Métro Belgique n°4170 5 fév 2020
Métro Belgique n°4170 5 fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4170 de 5 fév 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : un Belge infecté par le coronavirus.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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lm 1 10 CULTURE MERCREDI 5/2/2020 metrotime.be DIRE NON AUX NAZIS : L’ACTEUR PRINCIPAL AUGUST DIEHL RACONTE LE TOURNAGE DE ‘UNE VIE CACHÉE’AVEC MALICK « Tout le monde considérait mon personnage comme un idiot » Franz Jägerstätter, un simple fermier autrichien, savait ce qui l’attendait en refusant, au début des années 1940, de se battre dans les rangs de l’armée allemande. Mais il ne pouvait aller à l’encontre de ses principes. Pour incarner cet homme remarquable dans ‘A Hidden Life’(‘Une vie cachée’), le réalisateur américain Terrence Malick a fait appel à un acteur allemand au visage mémorable  : August Diehl. Ce que Franz Jägerstätter a fait, témoigne d’un courage presque surhumain. Compreniez-vous parfaitement sa décision ? August Diehl  : « J’ai beaucoup lu à son sujet et sur sa vie et, manifestement, il formait déjà avec sa femme Fani un couple à part avant que ne commence toute cette histoire. Sa femme et lui avaient une ferme et vivaient dans un petit village dans la montagne, mais ils n’hésitaient pas à montrer ouvertement combien ils s’aimaient. C’était très inhabituel à l’époque. Un mariage d’amour était déjà tout sauf la règle. Les gens qui les ont connus, nous ont raconté qu’on les voyait travailler ensemble sur leurs terres. Les gens du village avaient donc déjà dans l’idée que Franz et Fani étaient différents lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata et que Franz prit la décision de ne pas y prendre part. Et ils le considéraient comme un idiot. Ils ne comprenaient pas ce qui lui prenait. » Pourquoi cette histoire est-elle importante pour le monde d’aujourd’hui, selon vous ? « Parce qu’on voit de moins en moins de gens comme Franz. Nous sommes tous des béni-oui-oui, nous sautons tous dans le même train, nous EN QUELQUES LIGNES Ph. Iris Production voulons tous la même chose. Nous avons tous l’internet et des smartphones. Et si quelqu’un refuse par exemple d’utiliser un smartphone, notre réaction, c’est d’être piqué au vif. Pour la société, les fortes têtes sont énervantes et détestables. Mais peutêtre devons-nous justement apprendre à dire non, oser défendre ce que nous voulons personnellement. Dire non est un acte très fort. » Franz était un homme très croyant. Pouviez-vous vous retrouver dans cette facette de votre personnage ? « Je ne suis pas quelqu’un de religieux, mais j’ai longuement approfondi cette matière. C’était l’autre grande partie de ma préparation, avec l’apprentissage de tout ce qu’implique la vie de fermier. J’ai beaucoup lu la Bible. J’avais beaucoup d’admiration pour les Psaumes surtout, des textes très poétiques et très beaux. Je me suis Pour un cinéaste aussi croyant que Terrence Malick, c’est certainement approprié : après ‘Knight of Cups’et ‘Song to Song’, tout le monde pour ainsi dire l’avait enterré, mais le voilà qui ressuscite aujourd’hui avec son meilleur film depuis ‘The Tree of Life’. Et il n’a même pas dû renoncer à sa vision chrétienne du monde, pour ce faire. Le personnage principal dans ce drame profondément choquant, Franz Jägerstätter, était déjà un saint de son vivant, même s’il a dû attendre sa mort pour être béatifié. Alors que tout son village de montagne — et le reste de l’Autriche de manière générale — trépignait d’impatience pour rejoindre les rangs de l’armée hitlérienne, Franz, le fermier objecteur de conscience, refusa de prêter allégeance à Hitler. Et personne ne pouvait le faire changer d’avis. ‘A Hidden Life’associe la tranquillité profonde et le respect de la création qui caractérisent Malick avec le portrait d’un homme remarquable. Fidèle à ses bonnes habitudes, le réalisateur prend tout son temps pour raconter son histoire, mais cette fois, on se laisse bercer et submerger avec plaisir. (rn) ●●●●○ aussi obligé à vivre l’expérience de la prière, ce que cela signifie exactement de prier, et je dois dire que j’ai trouvé cela formidable. Terrence [Malick] m’a en outre donné toutes sortes de méditations et de textes philosophiques. Je n’ai pas été élevé dans la religion, mais je pense tout de même que j’ai un côté spirituel. Je sens que les choses sont liées entre elles d’une façon qui dépasse mon entendement. » Les scènes bienheureuses à la campagne contrastent fortement avec la partie du film qui se passe en prison. Avez-vous ressenti ce contraste, vous aussi ? « C’était la partie la plus stressante et épuisante de tout le film. J’avais tourné pendant quatre semaines dans une sorte de paradis où il n’y avait qu’une poignée d’autres acteurs autour de moi. J’y vivais la vie simple et apaisante de mon personnage, avec sa femme et ses enfants. Et tout d’un coup, je me retrouvais dans la ville, dans un bâtiment sinistre. C’était un monde totalement différent. Tout paraissait violent et crasseux. Cela imprégnait mes vêtements. Je me mettais parfois à trembler, et le soir j’étais complètement fichu. Il ne me restait plus qu’à m’affaler sur mon lit, et la nuit je faisais des cauchemars très violents. » Vous avez déjà fait quelques films très différents sur la Seconde Guerre mondiale, de ‘Inglourious Basterds’et ‘Allied’à celui-ci. Portez-vous désormais un autre regard sur cette époque ? « Je suis allemand et la Seconde Guerre mondiale est évidemment une part cruciale de notre histoire. J’y réfléchis depuis ma plus tendre enfance MOVIES déjà, et j’ai énormément lu sur le sujet. La grande question est toujours la même  : ‘Qu’aurais-je fait dans cette situation ?’Et personne ne peut répondre à cette question. Vous ne le savez que lorsque vous y êtes confronté. ‘A Hidden Life’se demande ce que cette guerre catastrophique a signifié pour l’homme ordinaire. Alors, pour moi-même je fais assez rapidement le lien avec notre époque actuelle, car la situation en Europe est en train de redevenir dangereuse et sombre. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’en pensent les citadins branchés ou les nantis, mais ce que cela signifie pour l’homme et la femme ordinaires dans la rue. » Terrence Malick est une légende vivante. Comment se passe un tournage avec lui ? « Terrence est un réalisateur très doux et très tendre. Il vous met constamment à votre aise. Il refait tout le temps aussi la plupart des scènes du début à la fin, à d’autres endroits, pour voir ce qui fonctionne le mieux. Et il aime prendre son temps. Une prise dure en moyenne 28 minutes chez lui, et cela a automatiquement un drôle d’effet. En tant qu’acteur, vous arrivez inévitablement à un moment où vous n’avez plus d’idées pour jouer d’une manière intéressante. À ce moment-là, vous commencez à faire des choses stupides et encore plus tard, vous arrêtez complètement de jouer. Vous êtes alors tout simplement assis là sur un banc et vous regardez la vallée. Et c’était probablement ça justement le moment que recherchait Terrence. Il aime bien attendre que tout et tous soient tranquilles. » Ruben Nollet ty @rubennollet
« Trois femmes contre le patriarcat » C’est la plus internationale des actrices belges ! Révélée au grand public grâce à ‘Incendies’de Denis Villeneuve, Lubna Azabal a le chic de toujours impressionner. Lumineuse en mère célibataire dans ‘Adam’, elle se réjouit de porter un drame aussi délicat sur la condition des femmes au Maroc… et partout ailleurs. C’est vrai que le film est basé sur une histoire réelle ? Lubna Azabal  : « Oui, la réalisatrice a vécu ça étant petite. Une jeune femme enceinte est venue frapper à la porte de ses parents pour demander un toit, et ils l’ont accueillie. C’est une triste réalité au Maroc  : chaque année, on retrouve des milliers de nouveaux nés perdus entre deux poubelles. » Vous connaissiez cette situation ? « Ça existe ailleurs aussi. Ce sont des sociétés régies par la religion et le patriarcat. Ce que je ne savais pas, c’était l’ampleur des dégâts. La plupart de ces jeunes filles finissent par se prostituer pendant leur grossesse, et restent en marge pour le restant de leur vie. Et l’enfant porte le poids de ce passé-là en devenant un fils de bâtard. On est dans des configurations moyenâgeuses, régies par des croyances ancestrales extrêmement dures. » Ph. Cinéart Pourtant l’histoire est d’une douceur extrême. « Pour moi, ce huis clos à trois nanas parle de la moitié de l’humanité. C’est important de dire qu’elles sont trois car la gamine est une femme aussi. C’est la prochaine génération et elle absorbe tout. L’air de rien ça parle du bonheur disparu parce que la société décide de penser à votre place. Et donc de la place, eh bien vous n’en avez pas ! » Ça a réveillé des échos à votre vie personnelle ? « Je me suis approprié l’histoire à travers le prisme de l’actualité, pas via la dynamique familiale d’Abla, mon personnage. Moi, je n’ai pas d’enfant. Je n’ai pas la fibre maternelle et je ne sais pas ce que c’est de devoir être arrachée à ça. Mais j’ai voyagé et j’ai vu des femmes contraintes de se soumettre, sous peine de se prendre des coups de pierre en pleine figure ou de finir brûlées vives. Je n’avais donc pas besoin de connaître la situation d’Abla ou de Samia personnellement, il suffit de regarder autour de nous. » Comment avez-vous décroché ce rôle ? « Je connais Maryam Touzani, c’est une amie. Je savais qu’elle allait réaliser son premier long-métrage et quand j’ai lu son scénario je l’ai trouvé magnifique. Je lui ai donc suggéré de me faire jouer Abla. Et j’ai été lourde (rires) ! J’ai dû insister car elle cherchait quelqu’un de né là-bas. Et puis mon accent marocain, il est super précaire. Je parviens à dire les mots mais quand je l’ouvre, on dirait Jane Birkin qui parle français. Bref, j’ai dû bosser. » u metrotime.be MERCREDI 5/2/2020 CULTURE 11'ADAM' : LA LEÇON DE DOUCEUR DE LUBNA AZABAL REVIEW Birds of Prey (et la fabuleuse histoire de Harley Quinn) Avec tout le respect pour la moitié féminine de la population mondiale et la lutte pour l’égalité des sexes. Et je peux aussi comprendre quelque part que ‘Birds of Prey’-et avant cela aussi ‘Charlie’s Angels’- essaie de faire passer ce message d’une manière simple et divertissante auprès du jeune public. Les femmes réunies dans ce film de Comics prouvent, scène après scène, qu’elles sont capables de frapper aussi fort et de viser avec la même précision que les hommes qu’elles doivent affronter. Avec Harley Quinn, elles ont en outre un personnage principal qui est aussi cool que le Joker. Très bien tout cela, mais pouvons-nous convenir tout de même que les films de super-(anti)héroïnes feront désormais autant de leur mieux pour inventer de bons gags, des répliques qui font mouche et de l’action inspirée ? ‘Birds of Prey’a le look d’une Mazerati couleurs cirque, mais la cylindrée d’une Fiat Panda qu’on a vu se traîner un peu trop souvent sur le circuit. Avec une musique rock qui hurle en permanence à travers sa fenêtre ouverte. Comme si cela compensait quoi que ce soit. (rn) ●●○○○ MOVIES EN QUELQUES LIGNES Chez qui vous cacheriez-vous si vous n’aviez nulle part où aller ? Samia (Nisrin Erradi) est enceinte mais ne veut pas que sa famille le sache. Malgré la fatigue, elle frappe à toutes les portes de Casablanca pour trouver du travail et tenir le coup jusqu’à l’accouchement. Tout le monde la repousse, même Abla (Lubna Azabal), une veuve aigrie vivant recluse avec sa fille. À moins qu’elle ne finisse par céder ? On sentait bien que l’actrice Maryam Touzani (‘Razzia’de Nabil Ayouch) en avait sous le coude, et c’est derrière la caméra qu’on la retrouve pour un huis clos lumineux. Avec une douceur infinie, elle filme la rencontre de deux femmes qu’une société conservatrice s’est permis de brider. L’une est terrifiée de s’attacher à l’enfant qu’elle devra quitter, et l’autre s’est protégée dans sa forteresse au point de perdre tout plaisir de vivre. Très prévisible, le film délivre tout de même un flot d’émotions grâce à ses actrices et son sens de l’image. Un joli plaidoyer pour la solidarité. (si) ●●●○○ Vous avez gagné plusieurs Magritte en neuf ans. Ça fait quoi ? « Je ne vais pas te mentir  : ça fait super plaisir ! Déjà parce qu’il a fallu je ne sais pas combien d’années à la Belgique pour réaliser que je ne suis pas Française. Peut-être parce que j’ai vécu à Paris pendant 15 ans. Mais bon, Natacha Régnier vit là-bas aussi (rires). » Stanislas Ide



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