Maze n°45 novembre 2015
Maze n°45 novembre 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°45 de novembre 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20 Mo

  • Dans ce numéro : autopsie du cinéma français.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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36 Maze Novembre 2015 Art Art et institutionnalisation, fenêtre du changement L’art contemporain intègre en son sein une street culture autrefois alternative et rejetée par la masse. Depuis, celle-ci s’est démocratisée avant de perdre de sa spontanéité et de son anti-conformisme. De la vente à ses commanditaires, retour sur un mouvement qui s’institutionnalise. Kissing Coppers (à gauche) - Banksy. Photo  : Reuters Une fois l’art perçu comme une forme d’expression, comme un métier ou un moyen de communication, est apparue la question de sa monétisation. Les artistes ont d’abord eu besoin d’une rémunération pour exercer leurs prouesses, que ce soient des mécènes ou des commanditaires. Une demande de la part de collectionneurs et une économie portant ses fruits, un marché propre lui a alors été logiquement consacré. Au cours du XXe siècle les records de vente se sont succédés, et le XXIe siècle entamé, les chiffres n’ont pas cessé d’augmenter. L’année 2014 a été celle d’un record, comptabilisant un chiffre d’affaires vertigineux s’élevant à 15,2 milliards de dollars. Du jamais vu auparavant ! Ce qui, quelques décennies auparavant, était déconsidéré, trop avant-gardiste ou novateur, trouve aujourd’hui de plus en plus d’amateurs. Pour cela les exemples ne manquent pas. De Van Gogh mort dans la méconnaissance et la pauvreté aux désaccords entourant l’art de rue de Keith Haring, nombreux sont les artistes devenus plus fameux encore après leur mort. Effectivement, ce même Haring mais aussi Jean-Michel Basquiat se partagent, quelques décennies après leurs décès, de nombreuses rétrospectives (Basquiat en 2010 et Haring en 2013 à Paris), des habits ainsi que d’autres objets à leurs effigies (telles que les collections uniqlo), mais plus encore  : des places conséquentes dans les chiffres de ventes de l’art contemporain. Selon Artprice, Jean-Michel Basquiat reste
en terme de produits de vente le premier artiste contemporain pour la troisième année consécutive, et ce vingt-sept ans après sa disparition. Son Orange Sports Figure s’est d’ailleurs vendu 8,8 millions de dollars le 1er juillet dernier chez Sotheby’s alors qu’il avait été acheté 66 000 dollars vingt ans auparavant. Quant à Haring, il n’est pas en reste et se classe à la 9ème place 1. Pour autant, est-il normal que nous puissions continuer à spéculer sur une œuvre lorsqu’un artiste n’est plus là pour profiter des fruits de son travail ? Pour ce qui est de l’art urbain, sa volonté première semblait être son accessibilité, sa mise à disposition d’un large public n’ayant pas les moyens de s’offrir une œuvre ou n’étant pas habituée aux musées. S’exposer dans le domaine public, c’est aussi une manière de transmettre un message, une idée et de faire connaître ses talents. Nous n’énumèrerons pas toutes les significations singulières de cet art mais il s’avère qu’un paradoxe existe entre la vente aux enchères et l’essence même de ce mouvement. Est-il logique qu’un art s’inscrivant dans l’espace public pour se rendre accessible s’enferme et devienne exclusif ? La culture pour tous devraitelle être individualisée ? Que faire quand cela est réalisé à l’insu de son créateur ? Pensons aux œuvres arrachées à la rue pour atterrir sur le marché de l’art sans accord préalable de leurs auteurs telle la fameuse œuvre Kissing Coppers de Banksy pour ne citer qu’elle. Depuis quatre ans, Graffitiart publie le guide de l’art contemporain urbain, signe d’un intérêt redoublé à ce qui se produit et se produisait en dehors des carcans de lieux clos et de son institutionnalisation. Si ce phénomène amène à diverses interrogations, le street art comme tout courant connaît une phase d’acceptation et d’intégration. Sans celles-ci, d’autres mouvements ne pourraient éclore et donner une nouvelle impulsion au monde artistique. Après tout, Dada ne rendait pas tout le monde gaga, Picasso avant d’être en haut a connu de nombreux bas. Nous ne pouvons lutter contre ce cycle sempiternel. Tout ce qui est nouveau, novateur et source de débat finit par être intégré et par entrer dans l’Histoire. Comme la destruction est créatrice, un nouvel essor prend suite, tout d’abord rejeté et de nouveau ingéré. Malgré tout, un équilibre devrait pouvoir résister. Où est le charme de l’art urbain quand celui-ci est entièrement prévu et que des quartiers entiers se Art dessinent pour lui laisser libre cours ? Cela revient à redonner une feuille blanche aux frontières délimitées à ceux qui auparavant s’escrimaient à dépasser de ces bordures conventionnelles. Où trouve-t-on de réel intérêt quand tout est planifié ? On ne navigue plus à la découverte d’un secret caché face à une chasse au trésor improvisée. Si les festivals, les commandes municipales et autres initiatives permettent de faire connaître les artistes et leur offrent une certaine visibilité, les street artistes ne doivent pas pour autant délaisser l’art impromptu. Il est ainsi dommage de voir que certains artistes deviennent carriéristes, ou que leur formation tient plus du marketing que de la réelle passion expliquant la vente quasi-systématique de leurs créations à coup de collaborations. Dans une poussée forcenée d’idéalisme, nous pouvons nous demander si le marché opportuniste ne devrait pas être limité dans une démarche d’accessibilité. La gratuité et la démocratisation de ce type de projets ne doivent pas répondre à une mode, mais à une volonté, celle de laisser les êtres et leurs imaginations s’exprimer ! 1 Chiffres provenant du rapport d’Artprice sur le marché de l’Art contemporain en 2015. Pierre Verdy/AFP Louison Larbodie 37



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