres qui sonnent comme des hymnes de festival et qui n’ont rien à envier au rock de stade inspiré par « Queen ». On perçoit d’ailleurs cette influence dans le côté mélodieux de certaines chansons, très vite rattrapée par des riffs de guitare puissants qui donnent furieusement envie de secouer la tête. On comprend rapidement pourquoi le trio trépigne d’impatience à l’idée de présenter ce disque sur scène, qui sera sans doute le meilleur endroit pour en apprécier l’écoute. (sp) ●●●●○



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