Métro Belgique n°4238 29 sep 2020
Métro Belgique n°4238 29 sep 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4238 de 29 sep 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : le show Trump-Biden.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 CULTURE MARDI 29/9/2020 metrotime.be LA RÉALISATRICE SHANNON MURPHY PARLE DE MATERNITÉ, D’ADIEUX ET DE ‘BABYTEETH’(‘MILLA’) « J’aime les interprétations très physiques » Que fait-on à 15 ans quand on apprend qu’on a dans le corps une bombe à retardement ? C’est le point de départ du film australien ‘Babyteeth’. Le personnage principal, Milla, est atteint d’un cancer et ses parents veulent la protéger le plus possible. Mais elle rencontre alors Moses, un jeune adulte marginal et drogué. Le premier long-métrage de Shannon Murphy manie aussi bien l’humour que l’émotion. Metro a rencontré la réalisatrice au Festival de Rotterdam. Vous veniez d’avoir votre premier enfant quand vous avez entamé ‘Babyteeth’. N’est-ce pas étrange de faire un film sur une ado gravement malade alors qu’on est tout juste devenue maman ? Shannon Murphy  : « Peut-être bien. D’un autre côté, lorsque j’ai eu ma fille, j’ai remarqué que je commençais tout d’un coup à penser beaucoup plus à la mort. Je devenais obsédée par l’idée que je pourrais perdre ma fille. Je me souviens que je regardais mon enfant qui venait de naître et que je me suis mise à pleurer très fort. Je me faisais la réflexion que je ne serais plus là pour lui tenir la main lorsqu’elle serait une vieille dame sur son lit de mort. Je n’avais donc aucun problème pour travailler sur la thématique de ‘Babyteeth’. » Êtes-vous débarrassée de cette obsession aujourd’hui ? « Je le pensais, mais à chaque fois que je trouve un livre ou un article dont je me dis qu’il contient peut-être un bon film, je me rends compte qu’il parle une fois encore de la mort. » REVIEWS BABYTEETH (MILLA) Tout commence quand Milla (Eliza Scanlen) rencontre Moses sur le quai du métro. Elle est une lycéenne en jupe plissée, il a une crête punk, et entre eux la connexion est instantanée. Et si ses parents sont horrifiés à l’idée de voir leur adolescente traîner avec ce type de 23 ans (‘un drogué !’), ils la laisseront vivre cette romance improbable. Un peu parce qu’ils ont leurs propres problèmes à gérer, et surtout parce que Milla n’est pas une fille comme les autres. Et Moses va bientôt comprendre pourquoi elle a des looks différents… Quelque part entre ‘Nos Etoiles Contraires’et ‘Kids’de Larry Clark, voilà un film qui vous happe, tant par sa mise en scène précise et impétueuse, que par la grâce sauvage de son héroïne. L’Australienne Shannon Murphy dispose avec talent les mots et les couleurs sur l’écran, et le résultat est un portrait d’ado aussi fougueux que mélancolique, aussi intime qu’esthétique. Et si le début est tâtonnant, les derniers instants nous laissent avec le cœur vidé. (em) ●●●●○ Ph. Cinéart MOVIES ‘Babyteeth’parle d’une adolescente qui découvre sa propre personnalité. Autrement dit, elle se détache de ses parents. L’enfant qui quitte le nid, ce n’est pas facile non plus pour les parents. « Exactement. C’est justement la raison pour laquelle les enjeux sont si importants aussi dans ‘Babyteeth’. Les parents de Milla, Anna et Henry, savent que leur fille non seulement porte en elle une maladie mortelle, mais ils réalisent aussi que leur lien d’amour exclusif avec Milla va changer. Milla ne sera plus la petite fille qu’ils peuvent protéger du monde extérieur dans un cocon. Cette relation ne sera plus jamais la même. » Vous y serez vous-même inévitablement confrontée un jour. Savez-vous grâce à ‘Babyteeth’comment gérer la situation ? « Non, je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit qui puisse vous préparer à ce moment. Mais j’ai néanmoins beaucoup d’admiration pour Anna et Henry, pour la manière dont ils osent faire un pas en arrière. Ils laissent Milla faire des choix avec lesquels ils ne sont pas nécessairement d’accord. J’espère que je donnerai moi aussi la liberté nécessaire à ma propre fille, même si j’ai une autre opinion. Faire des erreurs est si important pour grandir en tant que personne. J’espère que j’aurai le MISBEHAVIOUR Si aujourd’hui les concours de Miss ont un petit côté kitsch et désuet, ils ont connu leurs années de gloire. Il y a 50 ans, Miss Monde était LE programme le plus regardé au… monde. Et l’édition de 1970 à Londres, que ce film raconte, fut la plus polémique de son histoire. Primo, car l’Afrique du Sud, en plein Apartheid, envoya deux candidates  : une Blanche et une Noire. Deuzio, parce que les féministes énervées du Mouvement de Libération ont décidé d’y faire irruption. Et tertio, parce que la lauréate n’était pas celle qu’on attendait… Ou quand Miss Monde devient la Guerre des Mondes ! Porté par un casting épatant avec en tête Keira Knightley et Gugu Mbatha- Raw, ‘Misbehaviour’réussit haut la main à concilier le divertissement, le récit historique, et les différents aspects du combat féministe, à l’intersection des questions de classe et de race. Impertinent, drôle, léger, et infusé de sororité ! (em) ●●●○○ BOUT’CHOU Ah, le miracle de la naissance… Si c’est (en général) un heureux événement pour les parents, ça l’est souvent encore davantage pour les grands-parents.Dans ‘Boutchou’,c’est carrément à une guerre des papys et des mamys que nous sommes conviés ! D’un côté, les bourgeois (Gérard Darmon et Carole Bouquet), et de l’autre les babacools (Clémentine Célarié et Pascal Nzonzi). Prêts à tout pour convaincre leurs enfants qu’ils sont les plus fiables pour s’occuper du chérubin, il ne faut pas longtemps pour que les coups bas prennent le dessus… Avec un pitch aussi marrant, on s’attendait à un grand clash du niveau de ‘Papa ou Maman’ou de ‘Tanguy’, deux comédies où la confrontation familiale excelle grâce à la cruauté des gags. Mais tout tombe à plat dans cette comédie bien tiède, entre les dialogues, tout droit sortis d’un roman-photo, et la petite forme du casting. Bref, la magie ne prend jamais et on en sort plus crispé que diverti. Un vrai gâchis ! (si) courage de permettre cela. » Milla se métamorphose complètement au cours du film. C’est comme si elle essayait à peu près toutes les couleurs. « Milla est un personnage inhabituel car on ne voit pas grand-chose de qui elle est avant qu’elle ne rencontre Moses en attendant son train après l’école. Et ensuite, elle commence à changer. Elle part à la recherche de qui elle est, et c’est dû à l’influence de Moses. C’est comme si elle se débarrassait d’une couche après l’autre. Elle a toujours été la fille dont ses parents avaient besoin. Maintenant, elle devient peu à peu la personne qu’elle veut être en réalité. Elle ne veut plus rester sagement dans le rang. Si elle trouve que quelqu’un dit des bêtises, alors elle le dit. Grâce à Moses, elle devient de plus en plus honnête avec elle-même. C’est pourquoi elle évolue d’une gentille écolière et d’une enfant qui porte un t-shirt avec une licorne et des arcs-en-ciel, à une ado punk qui se rase la tête et essaie toutes sortes de perruques différentes. » Eliza Scanlen est formidable dans le rôle principal. Comment l’avez-vous dirigée ? « J’aime les interprétations très physiques, et Eliza est excellente dans ce domaine. Elle a, par exemple, créé un compte Instagram pour Milla, sur lequel elle postait toutes sortes de petites vidéos où elle dansait dans sa chambre à coucher. Elle essayait toutes sortes de styles de danse différents et je les visionnais alors chaque jour. Je me tordais de rire. Mais ce que je trouve fantastique, c’est que nous ayons découvert de cette manière comment danse Milla. En fait, nous avons créé tout le personnage de Milla de cette manière, en essayant des choses jusqu’à ce que nous trouvions la bonne option. » Ruben Nollet V @rubennollet ●○○○○ ON THE ROCKS Laura se demande si son mari Dean, un homme d’affaires souvent en déplacement pour son travail, est en train de fauter. Ou tout cela est-il le fruit de son imagination ? C’est le doute qui la ronge sans arrêt. Son père Felix, lui-même un coureur de jupons notoire et convaincu, se pose beaucoup moins de questions. Il sait parfaitement comment fonctionnent les hommes, dit-il, et insiste pour qu’un soir, Laura et lui prennent Dean en filature. Sofia Coppola situe son nouveau film ‘On the Rocks’dans un monde qu’elle connaît bien  : le Manhattan mondain. La comédie hyper-légère rappelle donc inévitablement les (bons) Woody Allen. Le charme en dégouline, et le toujours irrésistible Bill Murray y est pour beaucoup. Dans le rôle du volage et pince-sans-rire Felix, il s’attire tout le film avec une facilité déconcertante, sans pour autant couper l’herbe sous le pied des autres acteurs. Rien que la scène où deux flics lui demandent de se ranger sur le côté, vaut déjà le prix du ticket. (rn) ●●●○○
