Métro Belgique n°4150 8 jan 2020
Métro Belgique n°4150 8 jan 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4150 de 8 jan 2020

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (235 x 315) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : un bain en père Noël.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 CULTURE MERCREDI 8/1/2020 metrotime.be ABEL QUENTIN POUR SON ROMAN « SŒUR » Abel Quentin explore les ressorts du jihadisme BOOKS Qu’est-ce qui peut bien mener une adolescente française au terrorisme jihadiste ? C’est la question glaçante à laquelle répond Abel Quentin, avocat pénaliste, dans un premier roman très réussi, « Sœur ». Quel est le phénomène au cœur de ce premier roman ? La radicalisation des jeunes ? « Je raconte le destin d’une jeune fille, non pas qui se radicalise mais qui se convertit. Elle ne vient pas d’une famille musulmane. La conversion, il n’y a pas d’étapes intermédiaires. Au contraire de la radicalisation, qui correspond davantage à quelqu’un de confession musulmane qui passerait par différents stades : un islam conservateur, le salafisme quiétiste [forme de radicalisation qui ne s’exprime pas par la violence] et puis jihadisme. Ça, c’est la radicalisation. Mon héroïne, quant à elle, embrasse le jihadisme d’un seul coup. Jenny ne connaissait rien de ce mondelà et ne le rejoint pas en tant qu’observateur mais directement comme combattant, avec le zèle du converti. Comme elle ne vient pas d’une famille musulmane, Jenny veut faire ses preuves. Du coup, elle va en rajouter dans la haine. » Sa conversion, finalement, n’a pas grand rapport avec la religion. « Oui et non. Elle avait déjà une soif de radicalité avant même de rencontrer le djihadisme, pour venger les humiliations passées. L’islam radical va lui permettre de la verbaliser, de la mettre en scène. La religion elle-même, elle la connaît assez peu. Ce qui correspond à la réalité de beaucoup de jeunes. Elle l’apprend sur internet, elle mélange tout, elle ne connaît pas très bien les textes. Après, ils ont leur importance, en ce sens que ses interlocuteurs vont mettre en exergue les passages violents du Coran. Ils vont faire une sélection de textes, sortis de leur contexte. Jenny va aussi s’accrocher à ces sourates quand elle sera dans le doute. Elle se raccroche à des textes, qui parfois ont une résonance assez particulière pour elle. Ils l’arrangent bien parce qu’ils disent ce qu’elle a envie de penser. La religion n’est pas centrale mais elle est là quand même. » Pourtant, on a l’impression que Jenny n’a pas trouvé Dieu. Qu’elle cherche… « C’est vrai. Elle est jalouse de son amie qui lui a fait part de son expérience mystique. Jenny voudrait connaître ça. Mais de fait, Dieu, elle le cherche davantage qu’elle ne le trouve. C’est une foi qui est très immature et pas très aboutie. Elle croit davantage au combat, à la violence, à la fraternité, à cette nouvelle famille qu’à Dieu lui-même. D’une certaine manière, on peut se poser la question de savoir si elle a vraiment la foi musulmane. » Ph. D.R. Comment expliquez-vous le basculement de Jenny ? « Elle a déjà une nature sombre, solitaire, extrêmement peu assurée. Elle est complètement dans une ambivalence. D’un côté, elle voudrait plaire aux autres, faire partie d’un clan ; et de l’autre, elle voudrait être invisible. Elle déteste cette invisibilité et elle s’y complaît. Il y a ce balancierlà, dès le départ, dans sa personnalité. Ensuite, il y a les événements : deux humiliations. La première elle est amoureuse, et la seconde, c’est sa mise en pâture sur les réseaux sociaux. Là elle va se retrouver dans un état de souffrance indicible. À cet âge-là, on ressent les choses de manière hypertrophiée. À ce moment-là, il y a deux chemins possibles. Soit la possibilité de retourner la violence contre elle-même, soit d’exprimer cette violence, de s’autodétruire mais de façon à ce que les autres en prennent un peu sur leurs pompes aussi. Et puis il y a surtout, à ce moment-là, un message dans la nuit. Une main tendue, des mots doucereux, choisis, qui vont panser ses plaies et en même temps attiser sa haine. À ce moment-là, elle est extrêmement réceptive. Ce qui est terrible, c’est qu’il y a un hameçonnage qui se fait sur internet au moment où elle est au plus bas. » Y a-t-il un moment où ce processus aurait pu être enrayé ? « C’est un mécanisme à la fois implacable, et en même temps qui peut se gripper à tout moment. Jusqu’au passage à l’acte, elle est dans l’hésitation, dans une sorte de schizophrénie. Il y a l’adolescente de 15 ans qui peut être tentée d’être dans la résilience, de faire la paix avec ses parents et avec elle-même surtout. Et puis il y a son double, qu’elle s’est créé, qui a même un autre nom qu’elle, un nom de guerre, et qui veut aller jusqu’au bout. » Dans votre roman, vous interrogez le terme de radicalisation. Que pensez-vous de son utilisation aujourd’hui dans le débat public ? « C’est un peu un mot fourretout, qui parfois dispense les observateurs d’en explorer la complexité.Je ne crois pas qu’il y ait une seule radicalisation. Je pense qu’il y a autant de nuances de radicalisation, ou de conversion, qu’il y a de radicalisés ou de convertis. Salah Abdeslam, ce n’est pas la même trajectoire que Reda Kriket, Khaled Kelkal, ou Medhi Nemmouche. Toutes ces personnes sont arrivées à la même violence mais par des chemins différents. Le rôle de EN QUELQUES LIGNES la justice est de poser une peine sur des actes. Plutôt que de juger et de mettre à distance, le roman permet au contraire d’être dans le détail des différents ressorts. » Oriane Renette Sœur, d’Abel Quentin, aux éditions de l’Observatoire, 248 pages, 19€ Adolescente revêche et introvertie, Jenny traîne son ennui entre les couloirs de son lycée et le pavillon familial de Sucyen-Loire. Solitaire et invisible, sa vie se consume en silence et l’horizon ressemble à une impasse. La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s’apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale. Sera-t-elle capable de cette violence extrême ? Ira-t-elle jusqu’au bout de ce parcours meurtrier ? Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée. Avec « Sœur », Abel Quentin décrypte les ressorts de la conversion au jihadisme dans toute leur complexité. Un premier roman très réussi, glaçant de réalisme. (or) ●●●●○
metrotime.be 1 MERCREDI 8/1/2020 CULTURE CM 11 Ph D.R. « Quand les gens reculent, moi j’y vais » Le 18 janvier, Muriel Robin foulera la scène de Forest National pour présenter ‘Et Pof !’, un spectacle durant lequel l’artiste rejoue ses sketchs aujourd’hui devenus cultes. L’occasion pour elle de revenir sur son métier de comédien et ses engagements. Vous considérez-vous plutôt comme une comique ou comme une comédienne ? « Je ne sais pas ce que c’est une comique, ce n’est pas un métier. Je suis comédienne, je n’ai jamais été comique. Je suis née drôle, on me l’a souvent dit, mais je n’ai aucun point commun avec les gens qu’on dit comiques et qui pensent en vannes, qui ne racontent pas d’histoire. Je ne dis pas que c’est bien ou pas bien, mais ça n’a rien à voir avec ce que je fais. Mon sketch ‘Le salon de coiffure’ fait 18 minutes, ‘l’Addition’ fait 15 minutes. Je ne raconte pas des vannes. Moi je parle à mes personnages, il y a des relations humaines… » Est-ce que c’est difficile d’être une femme qui fait de la comédie en 2019 ? « La question n’est pas de savoir si c’est difficile ou pas même si c’était plus difficile avant. Vous êtes drôle ou vous ne l’êtes pas quelle que soit l’époque. Cela peut être une époque facile pour être drôle mais si vous n’êtes pas drôle, vous n’êtes pas drôle. Et moi je trouve qu’il y a beaucoup de gens pas drôles qui sont sur scène par exemple. Mais pourquoi pas ! » Il y a de plus en plus d’humoristes qui s’autocensurent, ou qui sont attaqués en justice pour des propos dits sur scène… Pense-t-on à cela en écrivant ? « Ils n’ont qu’à écrire d’autres choses… Moi, je peux jouer mes sketchs à des époques différentes, jouer avec une robe à panier, ils marchent pareil. On partage ou on ne partage pas l’addition. Il n’y a pas de censure. Les mecs emmerdés sont ceux qui ont l’habitude de balancer sur les nains, les noirs, les bègues… Il y a des limites à ne pas franchir, des choses qui ont bougé. On continue à rire des homos ? À dire la ‘fiotte’ ? Moi je trouve que c’est bien si on ne le dit pas. Cela ne me fait pas rire, cela ne m’a jamais fait rire. Je pense qu’on peut rire de tout, mais pas sur une scène. Par exemple, je peux rire des violences conjugales, mais à la maison, à deux. Et c’est un rire pour ne pas pleurer… Mais jamais sur scène ! La censure, elle a du bon. Après, moi, je ne m’y cogne pas et je ne m’y cognerai jamais car ce sont des thèmes qui ne m’intéressent pas. » Cela vous fait quoi de refaire vos anciens sketchs pour ce spectacle ? « C’est formidable car les gens connaissent les répliques par cœur. » Il n’y en a pas dont vous étiez lassée ? « Non car cela fait 23 ans que je ne les ai pas joués, que je ne les ai pas vus… Je les ai relus, et je les avais même oubliés ! Les citations, même si je les ai dites 40 fois, on ne s’en rappelle plus 25 ans plus tard. J’ai redécouvert mes sketchs. Je suis tombé de ma chaise en rigolant car j’avais oublié. Et c’est un plaisir fou ! D’ailleurs je ne les joue pas pareil. Car je ne suis pas la même, car je m’amuse. Et en plus, incroyable, le public connaît toutes les répliques. » Comment expliquez-vous cela ? « Je suis arrivée au moment où il y avait encore les cassettes dans les voitures, j’étais donc dans les bagnoles. Après il y a eu les VHS dont j’étais une grosse vendeuse. Puis les DVD. Cela m’a permis d’entrer dans les maisons et les gens regardaient ça le dimanche, le week-end. Les gens en ont bouffés et c’est comme ça que mes sketchs se sont transmis. Ils avaient en plus des thèmes intemporels, donc 30 ans après, c’est pareil. Coup de bol ! Sans les cassettes, je ne sais pas si mes sketchs auraient passé les époques. » Vous êtes une personne engagée TIME OUT (notamment contre la violence faite aux femmes), vous verra-t-on un jour en politique ? « Jamais et toujours ! Quand je m’engage, je fais de la politique. Je vois bien qu’ils sont là (les politiciens, ndlr). Tout d’un coup, je rencontre le Premier ministre, j’ai des accès… Mais j’ai choisi d’aider les gens autrement. C’est drôlement attirant de se dire que l’on peut changer le monde, mais ce ne sera pas pour cette vie-ci. Après, ce n’est pas rien de s’engager aujourd’hui. Le moindre mot de travers peut coûter très cher. Il y a des gens qui m’ont dit que si je ne faisais que de la violence conjugale, mes salles n’allaient pas se remplir. Comment concilier les deux ? Moi je comprends très bien que les artistes ne s’engagent pas. Après, qu’est-ce que je suis moi ? Je suis la porteuse de voix des associations. C’est génial car quand je parle, on m’écoute. Les associations quand elles parlent, qui va leur tendre un micro ? Donc je leur dis ‘dites-moi ce qu’il faut dire car je ne suis pas sur le terrain’. Je porte leur voix, et ça fait bouger. En un an, il s’en est passé des choses. Pour l’instant, les associations n’ont pas besoin de moi, mais elles savent que quand elles ont besoin, je suis là. Personnellement, j’ai un Zorro en moi. Donc je n’ai pas de mérite, je suis faite comme ça. Quand les gens reculent, moi j’y vais. » (cd)



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