Maze n°45 novembre 2015
Maze n°45 novembre 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de novembre 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20 Mo

  • Dans ce numéro : autopsie du cinéma français.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ces développements étranges. Les êtres ainsi touchés par ces influx extérieurs vécus comme des révélations incomplètes, deviennent alors incompris et maudits, considérés comme fous par ceux qui les entourent. En regard de ces intériorités profondément marquées par l’étrange, réside néanmoins d’autres personnages, tout aussi méprisés par le monde. L’un d’eux est le bohémien, figure à laquelle s’identifie pleinement l’auteur. Présent dans Le Forgeur de Merveilles, Le Bohémien et La Chambre perdue, il endosse tour à tour le rôle de ravisseur d’enfant, de meurtrier latent, mais aussi celui de tentateur diabolique et de maître de royaumes enchantés. Se mêlent ici l’imaginaire de la magie noire à celui du nomade énigmatique, sur lequel revient d’ailleurs O’Brien dans son poème The enchanted Titan où il compare le bohémien à Encelade  : « I layupon the earth, a captured giant ! » 4. Entité primordiale de sa cosmogonie, cette figure introduite dans Le Forgeur de Merveilles est un clin d’œil certain 76 Maze Novembre 2015 Littérature au lecteur avisé qui reconnaîtra des éléments du roman Notre- Dame de Paris (1831) d’Hugo 5. D’autres personnages comme les diseuses de bonne aventure, les spirites et les artistes maudits accompagnent cette joyeuse assemblée où se comptent encore bien des références littéraires et mythologiques. La nouvelle Médée ne transcrit-elle pas la transformation d’une femme simple et douce en une tueuse d’enfants comme le fut Médée elle-même, rendue folle par la jalousie ? Guidant sournoisement ces instincts noirs et pluriels qui se débattent en chacun des personnages, la drogue apparaît de même comme le révélateur des pulsions profondes et trouve une place de choix dans ces univers étranges, comme un moyen peut-être de quitter le simple monde pour le grand délire, le surnaturel. S’en viennent enfin dans ces tableaux obscurs, le couple récurrent de l’homme soldat -qui fascinait O’Brien depuis l’enfance- et de la femme maladive et spectrale, réceptacle de forces démoniaques, qui toujours la poussent à osciller entre les mondes. Inspiré sans nul doute par Edgar Allan Poe œuvrant à la même époque en Amérique, cette vision de la femme épouse l’esthétique romantique noire qui berçait l’imaginaire d’O’Brien, ce soldat des lettres tombé si tôt sous le feu d’un monde par trop simple. Trop peu traduites en français, les productions d’O’Brien gardent encore bien des secrets pour qui les ressort de l’ombre, mais ces pièces valent la peine de s’y attarder, car elles recèlent encore bien des richesses, qu’un article plus long ne saurait dévoiler tout à fait. Je vous invite donc, si cette plume vous intéresse, à consulter en ligne une sélection de ses écrits dans le recueil The Poems and stories of Fitz James O’Brien constitué par William Winter en 1881. Composition du recueil Qu’était-ce ?  : Qu’était-ce ? - Médée - La Chambre perdue - La Lentille de diamant - Le Forgeur de merveilles - Le Bohémien - Le pot de tulipes. Marine Roux 1. WINTER William. Old Friends ; Being Literary Recollections of Other Days. New York  : Moffat, Yard and Company, 1909. 2. Cette nouvelle qui révéla O’Brien vit sa paternité remise en cause par Thomas Guner, clamant à qui voulait l’entendre qu’il s’agissait d’une nouvelle d’un des membres du cercle Pfaff qui venait de rendre l’âme et auquel O’Brien aurait subtilisé discrètement ce chef-d’œuvre. Cette accusation fut très vite démentie par William Winter, devant lequel O’Brien avait composé ladite nouvelle. En effet, O’Brien écrivait la plupart de ses productions chez ses amis qui logeaient le plus souvent le brillant vagabond qu’il était. 3. Le diamant (du latin adamas = invincible), en sus de sa résistance, possède l’indice de plus élevé de réflexion, ce qui logiquement en fait la gemme parfaite pour grossir au maximum les images, tout en sachant qu’au XIXe siècle, les microscopes étaient encore inexacts, laissant passer des aberrations chromatiques (image floue et irisée). Le diamant pur, incolore, était censé être une pierre achromatique et ne pas produire ce genre de désagrément. 4. The enchanted Titan  : O’Brien compare le bohémien au titan Encelade qui fut emprisonné sous terre par Athéna (actuelle Sicile) lors de la grande guerre de la Gigantomachie (Zeus voulait se débarrasser des titans pour laisser place aux dieux de l’Olympe). 5. Dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, Esméralda a été enlevée par des bohémiennes égyptiennes et joue du tambourin accompagnée de sa chèvre Djali pour survivre. Ici, Zoléna a été enlevée par un bohémien égyptien et mendie de même en jouant de l’accordéon avec un singe prénommé Falbala. Ces deux jeunes femmes sont d’ailleurs courtisées par des bossus, Quasimodo pour l’une, Solon pour l’autre.
