Métro Belgique n°4115 6 nov 2019
Métro Belgique n°4115 6 nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4115 de 6 nov 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (259 x 365) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : le belge, bon élève en anglais.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
8 Mercredi 6 novembre 2019 metro 8 CULTURE Pourquoi avoir voulu réadapter ‘MARTIN EDEN’  : UN HÉROS TOUJOURS D’ACTUALITÉ « La lutte des classes n’intéresse plus personne » Certains grands classiques ne perdent jamais de leur mordant ! C’est ce que nous prouve le réalisateur Pietro Marcello en livrant son adaptation de ‘Martin Eden’, le roman culte de Jack London. L’histoire d’un marin rêvant d’écrire pour monter l’échelle sociale, saluée par le prix du meilleur acteur au dernier Festival de Venise. Rencontre ! REVIEWS The Report À l’époque où les ‘fake news’rivalisent avec les vraies infos, le thème de la poursuite de la vérité inspire les sorties ciné. La lanceuse d’alerte Katherine Gun se voit incarnée par Keira Knighley (‘Official Secrets’, sortie en décembre) ; ‘J’accuse’de Polanski (13 novembre) suit le commandant qui a révélé le vrai coupable de l’affaire Dreyfus. Dans un contexte très différent, l’histoire de Daniel Jones est portée par cette même volonté acharnée de mettre en lumière des faits que les instances officielles veulent cacher. Incarné par Adam Driver (des derniers ‘Star Wars’), cet inspecteur est chargé en 2009 par le Sénat américain d’enquêter sur… la CIA. Et sur leurs techniques d’interrogation renforcées -euphémisme pour torture de prisonniers. Le rapport final fera 6.000 pages d’horreurs détaillées, et son auteur devra lutter pour réussir à le publier. Thriller politique à la tension efficace et aux dialogues ciselés, ‘The Report’est signé Scott Z. Burns, qui a écrit pour Soderbergh Courtesy of TIFF Ph. Ascot Elite ‘Contagion’et ‘The Informant !’. Tous ces films tirés d’histoires vraies, nous rappellent judicieusement que ‘l’histoire est écrite par les vainqueurs’, et que tout est politique… même la vérité. (em) ★★★✩✩ l’œuvre de Jack London ? Pietro Marcello  : « ‘Martin Eden’suit le destin d’un autodidacte, d’un self-made man. C’est une histoire moderne, en cela que Martin se retrouve écrasé par son succès dans l’industrie culturelle, où l’on refuse qu’un individu se cultive par luimême, sans aller à l’université pour obtenir un bout de papier. C’est toujours pareil aujourd’hui  : ce sont les privilégiés qui accèdent au secteur culturel, pas les autres… » Dans le film, Elena reproche à Martin de n’écrire que des histoires sur la pauvreté. Vous sentez-vous obligé de faire des films à caractère social ? « Je pense qu’une personne aisée ne comprendra jamais ce que cela signifie d’être pauvre. L’inverse peut arriver car le pauvre a souvent l’ambition d’améliorer sa condition. C’est pour cela que Martin oblige Elena, qui appartient à la haute bourgeoisie, à marcher dans les quartiers pauvres de Naples, même si elle le supplie d’arrêter. » EN QUELQUES LIGNES Il y a dix ans, ‘Zombieland’est devenu, sans bien s’en rendre compte, un film culte. Et comme cela se passe habituellement avec les films cultes, des rumeurs de suite n’ont pas tardé à circuler. Aujourd’hui, cette suite existe et nous pouvons saluer l’équipe de production d’avoir au moins essayé d’honorer le souvenir du film original. ‘Zombieland  : Double Tap’a bien saisi les points forts de son prédécesseur et en rajoute une couche. Il commence, par exemple, de la même manière espiègle, avec une scène où la voix de Jesse Eisenberg parle du monde des zombies qui les entoure, mais cette fois, il s’agit des différents types de zombies (les Homer, les Hawking, les Ninja). Cet humour communicatif sauve aussi le reste du film, même si les gags sont parfois moins efficaces que ne le voudraient les créateurs. Mais qu’importe au fond ? Ceux qui recherchent une comédie horrifique déjantée, spectaculaire et bien gore pourraient beaucoup plus mal tomber. Un bémol toutefois, l’apparition de Bill Murray à la fin. (rn) ★★★✩✩ MOVIES Le film brouille volontairement les repères temporels. Pourquoi ? « Pour montrer que les anciens dangers rôdent encore. En écrivant’Martin Eden’en 1909, Jack London a anticipé de nombreuses tragédies du siècle à venir. On vit dans une époque où les influenceurs ont plus de poids que les écrivains. Et ceux-ci ne s’intéressent même plus à la lutte des classes, ni aux conflits entre les différents groupes sociaux. Je crois que c’est important de retourner à une conscientisation de nos communautés. Du fait qu’on y appartient, et qu’on doit parvenir à cohabiter avec les autres. Ça, c’est le socialisme. Pas dans son sens politique ou partisan, mais comme base du vivre-ensemble. Aujourd’hui, en Italie, on parle de fascisme comme si c’était normal. Mais il y a 40 ans, personne n’imaginait que ce soit à nouveau possible. » Est-ce pour cela que vous utilisez des images d’archives entre vos scènes ? « Je crois que le montage d’un film apporte un point de vue. Ce n’est pas neutre. Je viens du documentaire, où il faut constamment se préparer à l’inattendu. Et j’ai toujours mélangé ce que je tourne avec des images d’archives. Derrière les trajectoires de mes personnages, j’essaie de raconter l’Histoire avec un grand H. Et j’aime associer des photographies statiques avec des images dynamiques. Je ne veux pas que le cinéma soit aussi propre que la publicité. C’est malheureusement le cas ces temps-ci. » (si) Pietro Marcello (le réalisateur de ‘La bocca del lupo’) n’a pas froid aux yeux. En plus de s’attaquer à l’un des piliers de la littérature, il a l’audace d’en modifier les traits les plus marquants. Véritable critique du rêve américain, ‘Martin Eden’suivait le parcours d’un jeune marin rêvant d’ascension sociale, avant de tomber dans l’amertume du succès. Un récit a priori bien gravé dans son contexte outre-Atlantique, à l’aube de la Première Guerre mondiale. En déplaçant l’action dans un décor napolitain, quelque part au milieu du 20 e siècle, Marcello brouille les codes  : photographie classique (on pense parfois à ‘La Meglio Gioventù’), costumes des années trente, échos syndicaux des années septante, musique électro… Tout est prévu pour nous emporter dans un tourbillon romanesque, et mieux sublimer le sujet central du livre de Jack London  : la nature structurelle de l’injustice sociale dans nos sociétés. Un propos brûlant, mais pas du tout plombant, tant le charisme de l’acteur Luca Marinelli (sorte de Louis Garrel transalpin) nous accroche de bout en bout. (si) ★★★★✩ Zombieland  : Double Tap (Retour à Zombieland) ph. Sony Pictures
metro Mercredi 6novembre 2019 CULTURE 9 ‘J’AI PERDU MON CORPS’  : LES AVENTURES D’UN JEUNE HOMME AMOUREUX ET D’UNE MAIN PERDUE « Je porte désormais un regard totalement différent sur mes mains » MOVIES Un film d’animation captivant où l’un des personnages principaux est une main amputée, il faut le faire. Mais c’est effectivement en résumé ‘J’ai perdu mon corps’, film avec lequel le réalisateur Jérémy Clapin a surpris le festival de Cannes cette année. Jérémy Clapin  : « Cette main était pour moi en tant que réalisateur le plus gros challenge. Comment faire en sorte que le public puisse compatir avec un personnage qui n’a ni œil, ni bouche, ni visage et donc aucune expression ? Comment créer de l’empathie pour lui ? » Dans les scènes avec la main, ‘J’ai perdu mon corps’devient en quelque sorte du cinéma muet. Était-ce le but dès le départ ? « La main est par définition un personnage qui ne peut pas parler. C’est déjà une grande différence avec le livre sur lequel le film est basé. On y