MDCU le Magazine n°10 septembre 2012
MDCU le Magazine n°10 septembre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de septembre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : MDCU.fr

  • Format : (271 x 361) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 22,5 Mo

  • Dans ce numéro : un an de New 52, et après ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 30 - 31  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
30 31
La sortie du film Dredd aux USA ce mois-ci est une bonne occasion pour revenir sur le parcours de ce qui est sûrement l'oeuvre la plus emblématique de la scène comics britannique. UNE OEUVRE CULTE Judge Dredd est un comics publié depuis 1977 dans le magazine anglais 2000 AD. Ce magazine est culte afin plusieurs raisons. Tout d'abord, il a servi de laboratoire d'idées pour plusieurs générations d'artistes britanniques qui ont par la suite franchi l'Atlantique pour travailler pour les éditeurs américains : Alan Moore, Grant Morisson, Mark Millar, Dave Gibbons, Frank Quietly, Jack, Frazer Irving Qui plus est, ce magazine est, à l'image d'un Metal Hurlant en France, le refuge pour une culture DE5,COMI• JUGE OREM indé scifi très années 70-80. Les thèmes abordés et le traitement des histoires en font un magazine pour adultes mais des milliers d'enfants ont mis la main dessus, comme un symbole subversif. Vendu en kiosque chaque semaine sur un support papier de faible qualité (pour privilégier le coût), 2000 AD est LE lieu où les artistes peuvent se lâcher. De nombreuses séries se sont succédé mais Judge Dredd reste la série la plus connue et la plus marquante, pour diverses raisons. Judge Dredd est la plus vielle série du magazine. Cliché (ou source d'inspiration pour les générations suivantes) d'une Amérique qui aurait dérapé dans une violence incontrôlée, cette série raconte les aventures d'un super-méga flic qui doit imposer l'ordre dans un monde qui n'en a plus. Créé par le scénariste John Wagner et le dessinateur Carlos Ezquerra sous la tutelle de l'éditeur Pat Mills, c'est un hommage au héros Dirty Harry, magnifiquement interprété au cinéma par le grand Clint Eastwood. Wagner quitte un temps le projet pour des raisons financières et Mills va alors rechercher une autre paire d'artistes pour lancer la série qui ne sera prête que pour le second numéro de 2000 AD avec Peter Harris au scénario (supervisé par Mills) et Mike McMahon au dessin. Ezquerra s'énerve de s'être fait soufflé le projet et s'en éloigne alors que Wagner revient dès le Sème épisode de la série. Le succès est tel que le personnage a le droit pendant un temps à son propre magazine sous la tutelle de Wagner, laissant la série de base dans 2000 AD aux 28 Par Leto mains de débutants du nom de Ennis, Millar ou Morisson. Il y a pire comme intérimaires... UN UNIVERS SANF CONCESSIONS Dredd (du nom de Josheph Dredd) est le héros principal de la série sauf que ce n'est pas le seul protagoniste et il est arrivé de voir d'autres Judges être les héros de certaines histoires. En effet, la force, voir la symbolique de la série, réside dans le concept du Judge. Dans un futur pas vraiment réjouissant, Mega-City One est rongée par la criminalité. Seul un corps de Judges se dresse contre la violence quotidienne. Toutefois, ce ne sont pas les juges qu'on connaît. En effet, ici, on reprend le concept philosophique de Policier + ! d•
Juge + Juré. Ainsi, le Judge dans cet univers représente toutes les parties prenantes de l'Ordre publique. Il est à la fois le chasseur de criminels, le défenseur de la loi et le juge des actes de chacun. Cette philosophie a été joliment résumée par la maxime devenue célèbre, « La Loi c'est moi ! ». Face à une violence du crime qui ronge Mega- City One, le Judge est investi de pouvoir sans limites lui offrant une liberté totale qui s'exprime à travers un comportement d'une violence inouïe. Avec un uniforme et surtout un casque qui donne l'impression que tous les judges sont identiques, on se dit que la loi est implacable, immuable et omniprésente dans la ville. Cela deviendra même une règle : ne jamais montrer le visage de Dredd pour éviter toute forme de rapprochement avec le lecteur. Judge Dredd, c'est une enflure qu'il faut craindre, pas un héros qu'on appelle. Un gun ultra-puissant qui ne reconnaît que ses empruntes, une superbe moto et des répliques cultes vachement kitch, c'est l'image populaire qui s'est développée auprès de personnes qui connaissent à peine le personnage. Icône de la culture punk britannique des années 80, le Judge est le symbole d'une autorité qui dérape mais qui risque d'être nécessaire si la société ne se reprend pas en