Métro Belgique n°4165 29 jan 2020
Métro Belgique n°4165 29 jan 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4165 de 29 jan 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : une grenouille réapparaît à Cochabamba.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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12 CULTURE MERCREDI 29/1/2020 1 metrotime.be « PUISQU’IL FAUT DES HOMMES », LA PÉPITE DE PHILIPPE PELAEZ ET VICTOR PINEL Un récit poignant sur le retour de la guerre Devenu scénariste de BD sur le tard, Philippe Pelaez rattrape le temps perdu et enchaîne les sorties. Avec « Puisqu’il faut des hommes », cet auteur français qui continue d’être professeur à pleintemps sur l’île de la Réunion signe un album profondément touchant et émouvant. Où avez-vous puisé votre inspiration pour « Puisqu’il faut des hommes » ? « Au départ, François Dermaut, dessinateur des ‘Chemins de Malefosse’, m’a demandé de lui écrire une histoire ayant comme cadre la campagne de Mayenne dans les années 1950/1960. Je n’y ai jamais mis les pieds et je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir écrire. J’ai finalement pensé à l’histoire de quelqu’un qui reviendrait de la guerre d’Algérie, sans s’être battu, et j’ai imaginé quel serait son accueil. C’est l’histoire d’un homme de retour du front mais qui est rejeté par son village et qui, en plus, a laissé la ferme familiale à son frère qui a eu un accident de tracteur et qui est devenu paraplégique alors qu’il était un futur champion de cyclisme. Sans trop en révéler, j’ai aussi voulu qu’il n’y ait pas la voix d’un narrateur comme j’ai l’habitude de le faire mais que ce soit sous une forme épistolaire. Au final, j’aborde le thème de l’exclusion et du sacrifice à travers ce personnage qui n’est pas ce qu’il dit avoir été. » Pourquoi avoir choisi Victor Pinel pour le dessin ? « Finalement, l’album n’a pas pu se faire avec François Dermont. J’ai donc trouvé Victor Pinel après le premier album ‘La maison de la plage’qu’il avait fait avec Séverine Vidal. J’ai trouvé que son dessin doux avec des tons un peu pastels allait bien contraster avec le propos parfois violent de l’histoire. Il a vraiment bien aimé le scénario et il a proposé de faire quelques esquisses de persos. J’ai tout de suite su que c’était lui. » À la fin de l’album, on retrouve un dossier documentaire sur le difficile retour des soldats… « Oui, sur les traumatismes. Ce n’est pas forcément le thème central du bouquin. Mais le thème du bouquin, ce n’est pas l’Algérie non plus. C’est presque un prétexte tant ça pourrait se passer dans n’importe quelle guerre avant l’heure d’internet. Je voulais quand même faire un dossier avec le retour difficile des soldats après un conflit comme angle d’attaque. EN QUELQUES LIGNES France. 1961. Après s’être engagé dans la guerre d’Algérie, Joseph est de retour dans sa campagne natale. Mais les choses ont bien changé dans son petit village et l’accueil qui lui est fait est exécrable, aussi bien de la part de sa famille et que des autres habitants. Il faut dire que tout le monde le considère comme un planqué qui a choisi de rester dans un bureau plutôt que d’aller se battre sur le front et qu’il s’est engagé pour fuir les travaux de la ferme. Mais derrière son impassibilité apparente, Joseph cache un secret beaucoup plus lourd à porter. Philippe Pelaez livre un récit bouleversant, maîtrisé de bout en bout, et magnifiquement dessiné par Victor Pinel. « Puisqu’il faut des hommes » est notre coup de cœur de ce début d’année ! (tw) REVIEWS ●●●●● Voisins pour le meilleur et pour le pire « El Vecino » est une BD espagnole sortie entre 2004 et 2009 et qui s’offre une nouvelle jeunesse (et une traduction française) depuis son adaptation en série Netflix. Dargaud propose un album de 200 pages qui regroupe les trois tomes cette saga atypique. On y découvre l’histoire de José Ramon, étudiant lambda, et de Javier, son intrigant et envahissant voisin qui n’est autre qu’un super-héros un peu alcoolo. L’histoire de ce duo est sympa et rafraîchissante. Cet album permet de la découvrir de bout en bout et de voir l’évolution du dessin au fil des tomes. Par contre, après ça, on a eu envie de découvrir la série sur Netflix et ce n’était pas vraiment une bonne idée, tant la BD est plus intéressante ! (tw) « Le voisin », de Pepo Pérez et Santiago García, éditions Dargaud, 216 pages, 21  € ●●●●○ Je voulais donner un aperçu au lecteur qui voudrait aller plus loin dans la connaissance d’un des thèmes du livre. » Vous dédiez cet album à votre père car il est aussi lié à votre histoire familiale. « À son histoire à lui surtout car il a fait la guerre l’Algérie. Si je lui demande, il raconte des anecdotes sur cette période, mais toujours sur le ton de l’humour et jamais vraiment sur la guerre elle-même. De manière générale, les Français ont eu beaucoup de mal à parler de la guerre d’Algérie. On parlait de la guerre qui ne dit pas son nom, voire d’opération de pacification. On n’appelait pas ça la guerre. Mon père a été très fier. Il m’a appelé dès qu’il a reçu l’album. Il était très ému et touché par l’histoire, par le dossier et par la dédicace. C’était très chouette de faire cet album. C’est ce que je recherche dans ce que je fais, c’est le plaisir de l’écriture. Quand je commence à écrire, je ne sais absolument pas où je vais et je ne connais pas l’histoire. Je pars d’une scène d’ouverture et les personnages prennent de la vigueur, de la force, ou pas. Le fait d’écrire en live comme ça et que les personnages prennent forme sous mes yeux, je trouve ça génial. Après il y a le plaisir de découvrir les story-boards du dessinateur. » Cet album est sous-titré Joseph. Rattrapé par l’actualité BD Est-ce que cela signifie que la même histoire pourrait être déclinée, vue par d’autres personnages ? « Non. La deuxième histoire est déjà écrite mais ce n’est pas une suite. Si cet album marche, j’ai proposé à Grand Angle de faire d’autres récits sous le label ‘Puisqu’il faut des hommes’avec à chaque fois un dessinateur différent et un récit lié au contexte de la guerre. Ce serait l’histoire d’un personnage qui subit malgré lui la guerre. Le prochain récit sera dessiné par Francis Porcel. Il devrait s’intituler Ferdinand et se déroulera lors de la Première Guerre mondiale. » En juin, sortira « Dans mon village on mangeait des chats ». Parlez-nous de cette histoire. « Cet album sera aussi dessiné par Francis Porcel. C’est un OVNI, un récit extrêmement sombre. C’est l’histoire d’un garçon qui vit dans un petit village du sud-ouest. Il découvre par hasard que le boucher du village, qui est aussi le maire, fabrique ses pâtés avec des chats. Il va commencer à le faire chanter et cette confrontation va construire sa personnalité. Après avoir passé son enfance en maison de correction, adulte, il deviendra le chef d’une bande mafieuse. C’est très sombre, très violent avec énormément de narration. » Thomas Wallemacq « Les Dominants » n’est pas un énième récit post-apocalyptique. Cette nouvelle sage de Sylvain Runberg et Marcial Toledano se distingue à plusieurs niveaux. Elle s’ancre dans un futur proche, très proche, et crédible puisque l’histoire se déroule en 2020, à quelques semaines de la réélection de Trump à la tête des États-Unis. Un nouveau virus inconnu, « La grande souche », a déjà tué 125 millions de personnes en moins de deux semaines. Parmi des gigantesques créatures extraterrestres qui peuplent désormais la Terre, les survivants se divisent en trois groupes  : ceux qui ont choisi de s’adapter tant bien que mal, ceux qui résistent par la force et ceux qui y voient une intervention divine. On attend la suite avec impatience ! (tw) « Les Dominants -t.1  : La Grande Souche », de Runberg et Toledano, éditions Glénat, 64 pages, 14,95  € ●●●●○
metrotime.be MERCREDI 29/1/2020 CULTURE ICI 13 Sous le soleil de Typh Barrow Typh Barrow enchaîne les succès. Deux ans après « Raw », suivi de centaines de concerts et sa présence en tant que coach dans The Voice, la voici de retour avec « Aloha », un album qui ouvre encore un peu plus les volets. « Aloha », cela veut dire bonjour et bienvenue, mais aussi au revoir, affection, amour, compassion et pitié. On retrouve tout cela dans cet album ? « J’espère… En tout cas, c’est un message global et universel très positif, mais chacun y met la signification qu’il a envie de lui donner. Moi, je l’entendais comme un ‘Je t’accueille tel que tu es dans toute sa singularité et ta complexité’. Il est souvent question de compassion. « Oui, tout à fait, ou même d’empathie. C’est-à-dire qu’il y a des chansons qui sont autobiographiques, et d’autres que j’écris parce que je suis amenée à rencontrer des gens qui vivent certaines choses qui me touchent. Et c’est ma façon de réagir et de pouvoir en parler. » Un album né de votre voyage en Nouvelle-Calédonie ? « Non, il s’est construit sur une plus longue période. La Nouvelle-Calédonie est venue à la fin. En fait, je n’ai pas arrêté pendant ces deux dernières années. Des tournées, des concerts, The Voice… Tout ce que j’ai eu la chance de vivre. Mais je n’ai pas arrêté de composer. Et j’en ai profité d’ailleurs pour tester toutes les chansons sur scène. J’avais l’idée d’intégrer complètement le public qui est devenu notre laboratoire réel. Au vu des feedbacks qu’on recevait, on décidait de garder ou pas les chansons et de les enregistrer en studio. Et j’ai écrit la chanson ‘Aloha’chez moi, mais je n’imaginais pas ma voix sur les refrains. Je voulais une voix rare, singulière, presque habitée et qui viendrait de très loin. J’ai partagé cette réflexion avec François Leboutte, mon producteur, mais sans avoir vraiment d’idée en tête. Et lui y a réfléchi, et il est tombé sur cet artiste, Gulaan, que l’on aimait tous les deux. ALBUMS Pet Shop Boys « Hotspot » C’est une superstar chez lui. Il a fait des dizaines d’albums. François le contacte sans rien me dire. Gulaam lui demande s’il peut écrire dessus dans sa langue tribale. Et cela se passe tellement bien que François décide de booker des billets d’avions. Et là, il m’annonce la double nouvelle. C’était incroyable, une vraie surprise. Et donc, on débarque là-bas, Gulaan nous accueille. On fait des concerts, il nous emmène sur son île, on rencontre sa famille et sa tribu. C’était vraiment une expérience d’une authenticité rare. » Cet album s’est construit sur la durée mais peut-on y trouver un fil rouge ? « Il y a toujours cette base piano-voix qui est cet ADN. Mais je n’avais pas envie de faire des chansons qui auraient pu se ressembler. C’est toujours ma hantise  : que l’on puisse avoir l’impression d’écouter dix fois la même chanson. C’est la diversité qui fait la beauté. J’aime bien le mélange des genres. Il y a une base résolument pop-soul, mais je ne me suis pas privée d’injecter d’autres influences parce que j’écoute de tout. J’ai pris la liberté d’aller beaucoup plus loin dans mes racines blues. Certains morceaux sont beaucoup plus rugueux. Mais j’ai été également ouvrir le tiroir du folk, que je n’avais jamais exploré alors que j’en écoute énormément. » Le 9 avril 1984 sortait « West End Girls », le premier tube des Pet Shop Boys. Près de 36 ans plus tard, et malgré quelques (petits) creux de la vague, le mythique duo parvient encore à créer l’événement à chaque sortie d’albums. C’est cela être les chantres de la synthpop, d’autant que, malgré les apparences de légèreté, les chansons portaient souvent un message, notamment en militant pour la cause LGBT. Avec « Hotspot », Neil Tennant et Chris Lowe continuent de jouer avec les codes du kitsch, tout en l’assumant complètement. Leur électro-pop reste du Pet Shop Boys pur jus, la ficelle reste la même, mais c’est ça qu’on aime chez eux. (pj) ●●●○○ Ph. François Leboutte TYPH BARROW « ALOHA » On avait déjà pu entendre « Replace » et « Doesn’t Really Matter », deux singles sortis l’an dernier en guise de préambule et qui ont trusté les playlists des radios. Et voilà donc « Aloha » dans son entièreté, où l’on redécouvre le talent de Typh Barrow et son goût prononcé pour la soul et le blues. Mais elle n’a pas voulu s’arrêter là. Elle ouvre ici le champ des possibles en lorgnant du côté de la pop et du folk, voire même de la ‘world’via son duo avec le chanteur kanak Gulaan. Son timbre de voix est toujours aussi grave et étincelant, et si la mélancolie semble traverser presque tous les morceaux, c’est toujours avec beaucoup de douceur. Avec « Aloha », Typh Barrow s’émancipe des modèles auxquels on avait tendance à la relier, pour être pleinement elle-même. Le titre « The Other Woman » est sans doute le plus soul. Et l’enregistrement a été un peu particulier. « Oui, c’est vrai. En fait, on enregistre d’abord les maquettes, et ma voix vient comme ‘témoin’pour être un fil conducteur afin que les musiciens puissent se caler. Mais les voix définitives sont enregistrées après, quand tous les arrangements sont terminés. Ce sont des moments pendant lesquels je suis complètement détendue parce que je sais qu’il n’y aura aucune finalité. Et en fait, François a tellement aimé la version maquette qu’il n’a pas voulu la réenregistrer. C’est donc la version maquette que l’on entend sur l’album. » Mais c’est vous qui gardez le contrôle des chansons. Vous écrivez paroles et musiques. « Je ne le vois pas vraiment comme un contrôle. En fait, je ne sais pas faire autrement. Je n’ai jamais essayé de composer avec quelqu’un d’autre. Je crois que ça me ferait un peu peur parce que j’aurais une sorte de miroir en face de moi pendant que je compose, je me mettrais à me juger, je me sentirais nulle. Je crois que je serais dans le jugement et ça bloquerait ma source d’inspiration parce qu’il ne faut pas être dans le mental. Squarepusher « Be Up A Hello » ●●●●○ Peut-être que cela viendra, mais je redoute un peu ce moment. » Certains morceaux sont autobiographiques, d’autres pas. Mais on retrouve souvent une dose de mélancolie. « Il y a de tout. Avant, j’utilisais vraiment la musique comme un exutoire par rapport à ce que je vivais. Je n’avais pas envie de montrer mes facettes plus sombres à mon entourage, donc je transposais ça en musique, parce qu’il faut que ça sorte. Je pensais que j’avais plus facile à puiser dans le négatif, mais il y a tout autant de positif dans cet album. Gainsbourg disait que quand on prend une photo du ciel, elle est toujours plus belle avec des orages qu’avec un grand ciel bleu. » Pierre Jacobs SOUNDCHECK Entre électro, breakbeat, IDM et drum’n’bass, Squarepusher a sorti près de 14 albums depuis 1996, et pratiquement tous chez Warp Records. À l’instar de son ami Aphex Twin, il s’est fait un nom en lettres d’or en mêlant expérimentations, musique sans concession, et dance. Après cinq ans de silence -une éternité pour lui, voici que débarque « Be Up A Hello », un album qui ne fait pas de cadeau. Les instants calmes sont rares et les morceaux se succèdent dans un vaste maelström qui emporte l’auditeur dans un flux intense. On en ressort heureux mais lessivé, même si on en redemande. (À voir au Botanique le 8 mai) (pj) ●●●●○



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