MBOA Magazine n°4 jan/fév/mar 2011
MBOA Magazine n°4 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : MBOA TV

  • Format : (148 x 210) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Binta Diallo.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CULTURE. LIVRE Moussa Thiam Moussa Thiam est né à Podor dans l’extrême nord du Sénégal, dans une famille vivant depuis des siècles à cheval sur les deux rives du fleuve du même nom, qui est aussi la frontière. Il a vécu en Mauritanie jusqu’aux tragiques événements d’avril 1989. Un an après, il s’est retrouvé dans les camps de réfugiés, expulsé avec toute sa famille, dépouillé de tout. Malgré cette situation, il a pu continuer ses études au collège de Podor, puis au lycée Faidherbe de Saint-Louis grâce à l’appui du HCR, de Caritas et de bienfaiteurs français. Marqué par l’assistance humanitaire dont il bénéficiait durant son séjour dans ces camps, il a opté pour des études de médecine après un baccalauréat scientifique. Sorti de la faculté de médecine de Dakar en 2003 avec le diplôme de Docteur en Médecine, il intègre le ministère de la santé et de la prévention du Sénégal depuis 2005. Il nous parle de son dernier roman « Châtiments » paru aux Editions Phoenix aux Etats-Unis. Comment êtes-vous arrivé à l’écriture ? C’est une longue histoire. L’envie de retracer ce que je ressens, ce que j’aime m’est arrivé avec les premiers balbutiements de l’amour. A l’approche de la puberté, comme je ne trouvais pas le courage de dire mes sentiments, j’écrivais tout sur une feuille pour l’apprendre. Je faisais même de la simulation en utilisant le mur de ma chambre. Malheureusement, je devenais amnésique dès que je me retrouvais en face de la fille aimée. Cependant, j’avais le mérite d’avoir pu coucher sur le papier mes sentiments. A côté de cette initiation, c’est réellement l’œuvre de Camara Laye, « L’enfant noir » que l’ai lue en classe de CM2, qui m’a donné envie de partager mon vécu quotidien avec les autres. En effet, je vivais mal la polygamie qui avait rattrapé ma famille un an après le décès de ma mère. Notre maison était envahie par les neveux de mon père ou de ses épouses qui nous menaient la vie dure sans que personne ne prenne notre défense. Mon père étant complètement absorbé par son travail, une simple dénonciation de ces brimades et mauvais traitements se retournait aussitôt contre moi, vu le type d’éducation qui caractérisait notre communauté. L’enfant n’avait ni droit à la parole ni raison devant les adultes. Le seul refuge qui me restait était d’écrire ce que je vivais pour un jour le publier, et surprendre mon père. Malheureusement, avec les événements raciaux visant les négro-mauritaniens entre 1989 et 1992, ma 14 MBOA Magazine famille a été expulsée vers le Sénégal et j’ai perdu le document. Cependant, cette déportation a servi de vrai déclic car, après avoir traversé la frontière entre les deux pays, j’ai fait le serment d’écrire tout ce que je savais sur l’épuration ethnique qui prenait forme sous la baguette du colonel raciste Maouya Ould Sid AhmedTaya. C’est ainsi que naîtra mon premier ouvrage intitulé « Les otages », publié en 2007 à Paris. Votre dernier livre « Châtiments » vient de paraître. Comment s’est passée cette aventure ? Effectivement, « Châtiments » a été édité par les Editions Phoenix en juillet 2010. J’aime beaucoup le terme « aventureˮ que vous venez d’utiliser parce que cela en est vraiment une. D’abord, ce n’est pas mon deuxième ouvrage mais le troisième, car j’en ai écrit et terminé un autre qui vient compléter le premier. D’ailleurs, j’avais envoyé quelques tapuscrits à certaines grandes maisons d’édition françaises qui, heureusement ou malheureusement, toutes, les avaient rejetés. Avant même de recevoir les réponses, j’étais déjà en train de rédiger le projet « Châtiments ». En effet, le sujet me tenait à cœur et je me sentais plus à l’aise dans la fiction que dans le récit. L’occasion faisant le larron, j’ai profité d’une formation de trois semaines en paludologie dans la ville que j’avais choisie pour le déroulement d’une
partie de l’histoire, pour faire la visite de terrain et les repérages complémentaires, et écrire de bonnes parties. Quand j’ai fini le premier jet, en moins de neuf mois, j’ai envoyé le manuscrit, sans beaucoup d’espoir aux mêmes maisons d’édition. A la recherche d’une maison d’édition africaine sur internet, susceptible de porter ce projet, je suis tombé sur les Editions Phoenix qui venaient de naître et qui projetaient de publier la trilogie de Ndack Kane Coulibaly. Participer au développement d’une grande maison d’édition africaine capable de porter nos projets africains à travers le monde, et contourner le diktat des grandes maisons françaises me semblait être ce que tous les écrivains africains francophones espéraient. Il est connu que les projets qui ne les intéressaient pas, quelle que soit la qualité, surtout quand ils venaient d’auteurs africains inconnus, étaient classés sans suite. Il y a même une maison d’édition dont je tairais le nom qui m’a répondu en des termes bizarres : « Votre projet est très pertinent mais nous le trouvons trop rigoureux, trop méticuleux. En conclusion, il ne nous percute pas ! ». Mon épouse a réagi en disant que la direction éditoriale de cette grande maison d’édition française ne comprenait pas le français. Avec les Editions Phoenix, pourtant basées aux Etats-Unis, ma surprise fut encore plus grande quand les suggestions que j’avais faites sur leur site internet trouvèrent les réponses du directeur en personne. Pour ne pas créer d’incidents, j’attendis de recevoir les réponses de mes premiers envois avant de leur proposer mon projet, qui les séduisit dès la première lecture. La directrice de la collection Empreintes fut tellement emballée par les thèmes abordés qu’elle appela le projet son « bébéˮ. C’est ainsi qu’a démarré l’aventure avec les Editions Phoenix et je sens que nous cheminerons longtemps si Dieu le veut. CULTURE. LIVRE Quel thème abordez-vous dans vos écrits ? Globalement, je dénonce les maux de la société. Dans mon premier roman, j’ai décrit le calvaire des réfugiés mauritaniens au Sénégal au travers du regard de l’enfant que j’étais. J’en ai profité pour dénoncer le racisme dans toutes ses formes : l’exclusion sociale, le drame de certaines couches sociales, etc. Dans mon second roman, je touche à plusieurs problèmes, surtout la vie des enfants de la rue, les dangers qui les guettent et qui sont parfois insoupçonnés. A côté de ce thème, j’ai trouvé une connexion naturelle avec le tourisme sexuel, le proxénétisme, la drogue, la pédophilie, et même les sacrifices humains, sans oublier un des fléaux du XXIe siècle qu’est le sida. D’ailleurs, la grande majorité des thèmes abordés dans cet ouvrage sont d’actualité, aussi bien en Europe qu’en Afrique : les retraites en France, la canicule, la gestion de la dépendance, la délocalisation des entreprises, les enfants de la rue, etc. Comment vous vient l’inspiration ? Je suis un voyageur interne, si je peux m’exprimer ainsi. Je suis très concerné par mon environnement immédiat et, à partir de là, je fais des projections pour essayer de prévenir un tant soit peu les choses. Je refuse de me voiler la face, je regarde les choses comme elles sont et je les décris pour mieux sensibiliser ceux qui auraient un regard superficiel. Je trace plusieurs voies de solution sans pour autant m’ériger en donneur de leçon. Pour faire ces grandes analyses, aller au fond des choses, j’ai besoin de calme, de beaucoup de calme et, il n’y pas mieux que la profondeur de la nuit, le calme de l’aube, juste après la prière, la sérénité et la bonne ambiance familiale. Pour le moment, c’est mon univers et j’en profite. C’est par hasard que j’ai découvert l’aube et le petit matin comme moment de prolifération intellectuelle, et pendant lequel je me déverse parfois sans retenue. Compte tenu de mes conditions de travail, c’est très compréhensible car c’est un moment de fraîcheur après un bon sommeil compensateur. Pourquoi avez-vous besoin d’écrire ? L’écriture est la meilleure façon que j’ai trouvée pour communiquer avec mes contemporains, mais aussi avec les générations futures. Dans l’avenir, ils disposeront d’éléments précieux sur une histoire qui aurait pu leur échapper. Amener les lecteurs à prendre conscience d’une situation et à agir positivement constitue l’objectif final de ce besoin d’écrire. Ainsi, j’aurais le sentiment d’avoir apporté ma contribution, si modeste soit-elle, dans la marche du monde. Propos recueillis par Aïssatou DIAMANKA-BESLAND MBOA Magazine 15



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