Metal Obs' Mag n°86 jan/fév 2019
Metal Obs' Mag n°86 jan/fév 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°86 de jan/fév 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : H.I.M. Media

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 11,9 Mo

  • Dans ce numéro : le groupe le plus excitant du moment ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Des hommes et un dieu Nos amis grecs de Rotting Christ ne semblent pas connaître de crise d’inspiration, la preuve avec leur treizième album studio The Heretics. La solution pour ne pas se répéter ? La religion. [Entretien avec Sakis Tolis (chant, guitare) par Seigneur Fred - Photo  : DR] The Heretics est-il la suite logique de Rituals, sorti il y a trois ans ? Oui, tout à fait. Quand tu arrives au treizième album, ce n’est pas si évident  : tu ne veux pas te répéter. J’ai donc fait une introspection, sur ce que j’aime et ce que j’aime moins. Après Rituals, j’ai commencé rapidement à écrire et composer, j’avais quelque chose de nouveau à proposer au public. J’ai gardé des éléments et en ai supprimé d’autres  : The Heretics est ainsi plus orienté sur les riffs de guitares. Ton frère Themis ne participe pas aux compositions ? Je compose seul depuis trente ans (rires), le groupe fonctionne ainsi. Mais je ne suis pas fermé aux idées des autres. Quand mon frère suggère des choses à la batterie, il les joue. Tu n’es donc pas un tyran grec, comme Athènes en a connu durant l’Antiquité… Non, pas à ce point-là tout de même (rires) ! Les textes font-ils référence à l’Inquisition au Moyen-Age ? Non. Ce sont des morceaux inspirés par ceux qui ont été blâmés, catalogués comme hérétiques par des églises, mais pas spécialement en lien avec l’Inquisition. Les titres de certaines chansons renvoient par contre à des classiques du heavy metal, comme « Heaven & Hell & Fire » et « Hallowed Be Thy Name ». S’agit-il de clins d’œil ? Pourquoi pas ? « Hallowed Be Thy Name » est avant tout extrait d’une prière chrétienne (NDLR  : « Que ton nom soit sanctifié »). Iron Maiden a été l’un des premiers groupes de metal à l’emprunter. « Heaven & Hell & Fire » peut faire référence à Dio et à Black Sabbath… Ce sont ces groupes qui m’ont fait créer Rotting Christ. Enfant, quelle a été ton éducation religieuse, en Grèce ? C’est un pays très orthodoxe. Je ne suis pas orthodoxe, personnellement. Mais quand j’étais à l’école, la religion était très présente, on était obligé d’aller au catéchisme. En fait, je viens d’une famille relativement pauvre dans laquelle j’étais libre, ce qui m’a rendu solide et indépendants au fil des ans. ROTTING CHRIST The Heretics Dark/black metal Season Of Mist The Heretics s’inscrit comme une suite logique à Rituals, mais en gomme les défauts grâce à des riffs solides, inspirés, signés Sakis Tolis, même si l’apport du guitariste George Emmanuel (Lucifer’s Child) n’est pas nul. Les compositions sont plus subtiles (le très dark « In The Name Of God » en ouverture), plus catchy (le mid-tempo « Vetry Zlye » en duo avec la chanteuse russe Irina Zybina, « Fire God And Fear ») , et donc totalement adaptées à la scène pour la tournée 2019 en tête d’affiche. Afin de renforcer cette tragédie grecque, une intervention de Diamanda Galás, comme sur l’album Aealo dans le passé, aurait été bienvenue. En temps de crise, nous nous contenterons d’Ashmedi Melechesh (« The Voice Of The Universe ») , Sakis refusant de se répéter. Un disque qui ravira les fans des trois derniers opus, voire même les nostalgiques d’A Dead Poem. [Seigneur Fred] DESERTED FEAR Drowned By Humanity Death metal Century Media/Sony C’est sur une intro symphonique pompeuse du même acabit que sur Dead Shores Rising, précédent album du trio teuton, que s’ouvre cette déjà quatrième galette de Deserted Fear. Ayant fort apprécié le set des Allemands en ouverture des hostilités du Motocultor 2017, nous étions impatients de découvrir Drowned By Humanity pour voir si leur death metal d’obédience scandinave s’était personnalisé. Que nenni ! On prend les mêmes et on recommence. Enfin presque. Nos chevelus ont en effet quelque peu ralenti le rythme, rendant ce nouvel album très accessible au néophyte qui pourra apprécier les mélodies de guitares travaillées (« An Everlasting Dawn », « The Final Chapter ») , mais créant une certaine redondance sur la seconde moitié du disque. Côté son, exit le magicien suédois Dan Swanö, et welcome to Henrik Udd (At the Gates, Miasmal, Hammerfall) pour un enregistrement au fameux Studio Fredman. Vocalement, le guitariste rythmique Manuel Glatter assure avec ses éructations très convaincantes. Si la tradition est de rigueur, Deserted Fear n’exclut cependant pas l’inclusion de quelques éléments modernes dans son death, comme sur « Die In Vain » aux rythmiques power/metalcore évoquant feu Chimaira. Au vu de l’évolution de la scène death suédoise, il est rassurant que de sérieux challengers comme Deserted Fear, qui existent depuis 2007 du côté de Thuringe (centre de l’Allemagne), arrivent à s’affirmer avec un album réussi, auquel il manque juste par moment un soupçon d’humanité. [Seigneur Fred] METAL OBS’45
Retour sur un disque devenu un classique ou tout simplement oubliE OCCULT Of Flesh And Bood (1999) Vous vous souvenez de votre maman qui, toute votre enfance, vous a bassiné sur le fait qu’il fallait persévérer et que cela payait, paraît-il, toujours ? Eh bien elle avait raison (comme toutes les mamans). A un détail près  : il faut parfois être très persévérant. Et, accessoirement, donner le petit coup de ciseau par-ci par-là au bon moment… Prenez Occult, tiens. Oui, Occult. Mais si, vous savez, les Hollandais. Allez, bien sûr que vous les connaissez. Oui, bon, certes, sous un autre nom et avec un outillage légèrement remanié mais, scoop, feu Occult et Legion Of The Damned ne font qu’un en fait. Tellement que le dernier disque (daté de 2003) d’Occult aurait pu sortir sous le nom de Legion Of The Damned  : même line-up, même producteur et même orientation musicale. Tout pareil, on vous dit. Au point que le tout est justement ressorti de façon officielle sous le nom de Legion Of The Damned en 2008. Car oui, à force d’enquiller les échecs successifs, Occult a fini par trainer une étiquette de loser indélébile. Pendant treize ans, Occult a, littéralement, pissé dans un violon. Et ce qu’ils n’ont pas réussi en cinq disques, Legion Of The Damned l’a fait, lui, en un seul coup de maître, Malevolent Rapture. De quoi vous énerver, non ? Alors il y a sûrement une leçon à tirer de tout ça, mais on n’a presque pas envie de la savoir. Cela dit, peut-être qu’une partie de la réponse se trouve, justement, quelque part dans Of Flesh And Blood, le troisième album d’Occult sorti en 1999. Peutêtre le meilleur avant leur changement de cuti. Or il faut avouer qu’entre Malevolent Creation et Prepare To Meet Thy Doom dégainé dès 1994, il y a quand même un sacré gouffre. En gros, en l’espace de douze ans, Occult est passé d’un mélange un peu bordélique et amateur de black et de thrash pouilleux à une machine de guerre réglée comme une horloge suisse. Sauf que pour arriver à ce résultat, il a beaucoup tâtonné. Sorte de point d’étape, Of Flesh And Blood est donc intéressant car il se situe aussi bien sur le plan chronologique que stylistique pile-poil à la croisée des chemins, pas encore la bête impitoyable qu’elle deviendra plus tard mais plus non plus le jeune chien foufou qui n’arrivait à rien à force d’aboyer dans tous les sens. 46 METAL OBS’Le plus étonnant est que c’est le deuxième des trois disques que le groupe enregistra avec Rachel Heyzer. Aujourd’hui rangée des voitures - elle se serait reconvertie coiffeuse - elle sera, peu après sa petite heure de gloire en rejoignant les death-métalleux de Sinister en 2001 le temps de deux disques, devenue avec Angela Gossow d’Arch Enemy la première femme à récupérer le micro d’un « gros » groupe. Et tant pis si le fait qu’elle partageait alors la vie de leur batteur Aad Kloosterwaard a dû peser sur cette décision, et si sa prestation sur les deux disques qu’ils ont gravé avec elle n’a pas convaincu grand monde… Surtout que la dynamique instaurée dans Occult était assez différente. D’abord reléguée au second plan sur The Enemy Within (1996) où elle se contentait alors des chœurs, ici elle est sur le devant de la scène, partageant à plein temps le micro avec le futur frontman de Legion Of The Damned, Maurice (oui, on peut avoir une voix de Nazgul, des cheveux jusqu’aux fesses, faire du black/thrash et quand même s’appeler Maurice) Swinkels. Surtout, Of Flesh And Blood marque la première fois où le groupe décide de resserrer le propos et surtout d’avouer enfin à la face du monde sa passion inaltérable pour Slayer. Si jusqu’alors le black et le thrash se partageaient de façon équitable l’assiette, c’est bien ici que le dernier commença à prendre toute la place, pour le meilleur. Et cela se sent, les riffs tranchants sont devenus l’armature sur laquelle presque tout l’album repose et même si on rest espèce de mélange sale entre les deux genres, on n’est pas tout à fait dans le même créneau qu’un Bewitched par exemple qui, à l’époque, jouait à fond sur la corde rétro. Non, en comparaison, Occult est moins branché bracelets à clous et reprises de Venom, même s’ils gardent toujours un côté 80’s. Et puis ils penchent de plus en plus du côté de la Bay Area plutôt que celui de la Rhur et de Sodom on va dire, ce qui est accentué par un line-up pour la dernière fois à deux guitares… Histoire de mettre toutes les chances de leur côté, les petits plats ont été mis dans les grands  : après avoir signé sur un « gros » label, pour la première fois le groupe s’est délocalisé pour l’occasion à Gelsenkirchen près d’Hambourg en Allemagne pour bosser avec l’ingénieur de son de Massacra pour Sick et du Sodom de Get What You Deserve avec donc à la clef un son presque death-metal par moments. Surtout, Heyzer et Swinkels se partagent ici vraiment le micro, un peu comme dans la tradition crust de la décennie précédente. C’est-àdire que tour à tour, ils chantent en même temps puis ensuite se lancent dans une espèce de chassé-croisé du meilleur effet, surtout que si la première opère dans un style semi-guttural justement assez typé death, son compère, lui, s’en tient aux croassements de corbeau auxquels il a encore recours de nos jours. Mais tout cela fait-il de Of Flesh And Blood un bon disque, ma bonne dame ? Franchement, non. Occult est encore trop vert, pas assez concentré et encore trop englué dans son passé « evil » pour vraiment convaincre. Et puis, au petit jeu (inévitable) de la comparaison, il lui manque encore ce qui donnera à Malevolent Rapture, le premier assaut signé Legion of the Damned, toute sa saveur  : un côté immédiat, prêt à l’emploi et surtout instantanément ravageur. Mais le tout reste un beau document, l’instantané d’une époque où toute la scène néerlandaise se cherchait pas mal et où Occult était en pleine transition, se cherchant sans réussir tout à fait à se trouver. Un œuvre de jeunesse, à prendre comme telle, ne serait-ce que pour mesurer le chemin parcouru depuis, comme parfaitement illustré par Slaves Of The Shadow Realm, le nouveau et très carton nouveau Legion Of The Damned. [Oliver « Zoltar » Badin]



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