Cinéma Les Anarchistes Un film (de) bleu « A la vie, à la mort, à l’amour » en lettres majuscules, Tahar Rahim qui fronce les sourcils, Adèle Exarchopoulos qui vous regarde bien dans les yeux, leurs noms au centre, le titre du film écrit à la plume en dessous, écrasé sous leurs figures  : vous êtes peut-être déjà tombé sur l’affiche du nouveau film d’Elie Wajeman, Les Anarchistes. Toute l’arnaque du film y est résumée  : on y parle d’amour, de Tahar et d’Adèle ; l’anarchie et l’époque passent à la trappe. F in du XIXe siècle. Tahar Rahim est fils de personne, il débarque de la Côte d’Azur et s’installe à Paris. Il cherche du travail ; contre quelques biffetons de la police, il accepte d’infiltrer un groupe d’anarchistes. Il entre alors, sans accroc, dans le monde ouvrier. À l’usine, après avoir réussi à séduire Biscuit, un membre du groupe anarchiste, il rencontre le reste de la bande. Pour se faire accepter, il va faire en sorte qu’une descente de police dérange une réunion à laquelle il assiste. En l’espace de quelques minutes, il passe du statut de simple visiteur à celui de sauveur. Il est alors accepté par le noyau dur, composé d’Élisée, Eugène, Marie-Louise, Gaspard, Clothilde et Adèle Exarchopoulos. Le générique de début nous imposait déjà en lettres majuscules le casting qui allait suivre. Les Anarchistes donne tout à ses deux acteurs et délaisse la fiction, les personnages et l’anarchie elle-même. Les Anarchistes accumule les prétextes et astuces pour rassembler les deux comédiens dans une histoire d’amour. D’abord un contexte, suffisamment loin de notre époque et des appartements bourgeois parisiens pour paraître original. En quelques dates et costumes, et à l’aide d’un étalonnage bleu dégueulasse, il est installé  : nous ne sommes pas dans le présent, c’est bon, personne ne verra la supercherie. Afin que la démonstration des comédiens soit l’essentiel de ce que l’on retiendra, la fiction est aussi mise de côté. Une infiltration policière dans un groupe d’anarchistes, un dilemme intérieur, une histoire d’amour secrète. La suite et fin de l’histoire est écrite au bout d’un quart d’heure de film. Même Élisée, chef de la bande et petit ami de Judith – le personnage d’Adèle Exarchopoulos – les pousse vers ce dénouement. « Si je meurs, prends soin de Judith », dit-il à Jean (Tahar Rahim). Ai-je besoin de l’écrire ? L’amour triomphe encore et toujours, surtout entre deux grands comédiens. De cet amour caché, Elisée – interprété magistralement par SwannArlaud - en est la pierre angulaire. Il incarne l’homme plein de confiance, de passion, d’humilité et d’intégrité, acceptant les écarts de Judith. Les autres personnages font partie du décor sans profondeur de cette histoire, celui en carton que l’on déplace comme bon nous semble. Eux oscillent vaguement entre figures de confiance et figures de méfiance envers Jean, l’infiltré. L’anarchie, à l’image des personnages, n’a ni statut de sujet ni grand intérêt ici ; elle reste un détail plat du contexte, réduite malheureusement à des pillages et deux discours. Le film a peur du contexte dans lequel il inscrit son sujet, il n’ose se pencher ni sur l’idéologie ni sur l’époque. Encore une fois, autour de l’histoire d’amour et des deux comédiens, tout n’est que simulacre. 77



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