Maze n°45 novembre 2015
Maze n°45 novembre 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de novembre 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20 Mo

  • Dans ce numéro : autopsie du cinéma français.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 38 - 39  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
38 39
38 Maze Novembre 2015 Art Vous avez dit « contemporain » ? En France, une grande partie de la population a du mal à comprendre l’art contemporain, souvent considéré comme élitiste ou incompréhensible. Le seul mot ‘’contemporain » suffit à déconcerter. L’art du passé n’est pas aussi mal considéré. Pourquoi cette mise à l’écart du contemporain, alors qu’il est censé exprimer le temps dans lequel nous vivons ? « C’est pas de l’art » « Toute œuvre d’art est l’enfant de son temps », écrit Kandinsky dans l’introduction de Du Spirituel dans l’art (1910). Il explique dans le même livre que l’art contemporain a du mal à être interprété par ses contemporains, qui préfèrent l’art du passé. Par exemple, encore aujourd’hui, beaucoup de personnes diront que la peinture classique est du « vrai art », parce que l’art doit être beau et bien fait. Mais depuis l’impressionnisme, les artistes déconstruisent cette vérité, révoquant l’art académique et se permettant des libertés d’interprétation. Aujourd’hui, nous pensons comprendre l’impressionnisme, le cubisme, l’art abstrait, parce que les yeux de la société se sont habitués à ces formes. Mais les nouvelles formes d’art, que nous appelons par défaut « art contemporain » n’ont pour l’instant pas encore eu le temps d’être appréhendées par un bon nombre de personnes. Beaucoup d’artistes n’éprouvent pas le besoin de représenter le monde sous une forme naturaliste, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne le représentent pas. Le monde est d’ailleurs la matière première de leur pratique, et sa représentation prend des formes très diverses selon les interprétations des artistes. Depuis le début du XXème siècle, et encore plus depuis les années 50, le nombre de moyens d’expression plastique a explosé  : les arts plastiques ne se limitent plus à la peinture et à la sculpture, mais comprennent le dessin, la photographie, la vidéo, la performance, l’installation... L’art plastique a su dépasser la définition de Kant  : « Œuvre d’art traditionnelle  : objet destiné à procurer du plaisir esthétique et sans fonction utilitaire. » (1790). « Je n’y comprends rien » Cette définition très restreinte, déjà erronée avant d’être écrite, limiterait l’art à un objet agréable, voire décoratif, qui se doit d’être beau et sans fonction. Pourtant depuis longtemps, toutes les formes d’art en sont très loin, servant des idées ou répondant à des commandes. Mais c’est à partir du XXème siècle que les artistes, aidés et suivis par certains théoriciens de l’art, déconstruiront ces propos, notamment en soulignant l’importance des contextes de production ; historiques, politiques, sociaux et artistiques. À
chaque époque, les artistes s’inscrivent dans leur temps pour en donner une image, tout en n’oubliant pas le passé artistique et en y faisant référence. L’artiste et son œuvre sont le fruit de leur époque, et il faut parfois des clefs pour les comprendre, en interrogeant l’Histoire et le présent. C’est encore le cas des artistes contemporains, qui inscrivent leur pratique dans un contexte qui leur est propre, utilisant de nouveaux médiums, comme For the love of God (2007), où Damien Hirst fait appel à la vanité, thème prisé durant la Renaissance, tout en modifiant les codes pour l’inscrire dans une ère contemporaine. L’art contemporain ne peut être complètement apprécié sans certains pré-requis, la compréhension des œuvres n’est pas acquise, et l’expertise dans l’art n’est pas un mythe. Il ne paraît pas approprié de donner son avis sur une opération chirurgicale quand on n’en a aucune connaissance. C’est pour ça que la médiation dans les musées contemporains est importante  : elle permet d’accompagner un public qui n’a pas reçu un enseignement spécialisé, afin qu’il ne se sente pas mis à l’écart dans ce monde de l’art contemporain. « Tout le monde peut faire ça » Depuis Les Vies de Vasari (1550), l’Histoire de l’art véhicule l’idée que l’art doit représenter les canons de la beauté, et cette pensée est encore très présente dans les esprits d’aujourd’hui. De nombreuses avant-gardes ont pourtant essayé de changer cette idée qui continue d’exister. En sortant des écoles d’art, beaucoup d’artistes savent dessiner, connaissent les règles de la perspective et les proportions du corps. Seulement, les moyens de représentation ont évolué, et il ne semble plus nécessaire de tendre à un naturalisme (ou réalisme) formel et exact. Il arrive souvent d’entendre des plaintes Les Outrenoir(s) - Pierre Soulages Art par rapport à la facilité de réalisation, qui fait voir certains artistes comme des gens gagnant leur vie en faisant quelque chose de simple. Chaque œuvre, chaque ligne d’un dessin, chaque objet utilisé est finement pensé, et ne sont pas là par hasard, par flemme ou pour faire simplement beau. Une autre idée reçue est que l’art doit procurer des émotions, telles que la tristesse ou la joie, et que là s’arrête son but. S’il est nécessaire de passer par les émotions pour intéresser le public, un des grands desseins de l’art est de faire réfléchir. Les œuvres ne doivent pas donner des réponses, mais poser les questions et ainsi faire s’interroger ceux qui les regardent, les contemporains et ceux du futur. Le beau et le bien fait ne sont que des apparences, répondant à des codes sociaux qui définissent l’esthétisme, et l’artiste ne doit pas s’attarder sur ces valeurs institutionnelles. Il est important de comprendre que l’art va au-delà d’un bel objet, et qu’il faut se poser des questions en regardant une œuvre. L’art est victime de nombreux clichés qui peinent à le faire reconnaître par le grand public  : l’art doit être beau, bien fait, sophistiqué, émouvant... C’est peut-être une des raisons pour lesquelles une grande partie de la population a du mal à appréhender l’art contemporain  : depuis deux siècles, les artistes ont tenté de mettre à mal ces façons de penser l’art. Les artistes contemporains nous parlent de nous, de notre monde, de notre histoire, de notre passé, de notre présent et de nos futurs. Peut-être que les prochaines générations sauront reconnaître l’art d’aujourd’hui, et qu’elles-mêmes auront du mal à apprécier leur art contemporain. Espérons que non... Ludovic Hadjeras 39



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Maze numéro 45 novembre 2015 Page 1Maze numéro 45 novembre 2015 Page 2-3Maze numéro 45 novembre 2015 Page 4-5Maze numéro 45 novembre 2015 Page 6-7Maze numéro 45 novembre 2015 Page 8-9Maze numéro 45 novembre 2015 Page 10-11Maze numéro 45 novembre 2015 Page 12-13Maze numéro 45 novembre 2015 Page 14-15Maze numéro 45 novembre 2015 Page 16-17Maze numéro 45 novembre 2015 Page 18-19Maze numéro 45 novembre 2015 Page 20-21Maze numéro 45 novembre 2015 Page 22-23Maze numéro 45 novembre 2015 Page 24-25Maze numéro 45 novembre 2015 Page 26-27Maze numéro 45 novembre 2015 Page 28-29Maze numéro 45 novembre 2015 Page 30-31Maze numéro 45 novembre 2015 Page 32-33Maze numéro 45 novembre 2015 Page 34-35Maze numéro 45 novembre 2015 Page 36-37Maze numéro 45 novembre 2015 Page 38-39Maze numéro 45 novembre 2015 Page 40-41Maze numéro 45 novembre 2015 Page 42-43Maze numéro 45 novembre 2015 Page 44-45Maze numéro 45 novembre 2015 Page 46-47Maze numéro 45 novembre 2015 Page 48-49Maze numéro 45 novembre 2015 Page 50-51Maze numéro 45 novembre 2015 Page 52-53Maze numéro 45 novembre 2015 Page 54-55Maze numéro 45 novembre 2015 Page 56-57Maze numéro 45 novembre 2015 Page 58-59Maze numéro 45 novembre 2015 Page 60-61Maze numéro 45 novembre 2015 Page 62-63Maze numéro 45 novembre 2015 Page 64-65Maze numéro 45 novembre 2015 Page 66-67Maze numéro 45 novembre 2015 Page 68-69Maze numéro 45 novembre 2015 Page 70-71Maze numéro 45 novembre 2015 Page 72-73Maze numéro 45 novembre 2015 Page 74-75Maze numéro 45 novembre 2015 Page 76-77Maze numéro 45 novembre 2015 Page 78-79Maze numéro 45 novembre 2015 Page 80-81Maze numéro 45 novembre 2015 Page 82-83Maze numéro 45 novembre 2015 Page 84