main. D'ailleurs, le concept du temps dans la série est différent de l'approche des Big Two (Marvel et DC). Un an chez nous, c'est un an chez Mega-City One (la série est hebdomadaire, c'est nettement plus pratique que les mensuels US). Dredd est un vieillard désormais mais il peut toujours exercé sa fonction malgré un vilain cancer diagnostiqué en 2008. Wagner évite les questions au sujet de la disparition de Dredd, évoquant le fait qu'il lui survivrait sans aucun doute. Dredd n'est pas pour autant un personnage sans émotions ou sans entourage. Outre les autres membres de son corps de police, le héros a une famille, notamment un frère fou qu'il a dû tué dans le but de mettre fin à ses méfaits. Il y a aussi tout une galerie de vilains comme les Dark Judges. Heu- reusement pour le héros, ses capacités de combattant lui permette de se sortir, non sans mal et non sans beaucoup de dégâts, de ces situations. UN FILM OU UN NANAR ? Aux USA, Dredd a eu le droit à deux courtes séries régulières chez DC et un crossover avec Batman. En France, la série connaît une publication sporadique auprès de différents éditeurs. Dernièrement, on peut saluer l'effort de Soleil US Comics qui a publié en 2011 deux intégrales sur le personnage alors que son style particulier l'éloigne des standards américains. Là où le personnage a instauré pour toujours sa légende, c'est à la sortie du film Judge Dredd en 1995. Incarné par un Stallone au sommet de sa carrière... remplie de nanars (hormis les Rocky et les Rambo, Stallone a réalisé pleins de daubes et un ou deux accidents de parcours qui furent de bons films), le Judge respecte au début tous les codes de son univers. Cependant, le personnage perd rapidement son casque (pour des raisons marketing), son statut et va faire un tour en prison en mode conspiration. On retrouve donc plus un Stallone dans une univers de science fiction qu'un vrai Judge même si le jeu caricatural de l'étalon italien colle parfaitement à l'esprit rigide du personnage. Le film est un vrai nanar, savoureux pour de nombreux spectateurs comme moi qui l'ont découvert à l'occasion des multiples rediffusions à la TV. C'est un fait, le charisme du personnage, les répliques cultes comme « La Loi c'est Moi » et les scènes involontairement drôles en font un objet d'étude particulièrement savoureux. Le personnage dépasse donc le cadre du comics pour s'imposer comme un symbole du cinéma de série B. Échec en salles et nomination dans la catégorie du pire acteur pour Stallone ont renforcé le culte autour de ce film. Dans le contexte actuel d'invasion des comics au cinéma, toute bonne licence est à prendre. Ressortir Dredd de la grille des programmes de la TNT et du câble est un pari risqué. Le personnage a une aura qui dépasse le comics sauf qu'il part avec un handicap presque schizophrène : de nombreux spectateurs sont curieux et verront sûrement cette nouvelle version pourtant ayant l'image d'un personnage kitch et d'un nanar en puisssance, ils risquent de ne pas se précipiter dans les salles. Avec 29 un peu de chance, les chaînes de la TNT et du câble remplaceront l'ancienne version par la nouvelle ! Qu'en est-il de cette nouvelle mouture ? L'acteur est beaucoup moins connu (KarlUrban, vu dans de nom- breux films comme second rôle dont la nouvelle version de Star Trek) et le réalisateur n'a fait que deux films dont Angles d'attaque qui a connu un buzz pour sa distribution sans transformer l'essai au niveau critique et commercial. De là à dire que c'est une daube en puissance, non, car l'univers semble beaucoup plus proche du matériel original (crade et non kitch), le Judge garde son casque et la violence est crû même si la bande annonce fait penser à un scénario simple du type « je vais me faire un immeuble entier à moi tout seul ». Avec un budget de 45 millions de dollars (pas énorme pour un film de genre mais il n'y a pas de grosses stars à payer non plus) et un marketing plutôt discret, Dredd va sûrement faire les beaux jours de la VOD et, en France, sa sortie s'achemine lentement et sûrement vers le Direct-to-Dvd. C'est dommage car c'est un représentant d'une époque révolue, celle où le politiquement correct n'était pas de mise face à la violence du crime. On verra bien le résultat une fois le film en mains mais personne ne sera déçu si le film est mauvais. En espérant juste que, dans ce cas là, il soit si mauvais qu'il battra son prédécesseur. Allez, on croise même les doigts pour avoir la daube de l'année, ça nous fera du bien face aux daubes molles comme Green Lantern. Osez nous faire un vrai nanar messieurs les producteurs ! •



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :