Métro Belgique n°4139 11 déc 2019
Métro Belgique n°4139 11 déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4139 de 11 déc 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (259 x 365) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : un Bankzy pour les SDF.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Mercredi 11 décembre 2019 metro 12 CULTURE ‘LOLA VERS LA MER’, UN ROAD-TRIP ROSE ADOLESCENT « Plus on montre de facettes différentes, Votre crise d’ado, vous vous en souvenez ? Enfants ou parents, on la vit tous au moins d’un côté, si pas des deux. Lola, jeune fille transgenre de 18 ans, vient de perdre sa mère, et ne parle plus à son père. Un voyage vers la mer peut-il les réconcilier ? Pour son deuxième film, le belge Laurent Micheli (‘Even Lovers Get the Blues’) réunit l’acteur français Benoît Magimel et la débutante Mya Bollaers dans un road-trip vers la côte belge, parsemé de personnages marginaux et attachants. Mya Bollaers, c’est votre premier rôle au cinéma, comment avez-vous préparé ? Mya Bollaers  : « J’ai travaillé avec deux coachs pour apprendre à jouer, accepter son image, sa voix. Apprendre qui est Lola, comment elle bouge, comment elle parle, fume, ou danse – ce que je déteste (rires). » Vous avez envie de poursuivre dans le cinéma ? « J’ai une agente maintenant, j’ai envie de continuer, mais je suis prudente, car c’est un milieu compétitif. Si ça arrive tant mieux, et si pas… tant mieux aussi. J’aurai quand même vécu une super expérience  : j’ai porté du Yves Saint Laurent, voyagé dans des festivals…(rires). » Dans ce milieu compétitif du cinéma, la transidentité est un obstacle supplémentaire ? « Voire carrément un frein ! Mais je suis une femme avant d’être une femme transgenre, et même si j’ai certains points communs avec Lola, elle n’est pas moi. Jouer, ça s’apprend, ça se découvre. Donc oui, j’aimerais jouer des femmes Vous apparaissez au générique du film ‘Instinct’en tant qu’actrice et productrice. Êtes-vous intervenue dans d’autres domaines encore pour que le film puisse se faire ? Carice van Houten  : « J’ai contribué au scénario. Je suis quelqu’un qui pose énormément de questions. Je ne vais rien dire devant la caméra jusqu’à ce que je comprenne ce qu’il y a sur papier et que je l’aie approuvé. Le scénario a connu un certain nombre de versions. Nous avons continué à chercher jusqu’à ce que ce soit vraiment au point. J’ai aussi participé à la thématique et au casting et au choix des personnes avec lesquelles nous voulions travailler. » transgenres, et même des femmes cisgenre (contraire de transgenre, dont le genre est en accord avec celui attribué à la naissance, NDLR). Je ne sais pas si ce sera possible, mais on verra ! » Quelles différences avez-vous avez Lola ? « Lola est plus masculine que moi. Elle fait du skate, elle fume, marche d’une façon bizarre… c’est une fille qui a revisité sa féminité  : elle a compris qu’elle peut être qui elle veut, comme elle veut. » Pourquoi la visibilité des personnes transgenre est-elle importante au cinéma ? « Dans une société idéale, tout le monde pourrait jouer n’importe qui, ce serait beau. Mais on n’y est pas encore… c’est pour ça que c’est important de mettre en avant toutes les minorités, LGBT, religieuses, racisées. Et de les montrer hors des a priori. Quand j’étais jeune, ma seule référence gay c’était le cliché de la folle à la télé. Plus on montre des facettes différentes, plus on inclut des gens dans la société. » Laurent Micheli, après ‘Even Lovers Get the ‘Instinct’commence par une scène où votre personnage, Nicoline, est dans une cellule et se comporte de manière délirante. Mais on comprend alors que c’est un exercice avec une unité militaire. Que nous dit cette scène à son sujet ? « C’est une sorte de prélude à ce qui va suivre. La scène montre de manière symbolique qu’elle a aussi un côté destructeur, qu’elle veut quelque part qu’on lui fasse mal. Il s’agit d’un exercice dans un environnement sûr, mais quand même. La scène est en outre une belle astuce de mise en scène. Vous pensez qu’elle se trouve dans une cellule d’isolement, mais en réalité elle a tout sous contrôle. » C’est une histoire très délicate. Qu’est-ce qui était, pour vous, le plus difficile à mettre au point ? « Devions-nous présenter Nicoline comme une femme normale dont on se dit au cours de l’histoire qu’elle porte en elle une blessure psychologique ? Ou fallait-il montrer dès le début une femme abîmée ? Je ne voulais pas la rendre trop sympathique, mais nous devions tout de même captiver le public. Cela va loin aussi. Elle souffre d’une forte dépendance émotionnelle, et c’est parfois assez désagréable à regarder. Vous vous demandez vraiment ce qui lui prend, ce qu’elle se fait à ellemême. Alors se pose la question de savoir jusqu’où vous pouvez la suivre là-dedans, en tant qu’acteur aussi. Je devais voir ça pour moimême, et c’est la raison pour laquelle c’est aussi un film personnel pour moi. » Blues’et ses trentenaires en questionnement, pourquoi l’adolescence pour ce deuxième film ? Laurent Micheli  : « L’adolescence fut une période particulière pour moi, j’étais en perte de repères, et en colère contre les adultes. J’ai eu envie de partir de cette énergie contestataire pour raconter Lola, une ado qui sait qui elle est, et qui a envie de l’affirmer, même si le monde n’est pas tout à fait prêt. Au-delà de la transidentité, je voulais parler de l’intimité du rapport parent-enfant. » L’adolescence est un thème universel. Pensez-vous que n’importe qui peut s’identifier à Lola ? « Je crois oui. Ce week-end on a reçu notre troisième prix du public dans un festival ! Je sais que tout le monde n’est pas sensibilisé à cette question, et peut-être que les gens y vont à reculons, mais au final ils sont touchés. » Comment est venu le choix de Benoît Magimel ? « Un directeur de casting qui m’a orienté vers lui. Au début j’ai hésité. Puis j’ai revu ‘La Tête Haute’(2015) et au-delà du fait qu’il y est incroyable, j’ai vu sa générosité envers le jeune acteur du film. J’ai su qu’il serait en face de Mya quelqu’un de bienveillant et de généreux. Moi derrière la caméra et lui devant, on l’a accompagnée à notre façon. » Ce film un peu bilingue traverse la frontière linguistique… « Quand j’ai fait le choix du road-movie vers la côte, j’en ai profité pour mettre du Flamand (avec les actrices Anemone Valcke et Els Deceukelier, NDLR). On traversait la Flandre, autant s’en servir ! Je trouve qu’il n’y a pas assez de CARICE VAN HOUTEN À PROPOS DU THRILLER PSYCHOLOGIQUE ‘INSTINCT’Depuis ‘Game of Thrones’, Carice van Houten est connue dans le monde entier. Ironiquement, l’actrice hollandaise a de plus en plus de difficultés à trouver de bons personnages au cinéma. Elle crée donc ces rôles elle-même désormais, avec sa grande amie Halina Reijn. Au festival de Locarno, elle nous parle de leur premier ‘bébé’ : ‘Instinct’. On se demande tout de même comment Nicoline a pu, avec cette blessure, faire une telle carrière en tant que psychologue, car la connaissance et la maîtrise de soi y sont essentielles. « Si vous faites un peu de recherches, vous découvrirez vite qu’énormément de gens qui travaillent dans la psychiatrie ou en tant que thérapeute n’ont pas eux-mêmes tous leurs problèmes sous contrôle. C’est drôle et c’est ça aussi justement qui est si intéressant à montrer. On ne peut pas le contrôler. » Êtes-vous allée discuter avec des psychologues et des thérapeutes ? « Oui, mais il y tant de formes différentes et de préférences en matière de thérapie que j’avais beaucoup de liberté pour construire moi-même un personnage. Je ne devais pas m’en tenir de manière stricte à ce que font les thérapeutes. Tous ont une approche très différente. Certains thérapeutes disent qu’ils sont très amicaux avec leurs clients, car cela leur permet de nouer un lien rapidement. D’autres disent qu’ils veillent au contraire à rester professionnels et à ce que tout soit clairement séparé. » ‘Instinct’se passe dans une institution pénitentiaire, où il y a des détenus qui ont été déclarés totalement ou partiellement irresponsables. Avez-vous visité ce genre d’institution ? « Oui. J’ai trouvé ça incroyablement fascinant et quand même palpitant aussi. Je me souviens surtout qu’à un moment donné nous étions entrés dans un atelier où il y avait à la fois des détenus et des accompagnateurs. Et je n’avais aucune idée de qui était qui. Une personne dont je pensais qu’elle devait probablement rentrer tous les soirs dans sa cellule, s’est avérée être un thérapeute, et vice versa. Je ne pouvais pas faire la distinction. C’est très marrant à MOVIES « Je trouve la thérapie formidable. Je la consei voir. Et cela a aussi quelque chose de maladroit, quelque chose qui, d’une étrange manière, est sympa. Sans m’en rendre compte je m’étais mise à bavarder avec un groupe de personnes, et quand j’ai appris par la suite pourquoi ces personnes étaient dans cette institution, je me suis dit ‘Mon dieu !’. » Avez-vous personnellement une expérience de la thérapie ? (Enthousiaste) « Oh oui ! Je trouve ça formidable. Je le conseillerais à tout le monde. » Certains acteurs préfèrent ne pas en faire, car ils craignent que leur créativité en pâtisse s’ils décortiquent tout. « Je comprends quelque part cette façon de voir, mais je trouve finalement mon travail moins important que ma santé mentale. (rire) Je préfère me sentir bien dans ma tête plutôt que de jouer encore pendant des années avec ma propre colère. Vous ne pouvez pas vous débarrasser de tout en suivant une thérapie. Vous enlevez juste certaines choses. Un thérapeute n’est pas un magicien. Vous devez faire votre part du travail, sinon cela ne marche pas. » Voyez-vous la même personne depuis des années ? « Non, et j’ai déjà essayé beaucoup de choses différentes. Je suis devenue une vraie ‘testeuse de thérapies’. Cela peut paraître un peu irrespectueux, mais je suis tout simplement très intéressée par le sujet. Même pour y assister sans plus. Je peux m’imaginer que si je n’avais pas fait le métier d’actrice je serais devenue psychologue. » Ruben Nollet @rubennollet
metro 1 Mercredi 11décembre 2019 CULTURE 13 lus on inclut les gens » Ph. K. Leleux « Le poétique est aussi important que le politique » films belges dans les deux langues – enfin ça bouge avec la jeune génération, comme Lukas Dhont avec ‘Girl’, Eva Cools avec ‘Cleo’. » Quelle place accordez-vous au politique dans le cinéma ? « En tant que cinéaste, pouvoir mettre des gens sur un écran, faire que d’autres les regardent, c’est un privilège. Et j’ai envie de l’utiliser pour faire avancer les consciences. Mais ce n’est pas un documentaire militant, Lola c’est avant tout un film de cinéma. Le politique est aussi important que le poétique. C’est une question d’équilibre. Et le poétique peut aussi être là où on ne l’attend pas. » llerais à tout le monde. » Elli Mastorou @cafesoluble Ph. Kris Dewitte REVIEWS Lola vers la mer En 2016 avec ‘Even lovers get the blues’, Laurent Micheli amenait un vent de fraîcheur dans le cinéma belge francophone en questionnant le couple, le genre et la sexualité. Avec ‘Lola vers la mer’, le cinéaste bruxellois creuse le sillon d’un univers personnel, poétique et politique. Personnel, car Micheli part de son adolescence pour