Métro Belgique n°4112 29 oct 2019
Métro Belgique n°4112 29 oct 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4112 de 29 oct 2019

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : n.v. Mass Transit Media

  • Format : (259 x 365) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 5 Mo

  • Dans ce numéro : la STIB remanie son réseau de bus.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
Mardi 29 octobre 2019 metro 14 CULTURE JUSQU’À L’ÉPUISEMENT  : KEN LOACH ET PAUL LAVERTY DÉCORTIQUENT LE MARCHÉ DU TRAVAIL « Nos histoires peuvent venir de partout » Laissons à Ken Loach et à son scénariste attitré Paul Laverty le soin de révéler les manquements de notre société occidentale inéquitable et inhumaine. Dans leur nouveau drame, le tranchant ‘Sorry We Missed You’, ils dénoncent l’uberisation de l’économie et ses conséquences sur la protection sociale. Avec son cinéma engagé, Ken Loach a déjà raflé la Palme d’or à Cannes à deux reprises, en 2006 avec le drame sur l’indépendance irlandaise ‘The Wind That Shakes the Barley’(‘Le vent se lève’) et dix ans plus tard avec ‘I, Daniel Blake’(‘Moi, Daniel Blake’), l’histoire d’un homme qui après un accident de travail se retrouve piégé par l’absurdité bureaucratique de la sécurité sociale. Son nouveau film ‘Sorry We Missed You’était lui aussi programmé au festival de Cannes cette année. C’est l’histoire d’une famille qui se retrouve sous pression, car les parents doivent se tuer au travail pour parvenir à nouer les deux bouts. On peut voir le film comme une sorte de prolongement de ‘I, Daniel Blake’, explique Paul Laverty, l’auteur écossais qui fournit à Ken Loach ses scénarios de films depuis ‘Carla’s song’en 1996. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire ‘Sorry We Missed You’ ? Paul Laverty  : « Ken Loach et moi sommes de bons amis et nous discutons toujours de toutes sortes de choses, du cinéma à la politique en passant par le football. Une histoire peut donc venir de partout. Dans ce cas-ci, nous avons eu l’idée durant la préparation de ‘I, Daniel Blake’alors que nous visitions différentes banques alimentaires. Sur place, nous avons constaté que parmi ces personnes qui venaient chercher de la nourriture, beaucoup avaient un job, en réalité. Seulement, elles ne gagnaient pas assez avec ce job pour nouer les deux bouts. Et parmi ces personnes, beaucoup travaillaient dans l’économie des petits boulots ou avec un contrat zéro heure [sans horaires fixes,ndlr] ou par le biais d’agences d’intérim. Elles n’avaient donc pas la garantie d’avoir du travail. Ces gens voyaient leurs revenus augmenter ou diminuer, comme si on leur ouvrait ou fermait le robinet. Nous avons en outre découvert que trois enfants sur quatre qui grandissent dans la pauvreté ont au moins un parent qui travaille. C’est hallucinant, et cela montre à quel point le marché du travail a changé. » Au début du film, on entend le personnage principal Ricky dire qu’il préfère être son propre patron. En tant que freelance, je comprends parfaitement ce qu’il veut dire. « Je le comprends bien, moi aussi. Je suis moi-même freelance. Mais vous devez réaliser que vous prenez des risques, vous jouez avec votre vie. L’économie des petits boulots, c’est très bien lorsque vous êtes jeune et en bonne santé et que vous avez peu de responsabilités. Mais que se passe-t-il en cas de difficulté temporaire, si vous avez un accident ou tombez malade ? Ou s’il vous avez un pépin avec votre camionnette, comme dans le cas de Ricky ? Dans l’économie des petits boulots, l’entreprise transfère tous les risques au travailleur, et le stress que cela génère, est pour beaucoup de gens très lourd à porter. Sans parler de la pression sur la vie familiale. » Vous êtes allé sur le terrain pour vous documenter sur les expériences vécues par ces livreurs. Comment était-ce ? « Très enrichissant. Je les ai accompagnés dans leurs tournées, pour voir ce qu’ils vivaient. C’est là où vous vous rendez compte combien de stressils doivent supporter et à quel point le travail d’un livreur de colis est dur. Après une journée de travail de 10 heures, ils sont blêmes et ont l’air totalement lessivés, ils n’ont pas le temps de manger, ils doivent emporter une bouteille en plastique pour pouvoir faire pipi, ils ingurgitent des boissons énergisantes pour tenir le coup. Ils sont terriblement frustrés si l’internet n’est pas accessible ou s’ils sont coincés dans les embouteillages, car ils ne peuvent dans ce cas respecter l’horaire de livraison qui leur est imposé. Lorsque vous les accompagnez quelques jours en tournée, vous ouvrez vite les yeux. Ces gens passent leur vie sur les routes, et ils sont souvent trop épuisés pour avoir de longues conversations. Ils aiment bien parler de leur vie, mais pour pouvoir entendre leurs histoires, il a fallu que j’aille aux dépôts, les parkings où ils attendent le matin. » EN QUELQUES LIGNES Ph. Filmcooip L’histoire de Ricky n’est que la moitié du film. Nous voyons aussi ce que vit sa femme Abbie, qui est infirmière à domicile et s’occupe de personnes âgées. Pourquoi l’avoir ajoutée ? « Pour montrer qu’elle est, elle aussi à sa manière, contrôlée et mesurée en permanence. Elle a un contrat zéro heures, encore un de ces systèmes invraisemblables. J’ai parlé à de nombreux soignants qui reçoivent quelques heures de travail le matin, qui ont ensuite un trou dans leur journée pour lequel ils ne sont pas payés, et qui le soir ont à nouveau un peu de travail à faire. Certains sont payés à la demi-heure ou même au quart d’heure. Et le temps passé en trajets est à leur propre charge. La conséquence, c’est qu’Abbie et Ricky n’ont pas le temps de s’occuper de leurs enfants. Tout est réglé par téléphone, et comme repas le soir, ils peuvent se chauffer quelque chose au micro-ondes. Cette façon de travailler est catastrophique pour les familles, qui ont besoin de routines et de rythmes de vie réguliers. » Ruben Nollet Ricky et Abbie n’ont pas de grands rêves. Tout ce qu’ils veulent, c’est vivre heureux avec leurs deux enfants, Seb et Lisa Jane. Pour pouvoir financer cette vie simple, les deux parents ont chacun un job ordinaire. Abbie est infirmière à domicile et s’occupe de personnes âgées, Ricky décide de se mettre à son compte et de travailler pour une entreprise de livraison de colis en tant chauffeur-livreur indépendant. Ils sont bons dans ce qu’ils font, mais la pression de la performance devient chaque jour un peu plus difficile à supporter, et peu à peu leur vie de famille commence à en souffrir aussi. Le destin de l’homme (et de la femme) ordinaire a toujours nourri l’œuvre du réalisateur britannique Ken Loach. Tantôt, cela donne un portrait social bienveillant, tantôt le cinéaste de 83 ans serre les poings et montre les dents. ‘Sorry We Missed You’appartient à la deuxième catégorie. Le film débute sur un ton joyeux et tendre, mais, au fur et à mesure, la colère et l’amertume se font plus présentes, pour finalement embraser l’écran. Ken Loach n’a pas l’ambition de repousser des limites et ‘Sorry We Missed You’donne l’impression d’une variation sur un thème connu. Mais il raconte néanmoins une histoire d’une vérité effrayante qui, ensuite, ne vous lâche plus. (rn) ★★★★✩
metro Mardi 29octobre 2019 CULTURE 15 REVIEWS The room Devinette  : qu’est-ce qu’on obtient quand on croise une James Bond Girl d’origine ukrainienne, un acteur flamand polyglotte, et une vieille bâtisse au fin fond de la campagne ? Réponse  : ‘The Room’. Ce thriller belge signé Christian Volckman (‘Renaissance’) réunit Olga Kurylenko (‘Quantum of Solace’) et Kevin Janssens (‘Tueurs’, ‘D’Ardennen’) dans le rôle d’un couple qui fait l’acquisition de sa première maison. Le genre avec les plafonds hauts, le parquet qui grince, et la forêt tout autour  : ambiance glauque assurée. Un soir par accident, ils découvrent une pièce Terminator  : Dark Fate MOVIES avec des pouvoirs magiques capables d’exaucer leurs vœux les plus fous. Mais attention, le rêve peut facilement virer au cauchemar… On n’en dira pas plus sur le mystère de ‘The Room’, car il déploie une tension efficace grâce à un scénario ingénieux tout du long. Une réflexion sur nos désirs profonds et leurs limites, judicieusement trempée dans le genre du fantastique  : idéal pour un petit frisson d’Halloween. (Sortie le 6 novembres + avant-premières ce week-end). (em) ★★★✩✩ Ph. D. R. 20 th century Fox Quelques semaines après Rambo, c’est au tour du Terminator de venir tester notre nostalgie des années quatre-vingt. Et il s’en sort (légèrement) mieux ! Après trois suites ayant déçu les fans, ce sixième chapitre efface tout et repart de la fin du second film. Sarah Connor (Linda Hamilton, enfin de retour) a sauvé le monde, mais le futur n’en est pas plus rose pour autant. Tout s’emballe quand elle croise le chemin de Grace (Mackenzie Davis), une militaire ayant voyagé dans le temps pour sauver la jeune Dani (Natalia Reyes) d’un robot increvable. L’histoire vous semble familière ? C’est normal. Le réalisateur Tim Miller (‘Deadpool’) ne se casse pas la tête et va droit à l’essentiel  : les retrouvailles entre Hamilton et Arnold Schwarzenegger. Eh oui, Schwarzy est aussi de la fête, et les répliques cyniques que les deux icônes s’envoient à tour de rôle font l’effet d’une bombe. Si bien que le reste en est éclipsé, l’incroyable Mackenzie Davis en tête (elle nous avait scotchés dans ‘Blade Runner 2048’et ‘Tully’). Sa mission sent le déjàvu, et le Terminator contre lequel elle se bat manque de punch. Un pétard mouillé suggérant que la relève n’est pas encore assurée… (si) ★★✩✩✩ UNE POUSSÉE D’ADRÉNALINE CHEZ LES IRRÉDUCTIBLES GAULOIS Astérix face aux ados Astérix est de retour pour la quatrième fois sous les plumes de Conrad et Ferri, et le succès est déjà au rendez-vous. C’est une première, c’est une ado qui en est le sujet central  : Adrénaline, la fille (fictive) de Vercingétorix protégée par un réseau de résistants à l’envahisseur romain. On retrouve ici tous les ingrédients habituels qui continuent à faire le succès de la série (humour, jeux de mots, personnages et gags récurrents, etc.). Mais là où le public adulte pouvait y trouver son compte, c’est surtout aux enfants que ce tome 38 est essentiellement destiné. Ça fait quoi de savoir que l’album sera un succès avant même de commencer ? Jean-Yves Ferri  : « Ça ne nous motive pas. Est-ce qu’on aura du succès quoi qu’on fasse ? En fait, on n’en sait rien. Si on avait fait trois albums complètement nuls, est-ce que cela se vendrait encore ? » Didier Conrad  : « Normalement, ça se verrait. Les ventes se casseraient la gueule. » JYF  : « Moi, je me dis qu’il faut de toute façon faire le meilleur album possible parce que ce sera peut-être le dernier. Et puis, plus simplement, pour croire que l’on a une utilité quelconque, car si vous partez du principe que vous faites du remplissage, ça ne peut pas vous motiver. Mais moi, je n’ai jamais abordé Astérix sous l’angle du marketing. Je n’en suis pas capable. Le sujet luimême me touchait en tant qu’auteur. Quand on se lance dedans, il y a un petit challenge. Suis-je capable de construire un Astérix ? » Après les trois premiers albums, vous étiez plus dans la maîtrise ? DC  : « Je ne parlerais pas de maîtrise. On a plus de familiarité et on est moins crispé. D’abord, on ne savait pas si le premier marcherait. Tout le monde avait peur, parce que le dernier album d’Astérix, avant qu’on ne le reprenne, avait été mal reçu. Là, tout était possible. Cela aurait pu ne plus prendre, les gens auraient également pu rejeter la nouveauté, ou peut-être que l’intérêt n’aurait fonctionné qu’une fois. Finalement, cela a mieux marché que ce qu’ils espéraient, ils étaient très surpris, et puis ça s’est maintenu. » JYF  : « Après les Pictes, on s’est demandé si l’effet de curiosité allait s’estomper. Or, ça a été stable. On n’a pas été rejeté. Mais ces doutes existaient déjà du temps de Goscinny. On est aujourd’hui dans l’idée que c’est un génie incontournable adulé de tous, mais à l’époque les journalistes disaient à chaque album ‘mmh il baisse, le Goscinny, c’est moins marrant qu’avant’. Ça nous a rassuré d’entendre çà ». Demandez-vous encore un aval pour le dessin et le scénario à Uderzo et la famille de Goscinny ? DC  : « On leur demande toujours dans la mesure où ils ont un droit de regard et un droit de veto. Ils peuvent bloquer tout ce qu’ils veulent. Mais depuis notre deuxième album, il n’y a pratiquement eu