Maze n°19 mai/jun 2013
Maze n°19 mai/jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de mai/jun 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 94

  • Taille du fichier PDF : 30,2 Mo

  • Dans ce numéro : ce qu'on vous a caché sur le Bac...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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en lettres assorties à la couleur des teintures est écrit : « SANS ISSUE » «. Ainsi résonnent ces paroles des Talking Heads « And thing fellapart/Nobody paid much attention ». La particularité du texte de Bret Easton Ellis est qu’il ne laisse rien ressortir, à première vue. On pourrait être tenté comme beaucoup de critiques malheureusement à voir en ces textes un dégeulis de description de costumes de jeunes riches défoncés à la cocaïne, et pourtant... on sent qu’il y a autre chose. Le texte de Bret Easton Eliss souffle la vie autant qu’il la respire. Paradoxe ? Surement pas ! Les textes qu’ils soient ceux de Gustave Flaubert, Hunter S. Thompson, Albert Camus, Boris Vian ou Bret Easton Ellis (tous ces auteurs qui ont écrit sur le rien et sur l’indifférence - l’ennui - de la société), dégagent de leur écriture peut-être brute, ou de leur projection de la société du vide (par l’écriture de ce vide), un langage qui participe à l’édification d’un monde commun, c’est-à-dire de la vie. Patrick Amine dans Art Press l’explique ainsi : « L’auteur de Moins que zéro décrit dans son deuxième livre une nouvelle descente aux enfers qui se situe à l’université. Ses héros, des étudiants issus d’une bourgeoisie typée, trempent, d’une dérive à l’autre, dans les illusions du sexe et de la drogue, sur un fond de rock... Bret Easton Ellis peint une génération en négatif, en montrant les impasses des désirs, des urgences existentielles et des manques. Tout cela au moyen d’une écriture sobre, rapide et brute. La phraséologie de cette décennie contient à elle seule toute une micro-histoire. Une langue. » LITTÉRATURE CINÉMA Cette micro-histoire, bien loin d’être un histoire politique est une histoire des mœurs implantée dans la politique, cette langue (langage) qu’offre les textes dont nous avons parlés (mais aussi bien d’autres) font surgir de la société du vide, de la description (du réalisme), une réflexion métapolitique - plus seulement politique - sur la vie. Mais de tels textes qui s’attachent à questionner la vie, par la création d’un jargon où la langue orale finit par faire silence (« Ce que le langage oral ne peut dire, tel est le sujet de la littérature » Pascal Quignard dans Vie secrète) participent à l’édification d’un monde commun. C’est-à-dire que les écrivains ont affaire à des représentations et utilisent les mots comme des instruments de communication et se trouvent engagés dans les tâches de la construction d’un monde commun. Ils interviennent dans le découpage des objets qui forment le monde commun, des sujets qui le peuplent et des pouvoirs qu’ils ont de le voir, de le nommer et d’agir sur lui. Cette politique de la littérature (métapolitique) suppose qu’il y a un lien essentiel entre la politique comme forme spécifique de la pratique collective et la littérature comme pratique de l’art d’écrire. Les textes contemporains (d’Ellis à Thompson, de Vian à Camus) soit-disant politiques ont souvent comme couverture la critique et la dénonciation d’une politique du vide et de l’indifférence, mais ils possèdent comme profondeurs une réflexion métapolitique sur la vie et sur comment vivre : sur l’exploration de la vie humaine. Alors nous pouvons voir resurgir dans la langue parlée des phrases et expression tirées de romans, des courant politiques basées sur des textes littéraires et philosophiques. L’un ne marche pas sans l’autre pourrait-on dire, mais l’objet de la littéra- Maze 62 Mai-Juin 2013 ture, contrairement à la politique qui est réelle et concrète - que l’on peut qualifier de réalisme -, tout comme l’objet du romancier est de « retracer le mouvement conquérant de l’existence subjective, tout en la montrant confrontée au mouvement dévastateur de la réalité » (Hegel, Phénoménologie de l’esprit). C’est dans le langage, ou plutôt dans la création d’un langage à travers l’œuvre littéraire, que nous reconnaissons notre langage dans celui d’autrui, mais aussi que nous voyons pleinement la vie et l’intimité surgir. Nous devenons réellement autre à la lecture d’un texte. « Dans le roman se réalise la reconnaissance de son propre langage dans un langage étranger, la reconnaissance, dans la vision du monde d’autrui, de sa propre vision. Dans le roman s’opère une traduction idéologique du langage d’autrui, le dépassement de son « étrangeté », qui n’est que fortuite, extérieure et apparente. » (Mikhail Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Gallimard, 1987, p182). Alors lisez et laissez vous emporter par l’élan vital du texte qui vous conduira, j’en suis sur, en bien des mondes merveilleux. - Thibault Comte
LITTÉRATURE CINÉMA Combat de nègre et de chiens « Combat de nègre et de chiens ne parle pas, en tout cas, de l’Afrique et des Noirs - je ne suis pas un auteur africain - elle ne raconte ni le néo-colonialisme ni la question raciale. Elle n’émet certainement aucun avis. Elle parle simplement d’un lieu du monde. On rencontre parfois des lieux qui sont des sortes de métaphores, de la vie, ou d’un aspect de la vie, ou de quelque chose qui me paraît grave et évident... » Bernard-Marie Koltès L'avertissement est lancé dès la post-face de cette pièce de théâtre parue dans les Editions Stock en 1983. "Elle n'émet certainement aucun avis", bien. Mais alors de quoi traite-telle ? Il semblerait bien qu'il s'agisse de l'incommunicabilité entre des êtres différents, aussi bien physiquement que culturellement. Prenez un chef de chantier français dans la soixantaine, un ingénieur d'une trentaine d'année et une femme qui s'appelle Leone, placez-les dans un chantier en pleine Afrique. Pimentez un peu le tout en isolant ce chantier du reste du monde grâce à de grandes palissades habillées de barbelés et de gardes qui sans relâche sont armés jusqu'aux dents, prêt à faire feu sur tout intrus qui oserait pénétrer ce camps très surveillé, et voilà, vous avez la recette de Combat de nègre et de chiens ! Le calfeutrement permettant une proximité certaine entre les actants, nous assistons à la progressive perte de contrôle des individus, animaux en cage évoluant sur un terrain couvert de sable rouge. Symbolique grandissante, ce tapis sanglant marque la tentative de comprendre autrui, dans l'amitié ou dans l'amour, mais tout semble joué d'avance. Les phrases lancées vers l'autre l'effleurent mais ne le touchent pas. Ainsi, à la place des dialogues fleurissent des monologues où s'entremêlent plusieurs langues : le français, l'allemand et le ouolof, une langue usité au Sénégal. L'une des particularités de cette pièce de théâtre, qui pourrait paraître déconcertante en premier lieu, est le travail que l'auteur classique Bernard-Marie Koltès accomplit sur la langue. Emprunt de l'esthétique du vers Claudélien, défini par une absence de métrique et de rime, mais qui s'illustre par ce que son créateur appelle "la respiration de l'âme", le style de Koltès fait de chaque mot une note essentielle qui vise à rendre l'accord majeur d'une écriture naturelle et non pré-construite sur des schémas littéraires contraignants. La liberté, c'est de cela que se nourrit cet homme qui découvrit, en rencontrant Marie Casares, l'amour du théâtre, à l'âge de tous les rêves, 20 ans. Et cette liberté d'esprit que le Français ne cessera de cultiver s'oriente tout naturellement sur la question de la solitude et de la mort, qui sont deux thématiques récurrentes dans ses œuvres Si l'une mène généralement à l'autre en certaines occasions, on retrouve dans la pièce le motif d'un pont inachevé qui tente de rallier les hommes entre eux sur ce chantier angoissant, où seuls les bruits de langues étranges que font les guetteurs à intervalles réguliers parviennent jusqu'aux personnages, ces esseulés. Venant troubler ce charmant microcosme, un Noir, soit un "boubou" comme le nomme Koltès, échappe semble-t-il à la surveillance des gardes et parvient à se faufiler sur le chantier pour régler ses comptes avec le chef. Se présentant sous le nom d'Alboury, ce dernier vient récupérer le corps de son frère mort. Toute l'intrigue repose sur ce point précis, la restitution du cadavre, qui finalement ne viendra jamais. Et pour cause, l'accident prétendu qui aurait enlevé Nouofia est en fait un homicide perpétué par l'ingénieur, Cal. Mort pour avoir voulu quitter le chantier une heure en avance, un coup de pistolet a scellé le destin de cet ouvrier et c'est dans les égouts que son corps a été jeté sans vergogne par ce chien de blanc. Oui, le mot "chiens" présent dans le titre désigne bel et bien les blancs et leurs comportements dans cette partie reculée du monde. Le gouffre ne cesse de s'accroître entre les boubous et ces chiens, même si Léone tente de se convertir à la culture d'Alboury en gravant sur son visage à l'aide d'un culot de bouteille explosé, des signes tribaux, marquant son désir d'appartenance à la communauté noire. Union avortée, ce n'est qu'une suite d'échec, de solitudes exacerbés jusqu'à la folie, jusqu'à l'explosion finale de ce feu d'artifice fomenté par Horn, le chef de chantier, et signant une nouvelle mort, celle de Cal et de ce fait, la fin de l’histoire. Seul le sang pouvant laver le sang, les survivants sombrent dans la folie à l’image de Léone, ou bien en ressortent encore plus affaiblis qu’avant. Ne subsiste de cette histoire que le souvenir de la tentative de se fondre dans l’autre et ces phrases à la poésie bouleversante à peine enfuies des lèvres de Léone : « Je ne suis pas vraiment une Blanche, non. Oh moi, je suis déjà tant habituée à être ce qu’il ne faut pas être, il ne me coûte rien d’être nègre par-dessus tout cela. Si c’est pour cela, Alboury, ma blancheur, j’ai déjà craché dessus depuis longtemps, je l’ai jeté, je n’en veux pas. Alors si vous aussi vous ne vouliez plus de moi… » - Marine Roux Maze 63 Mai-Juin 2013



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