metrotime.be MARDI 29/9/2020 CULTURE 11 Yelle veut changer d’ère Yelle, le duo composé de Julie Budet et du producteur GrandMarnier, est de retour avec un quatrième album qui parvient à être à la fois pop et pétillant, mais aussi intimiste et mélancolique. Ce titre « L’Ère du Verseau » évoque une période bénie, de convergences des énergies et de progression de l’humanité. C’est comme cela que vous avez construit l’album ? « En fait, le titre est venu une fois que l’album était terminé. C’est-à-dire qu’on l’a composé, et puis, il y a quelques mois, on a commencé à se poser la question du titre. On a imaginé plusieurs idées, mais le thème de l’ère du verseau nous trottait dans la tête depuis quelque temps déjà. L’ère du poisson a été un peu guerrière avec un pouvoir pyramidal au cœur du fonctionnement, etc. Cette ère du verseau est plus calme, plus posée, plus horizontale, avec l’homme qui est remis au cœur des décisions. On y trouve des valeurs d’humanisme, de fraternité et d’égalité qui nous sont assez chères. Cela nous plaisait d’avoir un message très positif à envoyer aux gens. C’est peut-être un album teinté parfois de mélancolie et de tristesse, mais nous avions cette vision de quelque chose qui s’apaise après des moments un peu chaotiques. » C’est pour cela que vous évoquez une naissance plutôt qu’une renaissance pour cet album ? « Oui, j’ai l’impression que l’on a toujours un peu navigué, cherché à exprimer des choses, mais je pense que l’on était plus prêt avec ce nouvel album à assumer une part un plus mélancolique de nos personnalités, et avoir aussi des choses plus personnelles à raconter. J’ai vraiment l’impression d’être une boule à facettes, d’avoir plein de choses à regrouper et à exprimer. » Il y a souvent du sous-texte dans vos morceaux. Comme une seconde couche de lecture avec un message caché. « C’est vrai qu’on aime bien jouer avec les différents degrés de lecture et pouvoir dire des choses qui peuvent sembler légères mais qui en fait ne le sont pas vraiment. En tout cas, pouvoir laisser à l’auditeur le choix de ce qu’il a aussi envie d’entendre. J’ai toujours aimé les chansons qui permettent d’imaginer plusieurs histoires. On peut être dans ALBUMS Idles « Ultra Mono » différents états quand on écoute un morceau, et cela peut donc résonner de manière différente selon le moment. C’est bien de pouvoir se dire qu’un morceau peut exister à plein de degrés différents. » Dans le titre « Je t’aime encore », vous donnez ainsi l’impression de parler à quelqu’un, mais ce n’est pas le cas. « Cette chanson peut justement être entendue comme une déclaration d’amour à quelqu’un, un partenaire dans une histoire de couple qui fait le bilan d’où ils en sont. Et pourtant, cette chanson s’adresse vraiment à la France, au public français. On a cette relation longue qui existe depuis de nombreuses années. C’est comme une relation amoureuse teintée parfois d’incompréhension ou de décalage. Je crois que ce qui fait la force de cette relation, c’est qu’elle finit par perdurer. » Il est plus facile de faire passer des messages sous des atours plus légers, pop et électro ? « Oui. Ce n’est pas parce qu’on fait de la musique dansante qu’on ne dit pas des choses importantes. Il y a plein de morceaux que j’ai pu comprendre plus tard parce que je me suis intéressé aux paroles, alors que je ne faisais pas toujours attention avant. Pour moi, c’est important de réussir à faire danser les gens et leur faire, en même temps, se poser des questions. » Cela avait commencé en 2017 avec « Brutalism », un premier album né des mains d’une petite troupe d’excités de Bristol. Cela avait ensuite explosé en 2018 avec « Joy as an Act of Resistance », un excellent album de punk-rock à la sauce anglaise, mais rejeté par les puristes qui ne comprenaient pas l’ambivalence entre son contenu engagé et son succès. Ils sont aujourd’hui de retour avec un « Ultra Mono » qui n’a pas perdu en puissance, bien au contraire, un chanteur charismatique (Joe Talbot) toujours autant en verve, des textes incisifs, mais avec un son un rien plus lissé. Mais là encore, il n’y aura que les puristes pour s’en plaindre. (pj) ●●●●○ SOUNDCHECK Ph. Marcin Kempski EN QUELQUES LIGNES Les chansons de Yelle, ce sont souvent des morceaux à double-couche. Une surface électro-pop aux couleurs parfois bubble-gum, mais une structure interne plus dense et bien moins sucrée. Car tout n’est en effet pas rose pour Julie Budet qui en appelle dès lors à l’avènement d’une ère du Verseau où l’humanité pourrait être un peu plus en paix avec elle-même. Aux côtés de son complice Jean-François Perrier, alias GrandMarnier, elle évoque le féminisme, les réseaux sociaux, les déconvenues, l’amour, mais aussi cette relation étrange qu’elle entretient avec son propre pays qui ne lui a jamais vraiment offert le succès qu’elle a pourtant ailleurs. En concert à La Madeleine, à Bruxelles, le 17 décembre. (pj) Et le message peut passer en très peu de mots, comme pour le titre « Karaté ». « Ce morceau est très particulier parce qu’on a un peu jeté ces mots comme ça, de manière très scandée. On aimait que les syllabes rebondissent entre elles. On était en train de développer des textes, et on s’est dit qu’on n’en avait pas besoin. En quatre phrases, on dit ce qu’on a dire, et notamment ‘Que se passe-t-il si tu te retrouves en face de moi après que tu te sois permis de dire toutes ces choses planqué derrière ton ordi. Auras-tu la même violence si on a une vraie discussion dans la vraie vie ?’On peut ne pas être d’accord tout en restant dans le respect, dans un rapport simple et humain. » On découvre votre côté SM à l’écoute de « Je veux un chien ». « Au départ, ce n’était pas du tout ça. C’est vraiment parti d’un cri du cœur de vouloir un animal de compagnie. Et puis, cela a évolué avec ce double sens. Mais c’est aussi une chanson d’amour et de liberté. C’est dans le sens où l’on veut quelqu’un qui soit libre de ses choix, qu’il puisse partir s’il n’a plus envie, et qu’il ne reste pas par convention. Et en même temps, c’est aussi un morceau qui parle de sexualité, de la liberté de faire ce qu’on veut. C’est important de pouvoir évoquer dans une chanson le besoin de Damso « QALF » OrrwrmI.rrm●●●●○ revendiquer une relation dominant-dominé. C’est une sexualité qui existe. Si les personnes sont consentantes, cela les regarde. C’est important de pouvoir, en tant que femme aussi, avoir le choix. Pour moi, être féministe aujourd’hui, c’est affirmer ma liberté et mes choix. Et si c’est mon choix d’avoir ce type de sexualité, c’est mon problème. Les chansons permettent de parler de tout. » Cette période étrange a-t-elle influencé l’écriture de l’album ? « Il était déjà terminé avant le confinement. Donc cela n’a pas eu d’impact sur les morceaux. Par contre, le choix du titre de l’album a été fait pendant cette période. On trouvait que cela faisait sens. Il ne pouvait s’appeler que comme ça. » Pierre Jacobs Si le nouvel album de Damso vient de connaître sa sortie ‘physique’, la version digitale a totalement explosé les compteurs. Il a en effet été écouté plus de 14 millions de fois en 24 heures. Dans ce « QALF » (pour « Qui Aime Like Follow ») , Damso jongle toujours autant avec les mots crus, et pourtant son flow est plus souple et langoureux qu’avant, et le rappeur s’y montre un peu plus sentimental et personnel. Et d’ailleurs, on y croise Hamza, ainsi que Lous and the Yakuzas. Mais cet opus est-il le premier volume d’un double album ? La fin du dernier morceau intitulé « Intro » pourrait bien annoncer une suite plus percutante encore. (pj) ●●●●○



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