Maze n°19 mai/jun 2013
Maze n°19 mai/jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°19 de mai/jun 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 94

  • Taille du fichier PDF : 30,2 Mo

  • Dans ce numéro : ce qu'on vous a caché sur le Bac...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CINÉMA L'Écume des jours, Gondry sublime Vian Omar Sy, Romain Duris, Audrey Tautou et Michel Gondry sur le tournage de L'Ecume des jours - Droits Réservés Adapter Boris Vian n’est pas chose aisée, c’est du moins ce que scandaient les nombreux adeptes de l’écrivain qui attendaient de pied ferme cette nouvelle adaptation cinématographique de L’Écume des Jours. Mais Michel Gondry parvient non seulement à porter Vian à l’écran, mais il va encore plus loin. Michel Gondry, un réalisateur hors pair. Beaucoup attendaient l'adaptation de Vian, pour ma part j'avais hâte de découvrir le dernier Gondry. Cette nuance me permet de souligner la hauteur de son travail. Ce cinéaste s'essaye à tout, du vidéo-clip à la bande dessinée en passant par la publicité. Il a su entre autres imposer son style insolite dans les clips de Björk (cf. Crystalline en 2011), une collaboration de longue date (depuis 1993) qui annonce le style de ce génie de l'image. On lui doit la célèbre publicité Nespresso mais aussi et surtout, celle d'Air France, en 1999, qui a marqué les esprits par sa beauté et son ingéniosité. Cette "orientation" révèle bien son sens de l'esthétisme, une qualité qui lui est propre. Vous l'aurez donc compris, ce n'est pas un hasard si le projet de L'Ecume des jours a été confié à ce Méliès des temps modernes. tend à employer une utilisation excessive d’effets spéciaux et L’Ecume des jours aurait pu en souffrir. Bon nombre de séquences pouvaient être réalisées en studio sur fond vert tandis que les effets spéciaux auraient pu foisonner à travers cette histoire délirante. Cependant, il a privilégié ses inventions de génie, en utilisant notamment le light painting, le stop motion (animation image par image) ainsi qu’un panel d’objets délirants conçus spécialement pour le film. Les décors sont réels et on le remarque aisément dans le jeu des acteurs. Ils évoluent donc naturellement dans ce foutoir imposé par Gondry, nous offrant ainsi une toute nouvelle facette de leur jeu habituel. Romain Duris, qui interprète l’idéaliste Colin, parvient ainsi à se détacher de ses mimiques si caractéristiques tandis qu’Audrey Tautou, campant le rôle de la délicate Chloé, excelle une nouvelle fois par son expressivité qui fait que l’on s’attache tant à son personnage. Le choix des acteurs, considérés comme « bankable » à juste titre par certains, n’enlève d’ailleurs rien à la magie de l’histoire, bien au contraire : chacun parvient à s’illustrer parfaitement dans cet univers décalé. Une fidélité surprenante. On reproche souvent aux films de ne pas être assez fidèles aux livres originaux. Ici, en plus d’entièrement respecter l’histoire d’origine, Michel Gondry parvient à ajouter sa touche personnelle. Il nous montre dès L'histoire. Pour ceux qui n'auraient pas eu la chance de lire la les premières images que l’histoire ne peut être changée, version originale de Boris Vian publiée en 1947, L'Ecume des on découvre ainsi une écriture « à la chaîne » de L’Ecume des jours nous conte la rencontre entre Colin, un jeune homme Jours, un processus continu qui ne semble pouvoir s’arrêter. riche et inventif, et Chloé, une jeune femme à l'image d'un Il l’illustre avec humour lors de la course entre Colin, Chloé, blues de Duke Ellington. Leur mariage semblant idéal tourne Alise et Chick dans l’église afin de déterminer quel couple va vite au drame lorsque cette dernière apprend qu'elle est atteinte d'une grave maladie : un nénuphar grandit dans son se marier. Alise annonce alors vouloir gagner pour devenir le personnage principal de l’histoire, un clin d’œil qui a sans poumon. Entouré de ses amis, Nicolas son cuisinier et Chick, nul doute inquiété les grands protecteurs de Vian. Lorsque adepte inconditionnel de Jean-Sol Partre, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus difficiles afin de payer Chloé tombe malade, Colin tente lui aussi de changer le cours de l’histoire sur le manuscrit du livre mais ne peut y les soins de Chloé. A priori banale, l'histoire évolue dans un parvenir face à cette violente machination des mots. Vous univers complètement absurde entre rêve et réalité, dans lequel les contradictions et jeux de mots sont omniprésents. Il l’avez saisi, ce film est unique par sa réalisation, qui est bien loin des schémas habituels. Michel Gondry nous offre un s'agit donc d'une œuvre très visuelle dont la modernité est spectacle époustouflant éclairé par une explosion visuelle stupéfiante. Une histoire jugée difficile à adapter puisque de deux heures qui défilent à toute vitesse. Un film qu’il faut l'idée que l'on s'en fait est propre à chacun. Le réalisateur donc aller voir et sans doute revoir afin de découvrir toutes a d'ailleurs avoué s'être basé principalement sur les images les subtilités qui nous auraient échappé dans cet océan qu'il avait eues lors de sa première lecture du livre. d’images. Michel Gondry ne choisit pas la facilité. Le cinéma actuel - Yohan Fayard Maze 44 Mai-Juin 2013
CINÉMA Fear and Desire - Un cri de honte ? Lumière, à Lyon, c'est l'endroit des premiers cris, des prémices du 7ème art. Depuis un certain temps, pour préserver cette tradition, il participe à la renaissance de certaines copies précieuses mais abîmées. L'étonnant Propriété Interdite de Sydney Pollack et le célèbre Chinatown de Polanski L'Institut sont de celles-la. Laissons-les de côté pour le moment et attaquons-nous au brouillon d'une filmographie de génie, qu'il aurait voulu faire disparaître : Fear and Desire. DE JOSEPH BURSTYN FRANK SILVERA - KENNETH HARP PAUL MAZURSKY - STEPHEN COIT FEAR and ytode, Arkuttai j STANLEY KUBRICK Droits Réservés leeTe\I VIRGINIA LEITH 41:114re I• Sorti en 1953, c'est bel et bien le premier long métrage (1h08) mais aussi la honte de Stanley Kubrick. Lorsque ce nom est évoqué, plusieurs choses peuvent nous venir en tête. L'incompréhension d'un 2001, l'odyssée de l'espace pour certains, les jumelles de Shining (qui ont suivi les cinéphiles jusqu'aux portes de l'ascenseur de la Cinémathèque Française lors de l'exposition !) pour d'autres. Eh bien dans ce petit film, tourné avec environ 100 000 dollars, le reflet de sa folie est déjà présent. Tout d'abord dans sa mise en scène, où ses talents de photographe et sa science du cadre épate déjà. Ensuite par l'intrigue, très abstraite, introduite en voix off pour nous expliquer qu'"il y a une guerre dans cette forêt. Pas une guerre qui a eu lieu, ni une guerre qui aura lieu, seulement une guerre. Et les ennemis qui luttent ici n'existent que si nous leur donnons un caractère humain. Cette forêt, et tout ce qui s'y passe maintenant est donc en dehors de l'Histoire. (…) Ces soldats que vous voyez parlent notre langue et sont de notre temps mais n'ont d'autre patrie que l'esprit." On peut se demander si ce futur maître du cinéma mondial va extrapoler pendant une heure sur la conscience … petit regard dans la salle, personne ne s'enfuit en courant. On découvre enfin les personnages : Lieutenant Corby, Mac, Sydney et Fletcher. Leur avion s'est écrasé, ils cherchent à retrouver leur camp : sur leur chemin, ils vont massacrer des soldats ennemis, rencontrer une rivière, kidnapper une jeune fille. De peur qu'elle les dénonce à l'opposition, ils l'attachent à un arbre et la laissent à Sydney, le plus fragile d'entre eux. Il essaye de la séduire, en vain. Après l'avoir abattue froidement, il s'enfuit dans un éclat de rire. La suite est un peu comme un écho sinistre et schizophrènique de ce rire. Droits Réservés La violence est très présente, parfois gratuite, mais peinte avec sensibilité et talent. Dans un noir et blanc splendide, les visages crasseux, les tenues de camouflages de ces soldats et les dégâts de l'absurdité de la guerre sur les hommes sont des éléments que l'on retrouvera plus tard dans son œuvre : nos pensées vont naturellement vers Full Metal Jacket, le douzième film du réalisateur ou trente plus tôt avec Les Sentiers de la Gloire. Les Kubrickolâtres comprendrons pourquoi ce film a été renié par son créateur mais certains jeunes réalisateurs adoreraient ne serait-ce que lui arriver à la cheville ! - Benoit Michaely Maze 45 Mai-Juin 2013



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