raconter celle de Lola (Mya Bollaers), ado aux cheveux roses en colère avec le monde et surtout avec son père (Benoît Magimel). Elle s’embarque avec ce dernier dans un road-trip semi-forcé pour honorer la dernière volonté de sa mère.Poétique, car il exploite comme il peut tous les pinceaux de la palette cinématographique (rose récurrent, musique, gros plans). Politique enfin, car à travers Lola et l’actrice prometteuse qui l’incarne, le film Instinct « Saviez-vous que les femmes ont plus de fantasmes de viol que les hommes ? » Nicoline (Carice van Houten), le personnage principal du thriller psychologique néerlandais ‘Instinct’, sait tout de même en tant que thérapeute comment réagir face à une déclaration aussi choquante. Celle-ci sort en effet de la bouche d’Idris (Marwan Kenzari), un détenu au long passé de violences sexuelles. Et c’est à Nicoline entre autres qu’il incombe d’évaluer si l’homme est suffisamment réhabilité pour retrouver une place dans la société. Ses collègues estiment qu’il l’est, elle-même voit toujours dans les yeux d’Idris un regard de psychopathe manipulateur. Mais plus elle passe de temps avec Idriss, plus elle se sent attirée par lui. ‘Instinct’peut compter sur deux excellents acteurs principaux et un point de départ qui intrigue, de quoi créer un mélange savoureux, avec aussi une mère surprotectrice, un collègue séduisant Jumanji  : The Next Level Le peu que je sache de l’industrie du gaming, c’est que les producteurs y ont souvent la même philosophie que leurs collègues de l’industrie cinématographique  : si ce n’est pas fichu, pas besoin de retoucher. Autrement dit  : si une chose a du succès, il ne faut surtout pas changer la formule. Des recettes mondiales de 869 millions  € pouvant être qualifiées de succès, ‘Jumanji  : Bienvenue dans la Jungle’a donc droit, deux ans à peine après sa sortie, à une suite, ‘Jumanji  : The Next Level’. Et celle-ci est une copie du film précédent, avec quelques petites adaptations. Cette fois, ce ne sont pas seulement les jeunes qui se retrouvent dans une version jeu vidéo de ‘Jumanji’, mais leur Ph. Les Films du Losange aborde la question de la transidentité et sa visibilité, tant au cinéma que dans la société. S’il a quelques faiblesses de rythme, ‘Lola’séduit par sa façon de raconter, bienveillante mais sans naïveté, comment des univers opposés peuvent s’aimer, même sans se comprendre complètement. Un joli voyage doux-amer vers la mer, vers le père, et vers l’enfant. (em) ★★★✩✩ Ph. Kris dewitte (Pieter Embrechts) et une assistante inexpérimentée. Et pourtant le film ne distille pas toute la tension oppressante ou la perversité effroyable de son sujet, loin de là, du fait surtout du développement trop schématique de la relation entre les deux personnages centraux. Autrement dit  : la réalisatrice Halina Reijn aurait mieux fait de prolonger ‘Instinct’d’un quart d’heure et d’y insérer quelques approches plus subtiles. Là, on a l’histoire d’une psychologue soi-disant chevronnée qui commet en permanence, et impunément, des erreurs de débutante. (rn) ★★★✩✩ grand-père et l’ami de celui-ci voyagent avec eux. Là, ils doivent à nouveau braver toutes sortes de dangers, dérober un bijou à un méchant et ramener à temps la pierre précieuse à un endroit précis, car blablabli et blablabla… ‘Jumanji  : The Next Level’vous réserve ici et là un bon gag, du fait surtout que Monsieur muscle Dwayne Johnson dispose toujours d’un talent comique unique en son genre. Mais pour le reste, il s’agit d’un mélange facile d’action, d’effets spéciaux et de blagues stupides, vite mis sur les rails par un studio qui sent la bonne affaire. Quand-même ‘Game Over’alors, ou est-ce un vain espoir ? (rn) ★★✩✩✩



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