aucune demande, si ce n’est un détail ou l’autre. » Cet album s’intitule la « Fille de Vercingétorix ». Et paradoxalement, ce dernier a très peu été évoqué dans les Astérix. DC  : « Le village ne serait pas tel qu’il est si Vercingétorix n’avait pas habillement perdu à Alésia. » JYF  : « C’est juste un prologue, et c’est un des rares personnages qui apparaît dans sa version historique. Uderzo s’est servi de la représentation de Vercingétorix telle qu’elle avait été peinte par un peintre au 19 e siècle. Et c’était déjà une interprétation. Pour moi, sortir ce personnage de son rôle mythique était difficile. » Pour annoncer cet album, vous avez évoqué la découverte, fictive, d’un torque gaulois qui vous aurait inspiré. DC  : « On n’est pas seulement des copistes, mais aussi des imposteurs (rires). » JYF  : « J’avoue que j’ai inventé ce détail historique, mais j’avais dit que ce soi-disant archéologue s’appelait Evariste Contentieux. Donc, je me suis dit que c’était assez gros pour que l’on voie que c’est un gag. Mais il se trouve que cette découverte a été annoncée par certains médias. Ils avaient zappé le nom du type. » Plusieurs médias rapprochent le physique d’Adrénaline à celui de celui de Greta Thunberg. Mais vous l’avez créé bien avant. DC  : « Oui, c’est nous qui avons inventé Greta. Elle n’existait pas avant (rires). D’ailleurs, on l’a fait ressembler à Adrénaline. » JYF  : « C’est amusant parce que, finalement, ça jette un petit côté actuel au personnage, sur ses préoccupations. Mais ce n’était pas voulu. » Des ados dans Astérix, c’est assez rare. DC  : « Ce n’est pas nouveau mais la façon dont on les traite est nouvelle. Il y a eu deux personnages adolescents développés dans Astérix  : Goudurix dans les ‘Normands’, et Zaza dans le ‘Cadeau de César’. Là, on a fait un personnage féminin qui, pour une fois, a un rôle central et ne joue pas sur sa séduction. BD 2019 Les Éditions Albert René Contrairement à ce qu’on peut imaginer, Obélix ne tombe pas amoureux d’elle. En fait, personne ne tombe amoureux d’Adrenaline, même pas Letitbix. C’est une vraie fille de chef qui décide quelles responsabilités elle va prendre, et ce n’est pas celles qu’on voudrait qu’elles prennent. » JYF  : « En cela, c’est un personnage nouveau dans Astérix. Les autres, elles sont soit féminines comme Falbala, soit un peu mégère comme les femmes du village. » DC  : « Et elles ont toujours un rôle accessoire et subordonné. Tandis que là, non. Et les autres ados remettent également en cause le village et l’éducation des parents. » On voit qu’il y a également un groupe de résistance qui continue la lutte contre les Romains. DC  : « On s’est dit que dans Astérix, il y a toujours le fait qu’ils résistent, ils ont la potion magique, ils pourraient faire la reconquête, et finalement ils ne le font pas. Donc, il y a forcément des Gaulois quelque part qui pensent autrement. C’était intéressant de confronter ces deux pensées différentes de la résistance et de montrer qu’il y avait d’autres irréductibles qui l’étaient plus encore qu’eux. Ils se sont organisés, alors que dans le village, on résiste juste pour défendre un mode de vie mais pas vraiment leur territoire. Ils ne défendent pas la Gaule. C’est toujours un truc qui m’a interrogé. Si j’avais eu la potion magique, j’aurais foutu tous les Romains hors de Gaule mais, en plus, j’aurais pris Rome. » JYF  : « Goscinny n’était pas du tout anticivilisation. Mais il avait hérité d’un sujet qui était la Gaule. Qui dit gaulois dit rouspéteur qui n’accepte pas le système. Mais les Romains ne sont jamais traités comme des gugusses à mettre hors de Gaule. Même César n’est pas vraiment présenté comme un véritable ennemi. » DC  : « Dans cet album, c’est Adrénaline qui donne des éléments de réponse sur l’attitude du village gaulois par rapport à l’envahisseur romain. Ce qui est clair, c’est que les Gaulois ne rejettent pas les autres, ils veulent simplement pouvoir garder leur identité. » Pierre Jacobs « La Fille de Vercingétorix » par Didier Conrad et Jean-Yves Ferri, éditions Albert René, 48 pages, 9,99 € ★★★✩✩



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :