Métro Belgique n°4234 22 sep 2020
Métro Belgique n°4234 22 sep 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4234 de 22 sep 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : le Taj Mahal défie le coronavirus.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 10 - 11  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
10 11
10 CULTURE MARDI 22/9/2020 metrotime.be II ‘ELÉONORE’AVEC NORA HAMZAWI, OU LES ERRANCES D’UNE TRENTENAIRE NÉVROSÉE « Ce n’est pas plus facile de travailler en famille » Ph. Ecce Films Remarquée grâce à ses seule en scène où elle s’autocritique avec beaucoup de franc-parler, on connaît sa voix par ses chroniques sur France Inter, son visage – et ses réponses- via sa rubrique ‘Nora a la réponse’chez YannBarthès (Quotidien)… Autrice, metteuse en scène, la multitalentueuse Nora Hamzawi est aussi au cinéma. Après avoir donné la réplique à Guillaume Canet et Juliette Binoche dans « Doubles Vies », elle a le rôle-titre dans ‘Eléonore’une comédie sur les errements de la vie d’adulte, écrite et réalisée par son frère Amro Hamzawi. En attendant de reprendre la tournée de son one-woman show, qui passera en Belgique fin de l’année. Avez-vous des points communs avec votre personnage ? Le film est réalisé par votre frère, qui dit s’être inspiré de sa propre vie… Nora Hamzawi  : « ‘Éléonore’n’est pas un film autobiographique, mais bien sûr comme toute œuvre, on y met beaucoup de soi. Mais Eléonore ne me ressemble pas vraiment, je ne m’identifie pas tellement au personnage -par contre je m’identifie pas mal à cette croyance qu’il y a une norme, une bonne et une mauvaise façon de faire les choses. Peut-être pas maintenant, mais à une époque. Ce sentiment qu’on n’est toujours pas arrivé à la personne qu’on devrait être. Bien sûr, sa famille y est pour quelque chose, mais Éléonore se met la pression pour être une meilleure version d’elle-même -car elle pense que c’est ce qu’on attend d’elle. En ça, le film me parle beaucoup. Mais à la différence avec elle, dans mes spectacles, je ne parle que de choses que j’ai ‘digérées’-parce que j’ai besoin de recul pour pouvoir créer de la comédie. Éléonore, elle est très premier degré ! Mon personnage de scène est beaucoup plus léger. On n’a pas du tout les mêmes névroses, en fait ! » Comment c’est de travailler avec son frère ? « En général, je reçois un scénario, je le lis, j’ai envie de le faire ou pas. Là j’étais présente dès le début, j’ai lu des versions du scénario… Mais je ne suis pas intervenue, on avait envie d’être chacun à notre place  : lui réalise, moi j’interprète. Donc le jour du tournage, c’était naturel. On était contents de le faire. Mais ce n’est pas plus facile de travailler avec son frère, au contraire ! C’est comme quand je fais un spectacle, et qu’on me dit  : ‘Ça va bien se passer, y a tous tes copains et ta famille’. Je trouve que c’est faux ! Eux, ils voient plus facilement les ratés, les failles. Il y a un truc, une charge, en plus. J’ai eu parfois des fous rires nerveux sur le tournage, et c’était avec mon frère que c’était le plus dur d’en avoir. Je ne sais pas, c’est le grand frère quoi (rires) ! » La mère d’Éléonore lui dit  : « Essaye d’être une adulte, pour une fois ! » C’est quoi être adulte, finalement ? « En fait j’ai compris qu’être adulte, c’est juste les années qui passent, et pas forcément qu’un truc va changer. On ne va pas se mettre subitement à parler différemment, à arroser ses géraniums… C’est marrant, et à la fois complètement banal, de réaliser qu’en fait on reste la même personne. Quand on est petit, on projette des choses sur ce que ce sera quand on sera grand… Et en fait, il y a quand même certaines failles, un certain regard sur le monde, des choses en soi, qui je trouve, ne changent pas. Vous avez arrêté les chroniques radio, et la télé depuis l’an dernier  : le cinéma vous appelle, ou vous préférez la scène ? « Quand j’ai décidé d’arrêter, à l’époque c’était surtout pour des questions de calendrier. J’avais une très grosse tournée qui arrivait, d’ailleurs maintenant là ça devait être encore le cas (son passage en Belgique, initialement prévu en mai, a été reporté en novembre, NDLR). Je n’arrivais pas à tout gérer  : tourner, faire des chroniques sur France Inter, des chroniques dans ‘Quotidien’… en plus au final je me trouvais nulle dans tout, vu que j’étais tout le temps crevée ! » Eléonore d’Amro Hamzawi – en salles mercredi 23 septembre Nora Hamzawi – en spectacle à la Madeleine (Bruxelles) le 4 novembre’35 ans (15 avant internet) – tout ce qu’il me reste d’avant Instagram’– Ed. Mazarine, sortie en novembre Elli Mastorou @cafesoluble MOVIES REVIEW C’est à quel âge qu’on devient adulte ? À 34 ans, Éléonore, pulls informes, cheveux verts et joints dès le matin, n’a pas trouvé la réponse à cette question… au grand désespoir de sa sœur et sa mère, qui rêvent de la voir « plus féminine » et mariée à « un mec bien » (comprenez  : riche). Pour leur faire plaisir, la jeune femme planque sa dépression et ses ambitions d’écriture sous le tapis, pour rentrer dans le moule formaté d’une vie rangée. Mais chassez le naturel, et il revient au galop, par exemple en réunion avec le boss d’une grande maison d’édition… Déroutant mais attachant, à l’image de son héroïne, le scénario d’‘Éléonore’part un peu dans tous les sens -entre le job, la vie perso et les drames de famille, le tout manque parfois d’harmonie. Mais une grâce ineffable se dégage de cette comédie existentielle, qui nous apprend qu’il faut parfois perdre pied pour se (re)trouver, grâce au charisme et aux punchlines délivrées par la caustique Nora Hamzawi. (em) ●●●○○
metrotime.be MARDI 22/9/2020 CULTURE 11 LE RÉALISATEUR JAN-OLE GERSTER À PROPOS DE ‘LARA JENKINS’, LE PORTRAIT D’UNE FEMME COMPLEXE « Beaucoup de cinéastes envient les musiciens » En 2012, le réalisateur allemand Jan-Ole Gerster avait connu un petit succès international avec la comédie dramatique ‘Oh Boy’. Et puis plus rien. Aujourd’hui, il est de retour avec ‘Lara Jenkins’, l’histoire douce-amère d’une femme qui, le jour de son 60 e anniversaire, décide de redonner du sens à sa vie. Metro l’a rencontré au Festival de Zürich. Lara est définie de manière très précise en tant que personnage. Vous rappelez-vous comment vous en avez eu l’idée ? « Lara est une combinaison de trois éléments. Le scénario avait déjà complètement le ton du film, à la fois spontané et profond. J’ai tout de suite été amoureux de ce personnage et de l’humour et de la manière dont Blaz Kutin, le scénariste, l’avait décrite. Et puis, il y avait aussi l’apport de l’actrice principale, Corinna Harfouch. Avec tout son talent, elle a donné vie à Lara. Et j’étais un peu le lien entre l’actrice et le scénariste. Je me sens très étroitement lié à Lara, beaucoup plus que je ne l’avais cru au départ. Je reconnais ses doutes, sa peur de l’échec, sa conviction de n’être jamais assez bien. » REVIEWS Rocks Ph. D.R. MOVIES La grande tragédie du film, c’est que Lara a été si sévère avec son fils Viktor parce qu’elle l’aime. « Je suis content que vous disiez cela. Pour beaucoup de gens, Lara est une femme négative et méchante. Et si c’était sa forme d’instinct maternel ? Elle veut protéger Viktor, faire en sorte qu’il ne connaisse pas de déceptions. Il y a encore d’autres choses qui interviennent, bien sûr, pour expliquer son comportement, mais l’amour maternel en fait certainement partie aussi. » Du hip-hop à la récré, apprendre à se maquiller, des vidéos sur le GSM  : c’est le quotidien de Shola, 15 ans, et sa bande de copines de la banlieue londonienne. Mais si sa meilleure amie Sumaya l’a surnommée ‘Rocks’, c’est parce que Shola, c’est une dure. Du genre à répondre quand on l’embête, et à faire face, tel un roc, à l’adversité. Alors quand sa mère disparaît, et que la jeune fille doit s’occuper de son petit frère toute seule, elle assume sans dire un mot, pour ne pas inquiéter ses amies… ni les services sociaux. Si ce film de Sarah Gavron (‘Les Suffragettes’) dégage un sentiment de naturel et d’authenticité, ce n’est pas uniquement grâce à la fraîcheur des héroïnes et à la mise en scène fébrile, presque documentaire, qui suit les personnages au plus près. C’est aussi parce que l’histoire a été créée en collaboration avec ‘le casting et beaucoup d’autres jeunes londoniens’comme nous apprend le générique de fin. Un film d’une grâce âpre, quelque part entre la douceur de l’enfance et l’amertume de la dure réalité. (em) ●●●○○ La musique joue un grand rôle dans ‘Lara’. Tant le personnage principal que son fils jouent du piano. En tant que cinéaste, êtes-vous envieux des musiciens ? « Absolument. Je pense qu’il y a de nombreux réalisateurs qui envient les musiciens. Les musiciens entendent immédiatement la réaction de leur public, tandis que le travail d’un cinéaste est soumis à un processus long et épuisant. Cela doit être tellement agréable de pouvoir, avec son instrument, communiquer directement avec les spectateurs. Nous ne pouvons qu’en rêver. Ce n’est pas un hasard si tant de réalisateurs jouent de la musique pour le plaisir. Je viens moi-même d’acheter une belle guitare vintage avec l’argent d’une collecte de mes amis pour mon 40 e anniversaire. Maintenant, je suis à la maison et je fais semblant d’être Neil Young. » (rires) Viktor est tétanisé par la peur lorsqu’il doit jouer la musique qu’il a composée. Connaissez-vous cette peur, ou un cinéaste est-il épargné vu que le cinéma est par définition un travail d’équipe ? « Oh, je connais bien cette peur, en effet. C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent sur un film, mais c’est quand-même une sorte de dictature démocratique. Je suis ouvert à l’apport créatif de tout le monde et j’écoute avec beaucoup d’intérêt toutes les idées. Mais je suis la personne qui prend Les Apparences Ève Monlibert (Karin Viard) peut être fière d’avoir réussi sa vie  : elle a un poste haut placé à l’Institut Français de Vienne, un quotidien heureux avec Henri (Benjamin Biolay) son chef d’orchestre de mari, et des dîners arrosés entre amis français de la communauté. Mais quand elle découvre que son époux la trompe avec Tina, l’institutrice de leur fils (Laetitia Dosch), elle sent que son petit monde parfait vole en éclats… et elle fera tout pour le conserver -du moins, en façade. Il nous avait habitués aux comédies pop et légères, mais Marc Fitoussi (‘Pauline Détective’, ‘Maman a tort’) fait un virage sombre avec ce film vénéneux et troublant, dans lequel Viard et Biolay sont parfaits en bourgeois REVIEW S’habille-t-elle ou saute-t-elle par la fenêtre de son appartement ? Le 60 e anniversaire de Lara commence par un terrible dilemme. Cette femme élégante est brouillée avec elle-même et avec la vie. Elle a toujours mis la barre si haut qu’elle s’est complètement isolée des autres. D’ailleurs, elle n’a pratiquement plus de contacts non plus avec son fils Viktor, un pianiste et compositeur acclamé. Finalement, Lara décide de faire une dernière tentative. Mais peut-on reconstruire des ponts brûlés ? Chaque image de ce drame allemand raffiné parle de son personnage principal, une femme qui est beaucoup plus complexe que ce qu’on imagine au départ. Lara paraît très amère et hautaine, mais après un temps, on comprend que cette attitude n’est qu’une façon de se protéger elle-même. Peu à peu et avec beaucoup de style, le réalisateur Jan-Ole Gerster touche au cœur du personnage, interprété avec brio par Corinna Harfouch. Il montre en outre un Berlin rarement vu jusqu’ici. (rn) ●●●●○ toutes les décisions finales. Et si le film est un échec, c’est mon échec. C’est pourquoi je suis toujours extrêmement nerveux quand je présente un film au public. Je n’ai pas le choix non plus. Si un compositeur ou un peintre crée une chose dont il n’est pas satisfait, il peut tout simplement la jeter. Un film coûte facilement quelques millions d’euros, vous êtes donc obligé de montrer le résultat. » Ruben Nollet @rubennollet Ph. D.R. Ph. Thelma Films, Scope Pictures ambivalents. Librement adapté de ‘Trahie’de Karin Alvtegen, ce thriller chic et chabrolien, tout en musique d’opéra et en intérieurs cossus, nous rappelle qu’il n’y a rien de tel qu’une vie parfaite. Elles sont trompeuses, en effet… (em) ●●●○○



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :