Métro Belgique n°4144 18 déc 2019
Métro Belgique n°4144 18 déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4144 de 18 déc 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (259 x 365) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : circulation perturbée sur le rail.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Mercredi 18 décembre 2019 metro 8 CULTURE AVEC JOANN SFAR, CHRISTOPHE BLAIN REVISITE L’UN DES HÉROS DE SON ENFANCE  : BLUEBERRY « Cet album est une déclaration d’amour » C’est l’une des sorties BD de cette fin d’année. Depuis le décès de Giraud en 2012, Blueberry n’avait plus connu de nouveautés. C’était sans compter sur JoannSfar et Christophe Blain, qui ont ressuscité le mythique lieutenant. Rencontre avec Christophe Blain, l’un des rares dessinateurs à avoir remporté à deux reprises le prix du meilleur album du festival d’Angoulême. Que représentait Blueberry pour vous ? « Une grande fascination pour le gosse de onze ans que j’étais. À cet âge-là, j’étais déjà fasciné par le western et la découverte de Blueberry a été un choc pour moi. C’est une œuvre extrêmement puissante et complètement à part. Giraud, son dessinateur, est devenu une académie à lui tout seul, car il n’est pas du tout académique. Son style est à la fois un mélange de puissance instinctive, réfléchie, spontanée, travaillée. Son dessin dégage quelque chose de très physique et en même temps de très maîtrisé,. » D’où vous vient cette fascination pour le western ? « C’est un truc fondateur de ma plus profonde enfance. À un moment où je ne peux pas m’en souvenir consciemment, j’ai été fasciné par le western et je n’en suis pas revenu. On a dû m’offrir un Lucky Luke lorsque j’avais deux ans et ce bouquin m’a toujours poursuivi. » Qu’est-ce qui était important pour vous dans cette réappropriation de Blueberry ? « Le plus important pour nous était d’être premier degré et de ne prendre aucune distance. On voulait une proximité maximale, être en total amour avec le personnage et souffrir avec lui. On savait qu’on allait sortir de notre zone de confort et on en avait envie. metro Joannet moi étions dans un esprit très mélancolique, assez noir et vif en même temps. » Et au niveau du dessin ? « Jean Giraud a un dessin extrêmement sensuel. J’essaie d’avoir un dessin le plus sensuel possible mais d’une autre façon. Je ne veux surtout pas reproduire ses codes, car ils sont ultimes et lui appartiennent. J’aurais presque une impression obscène de vouloir les « C’est comme si vous vouliez coucher avec la femme de quelqu’un que vous admirez » copier. C’est tellement génial chez lui. Je me branlais tellement dessus quand j’étais gamin. C’est comme si vous vouliez coucher avec la femme de quelqu’un que vous admirez. Ça ne va pas. J’exagère un peu mais il y a quelque chose de cet ordre. J’ai envie de trouver ma propre voie tout en lui rendant hommage et tout en l’ayant en moi en permanence. Charlier et Giraud sont des auteurs qui sont en moi. Aussi bien pour Joannque pour moi, cet album est une déclaration d’amour pour ces gens qui nous ont fondés et à leurs personnages. Car Blueberry, c’est vraiment un chouette type, éminemment sympa. C’est quelqu’un de très chaleureux, c’est un copain. » Avez-vous dû vous mettre dans une ambiance particulière pour dessiner cet album ? « Disons que j’ai le syndrome d’Obélix. Je n’ai pas besoin de boire de la potion magique. Cet été, je suis retourné aux États-Unis en ciblant des endroits pour les montrer à ma compagne et à mon fils. Je voulais leur montrer mais j’en avais aussi besoin pour le boulot. Je parle de ce qui me fascine et on ne parle jamais aussi bien que de quelque chose qui nous fascine. » Vous avez dit que faire un Blueberry, c’était comme du bodybuilding. Qu’est-ce qui a été si difficile ? « Déjà, il y a un gros travail au niveau du dessin que j’ai tiré vers le réalisme. À l’origine, je suis un dessinateur académique, c’est-à-dire que j’ai appris le dessin par l’observation. En BD, j’ai commencé par un dessin très cartoon et libre, voire volontairement un peu brut. Ces dernières années, j’ai tiré vers un peu plus de réalisme notamment avec les ‘Guss’dont les chevaux et certains personnages sont très réalistes. J’ai poussé ce côté-là le plus possible dans Blueberry pour en faire une bande dessinée réaliste, et sérieuse, dans laquelle il n’y a pas de distance. Cela demande de sortir de sa zone de confort. C’est un peu comme lorsque Lance Amstrong a arrêté le vélo et s’est mis au bodybuilding. Il y a des sportifs qui passent d’une discipline à l’autre. C’est un autre type d’entraînement. Cela demande de se remettre en cause et de se pousser dans d’autres types de retranchements. Il y a quelque chose de cet ordre-là dans cette adaptation. » Comment s’est passée votre collaboration avec JoannSfar ? « Joanna écrit l’histoire originale et je l’ai réinterprétée, j’y ai ajouté des choses. Je l’ai retravaillé tout en étant d’accord avec lui sur ce qu’on voulait raconter. La trame est de lui. Il a fait des trouvailles incroyables. Moi je l’ai tiré avec des éléments que ri j’avais envie d’ajouter, des choses très ‘westerniennes’et très personnelles. En fait, c’est une histoire qui est très personnelle pour les deux. Joannavait écrit une tragédie, une histoire très noire. J’ai mis dans son scénario des choses également très personnelles en plus de ma fascination profonde pour le western, pour Blueberry et pour Charlier et Giraud. » Pour l’instant, deux tomes sont prévus. Pensez-vous que l’aventure se poursuivra ensuite ? « Je me concentre beaucoup sur ces deux tomes. Je suis actuellement en train de faire le deuxième. J’y prends énormément de plaisir, c’est un personnage que j’adore mais je ne me pose pas trop de questions et je ne veux pas trop me projeter. Je l’adore comme s’il était à moi et que c’était moi qui l’avais créé. » Nous prenons une pause entre le 23 décembre et le 2 janvier. Surfez sur fr.metrotime.be pour ne rater aucune info et abonnez-vous à notre newsletter. Toute l’équipe Metro vous souhaite d’ores et déjà de belles fêtes ! Thomas Wallemacq « Une aventure du lieutenant Blueberry -t.1  : Amertume Apache », de Christophe Blain et JoannSfar, éditions Dargaud, 64 pages, 14,99 € ★★★★✩ BD
, J CULTURE 9 metro Mercredi 18décembre 2019 9 LE TRAÎTRE  : LE BOSS QUI A DÉFIÉ LA MAFIA « Le nom’Buscetta’est devenu une insulte en Italie » Marco Bellocchio n’a plus rien à prouver. De la charge politique des ‘Poings dans les poches’aux scènes de sexe explicites du ‘Diable au corps’, il a marqué le cinéma italien en touchant à tout… Sauf au sujet le plus prisé dans son pays  : la mafia ! En compétition au dernier festival de Cannes, il prouve avec ‘Le Traître’qu’il reste encore quelque chose à raconter sur le sujet. Et se confie à Metro sur sa fascination pour son héros, l’homme qui en a fait arrêter 366 autres… Ph. filmcoopi Qui est Tommaso Buscetta, le gangster au centre de votre film ? Marco Bellocchio  : « Un membre de la ‘Cosa Nostra’qui s’est protégé des clans rivaux en collaborant avec les autorités dans les années 80. Il a longtemps été considéré comme le traître ultime en Italie, après avoir dénoncé ses compères en masse. » Comment est-il perçu en Italie aujourd’hui ? « À l’époque de son procès, c’était assez contradictoire. En Sicile, la grande majorité des gens le considéraient comme un informateur et un traître. Au point où son nom est devenu une insulte pendant quelques années  : [lance en mimant une attitude belliqueuse]’Espèce de sale Buscetta’ ! Et en même temps, sa coopération était suivie avec attention car tout le monde espérait qu’elle mette fin aux assassinats perpétrés par la EN QUELQUES LIGNES Encore un film italien sur la mafia… Oui, mais pas n’importe lequel ! ‘Le Traître’conte l’histoire vraie de Tommaso Buscetta, un boss sicilien connu pour avoir dénoncé des centaines de criminels (ou d’anciens camarades, c’est selon) pendant les années 80. Alors bien sûr, on a droit à tous les clichés du genre  : les fêtes de famille aussi dangereuses qu’un champ de mines, les discours pompeux sur l’honneur et la loyauté, les mandolines… L’approche de Marco Bellocchio (un des grands noms du cinéma transalpin, on lui doit ‘La Belle endormie’et ‘Vincere’) reste classique, mais quel spectacle ! En particulier pendant la reconstitution du procès, véritable cirque burlesque animé par les accusés, prêts à tout pour ralentir le juge (cris, bagarres, nudisme, tout est bon). Le réalisateur en profite pour déconstruire le fantasme de l’homme d’honneur et du crime glamour. Buscetta se protège mentalement en pleurant les origines non-criminelles de la mafia. C’est ce discours qui lui permet de franchir le pas de la collaboration. Mais en y opposant les images de ses délits, Bellocchio remet l’église au milieu du village. Et on l’en remercie ! (si) ★★★★✩ mafia. Aujourd’hui, le temps est passé, mais ça reste le même pays. En Italie, collaborer avec l’État sera toujours mal vu, même si c’est dans l’intérêt général. Certaines campagnes politiques encouragent à mieux aider les autorités, mais ce n’est absolument pas naturel pour les Italiens de se placer du côté de la loi. » Le procès est mis en scène de façon burlesque. À quel point vous êtes-vous éloigné de la réalité ? « Il y a une part d’invention, mais les faits sont réels. Le tribunal a été construit spécialement pour ce procès, et les accusés se trouvaient bel et bien dans des cellules apparentes. On aurait dit de grandes cages, derrière les témoins et face aux juges. Et oui, tous ces accusés ont tenté de ralentir le procès autant que possible pour éviter le jugement. En criant, en se battant, en se déshabillant… Tout était bon tant que ça posait une difficulté pour le juge et pour l’État ! » Pourquoi avoir mis en scène les rêves de Buscetta ? « Ils sont totalement inventés pour le film. Ils nous ont permis de traduire la complexité de ce moment stratégique où il décide s’il doit parler ou non. Son passé lui revient dans son sommeil sous la forme de sa mère, de sa femme et de ses fils assassinés. Et ils lui demandent de la boucler. C’est pour ça qu’ils lui retirent son alliance du doigt et qu’il finit enfermé dans un cercueil. Il fallait bien montrer sa fragilité. » Buscetta défend tout au long du film l’idée des origines bienveillantes de la mafia’Cosa Nostra’. Mythe ou réalité ? « Historiquement, c’est vrai que la mafia est née comme un second pouvoir pour défendre REVIEW Star Wars, Épisode IX  : L’Ascension de Skywalker Vous l’entendez déjà, le bruit des sabres laser ? Même avec la meilleure volonté du monde, impossible de passer à côté de la sortie ciné de la semaine, de l’année, voire de la décennie. Le neuvième et ultime volet de la saga ‘Star Wars’est là, et vous avez une semaine pour vous faire un avis… avant d’entendre celui d’à peu près toute votre famille autour de la bûche de Noël. Après avoir cédé sa place à Rian Johnson pour ‘Les Derniers Jedi’, un huitième épisode qui s’était attiré les foudres des fans, le réalisateur J.J. Abrams revient au style plus fidèle mais moins créatif du ‘Réveil de la Force’. Du rythme, de l’humour, et des scènes d’action compréhensibles mais sans frissons. Dommage, car même si Johnson avait pris de vilaines libertés avec le personnage de Luke Skywalker, il avait également créé quelquesuns des plus beaux exploits visuels de la série. Notamment dans un désert de poudre rouge, siège d’une bataille absolument phénoménale. Quoi qu’il en soit, toutes les pièces du drôle de puzzle s’assemblent enfin dans ce dernier chapitre, et ça paie ! Les acteurs, tous excellents, sont enfin rassemblés pour une seule et même mission, et leur alchimie fait des étincelles. Finn(John Boyega) et Poe (Oscar Isaac) servent pour une fois à quelque chose, et dégagent bien plus de sympathie quand ils avancent en duo. Quant à Rey et Kylo Ren (magnifiques Daisy Williams et Adam Driver), on a enfin le sentiment que cette histoire leur appartient, au lieu de mimer celle des vieux meubles (Luke, Leia et Han Solo, pour ne pas les citer). Et cerise sur le gâteau, de petites trouvailles qui ne servent qu’à nous enchanter, comme notre nouveau MOVIES les plus faibles dans les régions où l’État italien était absent, notamment en Sicile. De là est née une sorte de tradition selon laquelle le pouvoir y était exercé par la police, les juges, les prêtres et la mafia. Et la société sicilienne y a trouvé un équilibre. Puis, à la fin de la guerre et de la dictature, la mafia a aidé les Américains venus libérer le pays. Et ensuite le parti social-chrétien qui a gouverné pendant les années 60 et 70. Au point de devenir extrêmement puissante. Dans le film, Buscetta se protège derrière cette image d’homme d’honneur, mais le juge lui répond qu’un crime est un crime, peu importe l’attitude de l’homme qui le commet. Mais ce qui a vraiment tout changé, c’est l’héroïne. La Sicile est soudain devenue le centre du monde, avec des quantités d’argent liquide énormes. Ça a complètement perturbé l’équilibre entre les différentes familles de la mafia. » Stanislas Ide personnage préféré  : Babu Frik. Une de ces marionnettes en carton-pâte et s’exprimant dans une langue incompréhensible, comme seule ‘Star Wars’parvient à en produire. Pas besoin d’en dire plus, on ne voudrait pas vous froisser. Ni gâcher le chant des sabres, il paraît que c’est le dernier… (si) ★★★✩✩ Ph. Lucasfilms



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