entend la voix intérieure de la main, qui raconte ses aventures. Dans les premières versions de notre scénario, nous avions aussi une voix off, et cela donnait un tout autre film. Nous savions que c’était un obstacle que la main ne puisse s’exprimer, mais petit à petit nous avons décidé de faire de ce handicap un atout. Vous voyagez donc avec la main, dans un monde qui, par définition, est sans voix. Sentir y est beaucoup plus important que parler. » Portez-vous désormais un tout autre regard sur vos propres mains ? « Absolument, et j’espère que le spectateur le fera aussi à la fin de notre film. Nos mains déterminent une grande part de qui nous sommes. Lorsque quelqu’un vous serre la main, vous avez déjà une petite idée de ce qu’il y a derrière. La manière dont il ou elle vous serre la main, si la main est rugueuse ou douce, tout cela dit des choses sur la personnalité et le parcours de la personne. Dans nos mains, il y a tout un monde. » L’autre personnage principal est Naoufel, le jeune homme d’origine marocaine. A-t-il été difficile de trouver un équilibre entre les différentes parties du film ? « Il est vrai que nous faisons souvent des allers-retours dans le temps. L’histoire est comme un puzzle. Durant les 20 premières minutes, le film a un rythme effréné et, en tant que spectateur, vous recevez des tas de pièces de puzzle qui ne trouveront leur place que par la suite. Mais à un moment donné, je fais une pause et vous comprenez comment fonctionnent les différents éléments du film. Pour que cela marche, il nous fallait donner aux flashbacks une identité reconnaissable. Les scènes au Maroc sont en noir et blanc pour accentuer la lumière. Naoufel connaît une enfance agréable à Rabat. C’est pourquoi tout y est si lumineux et parfois même un peu surexposé. Ainsi, nous faisons aussi comprendre que Paris n’est pas sa ville à la base, Naoufel est un déraciné. » Est-il de plus en plus facile de faire un film d’animation pour adultes ? « Cette histoire est comme un puzzle » EN QUELQUES LIGNES Ph. D. R. « Il faut toujours se battre. Nous trouvons tous l’animation adulte une très belle idée, mais aujourd’hui encore, il existe peu de films de ce genre. Cela ne peut qu’évoluer dans le bon sens. Cela ne dépend pas seulement des réalisateurs, des scénaristes ou des producteurs. Souvent, c’est ailleurs dans la chaîne de production qu’il y a un problème, chez les financiers, par exemple, les distributeurs, les chaînes télé ou les exploitants. Beaucoup d’animateurs disent qu’ils ont bien envie de raconter une histoire adulte, mais qu’on ne leur donne pas les moyens de le faire convenablement. » Ruben Nollet @rubennollet Deux pour le prix d’une. C’est l’offre que vous propose le film d’animation français’J’ai perdu mon corps’. Le réalisateur Jérémy Clapin combine deux histoires qui sont, strictement parlant, radicalement différentes. D’un côté, il y a les péripéties amoureuses de Naoufel, un jeune homme timide qui tombe amoureux de Gabrielle, une jeune femme à la personnalité affirmée. En même temps, nous voyons une main coupée à la hauteur du poignet qui se réveille dans le frigo d’un laboratoire et part à la recherche du reste de son corps. On a donc à la fois un drame romantique ordinaire et attachant et un film fantastique avec un monstre, et le résultat dépasse les deux. À la fin du voyage, ‘J’ai perdu mon corps’se révèle une histoire humaine captivante sur ce qu’on ressent quand on est perdu dans la vie et qu’on a des souvenirs d’une époque qui était tellement plus belle, mais qui est elle aussi perdue à jamais. De manière inattendue, Clapin vous saisit au cœur et le pince fortement. ‘J’ai perdu mon corps’, c’est donc, en réalité, trois films pour le prix d’un. Ne ratez pas cette offre exceptionnelle. (rn) ★★★★✩



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :